Jonas à bâtons rompus

Portrait2Presque dix ans se sont écoulés depuis son premier album, « Bagages ». Pourtant, la plume du rappeur genevois Jonas n’a pas perdu sa verve. Une plume qui se dévoile aujourd’hui à travers un nouvel album sobrement intitulé « Oxymore ». Une plume précise, où chaque mot est réfléchi et prononcé avec minutie. Une plume qui manie avec tact des thèmes comme l’homosexualité, les dérives du commerce de cacao et de l’esclavage qui en découle ou encore le deuil. Réelle explosion de saveurs musicales, « Oxymore » s’émancipe des contours du hiphop pour exporter le rap de Jonas sur des harmonies voyageuses, entre rock et jazz, orient et sonorités expérimentales. Rencontre.

Peux-tu nous expliquer le choix du titre de ton album, « Oxymore » ?

Jonas Lors de la période de vie où j’ai composé cet album, je ressentais beaucoup de tiraillements intérieurs. J’avais l’impression que chaque position que l’on a, chaque chose que l’on fait, charrie son contraire. Chaque fois que l’on fait quelque chose, on attire son opposé. Cela montre également que tout est un tout. Ces tiraillements intérieurs se retrouvent dans chaque texte. Un oxymore est une figure de style qui rassemble deux termes a priori contradictoires.

Qu’est-ce qui t’a donné le déclic de reprendre la plume, près de dix ans après ton premier album ?

Jonas Je n’avais plus rien à dire. J’ai tout quitté lors de l’enregistrement d’un disque avec le Taxi Brousse Orchestra et l’inspiration n’était plus là. Puis, petit à petit, les choses se sont remisent en place et le besoin de parler et de remonter sur scène sont revenus. Mon épouse m’a alors conseillé d’aller voir le pianiste Maël Godinat. Ensemble, on a commencé à composer des morceaux. Il a signé un peu près la moitié des compositions de l’album. Maintenant j’ai un groupe avec Mathieu Kracher (guitare), Maxence Sibille (batterie), Christophe Chambet (contrebasse) et Cédric Schaerer qui a remplacé Maël (piano).

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Le titre « Génération » donne l’impression d’autobiographie tapissée de critiques de notre société. On sent un basculement dans le texte et dans la musique, juste avant ton couplet sur les années 2000. Mise à part le contexte international de cette époque, est-ce que cela a aussi été, pour toi, un basculement ?

studio3Jonas « Génération » est composé de quatre couplets dédiés à des périodes de vies différentes.  Mais, toute cette période de politique islamophobe, d’hégémonie des USA sur le reste du monde avec l’Europe qui se cache dessous a provoqué des questionnements. Je trouve toujours bizarre de penser qu’on arrive à faire tomber des tours avec des avions sans charges explosives et de retrouver un passeport saoudien dans les décombres. Cela m’a poussé à me renseigner et à user de mon esprit critique. J’ai l’impression que c’est travail insidieux qui vise à amplifier toute cette haine contre les musulmans. Il y a vraiment cette scission dans le monde. Je suis récemment allé au Mali et en revenant on m’a questionné car ce pays est considéré comme terroriste. Au bout d’un moment, on ne sait plus ce qui est terroriste et ce qui ne l’est pas. Si on regarde l’histoire, les résistants face à l’Allemagne nazi étaient considérés comme des terroristes. Si on reprend la définition de la terreur, tout le monde s’y retrouve. Tout est noir ou blanc. Tu es chrétien ou tu ne l’es pas. T’es un noir, t’es un blanc. Ce basculement dans le texte et la musique est peut-être aussi dû au fait que c’est une période où tu commences à devenir vraiment indépendant, à t’assumer seul. Après, ce n’est pas qu’une critique contre la société. C’est une autobiographie qui parle aux gens. Les gens qui ont vécu à la même période que moi, se reconnaissent. C’était une façon de recontextualiser le lieu d’où je viens au travers de références genevoises et parisiennes avec mes vinyles achetés à Tikaret. Je parle aussi de l’arrivé des roms à Genève, de l’arrivé des identitaires. A mon adolescence, tout cela n’était pas présent.

Qui se cache derrière la « Rose des Sables » ?

Jonas C’est un petit homosexuel que j’ai rencontré à Nouakchott (Mauritanie). On était sur un festival de rap où je donnais un atelier d’écriture. Un jeune est venu me voir pour me poser une question. Je m’attendais à ce qu’il me demande comment est la vie en Europe. Mais, il a commencé à me poser des questions sur l’homosexualité. J’ai trouvé cela vraiment touchant. Au bout d’une demi-heure, sentant qu’il pouvait me faire confiance et que je n’allais pas en parler ou le juger, il m’a annoncé qu’il était homosexuel. « Rose » car c’est la couleur qu’on attribue aux homosexuels et « sable » parce que là-bas il n’y a pas de goudron mais du sable partout. Je trouvais que c’était une jolie figure de style pour parler de lui. Son histoire était vraiment touchante car l’homosexualité est très difficile à vivre là-bas. C’est quelque chose de mal vu, que l’on condamne et qui est aussi considéré comme une « maladie » importé en Afrique par les blancs. Là, on parle d’un homosexuel en pays musulman, mais tu peux aussi transposer cette discrimination à un musulman dans un pays islamophobe, à celle d’un jeune juif en 39/45. C’est une question de minorité. Cette rencontre a été un vrai cadeau de la vie et m’a donné envie de parler de son histoire.

Sur le titre « On », tu tires un portrait assez décourageant de notre monde et tu demandes même si cette situation n’est pas de notre faute. Penses-tu qu’on puisse encore changer les choses ?

Jonas Dans « On », j’ai choisi d’utiliser le pronom impersonnel. Des fois je dis, « on nous fait ça » et d’autres fois « on subit ça ». Ce que je trouve intéressant avec le « on », c’est que desfois c’est nous et des fois c’est eux. On ne sait pas qui c’est. Je voulais dire que tout le monde participe. Il y a ce côté où tout le monde se plaint. On a tous un côté Oxymore, on subit tous des choses du système mais, en même temps, on y participe tous. A la fin du titre je questionne même sur l’identité de ce « on » : « C’est qui ce On, ce con, serait-ce moi au final / La farce, le dindon, en phase terminale / Pronom à la drôle de mine, tellement impersonnelle / Qu’il en perd son latin au fond des latrines ». Et j’y fais échos sur « Oxymore » : « Un système qui est la somme de nous-mêmes / De ce que l’on sème, on verra où ça nous mène ». Je pense que le monde dépend de chacun d’entre nous. Mais, quand on est dans ce côté impersonnel et que l’on dit tous « on, on, on, on », on se décharge, on se victimise et on se déresponsabilise.

