Nik Baertsch’s Ronin @ The London Jazz Festival

©Martin Moell
©Martin Moell

This is Ronin’s first London gig since their latest recorded-in-concert ECM release simply entitled “LIVE”. New to this Swiss quartet, I had heard them described in terms such as ‘zen, meditative, minimalist and hypnotic’, and am hence expecting to quietly relax in my seat and possibly drift off into some pleasant la-la-land reverie. Fat chance.

Then comes the master’s cry

The opening number, a piece commissioned by the London Jazz Festival to celebrate their 21st edition, admittedly sets out the minimalist framework from which many of Nik Baertsch’s compositions emerge: a small sequence of notes played out repeatedly until an almost humming, vibrational plateau is reached. Then comes the shout – akin to a quantum leap – the master’s cry which signals the change in direction, and it’s never the direction you’re expecting. Enter the spikey-edged groove that creates an exciting synergie among the four musicians as the humming vibration is maintained but layered and combined with idiosyncratic funk-jazz rhythms. At once I understand the beguiling statement featured on the band’s press page: “creating the maximum effect by minimal means”. This is music that makes space within a limited space, yet manages to sound intense and massive. “From self-imposed restriction stems freedom” explains Nik on his website.

In between anything can happen
©Martin Moell
©Martin Moell

The twists and turns inside the strict aesthetic infrastructure are varied, unexpected and occasionally brutal. Tracks merge in and out of one another with liquid low-key starts and scary built-up endings; in between anything can happen. Just as you begin to think you’ve seized the pattern – bang! – here comes a sharp corner ushering in a brisk tempo change, a pregnant pause, an unexpected motive, an anti-pattern or perhaps just a slight percusiive tap on the inside of the piano. The yin and yang of tension and release are constant key elements, (brilliantly exemplified by a loud, almost orgasmic, gasp from an audience member during an unusually abrupt stop mid-flow in track 5). To quote a You Tube comment “It goes right in the body. Ronin can sometimes feel like a drug”, no snoozing on this risky rollercoaster, Nik himself describes his musical thinking as “ecstasy through asceticism”.

What’s clear though is that Nik is having fun…

A big engaging smile encourages the interlocking rhythms between him and his band members. There’s a lot of playfulness going on in the groove habitat despite the apparent strict code of conduct. Sha on the bass clarinet shuffles and whispers like a discreet background vocalist, yet is in fact unifying the electrical force field. Kaspar Rast on drums is raw and explosive when pushing outwards from the framework . Thomy Jordi on bass is the funk master from whom the mesmerising groove stems. This is a band that meets every Monday at 2pm in Zurich to play in a workshop environment open to all members of the public, so to assume that Ronin is a musical concept best appreciated by the brainy and pretentious is a total fallacy. Tonight’s audience is made up of novices as well as diehard fans, and both types leap to a rapturous standing ovation once released from the deliciously dramatic tension.

Nik Baertsch: piano, Fender Rhodes

Sha: bass clarinet, alto saxophone

Thomy Jordi: bass

Kaspar Rast: drums

Nik Baertsch’s Ronin played @ The London Jazz Festival (Kings Place), 23rd November 2013.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow), chapitre 6

Johann Bourquenez_autoportraitDernier chapitre du journal de Johann Bourquenez, pianiste et compositeur de Plaistow, qui était en tournée en Inde du 23 au 30 novembre. Pour les épisodes précédents, voir les liens ci-dessous:

 
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5

30 novembre 2013 – 11h20 – aéroport de Bangalore, puis dans l’avion

Tout s’est accéléré, on fait maintenant un concert par soir dans des villes différentes.

