Jonas à bâtons rompus

Portrait2Presque dix ans se sont écoulés depuis son premier album, « Bagages ». Pourtant, la plume du rappeur genevois Jonas n’a pas perdu sa verve. Une plume qui se dévoile aujourd’hui à travers un nouvel album sobrement intitulé « Oxymore ». Une plume précise, où chaque mot est réfléchi et prononcé avec minutie. Une plume qui manie avec tact des thèmes comme l’homosexualité, les dérives du commerce de cacao et de l’esclavage qui en découle ou encore le deuil. Réelle explosion de saveurs musicales, « Oxymore » s’émancipe des contours du hiphop pour exporter le rap de Jonas sur des harmonies voyageuses, entre rock et jazz, orient et sonorités expérimentales. Rencontre.

Peux-tu nous expliquer le choix du titre de ton album, « Oxymore » ?

Jonas Lors de la période de vie où j’ai composé cet album, je ressentais beaucoup de tiraillements intérieurs. J’avais l’impression que chaque position que l’on a, chaque chose que l’on fait, charrie son contraire. Chaque fois que l’on fait quelque chose, on attire son opposé. Cela montre également que tout est un tout. Ces tiraillements intérieurs se retrouvent dans chaque texte. Un oxymore est une figure de style qui rassemble deux termes a priori contradictoires.

Qu’est-ce qui t’a donné le déclic de reprendre la plume, près de dix ans après ton premier album ?

Jonas Je n’avais plus rien à dire. J’ai tout quitté lors de l’enregistrement d’un disque avec le Taxi Brousse Orchestra et l’inspiration n’était plus là. Puis, petit à petit, les choses se sont remisent en place et le besoin de parler et de remonter sur scène sont revenus. Mon épouse m’a alors conseillé d’aller voir le pianiste Maël Godinat. Ensemble, on a commencé à composer des morceaux. Il a signé un peu près la moitié des compositions de l’album. Maintenant j’ai un groupe avec Mathieu Kracher (guitare), Maxence Sibille (batterie), Christophe Chambet (contrebasse) et Cédric Schaerer qui a remplacé Maël (piano).

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Le titre « Génération » donne l’impression d’autobiographie tapissée de critiques de notre société. On sent un basculement dans le texte et dans la musique, juste avant ton couplet sur les années 2000. Mise à part le contexte international de cette époque, est-ce que cela a aussi été, pour toi, un basculement ?

studio3Jonas « Génération » est composé de quatre couplets dédiés à des périodes de vies différentes.  Mais, toute cette période de politique islamophobe, d’hégémonie des USA sur le reste du monde avec l’Europe qui se cache dessous a provoqué des questionnements. Je trouve toujours bizarre de penser qu’on arrive à faire tomber des tours avec des avions sans charges explosives et de retrouver un passeport saoudien dans les décombres. Cela m’a poussé à me renseigner et à user de mon esprit critique. J’ai l’impression que c’est travail insidieux qui vise à amplifier toute cette haine contre les musulmans. Il y a vraiment cette scission dans le monde. Je suis récemment allé au Mali et en revenant on m’a questionné car ce pays est considéré comme terroriste. Au bout d’un moment, on ne sait plus ce qui est terroriste et ce qui ne l’est pas. Si on regarde l’histoire, les résistants face à l’Allemagne nazi étaient considérés comme des terroristes. Si on reprend la définition de la terreur, tout le monde s’y retrouve. Tout est noir ou blanc. Tu es chrétien ou tu ne l’es pas. T’es un noir, t’es un blanc. Ce basculement dans le texte et la musique est peut-être aussi dû au fait que c’est une période où tu commences à devenir vraiment indépendant, à t’assumer seul. Après, ce n’est pas qu’une critique contre la société. C’est une autobiographie qui parle aux gens. Les gens qui ont vécu à la même période que moi, se reconnaissent. C’était une façon de recontextualiser le lieu d’où je viens au travers de références genevoises et parisiennes avec mes vinyles achetés à Tikaret. Je parle aussi de l’arrivé des roms à Genève, de l’arrivé des identitaires. A mon adolescence, tout cela n’était pas présent.

