La Gale fait trembler le Romandie avec “Salem City Rockers”

©Mehdi Benkler
©Mehdi Benkler
Vendredi 18 septembre. 22h30…

L’enclave rocailleuse du Romandie lausannois déborde. La foule est réunie pour prendre le pouls du très attendu nouvel album de La Gale : “Salem City Rockers”.

Une scène brumeuse accueille la rappeuse. Métaphore du soir. La Gale se positionne dans la mouvance du rap qui n’a que faire des illusions dorées.

@Mehdi Benkler
@Mehdi Benkler
Son verbe est brut, miroir des réalités qui parcourent son chemin

N’attendez pas de prose fleur bleue, La Gale attire la conscience civile là où certains tentent de la bercer de chimères.

Rap coup de gueule, rap social, rap engagé. La force d’impact de son verbe, quant à lui, trouve sans doute sa source dans la mixité de La Gale : héritage maternel d’une sensibilité sociale orientale, héritage paternel d’une détermination occidentale sans faille. La brume scénique du soir se dévoile comme élément focalisateur. Écouter plus que regarder. Les rythmes, les harmonies, les mots sont l’importance du soir. Le reste n’est que fioritures.

“Salem City Rockers” ne déroge pas aux lois de l’univers de La Gale

la_gale_cover_by_AMMO_300x300_300Son flow et son verbe ont toujours ce caractère brut si particulier. Les récits ouvrent une porte sur un album plus personnel, tout en restant toujours aussi engagé. Un franc-parler punk qui, allié à l’énervement rap, donne à chacun de ses titres une puissance indéniable.

Produit les beatmakers français I.N.C.H et Al’Tarba, l’univers harmonique de “Salem City Rockers” pose ses racines dans la tradition hiphop et fait la part belle aux samples. Sans rester dans les frontières du déjà-vu, l’album s’autorise des voyages bénéfiques en terres éclectiques. Oud et ambiances orientales enveloppent l’excellent “Petrodollars (avec la participation de la chanteuse Paloma Pradal)“.

Effluves bluesy et rock alliées à la profondeur hiphop donnent toute sa puissance à “Qui m’aime me suive” (téléchargeable pour la modique somme de 1.- sur le bandcamp de La Gale). Dérives aux tendances electro sur “5000 km” (feat. DJ Nix’on).

Attitude punk – héritage du passé. Flow hip-hop – encre du présent
©Mehdi Benkler
©Mehdi Benkler

“Salem City Rockers” reflète une alliance subtile aux couleurs variées, une alliance qui puise une grande partie de sa force dans le rock, une alliance tenue en équilibre par la précision du travail des samples.

Scéniquement, La Gale s’esquisse d’un trait à mi-chemin d’univers qu’on a pas l’habitude de marier. Attitude punk – héritage du passé. Flow hip-hop – encre du présent. Sur scène, l’envergure de “Salem City Rockers” se dévoile corps et âme. La Gale ne fait pas que poser ses tripes sur papier, elle les révèle à chaque mouvement.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=fNDlBiZ-lXw]

Salem City Rockers” est paru le 18 septembre sur Vitesse Records et paraîtra le 2 octobre dans le reste du monde.

Prochains concerts:

Paris (F), Festival MaMA, Le backstage By the Mill, le 16 octobre

Niort (F), Festival En Vie Urbaine, le 17 octobre

Milan (I), Expo Pavillon suisse, le 24 octobre

Tour (F), Le Temps Machine, le 6 novembre

Grenoble (F), salle Eve, le 12 novembre

Salon-de-Provence (F), Le portail Coucou, le 14 novembre

Cenon (F), Le Rocher-de Palmer, le 3 décembre

Castres (F), Le Bolegason, le 5 décembre

Lausanne (CH), les Docks, le 11 décembre

Das Treffen von zwei Kolossen

Andreas Schaerers Band Hildegard lernt fliegen wird beim Luzerne Festival symphonisch

Probe 1: Andreas Schaerer (links) und Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber
Probe 1: Andreas Schaerer (links) und Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber

Es gibt gleich einige gute Gründe, warum der Berner Andreas Schaerer derzeit der vielleicht interessanteste Gesangskünstler der Musikszene ist. Was damit beginnt, das der aktuelle Preisträger des Echo Jazz in der Sparte „Gesang international“ (und damit direkter Nachfolger von Gregory Porter) weit mehr ist als nur ein Sänger und auch nur bedingt in die Schublade Jazz passt; Schaerer ist vielmehr ein Stimm-Jongleur, der sein Organ nicht nur in den verschiedensten Lagen und Stilen (vom klassischen Lied- bis zum Crooner- oder Scat-Gesang) erklingen, sondern damit auch alle denkbaren Geräusche erzeugen und allerlei Instrumente bis hin zum Schlagzeug imitieren und polyphon übereinander türmen kann. Er ist darüber hinaus ein glänzender Komponist und Improvisator, der diese Fähigkeiten für die verschiedensten Projekte variabel einsetzen und rhythmisch wie melodisch virtuos gestalten kann. Und er verfügt schließlich in reichem Maße über Bühnen-Charisma und die in der „ernsten Musik“ eher seltenen Gabe des Humors, was vor allem bei seiner Paradeband Hildegard lernt fliegen zur Geltung kommt.

Interessantester Vokalist der Gegenwart
Probe 2: Andreas Schaerer mit Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber
Probe 2: Andreas Schaerer mit Lucerne Festival Academy Orchestra ©Stefan Deuber

So ist es folgerichtig, dass Hildegard lernt fliegen vor zwei Jahren den BMW Welt Jazz Award gewann, als dessen jährlich wechselndes Motto „Sense of Humour“ lautete; und dass Schaerer mit der Band nun beim Lucerne Festival ins Spiel kam – lautet doch dessen Motto heuer „Humor“. Dramaturg Mark Sattler, beim Festival seit 16 Jahren für „zeitgenössische Projekte“ zuständig, fragte Schaerer, ob er nicht einen Hildegard-Auftritt mit einer 20-minutigen Komposition für das Lucerne Festival Academy Orchestra kombinieren wolle. Schaerer ergriff mehr als nur den gereichten Finger und schrieb gleich den kompletten 70-Minuten-Auftritt als „The Big Wig“ betiteltes Orchesterstück für 66 Musiker. Am vergangenen Samstag erblickte das kurz, aber intensiv geprobte, von Schaerer komponierte, arrangierte und orchestrierte, dann vom Hildegard-Saxofonisten (und ehemaligen Geiger) Matthias Wenger feingeschliffene Werk im Luzerner KKL das Licht der Welt – und riss die Zuschauer von den Stühlen.

Mehr Kraft, weniger Gags
Probe 3: Hildegards Blechbläser ©Stefan Deuber
Probe 3: Hildegards Blechbläser ©Stefan Deuber

Paradoxerweise – hält man sich das Festivalmotto vor Augen – hat man wohl noch keinen „seriöseren“, weniger „lustigen“ Hildegard-Auftritt erleben können. Was die logische und bewusste Konsequenz daraus war, dass Schaerer seine Chance beim Schopf packte und alle Möglichkeiten des sinfonischen Rahmens ausschöpfte. Denn damit traten er selbst wie seine Hildegard-Mitstreiter sozusagen ins zweite Glied, um sich in den orchestralen Gesamtklang einzufügen. Die drei adaptierten Hildegard-Hits „Zeusler“, „Seven Oaks“ und „Don Clemenza“ gewannen so einen neuen Fluss und enorme, mitunter filmische Kraft und verloren die in der kleinen Besetzung latente Zickigkeit. Und die eigens geschriebenen Stücke wie „Two Colosses“ ergaben inspirierte Sinfonik mit einem Esprit und einer stets zugänglich bleibenden Experimentierlust, der den meisten neuen Werken dieses Genres fehlt. Das junge, mit überragenden Talenten aus aller Welt gespickte und vom Dirigenten Mariano Chiaccharini lässig, aber präzise instruierte Orchester hatte sichtlich seinen Spaß und ließ sich sogar vom kurz das Dirigentenpult enternden Schaerer auf Jazz-Abwege führen: Wann hat man je ein Sinfonieorchester gelungen kollektiv improvisieren sehen.

Eine sinnvolle Symbiose

Ohnehin ist die Kombination aus klassischem Orchester und Jazzband ja schon oft genug missglückt, zuletzt durfte man sich bei Geir Lysnes Monteverdi-Morricone-Hybridkompositionen vom Auftritt Michael Wollnys mit den 12 Cellisten in Berlin enttäuscht fühlen. Hier war es eine runde Sache, eine sinnvolle und befruchtende Symbiose, die allen Beteiligten nicht nur unvergesslich bleiben, sondern ihnen auch bei der weiteren musikalischen Entwicklung helfen wird.