Jeudi soir, concert au Edward’s Theater à Mumbai. On est le premier groupe à jouer dans cet endroit depuis au moins 70 ans, la salle à été utilisée comme cinéma pendant longtemps. Très beau théâtre, avec deux étages, bleu et blanc, des petits couloirs pour aller dans les loges, un bon piano et plus de 500 personnes. On a fait un concert bien intense, une heure parce qu’on est en première partie de Erik Truffaz. Standing ovation. Puis on boit quelques verres de blanc dans la cour, et on bat notre record de vente de disque en Inde (37). On rentre en taxi. En quatre jours à Mumbai, j’y ai pris quelques habitudes et repères, on peut situer l’hôtel par rapport à Bandra et le Sea-Link…

IMG_4443Vendredi, départ le matin pour Bangalore. une heure et quelque de vol. Aéroport à plus d’une heure de l’hôtel, une petite route en bon état, qui traverse des petits bleds pleins de gens, de terre rouge, de poules, de vaches, de petites maisons, un singe traverse devant nous. Toujours la conduite au klaxon (qui définitivement, sert à annoncer sa présence, et non pas à signaler son mécontentement), des motos à droite et à gauche, des vélos…

On arrive dans un hôtel ultra-business, piscine à degrés et à eau affleurante, spa, baignoire, fauteuil tigré noir et blanc, ma chambre m’inspire un truc comme une version Bollywood de “2001 l’Odyssée de l’Espace”.

Concert dans un club privé, des gens venus parfois d’autres villes pour nous voir, et d’autres plus américano-français-expat-beauf-friqués, le même modèle qui vient aux concerts de l’AMR pour parler et qu’il faut souvent recadrer d’un petit: “Could you please talk soflty, some people here actually try to listen to the music.” Difficile et fatiguant. Mais on a bien joué, des versions plus longues de certains morceaux. On rentre avec le taxi de l’hôtel, et on fume une cigarette avec Shrini sur la terrasse déserte.

BouddhaNotre civilisation bat de l’aile, tout s’effrite et ça se sent, différemment à différents endroits. C’est une chose de le comprendre. C’en est une autre de l’accepter. On parle de cette idée que cette civilisation – celle-là, et toutes les  autres – ne nous appartient pas. Un peu de silence, on regarde par le balcon. On en vient à considérer chaque ville comme un animal, puis tout le réseau des villes et des constructions humaines comme une seule entité cybernétique. Quelque chose qui nous dépasse, avec lequel on est en symbiose. Sans s’en rendre compte, et même en se sentant important.

Le soir à Bangalore, l’air est plus frais qu’à Mumbai. C’est la Silicon Valley indienne, c’est ici que les entreprises occidentales délocalisent leur sale boulot informatique ou de gestion (du développement logiciel à la hotline.) c’est peut-être ici que Swiss airlines délocalise sa comptabilité…

Ce matin on refait la route de l’aéroport dans l’autre sens. Je sens que je n’ai vu que des villes, qu’il y a une campagne qui commence au bord de cette route, avec de la terre rouge, des poules et des citernes d’eau. Je passe “Catch a Fire” dans la voiture. Avec ce paysage, cet album ne fait pas son âge (40 ans). J’ai l’impression qu’on pourrait croiser les Beatles au hasard d’un carrefour. J’ai l’impression que l’inde s’en fout un peu de notre temps historique d’Occidentaux spectaculaires et pressés.

GoaOn va atterrir déjà. La pression me fait mal aux oreilles. J’ai le nez pris à cause de la climatisation. On arrive à Goa. Quel nom mythique. Je ne sais pas à quoi m’attendre. C’est le dernier concert de cette tournée.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 5

Chapitre 1: ici
Chapitre 2:
Chapitre 3: here
Chapitre 4: there

Jeudi 28 novembre, 9h30

Johann Bourquenez and Plaistow en balladeL’après-midi, je dors pendant le trajet en plein trafic dans la voiture de Shrini. C’est fou mais ça se me surprend déjà plus trop ce chaos. Il y a quelquefois où je sens que le surréalisto-mètre est dans le rouge (les croisements sans feu où tout le monde roule pare-chocs contre pare-chocs, les familles avec enfants qui traversent des triple voies au milieu des bus et des motos…)

Chez Shrini, je lis quelques paragraphes de Krishnamurti. En substance : se focaliser sur les résultats, ou sur l’expérience acquise, c’est la mort. La vie c’est l’action, pas le résultat. experiencING instead of experiencED. Et aussi : la discipline, la concentration, c’est réduire les possibilités, en choisissant un aspect de l’esprit au détriment d’un autre. La création, la découverte, ne peuvent apparaître que dans un esprit libre.