Qui se cache derrière la « Rose des Sables » ?

Jonas C’est un petit homosexuel que j’ai rencontré à Nouakchott (Mauritanie). On était sur un festival de rap où je donnais un atelier d’écriture. Un jeune est venu me voir pour me poser une question. Je m’attendais à ce qu’il me demande comment est la vie en Europe. Mais, il a commencé à me poser des questions sur l’homosexualité. J’ai trouvé cela vraiment touchant. Au bout d’une demi-heure, sentant qu’il pouvait me faire confiance et que je n’allais pas en parler ou le juger, il m’a annoncé qu’il était homosexuel. « Rose » car c’est la couleur qu’on attribue aux homosexuels et « sable » parce que là-bas il n’y a pas de goudron mais du sable partout. Je trouvais que c’était une jolie figure de style pour parler de lui. Son histoire était vraiment touchante car l’homosexualité est très difficile à vivre là-bas. C’est quelque chose de mal vu, que l’on condamne et qui est aussi considéré comme une « maladie » importé en Afrique par les blancs. Là, on parle d’un homosexuel en pays musulman, mais tu peux aussi transposer cette discrimination à un musulman dans un pays islamophobe, à celle d’un jeune juif en 39/45. C’est une question de minorité. Cette rencontre a été un vrai cadeau de la vie et m’a donné envie de parler de son histoire.

Sur le titre « On », tu tires un portrait assez décourageant de notre monde et tu demandes même si cette situation n’est pas de notre faute. Penses-tu qu’on puisse encore changer les choses ?

Jonas Dans « On », j’ai choisi d’utiliser le pronom impersonnel. Des fois je dis, « on nous fait ça » et d’autres fois « on subit ça ». Ce que je trouve intéressant avec le « on », c’est que desfois c’est nous et des fois c’est eux. On ne sait pas qui c’est. Je voulais dire que tout le monde participe. Il y a ce côté où tout le monde se plaint. On a tous un côté Oxymore, on subit tous des choses du système mais, en même temps, on y participe tous. A la fin du titre je questionne même sur l’identité de ce « on » : « C’est qui ce On, ce con, serait-ce moi au final / La farce, le dindon, en phase terminale / Pronom à la drôle de mine, tellement impersonnelle / Qu’il en perd son latin au fond des latrines ». Et j’y fais échos sur « Oxymore » : « Un système qui est la somme de nous-mêmes / De ce que l’on sème, on verra où ça nous mène ». Je pense que le monde dépend de chacun d’entre nous. Mais, quand on est dans ce côté impersonnel et que l’on dit tous « on, on, on, on », on se décharge, on se victimise et on se déresponsabilise.

J’aimerais que tu nous parles un peu d’une phrase du titre « Oxymore » : « Les plus belles roses poussent dans la merde, terreau fertile… »

RefletJonas Le premier exemple est le graffiti (dont je parle d’ailleurs dans le texte) et le hiphop. Regarde le fado, le flamenco, le blues et toutes ces musiques qui ont vraiment la niaque. Elles viennent du ghetto et des lieux où c’était la merde. Donc oui, les plus belles roses naissent dans la merde. Il y a des styles de musiques qui sont nés dans des milieux où l’argent était présent et que je trouve admirable. Mais il n’y a pas cette niaque, cette envie de vivre.

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Comment s’est passé la collaboration avec Gael Faye, Rox et Edgar Sekloka pour le titre « Comportement à Risque »?

Jonas On est pote depuis longtemps. On s’est rencontré à un atelier d’écriture il y a environ sept ans. Quand on les a entendu rapper, on s’est dit : « Wow, vous étiez où ?! Enfin des rappeurs qui assument qu’ils approchent la trentaine, qui peuvent avoir de la technique et des textes touchants ». On s’est senti moins seul. C’était un coup de cœur réciproque, la rencontre de nos frères de plume. Niveau fond, forme, c’est la famille. Pour moi, c’était évident de les inviter sur l’album. J’avais déjà commencé à écrire le titre et quand je leur ai envoyé il leur a tout de suite plus. On a composé le refrain en studio et on l’a gardé. En ce qui concerne le thème, c’est quelque chose que l’on a en commun : comment avancer à contre-courant (dans la société et dans le rap). J’ai été bluffé par leur performance.

