2e Grand Prix de musique suisse: un beau prémisse

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oLe Grand Prix de musique suisse propulse au niveau national le travail créatif de nouveaux artistes défricheurs ainsi que celui d’artistes confirmés, des valeurs sûres et estimées, mais pas forcément connues du grand public. L’une des conséquences d’un tel prix est aussi d’ouvrir le débat sur le soutien à la création musicale, la dichotomie entre “créer” et “se faire connaître” et la place de la critique dans notre beau pays.

Dans le règne de l’image qui nous entoure, il ne suffit donc plus d’être talentueux, il faut savoir manier des outils de communication complexes, avoir des stratégies, un look, et une armada de bonnes idées pour sortir du lot. On voit se multiplier les tentatives, pas toujours glorieuses, servant à attirer la poursuite lumineuse ou à l’orienter dans la bonne direction. Un compte Facebook alimenté au quotidien, des photos de presse originales, des vidéos de live à multiples caméras, des présentations d’album scénarisés en plusieurs épisodes… Il faut dorénavant parler et montrer pour se faire entendre.

Me myself & I

En cela, la communication du Grand Prix de musique suisse est symptomatique. Chaque artiste est photographié et interviewé de façon individuelle, on réalise même un clip de type cadavres exquis dans lequel les 15 nominés apportent chacun leur contribution, pour un résultat qui est plus une prouesse de montage vidéo qu’une réussite musicale. Il y a aussi de fortes chances que cette médiatisation (dans tous les sens du terme) représente une sacrée pression. Je n’ai ainsi pas pu m’empêcher de penser, par exemple, que Malcolm Braff, aujourd’hui en proie à une recherche mathématique sur le groove, s’est ainsi retrouvé un peu tôt à devoir parler publiquement d’un sujet qu’il n’est pas encore tout à fait prêt à vulgariser. Il est souvent compliqué pour un musicien de s’exprimer sur ce qu’il est en train de faire, probablement car ce qu’il a à dire se trouve dans sa musique, qui est un langage à part entière.

Et puis, si toute carrière artistique est toujours collaborative, bien que le culte de l’auteur nous fasse parfois oublier le long défilé des noms au générique, une nomination individuelle est particulièrement problématique en Suisse car, faute d’une industrie solide, elle reste bien souvent une histoire d’amitié. Dans quels cas de consciences ce prix peut-il plonger un musicien nominé dont la reconnaissance est essentiellement liée à une histoire de groupe, malgré une carrière en solo? Ça ne doit pas être évident à gérer, ni humainement, ni financièrement.

Voyage voyage

L’une des techniques imparables pour se faire connaître en Suisse est de parvenir à se produire à l’étranger. « C’est tout de suite plus sérieux ! », chantonne notre petit complexe provincial. Avoir quelques lignes dans un grand journal extra-national garantit un intérêt journalistique helvétique sans précédent. Jouer dans un club parisien ou londonien crée un effet bœuf. A son retour, l’artiste se voit couvrir de fleurs et d’opportunités, tel un bon soldat qui aurait bravé tous les dangers pour répandre son influence nationale, désormais reconnue.

Alors quoi ? « Nous n’avons pas de réel terreau musical en Suisse. Il n’y a pas de tradition, le niveau est bas, il y a peu d’émulation, les gens ne travaillent pas assez ». La sentence est lourde et m’a dernièrement été soufflée par un musicien lors d’une discussion générale sur notre problème tout helvétique. Il est vrai que les anecdotes sur des concertistes jouant au morpion sur leurs smartphones durant les répétitions pullulent, et je crois savoir que certains professeurs de nos hautes écoles de musiques sont régulièrement décontenancés par le haut niveau de leurs jeunes élèves internationaux. J’ai aussi souvent entendu dire à propos d’un musicien imprécis ou en retard « à New York, il ne ferait pas vieux ». Parce que, c’est un fait, nos grands musiciens cherchent à s’expatrier pour mieux se confronter et avancer.

Notre petit pays, essentiellement paysan jusqu’au début du XXème siècle, n’a pas vraiment développé de tradition musicale à proprement parler. Il faudrait bien sûr approfondir du côté des musiques folkloriques ou chorales (la Suisse est paraît-il le pays d’Europe où il y a le plus que chorales), mais ces genres sont évincés de la sélection du Grand Prix de musique suisse: exit le renouvellement des genres, on cherche à récompenser les acteurs d’une musique nouvelle.

Alexandrie, Alexandra !

On constate l’émergence un peu partout de propositions de résidences artistiques assez bien dotées, pour plusieurs mois voire une année. Les politiques culturelles encouragent donc ce nomadisme forcé. Les artistes peuvent ainsi s’immerger dans des institutions ici, ou partir à Rome, Londres, ou ailleurs pour travailler dans des conditions à priori en or (logement, petit studio de musique, revenus mensuels, encadrement, etc). Ces propositions ont l’avantage de faire voir du paysage et permettent de rencontrer d’autres artistes et cultures, mais elles ont aussi plein de désagréments cachés : partir de chez soi pendant plusieurs mois demande un effort d’organisation conséquent (sous-louer son appartement, gérer son agenda, ses problèmes de famille qu’une vie d’artiste met déjà passablement à mal au quotidien) ou créent des soucis d’environnement basiques comme déplacer ses outils et instruments de travail, ainsi que toutes les petites habitudes qui vont avec. Essayez donc de faire un trajet au volant d’une grosse jeep automatique et climatisée alors que vous avez l’habitude de conduire une petite Punto manuelle les cheveux au vent, vous verrez, c’est déjà tout autre chose.

