La Gale fait trembler le Romandie avec “Salem City Rockers”

©Mehdi Benkler
©Mehdi Benkler
Vendredi 18 septembre. 22h30…

L’enclave rocailleuse du Romandie lausannois déborde. La foule est réunie pour prendre le pouls du très attendu nouvel album de La Gale : “Salem City Rockers”.

Une scène brumeuse accueille la rappeuse. Métaphore du soir. La Gale se positionne dans la mouvance du rap qui n’a que faire des illusions dorées.

@Mehdi Benkler
@Mehdi Benkler
Son verbe est brut, miroir des réalités qui parcourent son chemin

N’attendez pas de prose fleur bleue, La Gale attire la conscience civile là où certains tentent de la bercer de chimères.

Rap coup de gueule, rap social, rap engagé. La force d’impact de son verbe, quant à lui, trouve sans doute sa source dans la mixité de La Gale : héritage maternel d’une sensibilité sociale orientale, héritage paternel d’une détermination occidentale sans faille. La brume scénique du soir se dévoile comme élément focalisateur. Écouter plus que regarder. Les rythmes, les harmonies, les mots sont l’importance du soir. Le reste n’est que fioritures.

“Salem City Rockers” ne déroge pas aux lois de l’univers de La Gale

la_gale_cover_by_AMMO_300x300_300Son flow et son verbe ont toujours ce caractère brut si particulier. Les récits ouvrent une porte sur un album plus personnel, tout en restant toujours aussi engagé. Un franc-parler punk qui, allié à l’énervement rap, donne à chacun de ses titres une puissance indéniable.

Produit les beatmakers français I.N.C.H et Al’Tarba, l’univers harmonique de “Salem City Rockers” pose ses racines dans la tradition hiphop et fait la part belle aux samples. Sans rester dans les frontières du déjà-vu, l’album s’autorise des voyages bénéfiques en terres éclectiques. Oud et ambiances orientales enveloppent l’excellent “Petrodollars (avec la participation de la chanteuse Paloma Pradal)“.

Effluves bluesy et rock alliées à la profondeur hiphop donnent toute sa puissance à “Qui m’aime me suive” (téléchargeable pour la modique somme de 1.- sur le bandcamp de La Gale). Dérives aux tendances electro sur “5000 km” (feat. DJ Nix’on).

Attitude punk – héritage du passé. Flow hip-hop – encre du présent
©Mehdi Benkler
©Mehdi Benkler

“Salem City Rockers” reflète une alliance subtile aux couleurs variées, une alliance qui puise une grande partie de sa force dans le rock, une alliance tenue en équilibre par la précision du travail des samples.

Scéniquement, La Gale s’esquisse d’un trait à mi-chemin d’univers qu’on a pas l’habitude de marier. Attitude punk – héritage du passé. Flow hip-hop – encre du présent. Sur scène, l’envergure de “Salem City Rockers” se dévoile corps et âme. La Gale ne fait pas que poser ses tripes sur papier, elle les révèle à chaque mouvement.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=fNDlBiZ-lXw]

Salem City Rockers” est paru le 18 septembre sur Vitesse Records et paraîtra le 2 octobre dans le reste du monde.

Prochains concerts:

Paris (F), Festival MaMA, Le backstage By the Mill, le 16 octobre

Niort (F), Festival En Vie Urbaine, le 17 octobre

Milan (I), Expo Pavillon suisse, le 24 octobre

Tour (F), Le Temps Machine, le 6 novembre

Grenoble (F), salle Eve, le 12 novembre

Salon-de-Provence (F), Le portail Coucou, le 14 novembre

Cenon (F), Le Rocher-de Palmer, le 3 décembre

Castres (F), Le Bolegason, le 5 décembre

Lausanne (CH), les Docks, le 11 décembre

Das Treffen von zwei Kolossen

Andreas Schaerers Band Hildegard lernt fliegen wird beim Luzerne Festival symphonisch

Probe 1: Andreas Schaerer (links) und Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber
Probe 1: Andreas Schaerer (links) und Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber

Es gibt gleich einige gute Gründe, warum der Berner Andreas Schaerer derzeit der vielleicht interessanteste Gesangskünstler der Musikszene ist. Was damit beginnt, das der aktuelle Preisträger des Echo Jazz in der Sparte „Gesang international“ (und damit direkter Nachfolger von Gregory Porter) weit mehr ist als nur ein Sänger und auch nur bedingt in die Schublade Jazz passt; Schaerer ist vielmehr ein Stimm-Jongleur, der sein Organ nicht nur in den verschiedensten Lagen und Stilen (vom klassischen Lied- bis zum Crooner- oder Scat-Gesang) erklingen, sondern damit auch alle denkbaren Geräusche erzeugen und allerlei Instrumente bis hin zum Schlagzeug imitieren und polyphon übereinander türmen kann. Er ist darüber hinaus ein glänzender Komponist und Improvisator, der diese Fähigkeiten für die verschiedensten Projekte variabel einsetzen und rhythmisch wie melodisch virtuos gestalten kann. Und er verfügt schließlich in reichem Maße über Bühnen-Charisma und die in der „ernsten Musik“ eher seltenen Gabe des Humors, was vor allem bei seiner Paradeband Hildegard lernt fliegen zur Geltung kommt.