J’aimerais que tu nous parles un peu d’une phrase du titre « Oxymore » : « Les plus belles roses poussent dans la merde, terreau fertile… »

RefletJonas Le premier exemple est le graffiti (dont je parle d’ailleurs dans le texte) et le hiphop. Regarde le fado, le flamenco, le blues et toutes ces musiques qui ont vraiment la niaque. Elles viennent du ghetto et des lieux où c’était la merde. Donc oui, les plus belles roses naissent dans la merde. Il y a des styles de musiques qui sont nés dans des milieux où l’argent était présent et que je trouve admirable. Mais il n’y a pas cette niaque, cette envie de vivre.

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Comment s’est passé la collaboration avec Gael Faye, Rox et Edgar Sekloka pour le titre « Comportement à Risque »?

Jonas On est pote depuis longtemps. On s’est rencontré à un atelier d’écriture il y a environ sept ans. Quand on les a entendu rapper, on s’est dit : « Wow, vous étiez où ?! Enfin des rappeurs qui assument qu’ils approchent la trentaine, qui peuvent avoir de la technique et des textes touchants ». On s’est senti moins seul. C’était un coup de cœur réciproque, la rencontre de nos frères de plume. Niveau fond, forme, c’est la famille. Pour moi, c’était évident de les inviter sur l’album. J’avais déjà commencé à écrire le titre et quand je leur ai envoyé il leur a tout de suite plus. On a composé le refrain en studio et on l’a gardé. En ce qui concerne le thème, c’est quelque chose que l’on a en commun : comment avancer à contre-courant (dans la société et dans le rap). J’ai été bluffé par leur performance.

D’un point de vue harmonique, c’est un album très riche avec des influences rock, jazz, orientales et des éléments plus expérimentaux comme sur « La Baleine ». Pour moi, le hiphop n’y figure que par suggestions…

Jonas Ce que j’ai gardé du hiphop, c’est le rap. Comme pour les frontières territoriales qui ne m’intéressent pas vraiment, les frontières du hiphop ne m’intéressent pas non plus.

Le tapis musical de cet album est construit de manière subtile et recherché. Quelle était ta volonté musicale première ?

Jonas Je voyais quelque chose de vraiment plus perché avec du violoncelle et pleins d’autres trucs. J’ai beaucoup été influencé par le titre « Be Brave » de My Brightest Diamond qui est l’un des meilleurs  morceaux que j’ai entendu ces dernières années. Finalement, on est revenu vers quelque chose de plus rap. Par contre, j’avais cette envie d’enregistrer tout les instruments en une prise et de reposer les voix après. On a fait des concerts avant d’enregistrer pour permettre aux musiciens de vraiment roder le truc et de s’approprier les morceaux. Pour moi, il fallait de bons textes mais également de la bonne musique.

Avec cet album, tu as posé des mots sur notre époque mais tu as aussi cherché des réponses. Tu comprends un mieux le monde qui t’entoure ?

Jonas Je ne pense pas avoir des réponses mais je pense poser des questions plus précises. Je pense que c’est important de garder des questions ouvertes et de ne pas s’arrêter. « Oxymore » parce que les choses ne sont pas telles que tu le penses. Ces gens qui votent UDC mais qui, sur certains points, sont des personnes magnifiques, ces leaders politiques de gauche qui se comportent comme des connards dans le privé. Dans le titre « Sur les toits », je parle de ce besoin d’aller là où je peux mieux voir les étoiles. Quand tu sors d’un concert, tout le monde est ton pote. Quand tu galères un peu, tu vois comment les gens se comportent avec toi. Chaque chose est vraiment une source d’apprentissage. Je pense qu’on est dans une société qui veut donner des réponses toutes faites. Il faut entrer dans des cases. Mais, on est pas dans une époque où il faut donner ce type d’explications. Il faut rester ouvert au questionnement. Ce disque est une invitation à réapprécier le monde pour ce qu’il est. Il y a aussi le deuil, le deuil de la désillusion. C’est pour cette raison que la pochette à un côté carte de condoléances. Il y a des choses qui meurent. Mais, quand cela arrive, d’autres choses naissent.

Le disque

Jonas, Oxymore (jonasmc.com Dist Irascible)
Jonas Oxymore Bandcamp

Live

Genève, Disco Club (en duo), 30 octobre 2015
Nyon, Usine à Gaz, le 7 novembre
Neuchâtel, Bar King, le 21 novembre
Delémont, SAS, le 4 décembre 2015
Fribourg, La Spirale, le 30 janvier 2016

Swiss autumn vibes

vinyle-musique-f15461T650-650x325Et hop, une petite playlist spotify qui met en avant quelques-unes des sorties les plus excitantes de l’automne. Rock, pop, jazz, rap, electro et même un remix en clôture: laissez-vous surprendre par cette sélection helvétique inédite.

 

Avec dans l’ordre:

  • Plaistow, “Mimas” extrait de l’album Titan
  • Evelinn Trouble, “Never Came around” extrait de l’album Arrowhead
  • Puts Marie, “Hecho en México”, extrait du EP Masoch II
  • Phall Fatale, “The Girls, the Beat” extrait de l’album Moonlit bang bang
  • La Gale, “Nouvelle Pandémie”, extrait de l’album Salem City Rockers
  • Grand Pianoramax, “A little more”, extrait du EP Big Easy avant la parution du nouvel album  du groupe Soundwave le 30 octobre
  • Verveine, “Premier” extrait du EP Antony
  • Aisha Devi, “Remix Mazdâ

Ecoutez, savourez et partagez!

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Record of the month (October): Evelinn Trouble “Arrowhead”

Unknown-1Comparisons are inevitable between Linnéa Racine (alias Evelinn Trouble) and her sister compatriots, Sophie Hunger and Anna Aaron. Swiss German warrior queens unconventionally reinventing their own style and vocabulary of the feminine musical idiom. Admittedly, Trouble is the most daring and dangerous of the lot. Starting out aged 16, her 4th LP ‘Arrowhead’ marks ten years of Trouble’s eclectic, defiant stance on the alternative Swiss music scene.

This is clearly NOT easy listening

Conceptually speaking, ’Arrowhead’ flies straight at you like a the sharp, piercing foreign body it suggests to be. An epically dark, dramatic work that lends itself perfectly to the term ‘rock poetry’. Based on the idea of a travelling performer hit in the middle of the forehead by a flying arrow at the airport en route to a gig, no time to have it removed, the show must go on. The nine tracks recount the torment, anguish and rebellion of the dreamlike state that Arrowhead is thrown into. « Like a chickenless head, living among the dead, run around with my arrow in my head, cannot get my head around where to be or where to go ». It’s an opus best appreciated with some context otherwise the oppressive, trippy, melancholic vibe might be at times too relentless for the listener. This is clearly NOT easy listening. Having the lyrics to hand, studying the Ziggy Stardust-inspired visuals and accepting the rock opera tendencies all help to glean the mesmerising scope of this project.