Il y a aussi ces nouvelles velléités de curation, qui tentent de créer des rencontres artistiques improbables (entre art et science, par exemple, histoire de confirmer la validité d’un discours en rendant plus sexy l’autre), ou entre un plasticien officiant sur imprimante 3D, une harpiste fan d’art brut et un historien en pleine thèse sur les mosaïques de la Grèce du IVe siècle avant J-C pour qu’ils fassent quelque chose ensemble… Ces résidences sont certes de belles expériences, de celles qui vous remplissent des beautés que la nouveauté peut offrir, mais qui déboussolent complètement. Elles créent un dépaysement qui, s’il est séduisant, n’est pas toujours fécond. Beaucoup s’y essaient pour voir, mais rares sont les artistes qui parviennent à être vraiment productifs dans les circonstances et le laps de temps impartis. Comme tout le monde, ils travaillent pour la plupart mieux en terrain connu, car leur tâche est justement de passer au tamis une matière qui se cache sous la surface pour, si tout va bien, y trouver quelques pépites.

Bravo Heinz Holliger !

05ae65b2939caa11be6cbb32bfafbdac_f190Le rideau vient de se lever, j’apprends que le hautboïste Heinz Holliger est l’heureux lauréat de ce 2e Grand Prix Suisse de musique à l’heure de terminer ce papier. Un prix plutôt à valeur honorifique donc. Vous trouverez plus d’infos sur ce grand monsieur sur wikipedia  ainsi que sur le site du Grand Prix de musique suisse .

Il faut donc en finir avec cet article décidément trop long pour les standards d’Internet par une dernière mise en perspective :

La critique journalistique se réduit comme une peau de chagrin

De sommaires comptes rendus ou des “copier-coller”  de dossiers de presse éclipsent gentiment la critique, la faute probablement au manque d’espaces rédactionnels culturels dans les quotidiens et à la mort de la presse spécialisée suisse. La désormais incontournable question de la rentabilité croissante avec son lot de contraintes d’honoraires et de temps de travail malmène les médias. L’idée de subventionner la rédaction culturelle dans la presse fait d’ailleurs actuellement débat.

Les artistes, quant à eux, s’épuisent dans la visibilité à tout prix. Ce manque d’espaces de réflexion est aussi une conséquence de la rencontre entre un secteur nouvellement précarisé (la presse), et le récent essor économique d’un autre (le milieu culturel), l’un bataillant pour sa survie, l’autre ayant d’ores et déjà tant mangé de vache enragée qu’il n’est plus question de déplaire noir sur blanc. Lecteurs et spectateurs prennent ainsi l’habitude de survoler de petites évocations et, pire, de s’en satisfaire.

Or il fut un temps où les choses étaient autrement plus conséquentes de part et d’autre. Lorsqu’une proposition artistique pouvait chambouler tout un système de pensée, et qu’une critique était à même d’en relever soigneusement les problèmes. Il en résultait un jeu d’échange qui dynamisait à la fois rédaction et création.

Si un semblant de solution vibre quelque part, il me semble qu’il se trouve dans un ralentissement, un travail de fond(s) qu’amorce ce Grand Prix de musique suisse en rappelant que, tant pour les artistes que pour le public, une proposition artistique n’est pas un simple divertissement. Reste encore à partir de ce prémisse pour approfondir la réflexion et le soutien à la musique suisse.

2e Grand Prix suisse de musique: Vous avez dit Byzance?

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oEn attendant la remise du Grand Prix suisse de musiques qui aura lieu le 11 septembre à Bâle, Swiss Vibes poursuit sa réflexion sur le statut et le quotidien du musicien en Suisse. Le deuxième chapitre de cette série se penche sur le délicat équilibre entre rendement et création auquel ce dernier est confronté.

Être nominé au Grand Prix de musique suisse et recevoir 25’000 CHF, c’est beaucoup. Cela équivaut plus ou moins au financement d’un album autoproduit, ou à la grande partie du salaire annuel qu’un musicien peut espérer en ne vivant que de sa musique, c’est-à-dire sans travailler « à côté ».

En Suisse, un musicien qui gagne 3’000 CHF par mois peut s’estimer privilégié et, c’est chose rare dans les musiques actuelles, jazz, électroniques ou expérimentales (la filière classique est un peu à part, grâce aux orchestres, à un public plus aisé et un statut mieux établi que dans les autres genres). Alors vous imaginez, les 100’000 CHF du lauréat, c’est Byzance ! Une somme bienvenue pour s’acheter un instrument ou du matériel de travail dont on a besoin depuis un moment, financer une partie d’un nouveau projet, éponger des arriérés, et éventuellement s’offrir quelques semaines de travail artistique sans souci d’argent.

Ma petite entreprise…

En plus de la reconnaissance dont ils font preuve, les montants qu’offrent le Grand Prix suisse de musique dépassent largement les soutiens d’ordinaires attribués par un organe de subvention pour un projet musical. La musique, ça coûte cher. Son financement provient majoritairement de papa et maman ou diverses magouilles en début de carrière, puis de soutiens qui s’obtiennent avec de fameuses « demande de sub’ » faites aux villes et cantons de résidence, à la Loterie Romande (que ferait-on sans elle !) et à plusieurs fondations privées.

Ce sont des démarches laborieuses, longues, qui demandent de savoir maîtriser toute une série de choses comme sa communication (rédaction, graphisme, photo, vidéo) pour établir un joli dossier et faire envie; un budget de production (salaires, honoraires, charges) afin de paraître sérieux et donner confiance; des échéanciers compliqués pour bien agender faisabilité et visibilité. Ces gros dossiers sont à envoyer en 4 exemplaires à une date buttoir et en ayant rempli le bon formulaire qui résume en 1’000 signes espaces compris la globalité du projet artistique svp.

Reste à savoir gérer les aléas qu’impliquent le travail artistique à proprement parler, faits de rapports humains parfois compliqués, le fait de trouver un espace de travail qui ne dérange pas ses voisins (pour le local en sous-sol, prévoir un déshumidificateur), et tâcher de s’entourer des bonnes personnes (agent, distributeur, tourneur), ce qui n’est pas simple car il n’y en a pas beaucoup de compétentes, notre petit marché peinant à se professionnaliser. Bref, avoir une carrière de musicien en Suisse revient à devenir un véritable petit entrepreneur multi-tâches, ce qui tranche radicalement avec l’image d’artiste un peu glandu qui est encore répandue.