Louis Schild, « Qu’il Vive »

Portrait de Louis Schild revisité par le photographe Michel Bonvin!
Portrait de Louis Schild revisité par le photographe Michel Bonvin

Sur la scène du Théâtre 2.21 à Lausanne, samedi 17 janvier, un grand barbu armé d’une basse et d’une trompette qui ressemble à un jouet dirige un drôle d’orchestre. Pierre Audétat (Stade, Piano Seven) s’agite entre un piano à queue et des samplers, Flo Stoffner, assis se balance hypnotiquement sur sa guitare. Quant à Lionel Friedli, il frotte, frappe et fait voltiger les baguettes de sa batterie comme si sa mission était de déclencher un feu d’artifices de rythmes.

Qu’il Vive

 « Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits. » écrivait René Char dans le poème “Qu’il Vive“ en 1968. C’est à ce court texte que Louis Schild rend hommage pendant un peu plus d’une heure. « “Qu’il Vive“ parle d’un pays. C’est un vœu de l’esprit, une utopie, un pays qu’on a en nous. Cette idée m’a accompagné tout au long du processus de création. » Qui s’achève en décembre 2014, le jour où Louis Schild remet à ses comparses les copies de son travail de composition.

En ce samedi soir de janvier, je ne cherche d’ailleurs pas vraiment à comprendre où se situe le blues, le rock ou le jazz dans ces long morceaux, dans ce processus d’improvisation collective. Je préfère apprécier l’incroyable énergie qui se dégage l’ensemble et se transmet au public encore plus jeune que le leader de la formation.

https://vimeo.com/118988006

Quelques jours plus tard, dans un café du centre ville, les questions affluent. « Je n’ai pas seulement emprunté au jazz, mais aussi aux musiques folkloriques d’Afrique de l’Est, aux musiques populaires italiennes des années 60 et à celles du Proche-Orient » explique le jeune autodidacte de 23 ans, éperdument curieux. « Je me suis beaucoup intéressé aux musiques de l’Empire Ottoman, aux rhapsodies. On dit d’ailleurs que dans les rhapsodies, les thèmes sont cousus ensemble. Cette idée m’a beaucoup parlé».

LEON

LEON Louis Schild (à gauche) et Raphaël Ortis (à droite)
LEON
Louis Schild (à gauche) et Raphaël Ortis (à droite)

Quand il n’est pas en train de donner son interprétation musicale de poésie résistante, Louis Schild est la moitié du binôme LEON. Né en 2011 d’une rencontre avec Raphaël Ortis (bassiste et explorateur de sons ) à la Reithalle de Berne, LEON a choisi comme mode opérationnel l’improvisation pure. Le travail du groupe repose sur quelques idées discutées en amont et une complicité à toute épreuve. Aujourd’hui. Parce qu’il se sent irrésistiblement attiré par le rock, LEON aime inviter d’autres musiciens et tend à se fixer en quartet avec encore Antoine Läng (voix et électronique) et David Meier (batterie).

Parfois encore LEON collabore avec Kasper T. Toeplitz, le compositeur franco-polonais, également un homme de basse, mais aussi d’ordinateurs, bien connu dans les milieux de la noise music. Un enregistrement de leurs recherches sonores va d’ailleurs bientôt paraître sur le label et distributeur de disques fous Metamkine.

Travailleur du son et de l’espace, Louis Schild est aussi l’ardent défenseur d’une autre façon de vivre. Une forme de résistance ou plutôt d’« insurrection de consciences » pour reprendre les termes de de l’intellectuel Jean Ziegler. Louis Schild a choisi la vie en communauté, à la maison comme dans ses nombreuses activités. Avec Alain Wolff, il s’occupe de l’Espace Echallens13 à Lausanne.

Il se prépare à lancer Les éditions collectives La Maraude dont l’une des premières parutions devrait être un livre de dessins de Julian Sartorius. La carte blanche que lui a donné pendant 4 soirs le théâtre 2 :21 à Lausanne a été l’occasion de faire le point sur son travail. Enrichissant et stimulant.