Interessantester Vokalist der Gegenwart
Probe 2: Andreas Schaerer mit Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber
Probe 2: Andreas Schaerer mit Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber

So ist es folgerichtig, dass Hildegard lernt fliegen vor zwei Jahren den BMW Welt Jazz Award gewann, als dessen jährlich wechselndes Motto „Sense of Humour“ lautete; und dass Schaerer mit der Band nun beim Lucerne Festival ins Spiel kam – lautet doch dessen Motto heuer „Humor“. Dramaturg Mark Sattler, beim Festival seit 16 Jahren für „zeitgenössische Projekte“ zuständig, fragte Schaerer, ob er nicht einen Hildegard-Auftritt mit einer 20-minutigen Komposition für das Lucerne Festival Academy Orchestra kombinieren wolle. Schaerer ergriff mehr als nur den gereichten Finger und schrieb gleich den kompletten 70-Minuten-Auftritt als „The Big Wig“ betiteltes Orchesterstück für 66 Musiker. Am vergangenen Samstag erblickte das kurz, aber intensiv geprobte, von Schaerer komponierte, arrangierte und orchestrierte, dann vom Hildegard-Saxofonisten (und ehemaligen Geiger) Matthias Wenger feingeschliffene Werk im Luzerner KKL das Licht der Welt – und riss die Zuschauer von den Stühlen.

Mehr Kraft, weniger Gags
Probe 3: Hildegards Blechbläser ©Stefan Deuber
Probe 3: Hildegards Blechbläser ©Stefan Deuber

Paradoxerweise – hält man sich das Festivalmotto vor Augen – hat man wohl noch keinen „seriöseren“, weniger „lustigen“ Hildegard-Auftritt erleben können. Was die logische und bewusste Konsequenz daraus war, dass Schaerer seine Chance beim Schopf packte und alle Möglichkeiten des sinfonischen Rahmens ausschöpfte. Denn damit traten er selbst wie seine Hildegard-Mitstreiter sozusagen ins zweite Glied, um sich in den orchestralen Gesamtklang einzufügen. Die drei adaptierten Hildegard-Hits „Zeusler“, „Seven Oaks“ und „Don Clemenza“ gewannen so einen neuen Fluss und enorme, mitunter filmische Kraft und verloren die in der kleinen Besetzung latente Zickigkeit. Und die eigens geschriebenen Stücke wie „Two Colosses“ ergaben inspirierte Sinfonik mit einem Esprit und einer stets zugänglich bleibenden Experimentierlust, der den meisten neuen Werken dieses Genres fehlt. Das junge, mit überragenden Talenten aus aller Welt gespickte und vom Dirigenten Mariano Chiaccharini lässig, aber präzise instruierte Orchester hatte sichtlich seinen Spaß und ließ sich sogar vom kurz das Dirigentenpult enternden Schaerer auf Jazz-Abwege führen: Wann hat man je ein Sinfonieorchester gelungen kollektiv improvisieren sehen.

Eine sinnvolle Symbiose

Ohnehin ist die Kombination aus klassischem Orchester und Jazzband ja schon oft genug missglückt, zuletzt durfte man sich bei Geir Lysnes Monteverdi-Morricone-Hybridkompositionen vom Auftritt Michael Wollnys mit den 12 Cellisten in Berlin enttäuscht fühlen. Hier war es eine runde Sache, eine sinnvolle und befruchtende Symbiose, die allen Beteiligten nicht nur unvergesslich bleiben, sondern ihnen auch bei der weiteren musikalischen Entwicklung helfen wird.

2e Grand Prix de musique suisse: un beau prémisse

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oLe Grand Prix de musique suisse propulse au niveau national le travail créatif de nouveaux artistes défricheurs ainsi que celui d’artistes confirmés, des valeurs sûres et estimées, mais pas forcément connues du grand public. L’une des conséquences d’un tel prix est aussi d’ouvrir le débat sur le soutien à la création musicale, la dichotomie entre “créer” et “se faire connaître” et la place de la critique dans notre beau pays.

Dans le règne de l’image qui nous entoure, il ne suffit donc plus d’être talentueux, il faut savoir manier des outils de communication complexes, avoir des stratégies, un look, et une armada de bonnes idées pour sortir du lot. On voit se multiplier les tentatives, pas toujours glorieuses, servant à attirer la poursuite lumineuse ou à l’orienter dans la bonne direction. Un compte Facebook alimenté au quotidien, des photos de presse originales, des vidéos de live à multiples caméras, des présentations d’album scénarisés en plusieurs épisodes… Il faut dorénavant parler et montrer pour se faire entendre.