D’un point de vue harmonique, c’est un album très riche avec des influences rock, jazz, orientales et des éléments plus expérimentaux comme sur « La Baleine ». Pour moi, le hiphop n’y figure que par suggestions…

Jonas Ce que j’ai gardé du hiphop, c’est le rap. Comme pour les frontières territoriales qui ne m’intéressent pas vraiment, les frontières du hiphop ne m’intéressent pas non plus.

Le tapis musical de cet album est construit de manière subtile et recherché. Quelle était ta volonté musicale première ?

Jonas Je voyais quelque chose de vraiment plus perché avec du violoncelle et pleins d’autres trucs. J’ai beaucoup été influencé par le titre « Be Brave » de My Brightest Diamond qui est l’un des meilleurs  morceaux que j’ai entendu ces dernières années. Finalement, on est revenu vers quelque chose de plus rap. Par contre, j’avais cette envie d’enregistrer tout les instruments en une prise et de reposer les voix après. On a fait des concerts avant d’enregistrer pour permettre aux musiciens de vraiment roder le truc et de s’approprier les morceaux. Pour moi, il fallait de bons textes mais également de la bonne musique.

Avec cet album, tu as posé des mots sur notre époque mais tu as aussi cherché des réponses. Tu comprends un mieux le monde qui t’entoure ?

Jonas Je ne pense pas avoir des réponses mais je pense poser des questions plus précises. Je pense que c’est important de garder des questions ouvertes et de ne pas s’arrêter. « Oxymore » parce que les choses ne sont pas telles que tu le penses. Ces gens qui votent UDC mais qui, sur certains points, sont des personnes magnifiques, ces leaders politiques de gauche qui se comportent comme des connards dans le privé. Dans le titre « Sur les toits », je parle de ce besoin d’aller là où je peux mieux voir les étoiles. Quand tu sors d’un concert, tout le monde est ton pote. Quand tu galères un peu, tu vois comment les gens se comportent avec toi. Chaque chose est vraiment une source d’apprentissage. Je pense qu’on est dans une société qui veut donner des réponses toutes faites. Il faut entrer dans des cases. Mais, on est pas dans une époque où il faut donner ce type d’explications. Il faut rester ouvert au questionnement. Ce disque est une invitation à réapprécier le monde pour ce qu’il est. Il y a aussi le deuil, le deuil de la désillusion. C’est pour cette raison que la pochette à un côté carte de condoléances. Il y a des choses qui meurent. Mais, quand cela arrive, d’autres choses naissent.

Le disque

Jonas, Oxymore (jonasmc.com Dist Irascible)
Jonas Oxymore Bandcamp

Live

Genève, Disco Club (en duo), 30 octobre 2015
Nyon, Usine à Gaz, le 7 novembre
Neuchâtel, Bar King, le 21 novembre
Delémont, SAS, le 4 décembre 2015
Fribourg, La Spirale, le 30 janvier 2016

Swiss autumn vibes

vinyle-musique-f15461T650-650x325Et hop, une petite playlist spotify qui met en avant quelques-unes des sorties les plus excitantes de l’automne. Rock, pop, jazz, rap, electro et même un remix en clôture: laissez-vous surprendre par cette sélection helvétique inédite.

 

Avec dans l’ordre:

  • Plaistow, “Mimas” extrait de l’album Titan
  • Evelinn Trouble, “Never Came around” extrait de l’album Arrowhead
  • Puts Marie, “Hecho en México”, extrait du EP Masoch II
  • Phall Fatale, “The Girls, the Beat” extrait de l’album Moonlit bang bang
  • La Gale, “Nouvelle Pandémie”, extrait de l’album Salem City Rockers
  • Grand Pianoramax, “A little more”, extrait du EP Big Easy avant la parution du nouvel album  du groupe Soundwave le 30 octobre
  • Verveine, “Premier” extrait du EP Antony
  • Aisha Devi, “Remix Mazdâ

Ecoutez, savourez et partagez!