Bon concert au Bandra base, petit endroit “underground” (ou plutôt “indépendant”) ou Emma gère la programmation. Un bon piano droit qui tient la route, la plus petite grosse caisse du monde, une trentaine de personnes enthousiastes. Petite jam dub à la fin avec deux saxophonistes locaux. Le propriétaire est un Californien, la cinquantaine, il finit par un speech:”Please educate yourself about climate change. In 20 years this place will be under water.” C’est vrai que toute la ville est plate et au niveau de l’Océan, pas de digue ni rien.

On en parle un peu. On parle de nos voyages en avion. Il dit : “On le fait tous. On n’a pas le choix.” L’après-midi, Shrini disait : “Nous n’avons plus d’autre choix que de vivre dans le présent. Ça fait 40 ans que tout le monde vit dans le futur en croyant que ça ira mieux plus tard.”

IMG_3769Le soir on mange dans un restau chinois. Le Californien en question à étudié “quand il était jeune, c’est-à-dire il y a longtemps” les rythmes indiens et donne quelques explications sur le Tintal, compter avec les phalanges, décomposer les patterns en 3,4,5, etc. Quand je dis que je m’attendais à ce que la tradition musicale indienne soit plus présente: on ne l’entend pas, on n’en entend pas parler, ni dans la rue ni a la télé, on ne rencontre pas de musiciens qui jouent ça. Il me répond que, comme partout, les gens veulent ce que veut le voisin et ce qui est à la mode, ce qui est brillant et a du succès, c’est-à-dire, les conneries que j’ai vues à la télé.

Il dit aussi qu’on est un groupe qui réussit la synthèse d’éléments très différents, sans que ça soit parallèle ou anecdotique (Steve Reich + Dub + musique orientale + jazz + …) et qu’il n’avait jamais entendu ça.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 4

Chapitre 1: ici
Chapitre 2:
Chapitre 3: here

Mercredi 27 novembre – Mumbai – hôtel – 13h

Je perds le fil des jours – normal en tournée – je ne sais le jour et la date qu’en regardant sur mon ordi.

Lundi soir, on est sorti faire un tour des bars de Bandra avec Shrini. Il habite là. C’est le quartier des artistes et des resto pas trop chers. En Inde la bière standard c’est la KingFisher, et c’est bon.

Johann Bourquenez_gareMardi, on est parti à 10h de l’hôtel pour aller à South Bombay, le quartier plein de bâtiments victoriens et de touristes. On est resté quatre bonnes heures, entre le “India Gateway”, la station de train qui ressemble à une cathédrale, les marchés de rue et un petit atelier de photo au fond d’un couloir humide dans une vieille baraque.

Je transpire beaucoup, et je ne suis pas sur que le jus de canne a sucre est bien passé…

L’après-midi, workshop à la “True School of Music”, on joue 30 minutes puis on parle avec les étudiants, c’était intéressant pour tout le monde, on leur a parlé de nos façons de composer ensemble, des limites du rêve démocratique dans un groupe, de la diffusion sur internet ou pas. J’ai même parlé de mes exercices très lents et dit que ce qu’on aborde dans une école on peut mettre 10 ans à l’appliquer, parce que ça demande d’être disponible (ce qu’il m’est arrivé)

Rencontre avec les jeunes profs et ingé son, français, américain, anglo-indiens. On rencontre aussi Emma, qui a booké nos concerts et le workshop. Elle est là depuis dix ans (on peut dire qu’elle kiffe) et elle essaye de sortir de Mumbai 2 jours par mois sinon ça rend fou, surtout le bruit.

Un resto trop cher le soir. Puis j’ai passé une nuit de 11 heures à transpirer et à me sentir plutôt merdique.