Me myself & I

En cela, la communication du Grand Prix de musique suisse est symptomatique. Chaque artiste est photographié et interviewé de façon individuelle, on réalise même un clip de type cadavres exquis dans lequel les 15 nominés apportent chacun leur contribution, pour un résultat qui est plus une prouesse de montage vidéo qu’une réussite musicale. Il y a aussi de fortes chances que cette médiatisation (dans tous les sens du terme) représente une sacrée pression. Je n’ai ainsi pas pu m’empêcher de penser, par exemple, que Malcolm Braff, aujourd’hui en proie à une recherche mathématique sur le groove, s’est ainsi retrouvé un peu tôt à devoir parler publiquement d’un sujet qu’il n’est pas encore tout à fait prêt à vulgariser. Il est souvent compliqué pour un musicien de s’exprimer sur ce qu’il est en train de faire, probablement car ce qu’il a à dire se trouve dans sa musique, qui est un langage à part entière.

Et puis, si toute carrière artistique est toujours collaborative, bien que le culte de l’auteur nous fasse parfois oublier le long défilé des noms au générique, une nomination individuelle est particulièrement problématique en Suisse car, faute d’une industrie solide, elle reste bien souvent une histoire d’amitié. Dans quels cas de consciences ce prix peut-il plonger un musicien nominé dont la reconnaissance est essentiellement liée à une histoire de groupe, malgré une carrière en solo? Ça ne doit pas être évident à gérer, ni humainement, ni financièrement.

Voyage voyage

L’une des techniques imparables pour se faire connaître en Suisse est de parvenir à se produire à l’étranger. « C’est tout de suite plus sérieux ! », chantonne notre petit complexe provincial. Avoir quelques lignes dans un grand journal extra-national garantit un intérêt journalistique helvétique sans précédent. Jouer dans un club parisien ou londonien crée un effet bœuf. A son retour, l’artiste se voit couvrir de fleurs et d’opportunités, tel un bon soldat qui aurait bravé tous les dangers pour répandre son influence nationale, désormais reconnue.

Alors quoi ? « Nous n’avons pas de réel terreau musical en Suisse. Il n’y a pas de tradition, le niveau est bas, il y a peu d’émulation, les gens ne travaillent pas assez ». La sentence est lourde et m’a dernièrement été soufflée par un musicien lors d’une discussion générale sur notre problème tout helvétique. Il est vrai que les anecdotes sur des concertistes jouant au morpion sur leurs smartphones durant les répétitions pullulent, et je crois savoir que certains professeurs de nos hautes écoles de musiques sont régulièrement décontenancés par le haut niveau de leurs jeunes élèves internationaux. J’ai aussi souvent entendu dire à propos d’un musicien imprécis ou en retard « à New York, il ne ferait pas vieux ». Parce que, c’est un fait, nos grands musiciens cherchent à s’expatrier pour mieux se confronter et avancer.

Notre petit pays, essentiellement paysan jusqu’au début du XXème siècle, n’a pas vraiment développé de tradition musicale à proprement parler. Il faudrait bien sûr approfondir du côté des musiques folkloriques ou chorales (la Suisse est paraît-il le pays d’Europe où il y a le plus que chorales), mais ces genres sont évincés de la sélection du Grand Prix de musique suisse: exit le renouvellement des genres, on cherche à récompenser les acteurs d’une musique nouvelle.

Alexandrie, Alexandra !

On constate l’émergence un peu partout de propositions de résidences artistiques assez bien dotées, pour plusieurs mois voire une année. Les politiques culturelles encouragent donc ce nomadisme forcé. Les artistes peuvent ainsi s’immerger dans des institutions ici, ou partir à Rome, Londres, ou ailleurs pour travailler dans des conditions à priori en or (logement, petit studio de musique, revenus mensuels, encadrement, etc). Ces propositions ont l’avantage de faire voir du paysage et permettent de rencontrer d’autres artistes et cultures, mais elles ont aussi plein de désagréments cachés : partir de chez soi pendant plusieurs mois demande un effort d’organisation conséquent (sous-louer son appartement, gérer son agenda, ses problèmes de famille qu’une vie d’artiste met déjà passablement à mal au quotidien) ou créent des soucis d’environnement basiques comme déplacer ses outils et instruments de travail, ainsi que toutes les petites habitudes qui vont avec. Essayez donc de faire un trajet au volant d’une grosse jeep automatique et climatisée alors que vous avez l’habitude de conduire une petite Punto manuelle les cheveux au vent, vous verrez, c’est déjà tout autre chose.