 

 

 

KIKu adoubé par Blixa Bargeld à Paris

KiKu_Presspic_01_72dpi_1_530_352« Vous êtes là pour Blixa ? » se demande-t-on poliment au sein d’une foule compacte d’où émerge, en connaisseur, la tête du géant (au sens propre) de l’électro analogique parisienne, Arnaud Rebotini. Blixa Bargeld, donc, fait l’attraction de ce premier concert de rentrée au centre culturel suisse. Le fondateur d’Einstürzende Neubauten vient prêter sa voix caverneuse au nouveau projet de KIKu, le duo d’indus jazz romand. Mais, comme pour rester fidèle au titre de leur album, « Marcher sur la tête », Yannick Barman, à la trompette et Cyril Regamey, à la batterie, s’amusent d’emblée à brouiller les pistes. En introduisant le slammeur lausanno-new-yorkais Black Cracker et leur guitariste David Doyon, ils démarrent par une impressionnante session de hip hop noise, tandis que sur l’écran sont projetés les dandinements d’une caméra entre deux murs léprosés. Regamey, métronomique sur sa batterie électronique et Barman, toujours entre miaulements de trompettes et mélodies fugaces orchestrent l’ensemble avec toute leur science du micro silence et du groove impossible.

Quelques morceaux plus tard, après cet échauffement emballant, frémissements : « Blixa », impassible dans son costume trois pièces impeccables, débarque en fauteuil. A peine le temps d’un « Bonjour ! » tonitruant, et déjà les meilleurs morceaux de « Marcher sur la tête » s’enchaînent. Avec « Nuages », longue composition labyrinthique, KIKu tempête sur drone; sur « Belehrung », poème de Herman Hesse contée d’une voix profonde, la trompette chuinte du free jazz; sur le classique new wave des Korgis, « Everybody’s got to learn sometime », d’incongrus apartés pop font leur apparition. Parfois, Blixa lâchera un cri ou soulèvera un sourcil rageur, Régamey laissera l’impression d’être le Tony Martin du free-drone; Barman, la trompette dans la bouche, fricotera avec ses machines (la sainte trinité sampler-ipad-laptop). Mais toujours, sauf peut-être pour le final, qui, à défaut de marcher sur la tête, piétinera les tympans, toujours KIKu, Blixa et Black Cracker réussiront à rester imprévisibles.

Le 20 janvier 2015 au Centre Culturel Suisse de Paris

Egalement le 22 janvier au Bad Bonn de Düdingen et le 23 janvier aux Docks de Lausanne

Album : « Marcher sur la tête » (Everest Records)

Montreux Jazz goes Switzerland

« Claude Nobs aimait comparer le jazz à un bouquet de fleurs. Plus les fleurs rassemblées étaient d’origines et de couleurs différentes, plus il appréciait le bouquet. Le jazz suisse est lui aussi particulièrement intéressant parce qu’il s’abreuve à de multiples sources culturelles». Stéphanie-Aloysa Moretti (directrice artistique de l’Artists Fondation du Montreux Jazz Festival)

 

L’édition 2014 du Montreux Jazz Festival fait la part belle aux Helvètes. Ouverture des festivités avec Leonzo Cherubini  et sa composition « Flora » pour trois batteries et trois percussions  (dimanche 6 juillet à 17 :00) et clôture avec « Ivresse » de Jérôme Berney, une création mêlant classique et jazz (vendredi 18 juillet à 17 :00). Le pianiste François Lindemann, qui avait joué en son temps à Montreux, est également de retour en quartet (mardi 8 juillet en première partie de Tigran Hamasyan). Quant à Julian Sartorius, il improvisera en duo avec le pianiste Parisien Benoît Delbecq (mardi 8 juillet, 21 :00).

Un week-end de folie dans les différents espaces du Festival
Leo Tardin
Leo Tardin
Marc Perrenoud
Marc Perrenoud

Du 11 au 13 juillet, les artistes suisses investissent la plupart des salles du Montreux Jazz Festival. Jugez plutôt: Le 11 juillet, Julian Sartorius – encore lui, mais en solo cette fois – tapera sur tout ce qui bouge dans le somptueux décor du Château de Chillon, victime du succès de son « beat diary » (un coffret de 12 vinyles qui compte 365 beats, soit 1 beat composé chaque jour pendant une année).

 

Le même soir, Marc Perrenoud fera aussi voler en solo les touches de son piano. Un coucher de soleil musical inédit et intriguant en perspective au Château de Chillon.

Et pour ceux qui sont doués du don d’ubiquité, signalons qu’au même moment, les inclassables Plaistow se produiront au Club juste avant la pianiste japonaise Hiromi.