J’ai regardé des clips à la télé et c’est horrible. Apologie de l’alcool, de la violence, des flingues, confusion entre sexe et amour, etc… Comme partout. Il y a un film qui sort le 29, Bullet Raja, une grosse prod bollywood, j’en ai vu 5 bandes annonces et les commentaires de la presse et des people.

Johann Bourquenez_sur les quaisCe matin ça va mieux. Certainement mon corps doit s’habituer au changement de climat de nourriture…J’ai fait un tour sur les “quais” à côté de l’hôtel, pris des photos. Il y a ce pont au dessus de l’océan qui va à Bandra, qui est énorme. L’air est épais et il fait bien chaud (30 degrés), je transpire tellement, et je ne sèche pas après la douche.

On repart à 14h, ce soir on joue dans un club, on rencontre des musiciens locaux, et demain on fait la première partie de Erik Truffaz au Edward’s Theater.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 3

Chapitre 1: ici
Chapitre 2:

Lundi 25 novembre – 16h50 – Mumbai, hôtel.

Ça devient plus difficile d’écrire, en français et à chaud.

Mumbai (Bombay) c’est 20 millions d’habitants avec une densité de 10.000 hab/km2 (la même que Genève !). C’est dense. Il se passe toujours quelque chose. Un genre de paradis du photographe… Mais je ne fais pas beaucoup de photos, je préfère rester disponible aux moments qui passent.

Hier concert dans un joli club – terrasse, un public plutôt friqué en train de boire des coups l’après-midi, pas vraiment attentif ni intéressé par nos trucs métaphysiques qui demandent d’être à l’écoute. On a fait deux sets.

Dans la nuit d’avant Shrini a écrit, dans la suite de notre conversation, un bon article sur notre concert de Hyderabad. Je poste ça sur facebook…

Que faire avec Facebook, que faire avec le pétrole… Impossible de s’en passer pour vivre dans ce moment bizarre de l’humanité ?

Le soir on boit quelques bières et je parle avec Shrini de la fin de mes années à Toulouse, l’Espagne, le désert, le restaurant, la chine… Je m’entends lui dire un truc d’inspiration franchement bouddhiste : “On prend nos projections et nos interprétations du réel pour la réalité, on croit que c’est du solide, et en fait c’est une illusion, ça ne résiste pas à un changement de point de vue, à certaines expériences.”.

On est rentré en rickshaw, à quatre sur la banquette arrière.

Sommeil difficile, il fait chaud, je flippe un peu de toutes ces maladies tropicales potentielles – on s’est tous fait vacciner avant de partir – je me couvre d’anti-moustique. On entend des rires depuis la terrasse en bas, et après, régulièrement, la sirène des trains. Je m’imagine qu’il en va des trains comme des voitures ici, il faut faire sa place dans le trafic…

Je rêve beaucoup, de tout en même temps, et je ne me rappelle pas de beaucoup de chose en me réveillant.

Aujourd’hui, sur la route entre Pune et Mumbai (4 heures de voiture, avec un bon chauffeur qui ne nous terrorise pas. Je peux même dormir un peu), des paysages magnifiques, des collines, il y a un genre d’herbe jaune et haute qui recouvre tout, même les toits des maisons pas entretenues ou à l’abandon. Les camions sont décorés comme au Moyen-Orient, pleins de couleurs et de dessins. Il y a cette inscription qui revient souvent sur la face arrière et que je ne suis pas sûr de comprendre: “HORN OK PLEASE”. Je comprends beaucoup mieux: “PLEASE KEEP DISTANCE”. Toujours ce trafic incroyable. Il fait chaud.

Il y a des perroquets sur le fil électrique qui passe devant ma fenêtre, on entend des cris d’oiseaux inconnus, et on voit un peu l’océan qu’on a longé en arrivant.