Il y a aussi ces nouvelles velléités de curation, qui tentent de créer des rencontres artistiques improbables (entre art et science, par exemple, histoire de confirmer la validité d’un discours en rendant plus sexy l’autre), ou entre un plasticien officiant sur imprimante 3D, une harpiste fan d’art brut et un historien en pleine thèse sur les mosaïques de la Grèce du IVe siècle avant J-C pour qu’ils fassent quelque chose ensemble… Ces résidences sont certes de belles expériences, de celles qui vous remplissent des beautés que la nouveauté peut offrir, mais qui déboussolent complètement. Elles créent un dépaysement qui, s’il est séduisant, n’est pas toujours fécond. Beaucoup s’y essaient pour voir, mais rares sont les artistes qui parviennent à être vraiment productifs dans les circonstances et le laps de temps impartis. Comme tout le monde, ils travaillent pour la plupart mieux en terrain connu, car leur tâche est justement de passer au tamis une matière qui se cache sous la surface pour, si tout va bien, y trouver quelques pépites.

Bravo Heinz Holliger !

05ae65b2939caa11be6cbb32bfafbdac_f190Le rideau vient de se lever, j’apprends que le hautboïste Heinz Holliger est l’heureux lauréat de ce 2e Grand Prix Suisse de musique à l’heure de terminer ce papier. Un prix plutôt à valeur honorifique donc. Vous trouverez plus d’infos sur ce grand monsieur sur wikipedia  ainsi que sur le site du Grand Prix de musique suisse .

Il faut donc en finir avec cet article décidément trop long pour les standards d’Internet par une dernière mise en perspective :

La critique journalistique se réduit comme une peau de chagrin

De sommaires comptes rendus ou des “copier-coller”  de dossiers de presse éclipsent gentiment la critique, la faute probablement au manque d’espaces rédactionnels culturels dans les quotidiens et à la mort de la presse spécialisée suisse. La désormais incontournable question de la rentabilité croissante avec son lot de contraintes d’honoraires et de temps de travail malmène les médias. L’idée de subventionner la rédaction culturelle dans la presse fait d’ailleurs actuellement débat.

Les artistes, quant à eux, s’épuisent dans la visibilité à tout prix. Ce manque d’espaces de réflexion est aussi une conséquence de la rencontre entre un secteur nouvellement précarisé (la presse), et le récent essor économique d’un autre (le milieu culturel), l’un bataillant pour sa survie, l’autre ayant d’ores et déjà tant mangé de vache enragée qu’il n’est plus question de déplaire noir sur blanc. Lecteurs et spectateurs prennent ainsi l’habitude de survoler de petites évocations et, pire, de s’en satisfaire.

Or il fut un temps où les choses étaient autrement plus conséquentes de part et d’autre. Lorsqu’une proposition artistique pouvait chambouler tout un système de pensée, et qu’une critique était à même d’en relever soigneusement les problèmes. Il en résultait un jeu d’échange qui dynamisait à la fois rédaction et création.

Si un semblant de solution vibre quelque part, il me semble qu’il se trouve dans un ralentissement, un travail de fond(s) qu’amorce ce Grand Prix de musique suisse en rappelant que, tant pour les artistes que pour le public, une proposition artistique n’est pas un simple divertissement. Reste encore à partir de ce prémisse pour approfondir la réflexion et le soutien à la musique suisse.

2e Grand Prix suisse de musique: Vous avez dit Byzance?

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oEn attendant la remise du Grand Prix suisse de musiques qui aura lieu le 11 septembre à Bâle, Swiss Vibes poursuit sa réflexion sur le statut et le quotidien du musicien en Suisse. Le deuxième chapitre de cette série se penche sur le délicat équilibre entre rendement et création auquel ce dernier est confronté.

Être nominé au Grand Prix de musique suisse et recevoir 25’000 CHF, c’est beaucoup. Cela équivaut plus ou moins au financement d’un album autoproduit, ou à la grande partie du salaire annuel qu’un musicien peut espérer en ne vivant que de sa musique, c’est-à-dire sans travailler « à côté ».

En Suisse, un musicien qui gagne 3’000 CHF par mois peut s’estimer privilégié et, c’est chose rare dans les musiques actuelles, jazz, électroniques ou expérimentales (la filière classique est un peu à part, grâce aux orchestres, à un public plus aisé et un statut mieux établi que dans les autres genres). Alors vous imaginez, les 100’000 CHF du lauréat, c’est Byzance ! Une somme bienvenue pour s’acheter un instrument ou du matériel de travail dont on a besoin depuis un moment, financer une partie d’un nouveau projet, éponger des arriérés, et éventuellement s’offrir quelques semaines de travail artistique sans souci d’argent.

Ma petite entreprise…

En plus de la reconnaissance dont ils font preuve, les montants qu’offrent le Grand Prix suisse de musique dépassent largement les soutiens d’ordinaires attribués par un organe de subvention pour un projet musical. La musique, ça coûte cher. Son financement provient majoritairement de papa et maman ou diverses magouilles en début de carrière, puis de soutiens qui s’obtiennent avec de fameuses « demande de sub’ » faites aux villes et cantons de résidence, à la Loterie Romande (que ferait-on sans elle !) et à plusieurs fondations privées.