….ne connaît pas la crise?

La case ORP (Office régional de placement) est souvent au rendez-vous car notre secteur culturel ne permet pas aux artistes d’avoir un emploi annuel à 100%, ainsi le chômage est un recours plus qu’un droit exceptionnel. Il existait un petit statut d’intermittent (peu le savent), bien moindre que celui de nos voisins français, qui leur permettait de toucher le chômage entre leurs divers projets si – et seulement si – ils pouvaient être employés 12 mois sur 24.

Or, suite à la dernière révision de l’assurance chômage de 2013, cette condition est passée à 18 mois sur 24 (les 6o premiers jours étant multipliés par deux). Autant dire qu’il est devenu tout bêtement impossible de remplir de telles conditions. La majorité des musiciens suisses ont donc un autre emploi que le métier qu’ils ont appris, prof de musique dans l’idéal, afin de ne pas trop s’éloigner de ce qu’ils savent faire, avoir des horaires flexibles et pratiquer quand même, quelque part. Bon nombre d’autres artistes se retrouvent au revenu d’insertion (RI), avec le blues qu’implique ce statut dans une société libérale, la peur de se retrouver coincé dans une « mesure d’occupation » qui bloquerait le travail de recherche artistique, et des tracasseries administratives à n’en plus finir.

Une hyperactivité de mise

D’où l’incessante nécessité de multiplier les projets pour s’assurer une occupation salariée. Les dossiers s’empilent sur les bureaux des organismes de soutient, qui sont débordés, retardent leurs décisions d’octrois et tentent tant bien que mal de donner au mieux, c’est-à-dire au plus grand nombre, et gentiment un peu moins à tous. S’ensuit un fâcheux effet Kiss Kool : nous assistons de plus en plus régulièrement à la présentation de travaux artistiques non aboutis, car tributaires de tous ces paramètres compliqués.

Or, un artiste travailleur et talentueux est-il forcément un bon gestionnaire, ou vice versa ? Rien de moins sûr, car cela demande des compétences très différentes, pour ne pas dire mentalement contradictoires. Ce que nous apprécions dans un beau travail artistique, ce qui touche vraiment, n’est-il pas une sorte d’évanescence, un façon de nous amener ailleurs, un travail qui nécessite à la fois épuration et maturation, qu’il est difficile de mener lorsqu’on est ligoté serré dans un système de pensée basé sur la productivité ?

Tout pour la musique

Beaucoup vous le dirons, il est impossible de conjuguer dans une même journée travail administratif et composition. Et toute l’énergie que l’on met ailleurs, on ne la met pas dans sa création. Ce qu’il manque à tous les artistes et musiciens suisses à l’heure actuelle, pour bien faire les choses s’entend, c’est du temps, et le temps c’est de l’argent.

Il faut rajouter que les rares indépendants qui s’en sortent, dont font partie bon nombre de nos nominés, parviennent tout juste à boucler leur fins de mois et ne cotisent pour ainsi dire jamais aux 2e et 3e piliers. Carpe diem, s’ils ne sont pas rentiers, à la retraite, ils iront au social…

Derrière les feux de la rampe, c’est tout de suite moins glamour. Ce Grand Prix de musique suisse me semble donc avant tout récompenser la persévérance et le courage d’une poignée de personnes qui ont pris une voie particulièrement compliquée par amour de la musique.

2e Grand Prix suisse de musique : derrière les feux de la rampe

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oAlors que la remise du Grand Prix suisse de musiques aura lieu le 11 septembre à Bâle, Swiss Vibes s’interroge. Et revient sur le casse-tête auquel est confronté tout musicien suisse cherchant à mener une carrière professionnelle. Une série en plusieurs épisodes dont voici le premier chapitre.

En 2014, le Grand Prix suisse de musique, organisé par l’Office Fédéral de la Culture (OFC) avait récompensé le leader des Young Gods et pionnier des musiques électroniques Franz Treichler. C’était une première, qui plus est pour une figure de l’underground. L’événement avait largement été plébiscité par le secteur musical, d’ordinaire habitué à travailler beaucoup, longtemps, et pour peu. La démarche, qui est reconduite de façon pérenne, s’avère en effet généreuse : 25’000 CHF par nomination (15 en tout) et un prix de 100’000 CHF pour le lauréat, tous étant sélectionnés par des comités d’experts musicaux venus des quatre coins du pays.

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 Une récompense qui soulève beaucoup de questions

La communication du Grand Prix suisse de musique est classe sans être pompeuse, son organisation sérieuse mais décontractée, il y a de quoi impressionner.

Comme l’an dernier, sont nominées 15 personnalités ayant pour horizon commun le territoire helvétique, la pratique musicale et un succès d’estime plus ou moins national. Le site du Grand Prix suisse de musique, offre une bonne porte d’entrée à qui souhaiterait découvrir ces musiciens. A l’orée de cette deuxième édition, il semble intéressant de mener une réflexion sur les enjeux d’un tel prix et les problèmes qu’il soulève. Sous son beau vernis, quelques choses moins reluisantes apparaissent,

Une sélection compliquée au sein d’une scène protéiforme

« Le Grand Prix suisse de musique a pour objectif de récompenser la création musicale suisse exceptionnelle et novatrice et de la mettre en lumière. » Si l’intention est louable, elle n’en est pas moins brumeuse. Comment faire une sélection exhaustive parmi le foisonnement de genres musicaux que vit notre époque, dans une scène musicale aussi protéiformes que l’est notre petit pays ? Plusieurs zones linguistiques impliquent un certain cloisonnement, malgré le travail de relais qu’opère Pro Helvetia depuis des années en encourageant financièrement à sauter les barrières, de Roesti entre autres. Il n’est pas question de considérer la célébrité des musiciens, ni leur rayonnement international, d’ordinaire si cher aux politiques culturelles. Ceci explique l’absence de noms comme Stephan Eicher ou Sophie Hunger dans les listes de ces deux premières années.