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“An orchestrated trip”

Recorded in four days at the Invada Studios in Bristol, there are flashes of Massive Attack spaciousness and Portishead introspective mournfulness. Joined by musicians Florian Götte (bass) and Domi Chansorn (drums and percussion), Evelinn Trouble wails, plays guitar and adds sound layers. There’s an angry intention behind most tracks, the production is haunting and echoey with clashing, crashing sounds symbolic of an urban anxiety dream. A trapped soul is desperate to get out, yet revolted by what it has to go back to. Mumbling, fumbling, pleading, screaming. As the press release states, « it’s an orchestrated trip ». Trouble’s restless spirit and powerful blues voice conveys this alarmingly well.

It makes sense to see the whole body of work as a journey

In conversation, she mentions her desire to make a ‘concept album’ rather like those heavy rock pieces of the 70s. « There are melodic motifs that reappear throughout ‘Arrowhead’, repeated symbolism in various tracks, so it makes sense to see the whole body of work as a journey. Everything came to me quite magically. I actually had the dream of the arrow getting stuck in my head. It came at a time when I was travelling around a lot like many musicians. I was in a constant state of confusion, no home base, no safety, the urban traveller lost in a sometimes dangerous environment. I guess this is the sentiment I’m trying to convey the most. Life is not nice and easy all the time. The arrow will eventually come out, or you just forget it’s there and you learn to live with it ».

Apart from touring the album this winter, Trouble will be performing in the Thom Luz production of ‘Unusual Weather Phenomena Project’ in Zurich. Seeing as the theatre is clearly a place she’s comfortable with, I look forward to seeing the stage production of ‘Arrowhead – The Rock Opera’ at some point in the future.

New LP
Evelinn Trouble, “Arrowhead”, Bakara Music

Forthcoming gigs:
16.10. Le Singe, Biel (CH)
17.10. Le Bateau Ivre, Mons (BE)
20.10. The Finsbury, London (UK)
21.10. Powerlunches, Dalston (UK)
22.10. Mother’s Ruin, Bristol (UK)
23.10. Shacklewell Arms, London (UK)
24.10. Mau Mau Bar, London (UK)
25.10. The Union Bar, Hastings (UK)
30.10. Moods, Zürich (CH)
31.10. Mokka, Thun (CH)

 

Plaistow present ‘Titan’

Photo: Mehdi Benkler
Photo: Mehdi Benkler
Plaistow set the bar high

Distilling their sound to its very essence, Plaistow have produced, Titan, a big statement from this piano trio led by Johann Bourquenez. With lofty track titles that have the double aspect of Saturn’s moons, and characters in Greek mythology, Plaistow set the bar high, but do they reach it?

They break their own spell

Very young children like to repeatedly bang a drum until you feel you want to punch them. Plaistow use a similar style with chords stabbed over and again, or single piano keys thumped, as in ‘Phoebe’ where Johann’s low notes are emphasised by Cyril Bondi’s simultaneous, single drum hits. This reiteration goes on, enforcing a sort of hypnosis, on both us and them, before – stop. They break their own spell with a sudden spin-around, taking a new direction in rhythm or melody. Plaistow are in control.

Subtle but malevolent bass strings

Often the beats don’t have any slack, or swing, although the deliberate rhythm-shifting and off-beats work well. ‘Kari’ starts with drama: a rattling snake of percussion, subtle but malevolent bass strings, and brushes of piano wire. Johann launches unapologetic, driving notes and with Cyril’s sparse drums, breaks the mood. There are movements in their compositions; each track becomes a surprising journey within itself.

A drone that cements the music

Cyril Bondi has upped his game with a few, assured themes. There are scuttling creatures, percussive bullet rounds and a cymbal-edge metal whine that’s particularly vital, a drone that cements the music to our ears. Vincent Ruiz’s bass is less confident, but within his subtlety there is a distinctive voice emerging, notably in ‘Pan’.

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In my interview with Johann last year he explained that Plaistow disguise themselves a jazz trio but are “filled with techno and noise walls”. The tension between these impulses is exciting. Titan is a few tracks too long for me, but Plaistow have avoided an arrogant album by embracing whatever emerged in their improvisations; a genuine range of emotion. Some of these noise walls are woven from elegant melodies; there are romantic glimmers and a veil of Middle Eastern texture.

The piano runs are disturbing and unhinged

As a student I was into Jean Cocteau’s work. He spoke of self-realisation requiring someone to close their eyes, let themselves be taken unawares and follow their dark angel… Bourquenez also follows his light, he taps into his subconscious and gives voice to what he finds. This music has a palpable artistic energy because of that.

In ‘Tethys’ the piano runs are disturbing and unhinged but have the opposite effect in ‘Daphnis’ where the music literally washes wounds with wave after soothing wave. It brings a lump to my throat. ‘Enceladus’ makes my skin crawl, the goosebumps hardening momentarily before the music seems to force open the heart. It feels almost religious, a simple but stunning piece. Much of the album’s impact is physical.

Maybe I’m reading too much into it, or being too personal, but when I first met Johann he looked like he smoked too much and drank too many dark espressos. For this album, he kicked smoking, cycled daily and swam in Lac Leman. Titan is like a discovery of the physical self and of the elation kids feel when they run, climb, roll or bang a drum over and over and over…

New record
Plaistow, ‘Titan’

Plaistow tour dates:
07.11 Jazz Festival, Berlin (DE)
09.11 Jazzdor, Strasbourg (FR)
27.11 Les Murs du Son, La Chaux-de-Fonds (CH)
04.12 Jazz Festival, Jerusalem (IL)
10.12 Paradox, Tilburg (NL)
12.12 State-X Festival, The Hague (NL)
13.12 Jazzdock, Prague (CZ)
22.12 Moods, Zürich (CH)
13.01 2016 Bee-Flat, Bern (CH)

Das unwiderstehliche neue Album „Octopus“ des Christoph Irniger Trios

Christoph Irniger_image_lowMit seinen 36 Jahren gehört der Saxofonist Christoph Irniger zur der Generation junger Jazzmusiker, denen buchstäblich die Welt gehört. Mag die frühe musikalische Prägung noch regional verortet sein, die Ausbildung und Arbeit im Jazz ist es heutzutage nicht mehr. Kommilitonen, Dozenten, Bands – der internationale Austausch ist vollkommen, ob in Paris, Boston, Berlin oder Zürich. Man hört das – auch bei Christoph Irniger.