Ce sont des démarches laborieuses, longues, qui demandent de savoir maîtriser toute une série de choses comme sa communication (rédaction, graphisme, photo, vidéo) pour établir un joli dossier et faire envie; un budget de production (salaires, honoraires, charges) afin de paraître sérieux et donner confiance; des échéanciers compliqués pour bien agender faisabilité et visibilité. Ces gros dossiers sont à envoyer en 4 exemplaires à une date buttoir et en ayant rempli le bon formulaire qui résume en 1’000 signes espaces compris la globalité du projet artistique svp.

Reste à savoir gérer les aléas qu’impliquent le travail artistique à proprement parler, faits de rapports humains parfois compliqués, le fait de trouver un espace de travail qui ne dérange pas ses voisins (pour le local en sous-sol, prévoir un déshumidificateur), et tâcher de s’entourer des bonnes personnes (agent, distributeur, tourneur), ce qui n’est pas simple car il n’y en a pas beaucoup de compétentes, notre petit marché peinant à se professionnaliser. Bref, avoir une carrière de musicien en Suisse revient à devenir un véritable petit entrepreneur multi-tâches, ce qui tranche radicalement avec l’image d’artiste un peu glandu qui est encore répandue.

….ne connaît pas la crise?

La case ORP (Office régional de placement) est souvent au rendez-vous car notre secteur culturel ne permet pas aux artistes d’avoir un emploi annuel à 100%, ainsi le chômage est un recours plus qu’un droit exceptionnel. Il existait un petit statut d’intermittent (peu le savent), bien moindre que celui de nos voisins français, qui leur permettait de toucher le chômage entre leurs divers projets si – et seulement si – ils pouvaient être employés 12 mois sur 24.

Or, suite à la dernière révision de l’assurance chômage de 2013, cette condition est passée à 18 mois sur 24 (les 6o premiers jours étant multipliés par deux). Autant dire qu’il est devenu tout bêtement impossible de remplir de telles conditions. La majorité des musiciens suisses ont donc un autre emploi que le métier qu’ils ont appris, prof de musique dans l’idéal, afin de ne pas trop s’éloigner de ce qu’ils savent faire, avoir des horaires flexibles et pratiquer quand même, quelque part. Bon nombre d’autres artistes se retrouvent au revenu d’insertion (RI), avec le blues qu’implique ce statut dans une société libérale, la peur de se retrouver coincé dans une « mesure d’occupation » qui bloquerait le travail de recherche artistique, et des tracasseries administratives à n’en plus finir.

Une hyperactivité de mise

D’où l’incessante nécessité de multiplier les projets pour s’assurer une occupation salariée. Les dossiers s’empilent sur les bureaux des organismes de soutient, qui sont débordés, retardent leurs décisions d’octrois et tentent tant bien que mal de donner au mieux, c’est-à-dire au plus grand nombre, et gentiment un peu moins à tous. S’ensuit un fâcheux effet Kiss Kool : nous assistons de plus en plus régulièrement à la présentation de travaux artistiques non aboutis, car tributaires de tous ces paramètres compliqués.

Or, un artiste travailleur et talentueux est-il forcément un bon gestionnaire, ou vice versa ? Rien de moins sûr, car cela demande des compétences très différentes, pour ne pas dire mentalement contradictoires. Ce que nous apprécions dans un beau travail artistique, ce qui touche vraiment, n’est-il pas une sorte d’évanescence, un façon de nous amener ailleurs, un travail qui nécessite à la fois épuration et maturation, qu’il est difficile de mener lorsqu’on est ligoté serré dans un système de pensée basé sur la productivité ?

Tout pour la musique

Beaucoup vous le dirons, il est impossible de conjuguer dans une même journée travail administratif et composition. Et toute l’énergie que l’on met ailleurs, on ne la met pas dans sa création. Ce qu’il manque à tous les artistes et musiciens suisses à l’heure actuelle, pour bien faire les choses s’entend, c’est du temps, et le temps c’est de l’argent.

Il faut rajouter que les rares indépendants qui s’en sortent, dont font partie bon nombre de nos nominés, parviennent tout juste à boucler leur fins de mois et ne cotisent pour ainsi dire jamais aux 2e et 3e piliers. Carpe diem, s’ils ne sont pas rentiers, à la retraite, ils iront au social…

Derrière les feux de la rampe, c’est tout de suite moins glamour. Ce Grand Prix de musique suisse me semble donc avant tout récompenser la persévérance et le courage d’une poignée de personnes qui ont pris une voie particulièrement compliquée par amour de la musique.