Quant au maestro Stephan Eicher, il se voit offrir les honneurs de l’Auditorium Stravinski le 12 juillet. Enfin last but not least, Leo Tardin rencontre le percussionniste turco-suisse Burhan Oçal le 13 juillet au Château de Chillon. Nous y reviendrons.

Ne manquez surtout pas de découvrir ou de re-découvrir cette scène suisse en pleine expansion !

Concours

logo_Swiss Vibes-compilInscrivez-vous ici, à la newsletter de Swiss Vibes (ça prend une minute) et  gagnez une des dix invitations pour la soirée du 11 juillet (Sartorius et Marc Perrenoud) ou pour la soirée du 13 juillet (Leo Tardin et Burhan Oçal).

 

 

 

Roman Nowka, Jazz Master à sa manière

1907597_10152074424737712_93029093_nLa soirée « guitare » du CullyJazz Festival nous a révélé un magnifique musicien : avant Marc Ribot et Medeski Martin & Wood avec le guitariste de Wilco Nels Cline, jouait le jeune Biennois Roman Nowka, en solo.

On le savait alors bassiste dans le fameux Lucien Dubuis Trio, guère plus. Curiosité et impatience de voir une nouvelle figure sur cette belle grande scène, devant un parterre noir de monde. Tout sourire, accent fleuri en prime, Roman Nowka nous dira ensuite : « La musique, ça me plaît quand il y a de l’espace et que c’est fragile. » Nous étions donc tous au bon endroit.

 

“Il faut être présent, jouer ce qu’on aime, et ne pas avoir peur”

Nonchalant et jovial, il a entonné de petites ritournelles sympathiques, assez techniques et décalées, avant de nous happer dans un univers d’une belle intensité. Prendre le temps de bien rajuster son micro, de trouver ses mots pour dire peu mais bien, de modifier un réglage sans se presser. Un peu drolatique car « normalement on doit toujours montrer qu’on est fort ; mais moi ce qui m’intéresse c’est le concert : simple, joyeux, honnête. » Peu à peu le public s’est tu, avant de littéralement flotter avec lui, très attentif. « C’était prévu, je savais – enfin ! je ne savais pas si ça allait marcher –  mais c’est l’effet que je recherchais. »

En avril sortaient simultanément deux albums : un solo nommé Jazzmaster – « c’est juste parce que c’est le nom de la guitare Fender que j’utilise, elle était tellement cher ! c’est un peu nul comme nom » – mais aussi un très beau disque de reprise de Duke Ellington en trio, Do Da Ellington, avec Thobbias Schramm à la batterie et Samuel Kühn à la basse. Avant, il y a encore eu Me Myself and I en solo « parce que j’aime bien être seul avec ma guitare n’importe où, c’est comme ça que j’ai commencé. »

“J’écoutais à fond Michaël Jackson, David Hasselhof”

Boire un café avec Roman Nowka, c’est aussi parler pêle-mêle de souvenirs de la Californie où il a grandi, de son père guitariste classique, de sa mère vendeuse de sandwiches à Venice Beach, des thérapies d’Arthur Janov, de sa formation en haute école de musique et de son amour de la pop – « J’écoutais à fond Michaël Jackson, David Hasselhof, . Le jazz pas tellement en fait, à part Monk ou quelques trucs. »

Comme avec la poule et l’œuf, on ne sait jamais trop si c’est la candeur qui fait le grand musicien, ou l’inverse. Roman Nowka est de ces gens-là, qui donnent au monde une musique presque céleste. Il travaille aujourd’hui à un autre album solo, à sortir en 2015 probablement. Un bel artiste à surveiller, car « on s’améliore toujours ».

www.romannowka.com

Bad Bonn Kilbi 2014

k2Das Programm der 24. Ausgabe der Bad Bonn Kilbi in Düdingen versprach eine Wundertüte – und das Versprechen wurde gehalten. So gab es etwa den 62-jährigen Lo-Fi-Pop-Visionär R Stevie Moore zu bestaunen, wie dieser sich mitsamt Rockband durch seinen Katalog, der über 400 Alben zählt, spielte. Man blinzelte in die Sonne, während der Brasilianer Rodrigo Amarante – einst Gefährte von Devendra Banhart, seine traurigen Lieder anstimmte. Und man tanzte, viel sogar, dank der surrealen Space-Latin-Spielart der kolumbianischen Meridian Brothers und dank Larry Gus, der seine tropisch flirrende und sehr perkussive Electronica mit Stimmen, Vintage-Soul-Samples und Trommelschlägen anreicherte.