Sur les sets de table du restaurant, des photos de Mumbai à la fin du XIXè siècle. Dans les légendes, des noms d’officiers de police et de gouverneurs anglais qui font plutôt flipper. Et puis ce truc de la modernité, les trams, les voitures, des chevaux et des façades, toutes les villes occidentales ou d’anciennes colonies se ressemblent beaucoup à ce niveau-là. Ça fait un genre de point commun entre Mumbai et Gaillard !

Je m’entraîne à dire oui en hochant la tête de droite à gauche. Et comme je me dis que cette façon de dire “oui” est la même – d’un point de vue “physio-social” – que d’exprimer un rythme, je m’entraîne à groover “à l’indienne”, en hochant la tête sur les côtés plutôt que d’avant en arrière, et c’est pas facile…

Les Indiens sont souriants, et les conversations vont rapidement sur des sujets comme “comment être heureux”. C’est peut-être une clé pour comprendre l’engouement des occidentaux qui adôôôrent l’inde ? Chez nous on est beaucoup plus cynique.

Il y a aussi ces énormes structures de panneaux de publicité à l’abandon, rouillés, qui symbolisent quelque chose d’assez monstrueux. Parfois il y en a un avec une nana dans une piscine, pour vendre un appart de luxe dans une nouvelle résidence ou un téléphone, et c’est encore pire.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 2

Si vous avez raté le chapitre 1, c’est par là!

Dimanche 24 novembre – 10 h – dans l’avion de Hyderabad à Pune

300 personnes au concert de Hyderabad hier, piano droit qui ne tenait pas l’accord au fur et à mesure du concert, Cyril sur un stand de batterie, standing ovation après un concert de 1h30, on signe des autographes et on pose pour les photos…

Discussion intéressante autour d’une bière a l’hôtel à propos de la différence entre l’intensité des concerts et ce qu’on arrive a canaliser sur les disques et les vidéos. Shrini dit, comme beaucoup d’autres, qu’il ne s’attendait pas a ce niveau de quasi transe, ni à voir le public – plutôt conservateur selon lui qui est né dans cette ville – autant réceptif et touché.

Ce matin petit déj excellent, potage de légumes, petites crêpes… Je suis aussi allé au gymnasium transpirer un peu.

Puis taxi pour l’aéroport, toujours cette circulation chaotique. Mais en fait, qui est le plus stressé entre un conducteur genevois et un indien ? Il n’est pas rare par exemple qu’un automobiliste a Genève ACCELERE quand un piéton essaye de passer au rouge, alors qu’ici où tout le monde essaye de passer et klaxonne tout le temps, il semble qu’il n’y ait pas la même expression dangereuse de frustration.

A propos du non port de casque en moto et scooter, on se dit que c’est pour ne pas avoir l’air d’une poule mouillée.

On se demande aussi comment on passe son permis de conduire ici, et à quel moment la police arrête une voiture ou une moto, qu’est-ce qui est vraiment interdit. Shrini dit en plaisantant : “This is true democracy, people really do what they want.”

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 1

Johann Bourrquenez ©Alex Naselenko
Johann Bourrquenez ©Alex Naselenko

Du 23 au 30 novembre, Johann Bourquenez, Cyril Bondi et Vincent Ruiz sont en Inde pour y donner six concerts avec leur trio préféré, Plaistow. Le pianiste Johann Bourquenez se prête au jeu du journal de bord. A lire en écoutant ou en réécoutant (puisqu’on ne peut pas se téléporter en Inde) l’excellent dernier opus du groupe, “Citadelle” (lien soundcloud au bas de l’article). Première halte à:

Samedi 23 nov – 11h10 – Hyderabad

Nous sommes arrivés hier a Mumbai, vers 1h du matin. un taxi de l’hôtel nous attend comme prévu. Concert de klaxons dès le parking. Circulation assez intense même à cette heure de la nuit. Il fait 15 degrés et l’air est plutôt épais et chargé d’odeurs chaudes.