“Hera” by Le Pot

Le Pot“Try out things that are not obvious”
A simple interview with Manuel Mengis of Le Pot turned into a comedy of technology, Skype faltered, then both my landline telephones ran out of battery…twice. No one I asked knew of Le Pot and there was not much information online – it seemed the mystery of this 4-piece band would remain impenetrable. I’d been intrigued since reviewing the first instalment of their trilogy, She-Hera-Zade. It was sparse and tense; lo-fi white noise mingling with indistinguishable instruments, even the trumpet, played by Mengis, was often twisted into animalistic squeals. “We always had a big interest in sounds,” said Manuel (when we managed to speak), “Le Pot is actually a lot of improvised music. One big effect of that is ‘sounds’ – to really try out things that are not obvious, going beyond the normal sound of the instruments.”

“There were things coming together that were really pertinent”

St Roman in RaronThe church of St. Roman in the village of Raron (close to Mengis’ home in Visp) was their recording studio and helped draw out feelings. “It’s a powerful place, a space where there is a lot going on, an energy [‘kraftort’ in German]…There were things coming together that were really pertinent.” Le Pot’s music imagines landscapes that are barren or alien. They use titles such as ‘Hamada’ and ‘Badlands’ meaning dry, eroded earth which they envisage with electric guitar scrapes, lonely trumpet notes and brooding synth drones. Rock, starlight, dusk and distant moons were conjured as I heard tracks like ‘Flint’ and ‘Bubo Bubo’; they seem to hold the natural elements in their hands.

He was unsure whether to follow music or mountaineering
It turns out that mountains have been central to Manuel’s life and at one time he was unsure whether to follow music or mountaineering. The decision was almost forced after an injury, although he’s still a mountain guide. I recently heard about an old book, ‘The Living Mountain’, in which Nan Shepherd writes of her obsessive walks in the Scottish Cairngorms, “One never quite knows the mountain, or oneself in relation to it.” She speaks, not of ‘going up’ a mountain, but ‘going into’ one and in so doing, into herself. As I listened to Hera, its textures and its space drew me in, deeply.

“It’s not that pushing kind of atmosphere, it’s a strong collective”
There is a respect of subtlety and Le Pot seem to revel in holding back so that the played notes gain maximum impact, such as when Lionel Friedli tumbles into a dramatic solo in ‘Ranunkel and Viola’ or his drums eventually sound in ‘Eyrie’. At the end of this track, the quality of touch from Manuel Troller and Hanspeter Pfammatter on guitar and keyboards (respectively) is exquisite. Mengis explains, “I think everybody playing has a lot of experience in improvised music and is not really interested in showing off…everybody has enough experience to see the whole picture and able to feel when its right, it’s not that pushing kind of atmosphere, it’s a strong collective.”

[vimeo 126929648 w=500 h=281]
This album is more profound, musically, than She. The press release quotes Benjamin Britten, ‘Music has the beauty of loneliness and pain,’ and I sensed an exposure of emotion in their playing. “If you ask about the personal, yes, there’s a lot of emotion,” said Manuel, “It’s more than just an idea, it’s emotional too.” He spoke of Britten’s A Midsummer Night’s Dream as a starting point. “The melodies with the harmonics are really interesting. It’s not super obstructive – these are melodies you can sing, but it turns into something unpredictable…more complex. I felt really close to that music somehow.”

‘Meanwhile’…resembles a quick Cubist sketch
There are top moments of sequencing, breaking the worthy moodiness, for instance, with the whimsey of ‘Meanwhile’ which resembles a quick Cubist sketch. Mengis explained, “It was a spontaneous improvisation. Something light, no weight, a little bit innocent. The point is, in that recording is contrast between the dark spaces and the obvious melody or something light and easy…[there’s] ambivalence and counterplay between the two things.” The elegant and moving medley of ‘Thus Gamesters United in Friendship/Ungrateful Macheath!’ from the Beggar’s Opera serves a similar purpose.

When I visited New Zealand this year I played a track from She on an Auckland radio station and a listener texted in asking when I was going to play some music. I took this as an enormous compliment to Le Pot. It’s tough to sculpt a distinctive shape in music these days as so much has already been done. I can’t recommend Le Pot enough. Interestingly, despite being in a very different corner of the music spectrum from Im Sinne Der Zeit by the band Klaus Johann Grobe, Hera fills my heart with just as much joy. I’d ask all promotors to consider booking them so that I can see them play live!

16-19 Sept 2015 – Vevey (CH), L’Oriental (4 nights)

23 Oct 2015 – Sion (CH), Eglise des Jésuites (à l’oeil & à l’oreille)

15 January 2016 – Sierre (CH), Jazz Station

Michel Wintsch donne vie au piano

31704_3Pff….voilà près de vingt ans que je n’étais pas venue au Festival de Jazz de Willisau. Et pourtant rien ou presque ne semble avoir changé. Il faut dire que j’en gardai un souvenir vivace, vaguement traumatique : une orgie de jazz orchestrée de 14 :00 à minuit dans une grange au milieu d’un petit village de la campagne lucernoise augmenté d’ un camping rempli de mordus de jazz, un stand de disques achalandé par le label suisse de référence Plainsiphare et une cantine où n’étaient consommables que des « Wurst mit Pomme Frites »!