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Record of the month (October): Evelinn Trouble “Arrowhead”

Unknown-1Comparisons are inevitable between Linnéa Racine (alias Evelinn Trouble) and her sister compatriots, Sophie Hunger and Anna Aaron. Swiss German warrior queens unconventionally reinventing their own style and vocabulary of the feminine musical idiom. Admittedly, Trouble is the most daring and dangerous of the lot. Starting out aged 16, her 4th LP ‘Arrowhead’ marks ten years of Trouble’s eclectic, defiant stance on the alternative Swiss music scene.

This is clearly NOT easy listening

Conceptually speaking, ’Arrowhead’ flies straight at you like a the sharp, piercing foreign body it suggests to be. An epically dark, dramatic work that lends itself perfectly to the term ‘rock poetry’. Based on the idea of a travelling performer hit in the middle of the forehead by a flying arrow at the airport en route to a gig, no time to have it removed, the show must go on. The nine tracks recount the torment, anguish and rebellion of the dreamlike state that Arrowhead is thrown into. « Like a chickenless head, living among the dead, run around with my arrow in my head, cannot get my head around where to be or where to go ». It’s an opus best appreciated with some context otherwise the oppressive, trippy, melancholic vibe might be at times too relentless for the listener. This is clearly NOT easy listening. Having the lyrics to hand, studying the Ziggy Stardust-inspired visuals and accepting the rock opera tendencies all help to glean the mesmerising scope of this project.

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“An orchestrated trip”

Recorded in four days at the Invada Studios in Bristol, there are flashes of Massive Attack spaciousness and Portishead introspective mournfulness. Joined by musicians Florian Götte (bass) and Domi Chansorn (drums and percussion), Evelinn Trouble wails, plays guitar and adds sound layers. There’s an angry intention behind most tracks, the production is haunting and echoey with clashing, crashing sounds symbolic of an urban anxiety dream. A trapped soul is desperate to get out, yet revolted by what it has to go back to. Mumbling, fumbling, pleading, screaming. As the press release states, « it’s an orchestrated trip ». Trouble’s restless spirit and powerful blues voice conveys this alarmingly well.

It makes sense to see the whole body of work as a journey

In conversation, she mentions her desire to make a ‘concept album’ rather like those heavy rock pieces of the 70s. « There are melodic motifs that reappear throughout ‘Arrowhead’, repeated symbolism in various tracks, so it makes sense to see the whole body of work as a journey. Everything came to me quite magically. I actually had the dream of the arrow getting stuck in my head. It came at a time when I was travelling around a lot like many musicians. I was in a constant state of confusion, no home base, no safety, the urban traveller lost in a sometimes dangerous environment. I guess this is the sentiment I’m trying to convey the most. Life is not nice and easy all the time. The arrow will eventually come out, or you just forget it’s there and you learn to live with it ».

Apart from touring the album this winter, Trouble will be performing in the Thom Luz production of ‘Unusual Weather Phenomena Project’ in Zurich. Seeing as the theatre is clearly a place she’s comfortable with, I look forward to seeing the stage production of ‘Arrowhead – The Rock Opera’ at some point in the future.

New LP
Evelinn Trouble, “Arrowhead”, Bakara Music

Forthcoming gigs:
16.10. Le Singe, Biel (CH)
17.10. Le Bateau Ivre, Mons (BE)
20.10. The Finsbury, London (UK)
21.10. Powerlunches, Dalston (UK)
22.10. Mother’s Ruin, Bristol (UK)
23.10. Shacklewell Arms, London (UK)
24.10. Mau Mau Bar, London (UK)
25.10. The Union Bar, Hastings (UK)
30.10. Moods, Zürich (CH)
31.10. Mokka, Thun (CH)

 

Plaistow present ‘Titan’

Photo: Mehdi Benkler
Photo: Mehdi Benkler
Plaistow set the bar high

Distilling their sound to its very essence, Plaistow have produced, Titan, a big statement from this piano trio led by Johann Bourquenez. With lofty track titles that have the double aspect of Saturn’s moons, and characters in Greek mythology, Plaistow set the bar high, but do they reach it?