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Vieles ist bei ihm eingeflossen durch den Unterricht bei Amerikanern wie David Friedman, Mark Turner oder Ari Hoenig, durch Aufenthalte in New York oder Berlin, durch die Arbeit mit Leuten wie Nasheet Waits, Dave Douglas, Nils Wogram, Max Frankl oder Claudio Puntin. Ein normaler Austausch für heutige Profi-Jazzer, trotzdem ist nicht selbstverständlich, was Irniger daraus entwickelt hat: einen eigenen Ton und eine typische Kompositionshaltung.

Spektakulär unaufgeregt

Beides ist wunderbar auf seinem neuen Trio-Album „Octopus“ (erschienen bei Intakt) zu bewundern. Schon den Opener „Air“ – der Titel hat nichts mit Bach oder Ähnlichem zu tun, er rekurriert auf die Luftzirkulation, wie sie ein Saxofonist besonders intensiv wahrnimmt – dominieren Irnigers ganz betont unaufgeregten, noch in stürmischen Passagen lyrischen, ungewöhnlich vibratolos gespielten Saxofonlinien. Stets sind melodische Elemente, vom minimalistischen Motiv bis zum ausgewachsenen Ohrwurm, die Basis von Irnigers Kompositionen.

Ihre oft nur rhythmische Variation und formale Entwicklung ist hier die große Kunst. So kann man sich trefflich darüber streiten, welches Stück am wunderbarsten mitreißenden Drive und unwiderstehliche Kraft aus seinen ganz schlichten Ausgangsmaterialien entwickelt. Das beboppig und mit federndem Schlagzeug startende „Dovescape“; das flinke „VGO“ mit seinen Quartenspielereien; oder doch das shuffelige „Blue Tips“, das mit seinen verzögerten, dann immer kurioser gefüllten Stops ebenso Spannung wie gute Laune aufbaut.

Eine echte working band

ChristophIrnigerTrio_213„Octopus“ ist nach „Gowanus Canal“ bereits das zweite Album dieses 2011 zusammengefundenen Trios. Irniger hatte in New York den israelischen Schlagzeuger Ziv Ravitz kennengelernt und sofort das Potential einer Zusammenarbeit entdeckt. Der 39-jährige liebt das perkussive, farbintensive Schlagzeugspiel, noch in den verwegensten polyrhythmischen Eskapaden bleibt er swingend. So ist er inzwischen einer der gefragtesten Drummer der New Yorker wie der internationalen Szene geworden, von den großen Alten bis zu den jungen Wilden. So spielt Ravitz unter anderem fest im Lee Konitz New Quartet, aber auch im Shai Maestro Trio, in der Yaron Herman Group oder bei Florian Webers Minsarah. Und eben in Christoph Irnigers Trio.

Der Bassist Raffaele Bossard wiederum war quasi gesetzt. Dem Heiri-Känzig-Schüler und Mitglied von Matthias Spillmans Mats-Up vertraut Irniger auch schon in seinem Quintett Pilgrim, bei dem es viel wilder zur Sache geht. Es handelt sich also hier in der Tat um eine working band mit drei gleich talentierten wie orientierten Mitgliedern, die bereits viel Zeit miteinander verbrecht hat. Und so ist jeder nicht nur befugt, sondern auch befähigt, eigene Akzente zu setzen. In besten Fall, etwa bei „Ocean Avenue“ oder „Cripple X“ gelingt es den dreien, dass jeder eine völlig eigene, aus dem Moment geborene Stimme spielt, die sich doch perfekt ergänzen. Mehr kann man von einem Jazztrio nicht verlangen. Irniger wird demnächst beweisen, dass das live mindestens so intensiv klingt wie auf Platte, er ist in den nächsten Monaten sowohl mit seinem Trio wie mit seinem Quintett auf Tour.

Neue Trio-Album

Christoph Irniger Trio: „Octopus“ (Intakt)

Live mit dem Trio

La Chaux-de-Fonds (CH), Le Mur du Son, am 4. Dez
Zurich (CH), Jazzclubs Moods, am 5.Dez

Weitere Konzerte: http://www.christophirniger.com/de/projects/trio/

Live mit Pilgrim

Frankfurt (D), Jazz Initiative, am 8. Okotber
Zurich (CH), Im Mehrspur, am 16.Okt
Altdorf (CH), Im Thater Uri, am 27.Oktober
Nordhausen (D), Cyriaci Kapelle, am 31. Oktober
Prag (CZ), Jazz Docks, am 1.November
Berlin (D), A Trane, am 3.November

Weitere Konzerte: http://www.christophirniger.com/de/projects/pilgrim/

 

 

 

 

La Gale fait trembler le Romandie avec “Salem City Rockers”

©Mehdi Benkler
©Mehdi Benkler
Vendredi 18 septembre. 22h30…

L’enclave rocailleuse du Romandie lausannois déborde. La foule est réunie pour prendre le pouls du très attendu nouvel album de La Gale : “Salem City Rockers”.

Une scène brumeuse accueille la rappeuse. Métaphore du soir. La Gale se positionne dans la mouvance du rap qui n’a que faire des illusions dorées.

@Mehdi Benkler
@Mehdi Benkler
Son verbe est brut, miroir des réalités qui parcourent son chemin

N’attendez pas de prose fleur bleue, La Gale attire la conscience civile là où certains tentent de la bercer de chimères.

Rap coup de gueule, rap social, rap engagé. La force d’impact de son verbe, quant à lui, trouve sans doute sa source dans la mixité de La Gale : héritage maternel d’une sensibilité sociale orientale, héritage paternel d’une détermination occidentale sans faille. La brume scénique du soir se dévoile comme élément focalisateur. Écouter plus que regarder. Les rythmes, les harmonies, les mots sont l’importance du soir. Le reste n’est que fioritures.

“Salem City Rockers” ne déroge pas aux lois de l’univers de La Gale

la_gale_cover_by_AMMO_300x300_300Son flow et son verbe ont toujours ce caractère brut si particulier. Les récits ouvrent une porte sur un album plus personnel, tout en restant toujours aussi engagé. Un franc-parler punk qui, allié à l’énervement rap, donne à chacun de ses titres une puissance indéniable.

Produit les beatmakers français I.N.C.H et Al’Tarba, l’univers harmonique de “Salem City Rockers” pose ses racines dans la tradition hiphop et fait la part belle aux samples. Sans rester dans les frontières du déjà-vu, l’album s’autorise des voyages bénéfiques en terres éclectiques. Oud et ambiances orientales enveloppent l’excellent “Petrodollars (avec la participation de la chanteuse Paloma Pradal)“.