Même la musique n’échappe pas au compromis helvétique…

Il semble plutôt question d’encouragement de nouveaux venus (Joy Frempong, Bit-Turner, Christian Pahud), de récompenses émérites (Philippe Albera, Heinz Holliger, Daniel Humair) et de soutiens de carrières déjà bien avancées (Nik Bärtsch, Malcolm Braff, Christian Zender). Les questions de genres musicaux, zones géographiques et parité hommes-femmes ont été savamment soupesées afin de fournir un panel tout helvétique : des acteurs dans les domaines des musique électroniques, expérimentales, contemporaines, classiques et du jazz par une majorité de Suisse alémaniques, bon nombre de Romands, quelques expatriés, et un Tessinois. Une cérémonie en 2014 à Lausanne, la suivante à Bâle. Si l’on suit cette logique, puisque le lauréat 2014 était un homme romand plutôt en fin de carrière, serait-ce une jeune femme suisse-allemande qui remportera le pactole le 11 septembre prochain ? C’est du moins le seul raisonnement qui pourrait permettre au jury de départager ces artistes aux musiques et carrières incomparables, qui méritent tous largement le soutien qui leur est offert.

Un cataplasme sur une jambe de bois ?

La formule est un peu méchante, car ce Grand Prix de musique Suisse n’est pas inutile, c’est même un effort bienvenu, et il faut éviter de cracher dans la soupe. Mais tant qu’à dire les choses tout de go : mener une carrière de musicien en Suisse est un vrai casse-tête. La politique de subventionnement culturel pose à l’artiste des difficultés pratiques que ce Grand Prix met à nouveau à l’ordre du jour. La suite au prochain épisode!

Berlin Music Week : good and bad news from the music industry

BMW14_bisTo get your bearings at the Berlin Music Week, it’s best to come with a very open mind and pair of ears. The 5th edition of this music fair, a prelude to the Berlin Festival, is diveded into two parts. Part 1, « Music », offers a plethora of new artists performing in clubs along both sides of the Spree (between Warschauerstrasse and Ostbahnof).

Part 2, « Word », offers conferences, debates and round table discussions featuring influential people from the music industry. All these fine people are here to scratch their heads, explore new possibilities, give advice and find solutions to save a market which is in a never-ending downward spiral.

Here below are some points of interest that I came across during the two days of conferences and brainstorming sessions.

 

The record market continues its long and inexorable downfall

You’re lucky to come across any record shops in France or Germany because digital sales have almost completely replaced the disc. In Norway, 65% of music sales revenue is due to streaming platforms. Now it’s not even a question of downloading… The membership system of Spotify or Deezer & co only generates an insignificant revenue for artists who aren’t already very well-known.

In a conference entitled « Surviving Streaming », Professor Arnt Maaso presented the results of a research project, “Clouds and Concerts” , carried out at the department of Musicology at Oslo University. Having been given access to WiMP data, (a streaming platform which offers its listeners HiFi sound quality), he studied the behaviour of the users and looked for ways of improving what the system offered. His studies found that the most popular user days were Friday and Saturday (but not Sunday). 66% of users listened to music on their headphones from their Iphone or tablet device and discovered new tracks by following other people’s playlists.

 The prorata redistribution of money by streaming platforms is unfair

BMW14_4In other words, the largest part of the money lands in the hands of a few international stars. Hooray for globalisation ! Among the many negatives of such a system, let’s note the most important one : if a big star brings out an album at the same time as a newly-emerging artist, the newcomer will be totally eclipsed and will hardly get anything, despite having a loyal fan base or being already known on a local or regional basis.

 Different ways of remuneration could be envisaged

Arnt Maaso and his team suggest a new model of redistribution based on the user. Let’s imagine, you’re signed up to Spotify for the sum of 10.- per month, but each month you only listen to a few tracks by groups who are relatively unknown. Your contribution will be exclusively paid to the groups you’ve listened to, it won’t go into the big pot along with all the other members’ fees to then be distributed prorata based on the most listened to tracks of the month. This system would allow up-and-coming artists to be better remunerated and to be able to count on their local fan base.

 The two other ways of building fan-loyalty are crowdfunding and paid-up memberships

No need to remind anyone about the importance of crowdfunding, a system that never ceases to prove its worth. However, let’s talk about something that a lot of musicians find difficult to grasp : crowdfunding cannot be done from scratch ! The most important thing is to make your fan base loyal, communicate with them and build your community of fans step by step. Only once the fanbase is big enough can you think of starting crowdfunding or asking for paying members. To confirm this, watch the debate called « Revenues, Discoverability, Distribution, Transparency » (filmed live from Berlin Music Week) and chaired by Andrea Leonelli, activator of digitalmusictrends.com. since 2009. Also taking part are Janine Wuelker (fintunes.com), Benjamin Lebrave (akwaabamusic.com), Phiona Okumu (afripopmag.com) and Michael Krause (deezer.com). Highly recommended viewing !

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=BBjXWRLR8Xk&feature=youtu.be]

With regards to becoming member of an artist’s club, it’s simply involves a membership deal put forward by a label, an artist or a collective of musicians for their most assiduous fans. In exchange of a monthly fee, fans have access to an exclusive internet site containing videos or audio reserved just for the fans, the possibility to chat live on line, etc..

A conference held by Andrew Apanov, CEO of Dotted Music, a music website which offers online marketing tutorials for artsist producing electronic music unde the name of We spin.

It’s still possible to earn money from making music, but more than ever before the artist has to become as entrepreneurial as possible and simply work, work and work at it.

Berlin Music Week took place from 3rd to 7th September 2014. Click here for the website : ici!

(This article was originally published in French, translated in English by Beatrice Venturini)

Berlin Music Week: the good and bad news in music business

BMW14_bisPour s’y retrouver à La Berlin Music Week, mieux vaut avoir l’esprit est les oreilles bien ouverts. Pour cette cinquième édition, cette foire musicale en forme de prélude au Berlin Festival, se divise en deux volets. Le premier volet « Music » propose une pléthore de nouveaux artistes dans les clubs situé sur les deux rives de la Spree (entre la Warschauerstrasse et l’Ostbahnof).