They break their own spell

Very young children like to repeatedly bang a drum until you feel you want to punch them. Plaistow use a similar style with chords stabbed over and again, or single piano keys thumped, as in ‘Phoebe’ where Johann’s low notes are emphasised by Cyril Bondi’s simultaneous, single drum hits. This reiteration goes on, enforcing a sort of hypnosis, on both us and them, before – stop. They break their own spell with a sudden spin-around, taking a new direction in rhythm or melody. Plaistow are in control.

Subtle but malevolent bass strings

Often the beats don’t have any slack, or swing, although the deliberate rhythm-shifting and off-beats work well. ‘Kari’ starts with drama: a rattling snake of percussion, subtle but malevolent bass strings, and brushes of piano wire. Johann launches unapologetic, driving notes and with Cyril’s sparse drums, breaks the mood. There are movements in their compositions; each track becomes a surprising journey within itself.

A drone that cements the music

Cyril Bondi has upped his game with a few, assured themes. There are scuttling creatures, percussive bullet rounds and a cymbal-edge metal whine that’s particularly vital, a drone that cements the music to our ears. Vincent Ruiz’s bass is less confident, but within his subtlety there is a distinctive voice emerging, notably in ‘Pan’.

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In my interview with Johann last year he explained that Plaistow disguise themselves a jazz trio but are “filled with techno and noise walls”. The tension between these impulses is exciting. Titan is a few tracks too long for me, but Plaistow have avoided an arrogant album by embracing whatever emerged in their improvisations; a genuine range of emotion. Some of these noise walls are woven from elegant melodies; there are romantic glimmers and a veil of Middle Eastern texture.

The piano runs are disturbing and unhinged

As a student I was into Jean Cocteau’s work. He spoke of self-realisation requiring someone to close their eyes, let themselves be taken unawares and follow their dark angel… Bourquenez also follows his light, he taps into his subconscious and gives voice to what he finds. This music has a palpable artistic energy because of that.

In ‘Tethys’ the piano runs are disturbing and unhinged but have the opposite effect in ‘Daphnis’ where the music literally washes wounds with wave after soothing wave. It brings a lump to my throat. ‘Enceladus’ makes my skin crawl, the goosebumps hardening momentarily before the music seems to force open the heart. It feels almost religious, a simple but stunning piece. Much of the album’s impact is physical.

Maybe I’m reading too much into it, or being too personal, but when I first met Johann he looked like he smoked too much and drank too many dark espressos. For this album, he kicked smoking, cycled daily and swam in Lac Leman. Titan is like a discovery of the physical self and of the elation kids feel when they run, climb, roll or bang a drum over and over and over…

New record
Plaistow, ‘Titan’

Plaistow tour dates:
07.11 Jazz Festival, Berlin (DE)
09.11 Jazzdor, Strasbourg (FR)
27.11 Les Murs du Son, La Chaux-de-Fonds (CH)
04.12 Jazz Festival, Jerusalem (IL)
10.12 Paradox, Tilburg (NL)
12.12 State-X Festival, The Hague (NL)
13.12 Jazzdock, Prague (CZ)
22.12 Moods, Zürich (CH)
13.01 2016 Bee-Flat, Bern (CH)

Das unwiderstehliche neue Album „Octopus“ des Christoph Irniger Trios

Christoph Irniger_image_lowMit seinen 36 Jahren gehört der Saxofonist Christoph Irniger zur der Generation junger Jazzmusiker, denen buchstäblich die Welt gehört. Mag die frühe musikalische Prägung noch regional verortet sein, die Ausbildung und Arbeit im Jazz ist es heutzutage nicht mehr. Kommilitonen, Dozenten, Bands – der internationale Austausch ist vollkommen, ob in Paris, Boston, Berlin oder Zürich. Man hört das – auch bei Christoph Irniger.

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Vieles ist bei ihm eingeflossen durch den Unterricht bei Amerikanern wie David Friedman, Mark Turner oder Ari Hoenig, durch Aufenthalte in New York oder Berlin, durch die Arbeit mit Leuten wie Nasheet Waits, Dave Douglas, Nils Wogram, Max Frankl oder Claudio Puntin. Ein normaler Austausch für heutige Profi-Jazzer, trotzdem ist nicht selbstverständlich, was Irniger daraus entwickelt hat: einen eigenen Ton und eine typische Kompositionshaltung.