On dort vite fait 3 petites heures, tous dans la même chambre qui sent la naphtaline. A 5h30, Shrinivas (Shrini) arrive a l’hôtel et nous repartons à l’aéroport pour Hyderabad, première ville ou nous jouons. Shrini sera notre tour manager pendant toute la tournée, c’est la première fois que nous sommes accompagnés tout le temps. Quelques security check, on me dévalise mes deux briquets. Arrivée a Hyderabad, trajet de 30 minutes pour l’hôtel, cette fois un hôtel plutôt business class.

Pendant le trajet, des squelettes d’immeubles pas finis avec leurs échafaudages de bambou, au milieu d’autres immeubles habités, parfois un peu des deux, l’autoroute suspendue qui traverse tout à 10 mètres du sol, des collines en pierres rouge empilées comme par un géant, une circulation dense où tout le monde klaxonne tout le temps. Il pleut un peu. Il fait 20 degrés. Je tue un tout petit moustique dans la voiture. Des motos qui doublent n’importe ou avec trois personnes sans casque, des gens qui traversent la route au milieu de nulle part. Un quartier pauvre juste avant d’arriver. Il y en a un juste à côté de l’aéroport de Mumbai, on voit les baraques par le hublot de l’avion qui décolle.

On mange un peu, je n’ai pas faim alors que tout a l’air très bon, j’ai l’impression d’entendre un choeur d’Européens en train de dire: “Ah, j’adore l’Inde, c’est incroyable, et puis la bouffe c’est incomparable, etc…” puis on a une sieste jusqu’à 15 heures, puis repas, puis soundcheck à 16, puis repas, puis concert à 19h30. Ce soir on est le seul groupe. Je fume une cigarette devant l’hôtel en regardant et en écoutant la rue, puis les peintures sur les murs. Tout est dense, pourtant c’est une “petite” ville ici, l’air, les sons. Je manque un peu de sommeil et me sens flottant.
J’écris ça. Je n’ai pas encore pris de photo. C’est pas pareil d’écrire. expérience…
Il est 15h30 je vais dormir un peu.

[soundcloud url=”https://api.soundcloud.com/playlists/4927971″ width=”100%” height=”450″ iframe=”true” /]

Elina Duni Quartet @ the London Jazz Festival

BaO_DuniYou physically feel the power of Elina’s cry

Elina Duni is a storyteller and from the moment her first ever London concert began she unapologetically took us, barefoot, from the Queen Elizabeth Hall into the forests and mountains of Eastern Europe. And into a culture of stirring tales of family bonds, passionate love, loss and longing. You physically feel the power of Elina’s cry, the emotional quivering of the Balkan vibrato and resonance of the words (even though most of us didn’t know the language) and along with her quartet she held the audience rapt

“The magical part is what’s happening between us, our interplay”

Elina’s lifeblood is both the folk music of her birthplace, Albania, and improvised music. “The magical part is what’s happening between us, our interplay,” she explained to me and over the nine years they’ve played together they’ve evolved ways to hold Elina’s stories (two were traditional songs passed to her by grandparents) without crushing them under the weight of jazz improv or, more to the point, not being eclipsed by them and Elina’s charisma. In The Girl of the Waves Elina’s ethereal vocal sounded as if it was floating on the wind, being carried to the bird that the girl is questioning about her missing lover. Colin Vallon’s piano felt like the bird’s reply, sweet yet with edgy minor keys to hint at tragedy.

“The earth beneath us”

Elina Duni_PF2I have to admit I was entranced by Colin’s imagination; he is a potent voice and I want to check his own trio now. At times he played with such melancholy it broke my heart, then in a moment, flashed his anger or became cold, like ice cubes dropping into Elina’s blood-red cocktail, cracking and clinking, changing the temperature. He used various techniques to physically alter the piano, deadening the resonance or twisting the keys into cimbalom-like notes, revealing a Balkan soul whilst never breaking the spiritual thread of jazz.

The drumming of Norbert Pfammatter was sensitive and swinging. He made every beat count and at a pace that clearly said, ‘I’m taking my time, got a problem with that?’ He used bundles of thin sticks to create an effect between brushing and drumming and exuded a yin quality: soft but dark, tapping out a funereal rhythm or taking us into a tribal trance. The double bass of Patrice Moret stayed warm and solid, ‘The earth beneath us,’ as Elina described it.