L’autre volet de la Berlin Music Week s’intitule « Word » et propose conférences, débats et tables rondes auxquels participent des gens influents de l’industrie musicale. Tout ce beau monde est là pour se gratter les méninges, explorer de nouvelles voies, donner des conseils, trouver des solutions à un marché qui ne cesse de se casser la gueule.

Ci-dessous en quelques points très résumés, ce que j’ai entendu d’intéressant pendant ces deux jours de conférence et brainstorming !

 Le marché du disque continue sa longue et inexorable chute

Si l’on trouve encore des disquaires en France en Allemagne, les ventes digitales tendent à remplacer complètement le disque. En Norvège les revenus de vente de musique proviennent à 65% des plateforme de streaming. Il n’est donc plus même question ici de téléchargement… Or, le système d’abonnement à Spotify, Deezer et consorts ne génère qu’un revenu insignifiant pour les artistes qui ne sont pas déjà très connus. Dans une conférence intitulée « Surviving Streaming », le professeur Arnt Maaso a présenté le résultat d’une recherche  intitulée “Clouds and Concerts” qu’il mène dans le département de musicologie de l’université d’Oslo. Ayant accès aux données de la plateforme WiMP (plateforme de streaming qui propose à ses auditeurs un son en qualité HiFi), il a étudié le comportement des utilisateurs de la plateforme WiMP et cherché des améliorations au système proposé. Il ressort de son étude que les jours les plus fréquentés sont les vendredi et samedi (mais pas le dimanche). 66% des auditeurs écoutent leur musique avec des écouteurs à partir de leur Iphone ou tablette et découvrent de nouveaux morceaux en suivant les playlists d’autres utilisateurs.

BMW14_4La redistribution de l’argent perçu par les plate-formes de streaming se fait au prorata, un système peu équitable

Autrement dit, la plus grande partie  de l’argent atterrit dans les mains de quelques stars internationales. Vive la globalisation ! Entre autres effets pervers d’un tel système, signalons le plus important: si une star sort un album au même moment qu’un artiste découverte, l’artiste découverte va être complètement éclipsé et ne touchera quasiment rien, même s’il a des fans loyaux et s’il a déjà un certain poids au niveau local ou régional.

D’autres modèles de rémunération pourraient être envisagés

Arnt Maaso et son équipe proposent un modèle de redistribution centré sur l’utilisateur. Imaginons : vous êtes abonnés à Spotify pour un montant de 10.- par mois, mais vous n’écoutez que quelques disques de groupes peu connus par mois. Votre contribution va être intégralement et uniquement reversée aux groupes que vous avez écoutés. Elle ne va pas être mise dans le grand pot des contributions de tous les utilisateurs et redistribuée au prorata des titres les plus écoutés pendant ce mois. Ce système permettrait aux artistes qui se font connaître localement d’être mieux rémunérés et de pouvoir compter sur le soutien de leurs fans.

Les deux autres solutions de fidélisation des fans sont le crowdfunding et l’abonnement payant

Nul besoin ici de rappeler la validité du crowdfunding qui ne cesse de faire ses preuves. Mentionnons toutefois – ce que beaucoup de musiciens ont encore de la peine à comprendre – qu’on ne peut faire du crowdfunding à partir de rien ! Le plus important est donc de fidéliser son public, de communiquer avec lui et de construire petit à petit sa communauté de fans. Ce n’est qu’une fois que la communauté est suffisamment conséquente que l’on peut songer à la solliciter via du crowdfunding ou des abonnements payants. Pour vous en assurer, regardez le débat intitulé « Revenues, Discoverability, Distribution, Transparency » (filmé en direct à la Berlin Music Week) et animé par Andrea Leonelli, activateur depuis 2009 du site digitalmusictrends.com. Y participent Janine Wuelker (fintunes.com), Benjamin Lebrave (akwaabamusic.com), Phiona Okumu (afripopmag.com) et Michael Krause (deezer.com). Chaudement recommandé !

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=BBjXWRLR8Xk&feature=youtu.be]

Quant à l’abonnement aux artistes, il s’agit tout simplement d’un abonnement proposé par un label, un artiste ou un collectif d’artistes à ses fans les plus assidus. En échange d’un paiement mensuel, ceux-ci ont accès à un site Internet exclusif avec des contenus vidéos ou audio qui ne sont pas diffusés au reste du public, la possibilité de chatter en direct, etc. Une conférence menée par Andrew Apanov, CEO de Dotted Music, site musical qui propos depuis peu des tutoriaux de marketing pour les artistes de musique électronique sous le nom de We spin.

Il est encore possible de gagner de l’argent en faisant de la musique, mais plus que jamais l’artiste doit se profiler en auto-entrepreneur et bosser, bosser, bosser…

La Berlin Music Week a eu lieu du 3 au 7 septembre 2014. Site Internet ici!

Montreux Jazz Festival: l’art du solo

Le batteur Julian Sartorius et le pianiste Marc Perrenoud confronteront leur art du solo au Château de Chillon le 11 juillet. Tous deux ont accepté de livrer à  Swiss Vibes quelques-uns de leurs secrets de fabrication.
@Reto Camenisch
@Reto Camenisch

Pour le plus grand malheur de ses parents et pour le plus grand bonheur de nos oreilles, Julian Sartorius a la fâcheuse habitude de taper sur tout ce qui l’entoure depuis qu’il est en âge de marcher. Quelque trente ans plus tard, il a fait de cette pulsion profonde son fonds de commerce. Pendant toute une année, il s’est astreint à la délicate mission de réaliser un beat par jour où qu’il soit. D’abord publié sur son blog, son « beat diary » est sorti l’an dernier sous la forme de 12 vinyles accompagnés d’un livre de photos. Depuis l’homme à la batterie écume les scènes les plus diverses. Il joue au milieu du public au Festival Onze plus, tape sur les murs du Musée Rietberg lors de l’inauguration d’un nouveau pavillon et se risque sur la grande scène du Cully Jazz Festival.