Effluves bluesy et rock alliées à la profondeur hiphop donnent toute sa puissance à “Qui m’aime me suive” (téléchargeable pour la modique somme de 1.- sur le bandcamp de La Gale). Dérives aux tendances electro sur “5000 km” (feat. DJ Nix’on).

Attitude punk – héritage du passé. Flow hip-hop – encre du présent
©Mehdi Benkler
©Mehdi Benkler

“Salem City Rockers” reflète une alliance subtile aux couleurs variées, une alliance qui puise une grande partie de sa force dans le rock, une alliance tenue en équilibre par la précision du travail des samples.

Scéniquement, La Gale s’esquisse d’un trait à mi-chemin d’univers qu’on a pas l’habitude de marier. Attitude punk – héritage du passé. Flow hip-hop – encre du présent. Sur scène, l’envergure de “Salem City Rockers” se dévoile corps et âme. La Gale ne fait pas que poser ses tripes sur papier, elle les révèle à chaque mouvement.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=fNDlBiZ-lXw]

Salem City Rockers” est paru le 18 septembre sur Vitesse Records et paraîtra le 2 octobre dans le reste du monde.

Prochains concerts:

Paris (F), Festival MaMA, Le backstage By the Mill, le 16 octobre

Niort (F), Festival En Vie Urbaine, le 17 octobre

Milan (I), Expo Pavillon suisse, le 24 octobre

Tour (F), Le Temps Machine, le 6 novembre

Grenoble (F), salle Eve, le 12 novembre

Salon-de-Provence (F), Le portail Coucou, le 14 novembre

Cenon (F), Le Rocher-de Palmer, le 3 décembre

Castres (F), Le Bolegason, le 5 décembre

Lausanne (CH), les Docks, le 11 décembre

Das Treffen von zwei Kolossen

Andreas Schaerers Band Hildegard lernt fliegen wird beim Luzerne Festival symphonisch

Probe 1: Andreas Schaerer (links) und Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber
Probe 1: Andreas Schaerer (links) und Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber

Es gibt gleich einige gute Gründe, warum der Berner Andreas Schaerer derzeit der vielleicht interessanteste Gesangskünstler der Musikszene ist. Was damit beginnt, das der aktuelle Preisträger des Echo Jazz in der Sparte „Gesang international“ (und damit direkter Nachfolger von Gregory Porter) weit mehr ist als nur ein Sänger und auch nur bedingt in die Schublade Jazz passt; Schaerer ist vielmehr ein Stimm-Jongleur, der sein Organ nicht nur in den verschiedensten Lagen und Stilen (vom klassischen Lied- bis zum Crooner- oder Scat-Gesang) erklingen, sondern damit auch alle denkbaren Geräusche erzeugen und allerlei Instrumente bis hin zum Schlagzeug imitieren und polyphon übereinander türmen kann. Er ist darüber hinaus ein glänzender Komponist und Improvisator, der diese Fähigkeiten für die verschiedensten Projekte variabel einsetzen und rhythmisch wie melodisch virtuos gestalten kann. Und er verfügt schließlich in reichem Maße über Bühnen-Charisma und die in der „ernsten Musik“ eher seltenen Gabe des Humors, was vor allem bei seiner Paradeband Hildegard lernt fliegen zur Geltung kommt.

Interessantester Vokalist der Gegenwart
Probe 2: Andreas Schaerer mit Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber
Probe 2: Andreas Schaerer mit Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber

So ist es folgerichtig, dass Hildegard lernt fliegen vor zwei Jahren den BMW Welt Jazz Award gewann, als dessen jährlich wechselndes Motto „Sense of Humour“ lautete; und dass Schaerer mit der Band nun beim Lucerne Festival ins Spiel kam – lautet doch dessen Motto heuer „Humor“. Dramaturg Mark Sattler, beim Festival seit 16 Jahren für „zeitgenössische Projekte“ zuständig, fragte Schaerer, ob er nicht einen Hildegard-Auftritt mit einer 20-minutigen Komposition für das Lucerne Festival Academy Orchestra kombinieren wolle. Schaerer ergriff mehr als nur den gereichten Finger und schrieb gleich den kompletten 70-Minuten-Auftritt als „The Big Wig“ betiteltes Orchesterstück für 66 Musiker. Am vergangenen Samstag erblickte das kurz, aber intensiv geprobte, von Schaerer komponierte, arrangierte und orchestrierte, dann vom Hildegard-Saxofonisten (und ehemaligen Geiger) Matthias Wenger feingeschliffene Werk im Luzerner KKL das Licht der Welt – und riss die Zuschauer von den Stühlen.

Mehr Kraft, weniger Gags
Probe 3: Hildegards Blechbläser ©Stefan Deuber
Probe 3: Hildegards Blechbläser ©Stefan Deuber

Paradoxerweise – hält man sich das Festivalmotto vor Augen – hat man wohl noch keinen „seriöseren“, weniger „lustigen“ Hildegard-Auftritt erleben können. Was die logische und bewusste Konsequenz daraus war, dass Schaerer seine Chance beim Schopf packte und alle Möglichkeiten des sinfonischen Rahmens ausschöpfte. Denn damit traten er selbst wie seine Hildegard-Mitstreiter sozusagen ins zweite Glied, um sich in den orchestralen Gesamtklang einzufügen. Die drei adaptierten Hildegard-Hits „Zeusler“, „Seven Oaks“ und „Don Clemenza“ gewannen so einen neuen Fluss und enorme, mitunter filmische Kraft und verloren die in der kleinen Besetzung latente Zickigkeit. Und die eigens geschriebenen Stücke wie „Two Colosses“ ergaben inspirierte Sinfonik mit einem Esprit und einer stets zugänglich bleibenden Experimentierlust, der den meisten neuen Werken dieses Genres fehlt. Das junge, mit überragenden Talenten aus aller Welt gespickte und vom Dirigenten Mariano Chiaccharini lässig, aber präzise instruierte Orchester hatte sichtlich seinen Spaß und ließ sich sogar vom kurz das Dirigentenpult enternden Schaerer auf Jazz-Abwege führen: Wann hat man je ein Sinfonieorchester gelungen kollektiv improvisieren sehen.

Eine sinnvolle Symbiose

Ohnehin ist die Kombination aus klassischem Orchester und Jazzband ja schon oft genug missglückt, zuletzt durfte man sich bei Geir Lysnes Monteverdi-Morricone-Hybridkompositionen vom Auftritt Michael Wollnys mit den 12 Cellisten in Berlin enttäuscht fühlen. Hier war es eine runde Sache, eine sinnvolle und befruchtende Symbiose, die allen Beteiligten nicht nur unvergesslich bleiben, sondern ihnen auch bei der weiteren musikalischen Entwicklung helfen wird.

