M4music, grande réunion de la pop suisse en Suisse

Modeselektor, une des têtes d'affiche du m4music festival

Pour sa quinzième édition, le m4music festival que la Neue Zürcher Zeitung consacre comme «le plus important rendez-vous de la scène musicale suisse» a battu son record d’influences avec 6600 spectateurs et 700 professionnels inscrits. Pendant trois jours, à Lausanne puis à Zurich, conférences, débats, ateliers, concours de démo et concerts d’artistes suisses et internationaux se sont succédé. Les différentes interventions sont désormais disponibles sur la page multimédia du festival. Bilan de cette manifestation avec son directeur, Philipp Schnyder Von Wartensee.

Quels ont été les points forts de l’édition 2012 du festival?
Philipp Schnyder Le Pour-cent culturel qui organise depuis 15 ans le m4music essaie de stimuler les contacts interrégionaux entre musiciens et professionnels, les relations entre professionnels expérimentés et les «newcomers», de proposer des débats pertinents et bien sûr de montrer les différents courants de la musique suisse : du rock à l’électronique en passant par la chanson.

Cette année, il y a eu un débat intitulé « Everything is streaming but the money…. » Qu’en est-il ressorti ?
Philipp Schnyder Des gens d’horizons très différents ont participé à cette table ronde. Une politicienne et conseillère nationale, un représentant du parti des pirates, un musicien, un journaliste, un juriste. J’ai été surpris que ces personnes tombent d’accord sur deux points importants.
1)    On ne veut pas criminaliser des jeunes qui téléchargent de la musique sans payer.
2)    Le vrai problème est que de grosses structures, par exemple les opérateurs de téléphone ou des plates-formes comme Youtube, gagnent beaucoup d’argent et rechignent à le reverser aux artistes.

C’est donc la répartition des recettes qui est remis en cause?
Philipp Schnyder C’est le problème récurrent de notre société.  On le retrouve dans certaines industries qui multiplient les bénéfices sans que l’ouvrier au tout début de la chaîne ne voie sa situation s’améliorer. Je reste persuadé que cela ne doit pas obligatoirement se passer comme cela. M4music essaie de donner des pistes de réflexion à cette problématique.

Chaque année, m4music organise un concours de démo tapes. Ces deux dernières années vous avez reçu entre 700 et 750 enregistrements. Pensez-vous qu’il y ait trop de groupes en Suisse ?

Monoski, Eriah, Domi Chansorn, Shazam Bell: les gagnants du concours demotape clinic

Philipp Schnyder Il faut distinguer deux choses. La pop music, les musiques actuelles sont effectivement devenues des cultures très populaires en Suisse. C’est fantastique parce que cela implique une grande créativité, une démarche qui vient du cœur. Par contre, si l’on regarde les choses du point de vue du « consommateur », là malheureusement, on en revient à la question de l’argent qui fait gagner plus d’argent aux intermédiaires qu’aux musiciens, aux producteurs ou aux labels.

Pourquoi avoir choisi d’inviter Michael Eavis, le fondateur du Glastonbury Festival ?
Philipp Schnyder Michael Eavis est une légende. A l’origine c’est un fermier, un producteur de lait. Sur ses terres, il a créé un festival extraordinaire qui lui a valu de remporter beaucoup de prix. C’est également un de nos objectifs de présenter des personnalités dont les parcours professionnels sont atypiques et édifiants.

La 16e édition du m4music aura lieu du 21 au 23 mars 2013

The Bianca Story met le feu au Romandie

Jeudi 22 mars, pour ouvrir les feux du M4music à Lausanne et pour lutter contre les clivages régionaux et linguistiques de notre chère suisse, ce sont les Bâlois de The Bianca Story qui sont venus secouer le public rock lausannois dans leur temple du Romandie. Après avoir écouté leur album “Coming Home”, je m’attendais à un groupe un peu arty, un peu deuxième degré. Pas du tout. La faute à la forte présence du chanteur Elia Rediger. En costume trois pièces, barbu, il n’a pas vraiment la tête de l’emploi et sa voix aime jouer de la mélancolie, du lyrisme, et se placer en complet contraste avec les rythmes et les riffs de la formation. Il est clair que the Bianca Story brasse les références musicales, des Triffids à B52’s avec un brin de techno-disco-pop.

Mais, hier soir, il a affirmé son raz-le-bol d’être catalogué de représentant de “la génération easyjet” et a montré de quoi il était capable. Face à un public constitué pour beaucoup de gens du music business (par conséquent un peu blasés), il a choisi la carte de la provocation, du rentre-dedans. Elia Rediger a conclut par une longue diatribe que l’on pourrait résumer par “commençons par faire la révolution devant notre porte” avant de s’offrir un bain de foule (voir photo).  The Bianca Story rentrait d’une tournée allemande qu’il a commenté (auf deutsch) et illustré de photos sur son blog.

Le festival M4 music se poursuit aujourd’hui et demain à Zurich. Nous y reviendrons.

Disque du mois: Plaistow “Lacrimosa”

Lacrimosa

Les trois Genevois sont de retour avec deux longs morceaux de quelque 20 minutes. A l’origine chacun de ces titres devait constituer la face d’un vinyle. Faute de temps, le projet a été reporté. Il paraît pour l’instant un CD et –  comme c’est désormais la coutume pour cette formation –  en téléchargement gratuit via le site de Plaistow ou son Net label, Insubordination.

«Lacrimosa» c’est cette partie d’une messe de requiem où l’on pleure les morts. Johann Bourquenez, Raphaël Ortis et Cyril Bondi ont composé leur requiem à leur manière. Armés de leur piano, basse et batterie, ils proposent de faire le deuil en éludant la mélodie au profit d’un lent crescendo, d’une transe minimale, évoluant de la nostalgie à l’apaisement.

A l’écoute on a l’impression que ces motifs répétitifs, cette douceur sont là naturellement, presque simplement. En fait, la musique de Plaistow est plus que jamais composée. « C’est un peu comme les  cascades d’un skate, cela donne l’impression d’être facile, mais quand on s’y essaie, on se rend compte du boulot » explique le pianiste et chef d’orchestre Johann Bourquenez. Considéré comme un groupe plus performant en live qu’en studio, Plaistow s’est plongé dans une vraie réflexion d’enregistrement. « On a tendance à penser qu’il faudrait faire 2 mois de concerts et arriver en studio remplis de cette énergie pour que l’enregistrement soit bon. Mais c’est un leurre ». Pour Plaistow, la solution pour retrouver la fluidité, la pertinence en studio fut un travail de répétition intense et précis, un travail d’orfèvre.

« Cube », l’autre moitié de ce nouvel opus, est quant à lui essentiellement rythmique, une sorte de drum’n’bass déstructurée et acoustique dans lequel la batterie de Cyril Bondi fait feu de tous côtés. Fidèle à son postulat de départ de n’utiliser que des instruments et pas de machines, Plaistow retourne et développe les possibilités du trio basse-batterie-piano dans tous les sens. Impressionnant et prenant.

Plaistow, « Lacrimosa » (Insubordinations Netlabel)

En concert à Berlin, Ausland, le 19 mai 2012