Albanian blues

A rendition of Nënë Moj, a son sorrowfully telling his mother he must leave to his homeland to work, was a highlight. Elina described it as Albanian blues and it’s the flavour of the quartet’s next album. If it’s half as thrilling as their performance it will blow your socks off. I did want to hear a wider range of sounds and ideas but admittedly it was a short set. I think it will be vital for the quartet to establish the breadth of their creativity in the future. After the gig finished, I heard a woman behind me say, “You can feel the root, the tradition and that’s what she is.” I would add that Elina is genuine, humble and only at the start of exploring her full compelling potential.

 

Elina Duni played @The London Jazz Festival (Southbank), 19 November, 2013.

Next concerts:

23.11. 2013, München (DE), Unterfarht
06.12. 2013 Fribourg, La Spirale (Elina Duni & Bessa Myftiu, lecture-chant)
25.12. 2013 Bern (CH), Bee-Flat, Elina Duni & Colin Vallon
05.01.2014 Toulouse (FR), salle Nougaro
16.01.2014 Paris-Pantin (FR), Festival Banlieues Bleues, la Dynamo
17.01.2014 Auray (FR), Centre Culturel Athena

Reverend Beat-Man @London, Buffalo Bar

REVEREND-NUN2One guitar („Fifty bucks.“), one amplifier („fifty bucks.“), one speaker („fifty bucks.“), and one bass drum („from the trash.“) is all that Beat Zeller, aka the Reverend Beat-Man, has ever needed to travel the world. And travelled the world he has! Starting off a quarter of a century ago from Berne he has been highly resourceful in plugging his mad, bad and extremely entertaining brand of Rockabilly into an international network of likeminded folks, and building up a global roster of artists for his fabulous Voodoo Rhythm Records label in the process.

Live, the genial Reverend turns into a berserk monster

REVEREND-LEG1He delivers  his absurdist multi-sexual lyrics in a primordial howl that is part animal lust, post-coital sorrow, and part comedy. Driving himself forward with an incessantly rattling bass drum and occasionally permitting himself a Dylanesque wail on the harmonica, he is a truly unique performer. In this rivetting performance in front of a sizeable and highly appreciative crowd in one of the most enjoyable small venues in London he manages to burn not one but two amplifiers in one performance. Ace!

 

Reverend Beat-Man played London, Buffalo Bar, Sunday, 17 November 2013

Reverend Beat-Man @London, Buffalo Bar

REVEREND-NUN2Eine Gitarre („fünzig Bucks.“), ein Verstärker („fünfzig Bucks.“), ein Lautsprecher („fünfzig Bucks.“) und eine Bassdrum („aus dem Abfall.“) ist alles was Beat Zeller, alias Reverend Beat-Man, je gebraucht hat, um in die Welt hinaus zu kommen. Vor einem Vierteljahrhundert fing der Berner an, mit seinem anarchistischen und höchst unterhaltsamen Rockabilly ein internationales Netzwerk von Gleichgesinnten zu erkunden. Gleichzeitig baute er eine globale Künstlerliiste für sein eigenes Plattenlabel Voodoo Rhythm Records auf.

Auf der Bühne verwandelt sich der joviale Reverend in einen Berserker

REVEREND-LEG1Seine absurden, multi-sexuellen Lyrics stösst er in einer Art Urschrei aus, der teils tierische Lust, teils post-koitale Melancholie und teils pure Komödie markiert.  Mittels unablässig ratternder Bassdrum tribt er sich vorwärts, er gönnt sich zuweilen einen Dylanesken Stossseufzer auf der Harmonika und ist rundum ein Original. Bei seinem packenden Auftritt vor einem dankbaren Publikum in einem der vergnüglichsten kleineren Musikvenues in London schafft er es, nicht nur einen, sondern zwei Verstärker zu ruinieren. Klasse!