 « Le plus important c’est l’espace »

Le 11 juillet prochain, il investira un haut lieu historique, le Château de Chillon, dans le cadre du Montreux Jazz Festival. «  Le plus important c’est l’espace », explique Julian Sartorius au bout du fil alors qu’il attend un avion pour Copenhague. Le jour du concert, je vais tester l’acoustique de la salle avec ma batterie. Selon la façon dont elle sonne, je prépare des accessoires différents, acoustiques ou non ». Dans sa tête les plans des morceaux s’enchaînent, mais la prestation n’est jamais deux fois pareille. L’homme-orchestre peut à tout moment changer de direction, imprimer d’autres couleurs, d’autres harmonies à son set.

« C’est juste toi et le public »

Après s’être fait connaître comme batteur de Sophie Hunger, Julian Sartorius est devenu un amoureux de liberté d’improvisation, même si et surtout si ce travail est plus accaparant. « Quand tu accompagnes quelqu’un, tu peux compter sur l’autre ou le suivre, quand tu es seul, c’est juste toi et le public.». Julian Sartorius propose également dans le cadre du Montreux Jazz festival un duo « totalement improvisé » avec Benoît Delbecq (Montreux Palace, mardi 8 juillet).

 « Je préfère travailler sur les mouvements »

02 Marc SoloForcément l’exercice du piano solo est plus connu que celui de la batterie solo. Marc Perrenoud le conjugue pourtant à sa manière. « Plutôt que de travailler en improvisant sur un base de 32 mesures comme cela se fait dans le jazz, je préfère travailler sur plusieurs mouvements, à l’instar dans la musique classique ».

Solo de batterie versus solo de piano

Pour pousser l’exercice plus loin, le pianiste, dont le dernier CD en trio « Vestry Lamento » a séduit les critiques de New York à Paris, aime prendre pour point de départ une technique ou une texture. Il peut ainsi choisir d’improviser à partir d’octaves ou s’amuser à retranscrire au piano un solo de batterie. A chaque son – la grosse caisse, la caisse claire, les cymbales – il associe des notes, créant ainsi d’autres formes rythmiques sur son instrument. Le but étant bien sûr de prendre un maximum de risques, de chercher à ce que le résultat soit à chaque fois différent.

 « Ne pas se laisser dépasser par ce qui est entrain de se passer »

« Lorsque tu joues en groupe, tu cherches d’abord la résonnance, l’osmose. Le groupe trouve alors sa propre énergie et se met à fonctionner de façon autonome, un peu comme une meute. En solo, tu dois entrer en connexion avec toi-même sans aller trop loin. Tu ne dois pas te laisser dépasser par ce qui est entrain de se passer, garder un temps d’avance, garder le contact avec le public. Tu dois être en permanence ultra-concentré. Il ne peut y avoir que très peu de déchets. »

Les pierres millénaires du Château de Chillon et la féérie du lac au crépuscule ne pourront qu’inspirer la batterie insolite de Julian Sartorius et le piano expansif de Marc Perrenoud. Ne ratez pas ce moment d’exception !

Julian Sartorius solo/ Marc Perrenoud Solo, Montreux Jazz Festival, vendredi 11 juillet, 21 h.

“Are we selling candles or are we selling light?”

When I reviewed the Schaffhausen Jazz Festival, questions emerged – is Rusconi‘s new album, jazz? What should jazz be in 2014? Gerry Godley of the Improvised Music Company and 12 Points festival worked with cartoonist Patrick Sanders on a presentation that made some vital points for the industry. I particularly liked the analogy – are we selling candles or are we selling light? Put crudely if we carry on focusing on traditional forms of jazz we may go out of business.

© Patrick Sanders Let's be more open to innovation, especially as jazz has become  more porous and collaborative ©Patrick Sanders
© Patrick Sanders
Let’s be more open to innovation, especially as jazz has become more porous and collaborative ©Patrick Sanders

Godley referred to America’s major arts survey of 2012 and although I don’t see Europe in the same grip of the “heritage” of jazz, it’s probably a similar picture here: audience numbers are declining and they are growing older (as I saw at Schaffhausen and see in London). As Terry Teachout of the Wall Street Journal wrote, “Jazz musicians who want to keep their own…beautiful music alive…have got to start thinking hard about how to pitch it to young listeners.”

“What is jazz about & who is it for? – grows unclear.” Phil Johnson

To be frank, jazz has lost its hipness. Young urban ‘gunslingers’ are more likely to listen to new folk or the myriad forms of electronica. Last year journalist Phil Johnson wrote in the The Independent, “The essential narrative and context – what is jazz about and who is it for? – grows unclear. An increasing lack of visibility in the mainstream media contributes to a growing credibility gap…” This is an issue; print and radio (let’s not even go there with TV) influence tastes and with diminishing support it’s difficult for promotors to take risks. The respected critic, John Fordham commented on the lack of press coverage for jazz in 2010, “…the most routine performances by an orchestra, or the most mundane gigs by fading pop stars will usually grab the space from innovative jazz artists who may well be shaping the future of music…”

 

©Patrick Sanders
©Patrick Sanders

 

Godley also addressed the “J” word and whether it’s doing music a dis-service. I don’t feel overarching terms such as jazz, classical or rock are relevant in the age of the internet. My favourite phrase is ‘music for curious ears’ and London’s Cafe Oto bills itself as a venue for “creative new music”. Phil Johnson suggests Oto could be a good model for other European clubs as it’s found success by, “building an audience from the bottom up through artist-run co-ops and club-nights.” They are managing to attract a mix of ages, at least.

BBC Radio 3 (plays classical music and some jazz) is rightly obsessed with the phrase “replenishing audiences” as their core listeners age. Attracting new audiences requires new marketing tones. Rusconi have been so successful at building an online rapport with their fans that they won the voted-for ECHO Jazz Award for Best Live Act 2012. But the music itself needs to be relevant.