2e Grand Prix de musique suisse: un beau prémisse

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oLe Grand Prix de musique suisse propulse au niveau national le travail créatif de nouveaux artistes défricheurs ainsi que celui d’artistes confirmés, des valeurs sûres et estimées, mais pas forcément connues du grand public. L’une des conséquences d’un tel prix est aussi d’ouvrir le débat sur le soutien à la création musicale, la dichotomie entre “créer” et “se faire connaître” et la place de la critique dans notre beau pays.

Dans le règne de l’image qui nous entoure, il ne suffit donc plus d’être talentueux, il faut savoir manier des outils de communication complexes, avoir des stratégies, un look, et une armada de bonnes idées pour sortir du lot. On voit se multiplier les tentatives, pas toujours glorieuses, servant à attirer la poursuite lumineuse ou à l’orienter dans la bonne direction. Un compte Facebook alimenté au quotidien, des photos de presse originales, des vidéos de live à multiples caméras, des présentations d’album scénarisés en plusieurs épisodes… Il faut dorénavant parler et montrer pour se faire entendre.

Me myself & I

En cela, la communication du Grand Prix de musique suisse est symptomatique. Chaque artiste est photographié et interviewé de façon individuelle, on réalise même un clip de type cadavres exquis dans lequel les 15 nominés apportent chacun leur contribution, pour un résultat qui est plus une prouesse de montage vidéo qu’une réussite musicale. Il y a aussi de fortes chances que cette médiatisation (dans tous les sens du terme) représente une sacrée pression. Je n’ai ainsi pas pu m’empêcher de penser, par exemple, que Malcolm Braff, aujourd’hui en proie à une recherche mathématique sur le groove, s’est ainsi retrouvé un peu tôt à devoir parler publiquement d’un sujet qu’il n’est pas encore tout à fait prêt à vulgariser. Il est souvent compliqué pour un musicien de s’exprimer sur ce qu’il est en train de faire, probablement car ce qu’il a à dire se trouve dans sa musique, qui est un langage à part entière.

Et puis, si toute carrière artistique est toujours collaborative, bien que le culte de l’auteur nous fasse parfois oublier le long défilé des noms au générique, une nomination individuelle est particulièrement problématique en Suisse car, faute d’une industrie solide, elle reste bien souvent une histoire d’amitié. Dans quels cas de consciences ce prix peut-il plonger un musicien nominé dont la reconnaissance est essentiellement liée à une histoire de groupe, malgré une carrière en solo? Ça ne doit pas être évident à gérer, ni humainement, ni financièrement.

Voyage voyage

L’une des techniques imparables pour se faire connaître en Suisse est de parvenir à se produire à l’étranger. « C’est tout de suite plus sérieux ! », chantonne notre petit complexe provincial. Avoir quelques lignes dans un grand journal extra-national garantit un intérêt journalistique helvétique sans précédent. Jouer dans un club parisien ou londonien crée un effet bœuf. A son retour, l’artiste se voit couvrir de fleurs et d’opportunités, tel un bon soldat qui aurait bravé tous les dangers pour répandre son influence nationale, désormais reconnue.

Alors quoi ? « Nous n’avons pas de réel terreau musical en Suisse. Il n’y a pas de tradition, le niveau est bas, il y a peu d’émulation, les gens ne travaillent pas assez ». La sentence est lourde et m’a dernièrement été soufflée par un musicien lors d’une discussion générale sur notre problème tout helvétique. Il est vrai que les anecdotes sur des concertistes jouant au morpion sur leurs smartphones durant les répétitions pullulent, et je crois savoir que certains professeurs de nos hautes écoles de musiques sont régulièrement décontenancés par le haut niveau de leurs jeunes élèves internationaux. J’ai aussi souvent entendu dire à propos d’un musicien imprécis ou en retard « à New York, il ne ferait pas vieux ». Parce que, c’est un fait, nos grands musiciens cherchent à s’expatrier pour mieux se confronter et avancer.

Notre petit pays, essentiellement paysan jusqu’au début du XXème siècle, n’a pas vraiment développé de tradition musicale à proprement parler. Il faudrait bien sûr approfondir du côté des musiques folkloriques ou chorales (la Suisse est paraît-il le pays d’Europe où il y a le plus que chorales), mais ces genres sont évincés de la sélection du Grand Prix de musique suisse: exit le renouvellement des genres, on cherche à récompenser les acteurs d’une musique nouvelle.

Alexandrie, Alexandra !

On constate l’émergence un peu partout de propositions de résidences artistiques assez bien dotées, pour plusieurs mois voire une année. Les politiques culturelles encouragent donc ce nomadisme forcé. Les artistes peuvent ainsi s’immerger dans des institutions ici, ou partir à Rome, Londres, ou ailleurs pour travailler dans des conditions à priori en or (logement, petit studio de musique, revenus mensuels, encadrement, etc). Ces propositions ont l’avantage de faire voir du paysage et permettent de rencontrer d’autres artistes et cultures, mais elles ont aussi plein de désagréments cachés : partir de chez soi pendant plusieurs mois demande un effort d’organisation conséquent (sous-louer son appartement, gérer son agenda, ses problèmes de famille qu’une vie d’artiste met déjà passablement à mal au quotidien) ou créent des soucis d’environnement basiques comme déplacer ses outils et instruments de travail, ainsi que toutes les petites habitudes qui vont avec. Essayez donc de faire un trajet au volant d’une grosse jeep automatique et climatisée alors que vous avez l’habitude de conduire une petite Punto manuelle les cheveux au vent, vous verrez, c’est déjà tout autre chose.

Il y a aussi ces nouvelles velléités de curation, qui tentent de créer des rencontres artistiques improbables (entre art et science, par exemple, histoire de confirmer la validité d’un discours en rendant plus sexy l’autre), ou entre un plasticien officiant sur imprimante 3D, une harpiste fan d’art brut et un historien en pleine thèse sur les mosaïques de la Grèce du IVe siècle avant J-C pour qu’ils fassent quelque chose ensemble… Ces résidences sont certes de belles expériences, de celles qui vous remplissent des beautés que la nouveauté peut offrir, mais qui déboussolent complètement. Elles créent un dépaysement qui, s’il est séduisant, n’est pas toujours fécond. Beaucoup s’y essaient pour voir, mais rares sont les artistes qui parviennent à être vraiment productifs dans les circonstances et le laps de temps impartis. Comme tout le monde, ils travaillent pour la plupart mieux en terrain connu, car leur tâche est justement de passer au tamis une matière qui se cache sous la surface pour, si tout va bien, y trouver quelques pépites.