Bref, au bout deux jours de ce régime musical et gastronomique, j’avais fait une overdose et ne souhaitait qu’une chose : regagner mes pénates lausannoises, me plonger dans un monde de silence et manger des légumes.

Une des Mecques du jazz contemporain

Blague à part, le festival de jazz de Willisau existe depuis 42 ans. Il est considéré comme l’une des Mecques du jazz contemporain. Il a accueilli  et “découvert” certains des plus grands noms du genre. Plus de 50 disques  “live à Willisau” ont été publiés. Mieux, le festival ne s’est jamais dénaturé: il est toujours resté fidèle à ses fondamentaux. Keith Jarrett l’a d’ailleurs consacré de cette citation fracassante: “one of the best places for music in the world“!

Vingt ans plus tard donc, le village, la grange et le camping sont toujours là, mais la cantine s’est nettement améliorée et, signe du temps qui passe, Plainisphare, n’est plus de la partie. Reste la musique et un public toujours aussi mordu et attentif.

Une vision grand angle de la musique

Samedi soir, lors du concert de clôture, Schnellertollermeier me rappelle avec brio que jazz peut se conjuguer avec noise, heavy metal et rock’n’roll (voir l’article en allemand que lui a consacré Benedikt Sartorius sur ce blog). Mais je suis venue pour voir Michel Wintsch, dont le dernier disque solo m’a éblouie. On connaît les disques de piano solo préparé, les disques de multi-piano solo (piano acoustique, synthétiseurs, orgue hammond ou autres) amplifiés d’effets électroniques. Il y a cinq ans le pianiste genevois nous avait d’ailleurs gratifié d’un enregistrement de cette veine intitulé « Metapiano ».

Un instrument savamment amplifié

pnomicAujourd’hui, Michel Wintsch va plus loin et cherche à donner vie à son piano sans lui ajouter d’effets. Grâce à une impressionnante batterie de micros savamment installés par Benoît Piccand, son instrument est amplifié subtilement. Michel Wintsch peut ainsi non seulement jouer des notes, mais, aussi des clicks que font les touches effleurées mais non jouées, de la frappe de ses mains sur les différentes parties du piano à sa portée (dessus-dessous..) et même du son de l’air que déplace ses mains.

Ses mains qui cavalcadent ou effleurent les touches, aspirant ici le son qui reste en suspens, évoquant là le frottement des ailes d’un oiseau. Michel Wintsch orchestre ainsi une fantasmagorie musicale dans laquelle le spectateur peut sans peine imaginer des petits animaux détalant dans tous les sens, des grands mouvements pachydermiques, le vent qui souffle, sentir la jubilation ou l’effroi…. Le concert est constitué de trois longs morceaux de 20 minutes en forme de plongée introspective lumineuse. Le public est en osmose.

Rencontré le matin du concert dans un tea-room où il prend son petit-déjeuner, Michel Wintsch s’est plié au jeu des 5 questions.

Comment improvise-t-on en solo ?

Michel Wintsch Je procède de façon semi-improvisée, semi-écrite. J’ai des bouts de thèmes, des harmonies, une gestuelle et je construis les agencements entre ces différents éléments. J’aime bien comparé cette façon de procéder à celle d’un conteur qui a ses personnages, son fil rouge, et qui construit une histoire à partir de ces éléments.

En quoi l’improvisation en solo est-elle différente de l’improvisation en groupe que vous pratiquez aussi ?

Michel Wintsch Les deux choses n’ont pas grand chose à voir ensemble. En solo, on est vraiment seul, un demiurge en quelque sorte. En groupe, ça respire. Chacun est impliqué dans le processus d’improvisation et je peux attendre que l’énergie me revienne. On est plus dans le registre de la conversation.

Pourquoi est-ce que cet album s’intitule « Roof Fool » ?

Michel Wintsch Ah les titres, c’est toujours difficile! Dans mon cas, ils viennent s’ajouter à la fin quand la musique est faite. Je trouvais que celui-ci sonnait bien. J’aime bien l’idée du « fou du toit ». Certaines personnes pensent que je suis fou. C’est clair que ma musique est un peu hors-norme. J’aime bien monter sur les toits ; je suis un montagnard…

Quant aux titres des morceaux, ils sont parfois étranges, comme « Pytihob Clochery ». Votre intention était de créer de nouveaux mots ?

Michel Wintsch Pas du tout. Ce sont des titres de travail. Par exemple Pytihob Clochery est un morceau où j’ai utilisé des petits objets sonores. Au cours de sa composition j’ai pensé au clocher au-dessus de ma maison. J’ai donc utilisé ça phonétiquement. Le titre « Si c’est assez, cessez » m’a été inspiré suite à la lecture d’un article sur la pollution

Vos sources d’inspiration  ?