Build on traditions, but break the rules

Some promotors I spoke to felt Rusconi were being gimmicky – maybe they haven’t quite hit the right spot (as they did with Alice in the Sky) but I’m more engaged by them than I am by clever musicians desperately trying to re-create a time that has gone. Build on traditions, but break the rules, or at least put in your own life, your emotion. My musical axis has been informed by being a DJ where it’s all about the new, and I’ve always admired pioneers who faced enormous criticism but changed things up; as much as I adore Miles Davis’ Kind of Blue I’m glad he heard Hendrix and got re-inspired.

A band who is getting the balance right is Hildegard Lernt Fliegen. They played a triumphant set at Moods a few weeks ago. The music builds on traditional jazz and improvisation and yet is modern. They’ve got a strong look going on and their video for the track Don Clemenza  is perfectly pitched. OK, not everyone has to (or can) wear a breadstick on their head, but what brings it all together is that it feels utterly genuine, it’s ‘authentic’. And that’s the word Godley finished his talk with and it’s an important one.

Labels like ECM are “borders-blind”

What I’d like to see is European countries co-operating at supporting talent from a wide spectrum of ‘jazz’ and from regions beyond their own. Labels like ECM are “borders-blind”, venues could be better at this too. I believe: “If it ain’t broke, change it!” Or it dies. Keep jazz relevant, think about new ways to package it and consider who we want to promote it to. There are audiences out there who are missing out on heart-pounding, incredible music.

 

©Patrick Sanders
©Patrick Sanders

 

The Schaffhausen Jazz Festival 2014

As I walked into the ex-yarn factory, Kulturzentrum Kammgarn, it was clear the organisers put passion and care into their festival. The place was warm and intimate with candlelit tables and there was a relaxed, convivial vibe. Over four evenings the audience was treated to a variety of Swiss improvised music and there was a day of professional talks.

Without doubt, this is an ambitious festival

I missed the compelling Elina Duni Quartet who opened the event, but was there to experience BASH. I’m getting to know Lukas Roos through his outfit, pommelHORSE, but here the clarinetist/saxophonist played with guitarist, Florian Möbes, Domi Chansorn on drums and Samuel Gfeller on graphic novel, literally. A massive screen behind the band showed the story of a prisoner drawn into increasingly twisted events that lead to his end. The style of Gfeller’s drawings, Robert Crumb in feeling, are so powerful that at times, I tuned out their sensitive and minimal music. On speaking to Roos he explained that cutting the set to 40 minutes affected the balance – a point echoed by Andreas Schaerer and Rusconi on appearing at this festival.
Arte Quartett

Schaerer’s vocal noises ran amok

Andreas Schaerer was performing Perpetual Delirium, his composition for the saxophonists, the Arte Quartett with Wolfgang Zwiauer on electric bass. It had the quartet interlacing with a naturalness that was almost child-like in it’s fun and freedom. There were fascinating textures as soprano sax took over from alto, or tenor had a furious and thrilling exchange with the baritone, whilst Schaerer’s vocal noises ran amok adding sparkle, or hiding within their vibrant sound.

For pianist Gabriel Zufferey the time limit was perfect. His music was fluid with notes as sweet as fluttering butterflies yet underpinned by such knowledge and skill that he came across as an eccentric wizard. I liked the echoes of classical music and he incorporated an Eric Satie piece – it might sound tacky, but in his hands it lifted the hearts of the audience who then demanded two encores.

Is Rusconi’s music, jazz, or not?!

I was recently critical of Rusconi‘s gig at the Cully Jazz festival, but at Schaffhausen they were more confident in their ideas and I totally got into the groove of Hits of Sunshine and am warming to the strangeness of Change Part 1. However, on talking to some of the European promotors invited to the festival, questions emerged – is Rusconi’s music, jazz, or not? Is it gimmicky or authentic? I felt some answers were suggested by Gerry Godley of 12 Points who tackled the issue of the future(s) of jazz in his presentation with cartoons from Patrick Sanders, at the festival. But I’ll go into that more in my next Swiss Vibes’ blog, ‘How is Jazz?’

In the meantime I’ll leave you with the Bill Evans‘ quote that Godley used, “Jazz is not a what, it is a how. If it were a what, it would be static, never growing. The how is that the music comes from the moment, it is spontaneous, it exists at the time it is created.” If the Schaffhausen Jazz Festival has its sights set on being a relevant platform for jazz then it needs to continue putting on bands that question our perception of this rich and challenging music, as well as, those that celebrate it.

Cartoon by Patrick Sanders

Sex & Videos & Rock’n’roll

La pop suisse s’est trouvée un nouvel étendard visuel: tous à poil!

Une obsession de la jambe à l’air qui transcende les “genres” de la folk au slam. Oubliée la grande déclaration de Clémenceau, “le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier“. Ce qui compte maintenant, c’est de faire tomber la feuille de vigne.

Anna Aaron “Linda”

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=cGyS_goCnLI]

On aurait pu croire la Bâloise aussi sage que ses chansons

Dans son précédent clip “Stellarling”, Anna Aaron se montrait en Piéta dans les bois, tenant délicatement son hipster christique sur ses genoux, avec la douceur d’un cours de catéchisme. Mais sur “Linda”, elle oppose sa beauté froide et ses rondeurs serrées dans un pull moulant, au corps nu, terriblement sec, de la danseuse et performer Oriana Cereghetti.

Introduction plastique, anti-érotique, à la morphologie humaine qui s’offre aux regards devant un mur noir et quelques néons. L’esprit torturé par Godwin pourrait y trouver des réminiscences contemporaines des “Dieux du stade” (ceux du documentaire allemand avec Leni Riefensthal, pas le calendrier des rugbymen français), pourtant si éloignées des jolies élégies de son dernier album “Neuro”, à paraître en Suisse le 28 février (et en France le 11 mars).