Die Bad Bonn Kilbi streifte die Extreme

Während den drei Tagen streifte die Bad Bonn Kilbi einmal mehr die Extreme mit Bands wie den Däninnen Selvhenter oder den Baslern Mir, tauchte in schwere Psychedelia ab – allen voran der Auftritt der kalifornischen Wooden Shjips und zelebrierte leichtfüssig den Welt-Pop. Natürlich gab es auch viel Schweizer Musik – beispielsweise vom Zürcher-Duo Wolfman, von Puts Marie und von den Monsters rund um Reverend Beat-Man.

Das Festival, das sich immer noch allen Kategorien entzieht

k1Und dann gibt es noch eine Erscheinung zu vermelden, die etwas Heiliges ausstrahlte, und die sich den herkömmlichen Kategorien entzieht. Es war der Auftritt von Jeff Mangum, der mit seiner Band Neutral Milk Hotel aus seiner ganz eigenen Welt zurückgekehrt ist, und am letzten Festivalabend mit tieftraurigen und doch tröstend-euphorischen Liedern alle Dämme brechen liess. Es war der Höhepunkt einer wunderbaren Ausgabe der einzigeartigen Bad Bonn Kilbi, dem Festival, das sich immer noch allen Kategorien entzieht.

Die 24. Bad Bonn Kilbi fand vom 29.05 bis 31.05 2014 statt.

Dim Grimm / Dimlite & Mir an der Bad Bonn Kilbi

3110_Dim Grimm_1Vor vier Jahren wars, als der kalifornische Super-Produzent The Gaslamp Killer anlässlich des unfassbar verpeilten Konzerts von Gonjasufi im Bad Bonn in Düdingen einen Track des Berners Dimitri Grimm alias Dimlite einspielte – und diesem lokalen Helden so seine Reverenz erwies.

Dimlite versus Balt Mirczok versus Mitsel Quitno

Die Szene war symptomatisch für diesen Künstler, der im Ausland viel bekannter als in seiner Heimat ist. Denn ja, man wusste vom mittlerweile 33-Jährigen, doch blieb er immer im zuweilen auch selbst gewählten Schatten – auch dank weiteren Pseudonymen wie Balt Mirczok oder Mitsel Quitno.

Dabei veröffentlicht Dimitri Grimm seine letzte Platte als Dimlite namens «Grimm Reality» auf Now Again, einem Sub-Label des Vorzeige-Hip-Hop-Hauses Stones Throw, wo seine unglaublich facettenreiche Musik, die zwischen psychedelischen Soundforschungen und verquer produzierten Beats hin und her schlenkert, bestens aufgehoben ist.

Nach seinem Bad Bonn Kilbi-Auftritt im Jahr 2012 kehrt Dim Grimm nun ans Festival zurück – mit einem seiner seltenen Sets, die er hierzulande spielt. Weil: Im Ausland ist dieser Ausnahme-Produzent immer noch weit bekannter.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=wdX5IoSin64&w=640&h=480]

Shock Your Moneymaker

mirDirekt vor Grimm spielt am Schlussabend der diesjährigen Bad Bonn Kilbi die Basler Lärmformation Mir auf, die im Frühling 2013 ihr live eingespieltes Manifest «Shock Your Moneymaker» auf dem Label A Tree In A Field (u.a. Combineharvester & Fai Baba) veröffentlichten.

Perkussionsgewitter, fiepende Analog-Synthesizer, mächtige Bässe, viel Experiment und viel Lust, kurz: hier ist alles da, was das Noise-Herz begehrt.

[soundcloud url=”https://api.soundcloud.com/tracks/124844840″ params=”auto_play=false&hide_related=false&visual=true” width=”100%” height=”450″ iframe=”true” /]

Die Bad Bonn Kilbi findet vom 29. bis 31. Mai statt. Infos: wwww.kilbi.badbonn.ch

Camilla Sparksss administre une claque sexy punk aux Parisiens

tumblr_mn5n8u4ZdG1s8nlfwo1_500Pour réussir une première partie, il vaut mieux ne pas y aller à reculons. Barbara Lehnoff, alias Camilla Sparksss, a fait tout le contraire : elle est carrément descendue dans l’arène. Par deux fois, elle a quitté la scène pour se frotter (littéralement) aux trentenaires bedonnants, trépignants à l’idée de revoir l’idole du garage blues folâtre, Jon Spencer. Elle les a fixés dans les yeux, leur a murmuré à l’oreille, s’est roulé par terre en scandant les répliques définitives de son morceau « Europe », « This is shit ! ».