Spektakulär unaufgeregt

Beides ist wunderbar auf seinem neuen Trio-Album „Octopus“ (erschienen bei Intakt) zu bewundern. Schon den Opener „Air“ – der Titel hat nichts mit Bach oder Ähnlichem zu tun, er rekurriert auf die Luftzirkulation, wie sie ein Saxofonist besonders intensiv wahrnimmt – dominieren Irnigers ganz betont unaufgeregten, noch in stürmischen Passagen lyrischen, ungewöhnlich vibratolos gespielten Saxofonlinien. Stets sind melodische Elemente, vom minimalistischen Motiv bis zum ausgewachsenen Ohrwurm, die Basis von Irnigers Kompositionen.

Ihre oft nur rhythmische Variation und formale Entwicklung ist hier die große Kunst. So kann man sich trefflich darüber streiten, welches Stück am wunderbarsten mitreißenden Drive und unwiderstehliche Kraft aus seinen ganz schlichten Ausgangsmaterialien entwickelt. Das beboppig und mit federndem Schlagzeug startende „Dovescape“; das flinke „VGO“ mit seinen Quartenspielereien; oder doch das shuffelige „Blue Tips“, das mit seinen verzögerten, dann immer kurioser gefüllten Stops ebenso Spannung wie gute Laune aufbaut.

Eine echte working band

ChristophIrnigerTrio_213„Octopus“ ist nach „Gowanus Canal“ bereits das zweite Album dieses 2011 zusammengefundenen Trios. Irniger hatte in New York den israelischen Schlagzeuger Ziv Ravitz kennengelernt und sofort das Potential einer Zusammenarbeit entdeckt. Der 39-jährige liebt das perkussive, farbintensive Schlagzeugspiel, noch in den verwegensten polyrhythmischen Eskapaden bleibt er swingend. So ist er inzwischen einer der gefragtesten Drummer der New Yorker wie der internationalen Szene geworden, von den großen Alten bis zu den jungen Wilden. So spielt Ravitz unter anderem fest im Lee Konitz New Quartet, aber auch im Shai Maestro Trio, in der Yaron Herman Group oder bei Florian Webers Minsarah. Und eben in Christoph Irnigers Trio.

Der Bassist Raffaele Bossard wiederum war quasi gesetzt. Dem Heiri-Känzig-Schüler und Mitglied von Matthias Spillmans Mats-Up vertraut Irniger auch schon in seinem Quintett Pilgrim, bei dem es viel wilder zur Sache geht. Es handelt sich also hier in der Tat um eine working band mit drei gleich talentierten wie orientierten Mitgliedern, die bereits viel Zeit miteinander verbrecht hat. Und so ist jeder nicht nur befugt, sondern auch befähigt, eigene Akzente zu setzen. In besten Fall, etwa bei „Ocean Avenue“ oder „Cripple X“ gelingt es den dreien, dass jeder eine völlig eigene, aus dem Moment geborene Stimme spielt, die sich doch perfekt ergänzen. Mehr kann man von einem Jazztrio nicht verlangen. Irniger wird demnächst beweisen, dass das live mindestens so intensiv klingt wie auf Platte, er ist in den nächsten Monaten sowohl mit seinem Trio wie mit seinem Quintett auf Tour.

Neue Trio-Album

Christoph Irniger Trio: „Octopus“ (Intakt)

Live mit dem Trio

La Chaux-de-Fonds (CH), Le Mur du Son, am 4. Dez
Zurich (CH), Jazzclubs Moods, am 5.Dez

Weitere Konzerte: http://www.christophirniger.com/de/projects/trio/

Live mit Pilgrim

Frankfurt (D), Jazz Initiative, am 8. Okotber
Zurich (CH), Im Mehrspur, am 16.Okt
Altdorf (CH), Im Thater Uri, am 27.Oktober
Nordhausen (D), Cyriaci Kapelle, am 31. Oktober
Prag (CZ), Jazz Docks, am 1.November
Berlin (D), A Trane, am 3.November

Weitere Konzerte: http://www.christophirniger.com/de/projects/pilgrim/