Kadebostany “Jolan”

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=t994-0_1bJI?feature=player_detailpage&w=640&h=360]

Erotisme crypto-fasciste et vaguement sado-maso…

C’est  le parti-pris visuel des derniers clips de Kadebostany. Alors même que la fanfare électro semblait plutôt lorgner du côté des anciennes démocraties populaires de l’Est, le grand leader Kadebostan, en costume d’apparat, s’y montre toujours entouré de deux amazones aux jambes gracieuses et aux poses ouvertement lascives sous l’uniforme. Sans hésiter à enlever le haut parfois, mais toujours de manière fugace.

Comme chez Anna Aaron, ces visions subliminales s’appliquent sur fond noir et néons clinquants, pour mieux mettre en valeur cette esthétique d’une froideur infinie. Un choix d’autant plus étonnant que les paroles de “Jolan” semblent dire le contraire de ce qui est montré ” Ho, je me sens si haut quand tu es prêt de moi […] et je suis sûr que nous pourrons traverser l’univers” chante Kadebostan avec un romantisme insoupçonnable derrière se poses martiales.

Puts Marie “Pornstar”

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=OHWL14EQOcc&w=640&h=390]

Chez les Puts Marie, on se fait plus explicite…

Les rockers de Bienne, parmi lesquels Nick Porsche, réanimés après une longue période de sommeil, ont frappé un grand coup avec “Pornstar”, tiré de leur EP, au titre tout aussi transparent, “Masoch”. Emmenés par leur chanteur-acteur de théâtre, Max Usata, ils ont recréé en studio une sorte de boîte échangiste délirante, presque sortie d’un film de Fellini, où les corps plus ou moins gracieux se mêlent sans complexe dans un même élan hétéro et gay-friendly. Un choix qui a le mérite de faire sens: leur nouvel album, mi-rappé, mi-chanté, les voit explorer l’auto-destruction et la provoc authentique.

 

Serge Wintsch à propos de la scène jazz suisse

Francine et Serge Wintsch
Francine et Serge Wintsch

Directeur du JazzOnze+ Festival avec son épouse Francine depuis plus de vingt ans, Serge Wintsch est aussi un musicien à ses heures perdues. Il connaît la scène suisse sur le bout des doigts. D’autant qu’Onze+ était à l’origine une association de musiciens lausannois, rassemblés pour donner plus de visibilité « aux musiques d’improvisation, à la musique contemporaine ». Du haut de ses 25 éditions, Onze+ s’impose aujourd’hui comme un rendez-vous incontournable du jazz suisse  comme international ainsi que des musiques actuelles. Les concerts de jazz ont lieu dans la salle Paderewski alors que depuis 2001, la salle des Fêtes du Casino de Montbenon se transforme en EspaceJazz et propose des concerts gratuits destinés à un public plus jeune, amateur de musiques africaines, de soul-funk ou d’electro.

Le festival a toujours accueilli des musiciens suisses. Parlez-nous de ceux que vous avez invités en 2013 ?
Serge Wintsch Le Who Trio est une valeur sûre. Michel Wintsch (mon homonyme sans être un parent) joue depuis de nombreuses années avec Gerry Hemingway et Bänz Oester. Ce trio s’est rarement produit à Lausanne. Idem pour le guitariste genevois Christian Graf dont le côté rock me plaît beaucoup. Et comme cette année, nous voulions mettre l’accent sur les guitaristes, l’occasion était toute trouvée.

Qu’en est-il de Samuel Blaser et Jean-Lou Treboux ?
Serge Wintsch Samuel Blaser est un extraordinaire inventeur de musiques. Il trace sa propre voie dans la musique improvisée sans s’inscrire dans un genre particulier. Sa formation autant classique que jazz lui a permis d’acquérir des bases techniques solides pour créer avec la plus grande liberté formelle. Jean-Lou Treboux est un jeune vibraphoniste que nous suivons de près. Il a décroché une aide financière institutionnelle pour résider à New York pendant six mois. Cette invitation à Onze+ constitue son premier concert en Suisse avec cette nouvelle formation. Nous ne savons pas du tout ce que cela va donner, mais nous lui faisons entièrement confiance.

Que pensez-vous du jazz en Suisse en 2013 ?
Serge Wintsch Cette scène est extrêmement intéressante et riche. Rappelons qu’en Suisse il y a une longue tradition du jazz. Avant elle existait sans doute plus à l’intérieur des frontières qu’à l’extérieur. Je pense en particulier au Zürcher Jazz Festival qui de 1951 à 1973 fut un lieu de rendez-vous incontournable des musiciens alémaniques comme romands. Mais peu de musiciens s’exportèrent. On peut citer, parmi ceux-ci, Pierre Favre, Daniel Humair, George Gruntz, Irène Schweizer, Matthieu Michel ou Mathias Rüegg (Vienna Art Orchestra). Dans la nouvelle génération, il suffit d’écouter les pianistes, Colin Vallon, Stefan Aeby, Gabriel Zufferey, Léo Tardin ou Marc Perrenoud pour être convaincu que la relève est là et qu’elle possède un haut niveau créatif.

Les musiciens que vous mentionnez se sont souvent intégrés à d’autres scènes, comme Daniel Humair en France ou Pierre Favre en Allemagne. On oublie presque que ce sont des Suisses.
Serge Wintsch Oui, les Suisses sont discrets ! Peu nombreux sont ceux qui se sont exportés et ceux-là se sont fondus dans l’internationalisme du jazz. Ce qui manque, c’est un mouvement spécifiquement helvétique. Il me semble toutefois que les musiciens circulent plus qu’avant, qu’ils collaborent plus entre eux, peut-être aussi grâce à l’apparition d’écoles comme l’HEMU (Haute Ecole de Musique) de Lausanne).

Les conditions seraient donc réunies pour un mouvement spécifiquement helvétique ?
Serge Wintsch Ce serait drôle d’imaginer des tournées internationales avec des ensembles suisses en alternance. Un peu comme le Chicago Blues en son temps. Cela permettrait de montrer le foisonnement de cette scène suisse au reste du monde.

Festival JazzOnze +, Lausanne, du 30 octobre au 3 novembre. www.jazzonzeplus.ch