Michel Wintsch La vie. Je me sens inspiré par la verticalité, par le vide, par le vent, par la chaleur, par l’effort, par le mouvement, par les oiseaux. Une sorte de chorégraphie animalière. L’inspiration est faite de tout ce que l’on est. J’adore me balader en montagne, observer la course d’un chamois par exemple. On peut comparer ça au travail de l’abeille qui butine toutes les fleurs qu’elle trouve. Je peux être inspiré par Ligeti comme par Prince comme par le Mont Jalllouvre….

hel Wintsch „Roof Fool“, HatHut Records

2e Grand Prix suisse de musique : derrière les feux de la rampe

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oAlors que la remise du Grand Prix suisse de musiques aura lieu le 11 septembre à Bâle, Swiss Vibes s’interroge. Et revient sur le casse-tête auquel est confronté tout musicien suisse cherchant à mener une carrière professionnelle. Une série en plusieurs épisodes dont voici le premier chapitre.

En 2014, le Grand Prix suisse de musique, organisé par l’Office Fédéral de la Culture (OFC) avait récompensé le leader des Young Gods et pionnier des musiques électroniques Franz Treichler. C’était une première, qui plus est pour une figure de l’underground. L’événement avait largement été plébiscité par le secteur musical, d’ordinaire habitué à travailler beaucoup, longtemps, et pour peu. La démarche, qui est reconduite de façon pérenne, s’avère en effet généreuse : 25’000 CHF par nomination (15 en tout) et un prix de 100’000 CHF pour le lauréat, tous étant sélectionnés par des comités d’experts musicaux venus des quatre coins du pays.

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 Une récompense qui soulève beaucoup de questions

La communication du Grand Prix suisse de musique est classe sans être pompeuse, son organisation sérieuse mais décontractée, il y a de quoi impressionner.

Comme l’an dernier, sont nominées 15 personnalités ayant pour horizon commun le territoire helvétique, la pratique musicale et un succès d’estime plus ou moins national. Le site du Grand Prix suisse de musique, offre une bonne porte d’entrée à qui souhaiterait découvrir ces musiciens. A l’orée de cette deuxième édition, il semble intéressant de mener une réflexion sur les enjeux d’un tel prix et les problèmes qu’il soulève. Sous son beau vernis, quelques choses moins reluisantes apparaissent,

Une sélection compliquée au sein d’une scène protéiforme

« Le Grand Prix suisse de musique a pour objectif de récompenser la création musicale suisse exceptionnelle et novatrice et de la mettre en lumière. » Si l’intention est louable, elle n’en est pas moins brumeuse. Comment faire une sélection exhaustive parmi le foisonnement de genres musicaux que vit notre époque, dans une scène musicale aussi protéiformes que l’est notre petit pays ? Plusieurs zones linguistiques impliquent un certain cloisonnement, malgré le travail de relais qu’opère Pro Helvetia depuis des années en encourageant financièrement à sauter les barrières, de Roesti entre autres. Il n’est pas question de considérer la célébrité des musiciens, ni leur rayonnement international, d’ordinaire si cher aux politiques culturelles. Ceci explique l’absence de noms comme Stephan Eicher ou Sophie Hunger dans les listes de ces deux premières années.

Même la musique n’échappe pas au compromis helvétique…

Il semble plutôt question d’encouragement de nouveaux venus (Joy Frempong, Bit-Turner, Christian Pahud), de récompenses émérites (Philippe Albera, Heinz Holliger, Daniel Humair) et de soutiens de carrières déjà bien avancées (Nik Bärtsch, Malcolm Braff, Christian Zender). Les questions de genres musicaux, zones géographiques et parité hommes-femmes ont été savamment soupesées afin de fournir un panel tout helvétique : des acteurs dans les domaines des musique électroniques, expérimentales, contemporaines, classiques et du jazz par une majorité de Suisse alémaniques, bon nombre de Romands, quelques expatriés, et un Tessinois. Une cérémonie en 2014 à Lausanne, la suivante à Bâle. Si l’on suit cette logique, puisque le lauréat 2014 était un homme romand plutôt en fin de carrière, serait-ce une jeune femme suisse-allemande qui remportera le pactole le 11 septembre prochain ? C’est du moins le seul raisonnement qui pourrait permettre au jury de départager ces artistes aux musiques et carrières incomparables, qui méritent tous largement le soutien qui leur est offert.

Un cataplasme sur une jambe de bois ?

La formule est un peu méchante, car ce Grand Prix de musique Suisse n’est pas inutile, c’est même un effort bienvenu, et il faut éviter de cracher dans la soupe. Mais tant qu’à dire les choses tout de go : mener une carrière de musicien en Suisse est un vrai casse-tête. La politique de subventionnement culturel pose à l’artiste des difficultés pratiques que ce Grand Prix met à nouveau à l’ordre du jour. La suite au prochain épisode!