Bravo Heinz Holliger !

05ae65b2939caa11be6cbb32bfafbdac_f190Le rideau vient de se lever, j’apprends que le hautboïste Heinz Holliger est l’heureux lauréat de ce 2e Grand Prix Suisse de musique à l’heure de terminer ce papier. Un prix plutôt à valeur honorifique donc. Vous trouverez plus d’infos sur ce grand monsieur sur wikipedia  ainsi que sur le site du Grand Prix de musique suisse .

Il faut donc en finir avec cet article décidément trop long pour les standards d’Internet par une dernière mise en perspective :

La critique journalistique se réduit comme une peau de chagrin

De sommaires comptes rendus ou des “copier-coller”  de dossiers de presse éclipsent gentiment la critique, la faute probablement au manque d’espaces rédactionnels culturels dans les quotidiens et à la mort de la presse spécialisée suisse. La désormais incontournable question de la rentabilité croissante avec son lot de contraintes d’honoraires et de temps de travail malmène les médias. L’idée de subventionner la rédaction culturelle dans la presse fait d’ailleurs actuellement débat.

Les artistes, quant à eux, s’épuisent dans la visibilité à tout prix. Ce manque d’espaces de réflexion est aussi une conséquence de la rencontre entre un secteur nouvellement précarisé (la presse), et le récent essor économique d’un autre (le milieu culturel), l’un bataillant pour sa survie, l’autre ayant d’ores et déjà tant mangé de vache enragée qu’il n’est plus question de déplaire noir sur blanc. Lecteurs et spectateurs prennent ainsi l’habitude de survoler de petites évocations et, pire, de s’en satisfaire.

Or il fut un temps où les choses étaient autrement plus conséquentes de part et d’autre. Lorsqu’une proposition artistique pouvait chambouler tout un système de pensée, et qu’une critique était à même d’en relever soigneusement les problèmes. Il en résultait un jeu d’échange qui dynamisait à la fois rédaction et création.

Si un semblant de solution vibre quelque part, il me semble qu’il se trouve dans un ralentissement, un travail de fond(s) qu’amorce ce Grand Prix de musique suisse en rappelant que, tant pour les artistes que pour le public, une proposition artistique n’est pas un simple divertissement. Reste encore à partir de ce prémisse pour approfondir la réflexion et le soutien à la musique suisse.

2e Grand Prix suisse de musique: Vous avez dit Byzance?

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oEn attendant la remise du Grand Prix suisse de musiques qui aura lieu le 11 septembre à Bâle, Swiss Vibes poursuit sa réflexion sur le statut et le quotidien du musicien en Suisse. Le deuxième chapitre de cette série se penche sur le délicat équilibre entre rendement et création auquel ce dernier est confronté.

Être nominé au Grand Prix de musique suisse et recevoir 25’000 CHF, c’est beaucoup. Cela équivaut plus ou moins au financement d’un album autoproduit, ou à la grande partie du salaire annuel qu’un musicien peut espérer en ne vivant que de sa musique, c’est-à-dire sans travailler « à côté ».

En Suisse, un musicien qui gagne 3’000 CHF par mois peut s’estimer privilégié et, c’est chose rare dans les musiques actuelles, jazz, électroniques ou expérimentales (la filière classique est un peu à part, grâce aux orchestres, à un public plus aisé et un statut mieux établi que dans les autres genres). Alors vous imaginez, les 100’000 CHF du lauréat, c’est Byzance ! Une somme bienvenue pour s’acheter un instrument ou du matériel de travail dont on a besoin depuis un moment, financer une partie d’un nouveau projet, éponger des arriérés, et éventuellement s’offrir quelques semaines de travail artistique sans souci d’argent.

Ma petite entreprise…

En plus de la reconnaissance dont ils font preuve, les montants qu’offrent le Grand Prix suisse de musique dépassent largement les soutiens d’ordinaires attribués par un organe de subvention pour un projet musical. La musique, ça coûte cher. Son financement provient majoritairement de papa et maman ou diverses magouilles en début de carrière, puis de soutiens qui s’obtiennent avec de fameuses « demande de sub’ » faites aux villes et cantons de résidence, à la Loterie Romande (que ferait-on sans elle !) et à plusieurs fondations privées.

Ce sont des démarches laborieuses, longues, qui demandent de savoir maîtriser toute une série de choses comme sa communication (rédaction, graphisme, photo, vidéo) pour établir un joli dossier et faire envie; un budget de production (salaires, honoraires, charges) afin de paraître sérieux et donner confiance; des échéanciers compliqués pour bien agender faisabilité et visibilité. Ces gros dossiers sont à envoyer en 4 exemplaires à une date buttoir et en ayant rempli le bon formulaire qui résume en 1’000 signes espaces compris la globalité du projet artistique svp.

Reste à savoir gérer les aléas qu’impliquent le travail artistique à proprement parler, faits de rapports humains parfois compliqués, le fait de trouver un espace de travail qui ne dérange pas ses voisins (pour le local en sous-sol, prévoir un déshumidificateur), et tâcher de s’entourer des bonnes personnes (agent, distributeur, tourneur), ce qui n’est pas simple car il n’y en a pas beaucoup de compétentes, notre petit marché peinant à se professionnaliser. Bref, avoir une carrière de musicien en Suisse revient à devenir un véritable petit entrepreneur multi-tâches, ce qui tranche radicalement avec l’image d’artiste un peu glandu qui est encore répandue.

….ne connaît pas la crise?

La case ORP (Office régional de placement) est souvent au rendez-vous car notre secteur culturel ne permet pas aux artistes d’avoir un emploi annuel à 100%, ainsi le chômage est un recours plus qu’un droit exceptionnel. Il existait un petit statut d’intermittent (peu le savent), bien moindre que celui de nos voisins français, qui leur permettait de toucher le chômage entre leurs divers projets si – et seulement si – ils pouvaient être employés 12 mois sur 24.

Or, suite à la dernière révision de l’assurance chômage de 2013, cette condition est passée à 18 mois sur 24 (les 6o premiers jours étant multipliés par deux). Autant dire qu’il est devenu tout bêtement impossible de remplir de telles conditions. La majorité des musiciens suisses ont donc un autre emploi que le métier qu’ils ont appris, prof de musique dans l’idéal, afin de ne pas trop s’éloigner de ce qu’ils savent faire, avoir des horaires flexibles et pratiquer quand même, quelque part. Bon nombre d’autres artistes se retrouvent au revenu d’insertion (RI), avec le blues qu’implique ce statut dans une société libérale, la peur de se retrouver coincé dans une « mesure d’occupation » qui bloquerait le travail de recherche artistique, et des tracasseries administratives à n’en plus finir.