Thérapie par le cri primal

Elle a même tendu le micro aux heureux du premier rang, pour une séance de thérapie par le cri primal. Barbara Lehnoff a véritablement pris son public à bras le corps et cela tombait bien, puisque c’est justement l’objet de Camilla Sparksss. Le side project électro punk DIY de la guitariste stridente du duo Peter Kernel consiste à « donner une dimension charnelle à la musique électronique, à dépasser les machines » comme elle nous le confiait après son passage remarqué. Pas question donc de rester plantée derrière un laptop pendant que s’égrènent les rythmes tribaux, les déchaînements techno ou les apartés presque hip hop. Sur scène, la Canadienne installée en Suisse a multiplié les invectives et les torsions, tout juste aidée par son acolyte Myriam Vile, créatrice de bijoux reconvertie dans la performance très DIY elle aussi.

De l’écoute polie à la semi-hystérie

En courant sur place ou en boxant en rythme avec la beatbox avec son gilet bien trop court, elle n’a pas peu contribué à échauffer les virilités parisiennes : un spectateur inspiré lui lança même l’élégant « Est ce que tu baises ? » sans provoquer de réprobation générale. Justement, quelques temps avant la débauche de transpiration sexuelle de Jon Spencer, le duo féminin a initié avec peu de moyens la délivrance physique du public, passé de l’écoute polie à un état de semi-hystérie.

 Le 26 mai à la Machine du Moulin Rouge à Paris , en première partie de The Jon Spencer Blues Explosion
Nouvel EP de Camilla Sparksss “For you the Wild” sur bandcamp.
Les disques de Camilla Sparksss sortent sur le label On the Camper Records

 

À Paris, Kadebostany fait (presque) taire les sceptiques

Kadebostany_PopCollection_FINALDans les travées encore clairsemées du Nouveau Casino, ça murmure. Ignorant une première partie désespérante (Edward Barrow, grand échalas androgyne pleurant ses chansons d’amour à la harpe dans une indifférence polie), le public s’inquiète.

A Paris, le « président Kadebostan » ne débarquait pas encore en pays conquis

Son look de général d’opérette aurait d’ailleurs pu très vite le voir affublé de quelques railleries jadis réservées au Général Tapioca. «  J’ai quand même des réserves sur cet album » glisse un beau gosse à l’oreille de sa compagne de concert – « je ne suis pas sûr d’accrocher à leur virage électro hip hop » renchérit un autre, qui avait découvert le groupe quand il s’appelait encore, The National Fanfare of Kadebostany. Et pourtant. Et pourtant, il n’a pas mis longtemps pour se mettre les danseurs au rythme de ses galons brillants.

Un dispositif scénique légèrement mégalo

Au centre de la scène, il annonce la couleur dès les premières secondes, devant une audience immédiatement densifiée : bombardement de batterie électronique martiale alourdie de tonnes de réverb, un trombone et un saxo sur le côté gauche en support d’artillerie, la voix diaphane de sa « ministre Amina » pour adoucir les mœurs, sur sa droite. Dispositif scénique légèrement mégalo, surtout que le « président » se retrouve sous les deux « drapeaux écrans » faisant défiler les couleurs du Kadebostany, mais relativement efficace pour faire bondir la foule tout au long des morceaux de « Pop Collection » : electro pop emphatique sous influences légèrement balkaniques.

Le passage à la scène de ce disque inégal permet d’en gommer certains clichés de production

Kadebostany revient ainsi à l’essence de sa musique, profondément dansante, déclinée sous forme dub,hip hop ou presque jungle et laisse de côté ses inclinations kitscho-dégoulinantes. On regrette quand même la disparition des sources plus traditionnelles de son premier album, “Songs from Kadebostany”, en s’obligeant même à rejouer une deuxième fois ses deux « tubes », « Walking with a Ghost » et « Jolan ».

Kadebostany s’est produit le 12 novembre 2013 à Paris, au Nouveau Casino
Prochains concerts : à Lyon le 22 novembre, à Strasbourg le 28 novembre
Dernier album paru: “Pop Collection” (Mental Groove)

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