Une hyperactivité de mise

D’où l’incessante nécessité de multiplier les projets pour s’assurer une occupation salariée. Les dossiers s’empilent sur les bureaux des organismes de soutient, qui sont débordés, retardent leurs décisions d’octrois et tentent tant bien que mal de donner au mieux, c’est-à-dire au plus grand nombre, et gentiment un peu moins à tous. S’ensuit un fâcheux effet Kiss Kool : nous assistons de plus en plus régulièrement à la présentation de travaux artistiques non aboutis, car tributaires de tous ces paramètres compliqués.

Or, un artiste travailleur et talentueux est-il forcément un bon gestionnaire, ou vice versa ? Rien de moins sûr, car cela demande des compétences très différentes, pour ne pas dire mentalement contradictoires. Ce que nous apprécions dans un beau travail artistique, ce qui touche vraiment, n’est-il pas une sorte d’évanescence, un façon de nous amener ailleurs, un travail qui nécessite à la fois épuration et maturation, qu’il est difficile de mener lorsqu’on est ligoté serré dans un système de pensée basé sur la productivité ?

Tout pour la musique

Beaucoup vous le dirons, il est impossible de conjuguer dans une même journée travail administratif et composition. Et toute l’énergie que l’on met ailleurs, on ne la met pas dans sa création. Ce qu’il manque à tous les artistes et musiciens suisses à l’heure actuelle, pour bien faire les choses s’entend, c’est du temps, et le temps c’est de l’argent.

Il faut rajouter que les rares indépendants qui s’en sortent, dont font partie bon nombre de nos nominés, parviennent tout juste à boucler leur fins de mois et ne cotisent pour ainsi dire jamais aux 2e et 3e piliers. Carpe diem, s’ils ne sont pas rentiers, à la retraite, ils iront au social…

Derrière les feux de la rampe, c’est tout de suite moins glamour. Ce Grand Prix de musique suisse me semble donc avant tout récompenser la persévérance et le courage d’une poignée de personnes qui ont pris une voie particulièrement compliquée par amour de la musique.

“Hera” by Le Pot

Le Pot“Try out things that are not obvious”
A simple interview with Manuel Mengis of Le Pot turned into a comedy of technology, Skype faltered, then both my landline telephones ran out of battery…twice. No one I asked knew of Le Pot and there was not much information online – it seemed the mystery of this 4-piece band would remain impenetrable. I’d been intrigued since reviewing the first instalment of their trilogy, She-Hera-Zade. It was sparse and tense; lo-fi white noise mingling with indistinguishable instruments, even the trumpet, played by Mengis, was often twisted into animalistic squeals. “We always had a big interest in sounds,” said Manuel (when we managed to speak), “Le Pot is actually a lot of improvised music. One big effect of that is ‘sounds’ – to really try out things that are not obvious, going beyond the normal sound of the instruments.”

“There were things coming together that were really pertinent”

St Roman in RaronThe church of St. Roman in the village of Raron (close to Mengis’ home in Visp) was their recording studio and helped draw out feelings. “It’s a powerful place, a space where there is a lot going on, an energy [‘kraftort’ in German]…There were things coming together that were really pertinent.” Le Pot’s music imagines landscapes that are barren or alien. They use titles such as ‘Hamada’ and ‘Badlands’ meaning dry, eroded earth which they envisage with electric guitar scrapes, lonely trumpet notes and brooding synth drones. Rock, starlight, dusk and distant moons were conjured as I heard tracks like ‘Flint’ and ‘Bubo Bubo’; they seem to hold the natural elements in their hands.

He was unsure whether to follow music or mountaineering
It turns out that mountains have been central to Manuel’s life and at one time he was unsure whether to follow music or mountaineering. The decision was almost forced after an injury, although he’s still a mountain guide. I recently heard about an old book, ‘The Living Mountain’, in which Nan Shepherd writes of her obsessive walks in the Scottish Cairngorms, “One never quite knows the mountain, or oneself in relation to it.” She speaks, not of ‘going up’ a mountain, but ‘going into’ one and in so doing, into herself. As I listened to Hera, its textures and its space drew me in, deeply.

“It’s not that pushing kind of atmosphere, it’s a strong collective”
There is a respect of subtlety and Le Pot seem to revel in holding back so that the played notes gain maximum impact, such as when Lionel Friedli tumbles into a dramatic solo in ‘Ranunkel and Viola’ or his drums eventually sound in ‘Eyrie’. At the end of this track, the quality of touch from Manuel Troller and Hanspeter Pfammatter on guitar and keyboards (respectively) is exquisite. Mengis explains, “I think everybody playing has a lot of experience in improvised music and is not really interested in showing off…everybody has enough experience to see the whole picture and able to feel when its right, it’s not that pushing kind of atmosphere, it’s a strong collective.”

[vimeo 126929648 w=500 h=281]
This album is more profound, musically, than She. The press release quotes Benjamin Britten, ‘Music has the beauty of loneliness and pain,’ and I sensed an exposure of emotion in their playing. “If you ask about the personal, yes, there’s a lot of emotion,” said Manuel, “It’s more than just an idea, it’s emotional too.” He spoke of Britten’s A Midsummer Night’s Dream as a starting point. “The melodies with the harmonics are really interesting. It’s not super obstructive – these are melodies you can sing, but it turns into something unpredictable…more complex. I felt really close to that music somehow.”

‘Meanwhile’…resembles a quick Cubist sketch
There are top moments of sequencing, breaking the worthy moodiness, for instance, with the whimsey of ‘Meanwhile’ which resembles a quick Cubist sketch. Mengis explained, “It was a spontaneous improvisation. Something light, no weight, a little bit innocent. The point is, in that recording is contrast between the dark spaces and the obvious melody or something light and easy…[there’s] ambivalence and counterplay between the two things.” The elegant and moving medley of ‘Thus Gamesters United in Friendship/Ungrateful Macheath!’ from the Beggar’s Opera serves a similar purpose.

When I visited New Zealand this year I played a track from She on an Auckland radio station and a listener texted in asking when I was going to play some music. I took this as an enormous compliment to Le Pot. It’s tough to sculpt a distinctive shape in music these days as so much has already been done. I can’t recommend Le Pot enough. Interestingly, despite being in a very different corner of the music spectrum from Im Sinne Der Zeit by the band Klaus Johann Grobe, Hera fills my heart with just as much joy. I’d ask all promotors to consider booking them so that I can see them play live!

16-19 Sept 2015 – Vevey (CH), L’Oriental (4 nights)

23 Oct 2015 – Sion (CH), Eglise des Jésuites (à l’oeil & à l’oreille)

15 January 2016 – Sierre (CH), Jazz Station