L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp à Paris

Passage remarqué du ready-made musical franco-suisse aux confins du jazz, de la transe africaine et de la musique contemporaine dans une petite salle parisienne, l’Espace B. Retour sur cette sourde déflagration du 22 octobre dernier.

Tapis élimés au sol, murs de craie décorés de manière aléatoire, bière pas chère pour faune autant enthousiaste que désargenté : l’Espace B à Paris pourrait aussi bien évoquer l’arrière-boutique d’un bar de Brooklyn qu’une cave autogérée à Lausanne. Cela tombe plutôt bien, l’Orchestre Tout-Puissant Marcel Duchamp (OTPMD) raffole de ces salles atypiques, joyeusement underground et indie : normal, tout a commencé pour le groupe franco-suisse du Genevois Vincent Bertholet (à la double basse ou à la contrebasse) dans les méandres artistiques dans un des squats de la « Cave 12 », l’association de soutien aux musiques expérimentales sur les bords du lac Léman. Pour sa tournée française fin octobre, qui passait également dans quelques villes exotiques (Bayonne, Tulle ou Clermont), l’OTMPD se devait donc de faire honneur à cet Espace B qui lui ressemblait tant, délicieux foutoir sans frontières. Et même serrés  sur la scène symbolique de cette petite salle, les six musiciens ont laissé s’épanouir leurs morceaux-gigognes – tirant parfois leurs jams « jazzcore » pendant plus de dix minutes. Aux allures hypnotiques du marimba de l’excellente Aida Dop répondait la batterie furieuse de Wilf Plum (dont on aurait bien vu les mythiques Dog Faced Hermans déflorer cette salle) ; parfois, le trombone de Seth Bennet marquait le temps, plus souvent il se déchainait comme un samedi soir dans un petit club de Lagos ; Liz Moscarola dansait parfois la gigue derrière son violon, comme un écho à son diplôme d’éducation somatique (une discipline d’éveil du corps) et et s’attachait avec Vincent Bertholet à lier les diverses transes du groupes en cris-soubresauts. Une bulle d’air que le public a respiré profondément.

Prochain concert en Suisse romande au City Club de Pully le 19 décembre!

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Monoski, de New York à Paris

Après les Etats-Unis et la Suisse, les Romands Floriane Gasset et Lionel Gaillard s’apprêtent à exporter leur duo orageux et minimal de l’autre côté des Alpes. Portrait, « sans pression particulière ».

« Il y a dix ans, nous n’aurions sans doute pas pu faire cette tournée en France », explique Lionel, dit aussi « Husky », « mais grâce aux réseaux qui se sont développés en Suisse, cela a été finalement très facile. » A l’approche de leur première tournée en France, les deux membres de Monoski gardent la tête froide. Après tout, ils ont déjà eu leur première expérience à l’étranger, aux Etats-Unis.

Ces deux passionnés de musique, actifs dans les milieux alternatifs suisses depuis une quinzaine d’années sont partis à New York deux ans. Pour travailler, d’ abord. Mais la ville du rock et de Sonic Youth, leur référence absolue, leur a inoculé le virus : il fallait qu’il monte un groupe. Leur groupe, à eux. Floriane derrière les fûts, énergique ou faussement apathique, Lionel derrière sa guitare pour des riffs rageurs, à la frontière du blues-rock et du noise. « Nous n’intellectualisons pas » assènent-ils en cœur, toujours à la recherche du « bon groove ». Pour les textes, les deux ont gardé en tête leurs quatre mois de road trip dans le sud des Etats Unis et aux Mexique ; ils en ont gardé des images, celles des chevaux morts sur le bord de la route (« Dead Horses ») ou des visions de prisons vides (« Empty Jail », qui ouvre l’album sur son beat lourd). Des visions qu’ils retranscrivent à deux sur leur premier album “No More Revelations”, comme une évidence. « Au départ nous avions un batteur, mais nous nous sommes vite rendus compte que nous étions plus efficaces à deux » avoue Lionel, «  du coup, nous avons cherché à transformer nos limites en force ».

Quitte à s’attirer la comparaison rituelle avec les White Stripes ou les Black Keys, glorieux ainés adeptes de la formule « guitare-batterie ». Mais de cela aussi, ils n’ont cure : « Ils ne sont pas du tout une source d’inspiration ! » assure Floriane. « A vrai dire, nous avons acheté leurs disques après avoir composé l’album, plus par curiosité : pour voir comment eux géraient les contraintes du duo ! ». C’est sûr, en terme d’envie et de fureur, les spectateurs de Paris ou de Lyon ne verront pas la différence.

A écouter ici !

Monoski sera en concert le 5 septembre à Thionville, le 6 septembre à Strasbourg, le 7 septembre à Paris (Batofar), le 8 septembre à Rennes, le 27 septembre à Lyon

La mue de Grand Pianoramax

D’un duo constitué de Leo Tardin et Dominik Burkhalter se produisant souvent avec Black Cracker , Grand Pianoramax s’est transformé en trio avec les mêmes intervenants. La nuance peut sembler légère, mais à les voir sur la scène du festival de la Cité vendredi soir sous une pluie fine qui mouille, elle prend tout son sens. Les trois amis fonctionnent désormais comme un vrai groupe, organique qui se nourrit des apports des uns et des autres. Et non plus seulement comme un projet dirigé par Léo Tardin. D’ailleurs celui-ci a tombé le costard. Il lui préfère une tenue plus décontractée (jeans et pull) et les cheveux en bataille. La musique aussi est devenue plus douce plus subtile, les synthétiseurs ne sont plus seulement un rempart de sons, mais égrènent désormais des mélodies un brin nostalgiques « Nous avons décidé de revenir à quelque chose de plus sensible, plus émotionnel, je joue désormais beaucoup plus de piano Rhodes » explique Leo Tardin au sortir de la scène. Au duel avec la batterie de Dominik Burkhalter, il préfère également jouer la carte de la complicité. Le flow de Black Cracker semble lui aussi plus fluide, plus soft. N’oublions pas que si le projet solo du rapper new-yorkais est assez hardcore, il s’est fait connaître à l’origine dans les milieux du spoken word. Cela se sent. Grand Pianoramax pourrait être la réincarnation de Jazzmatazz en 2012. Non pas tant au sens strictement musical, mais par sa vision du jazz, pas son modernisme, par sa capacité à faire table rase et à tout recommencer. Un nouvel album est prévu en 2013. Et un concert est encore prévu au Parc de la Grange à Genève dans le cadre de Musiques en été, le 25 juillet avec en invité spécial le chanteur de soul de Chicago Jesse Boykins III.

Hathors, repérage des repérages

Au printemps, ils avaient été repérés et sélectionnés parmi plusieurs autres groupes suisses aux Eurockéennes de Belfort. Un choix  pertinent puisque Hathors a aujourd’hui franchi le cap suivant en étant à nouveau consacré “repérage” parmi les différents groupes régionaux sélectionnés aux Eurockéennes. Ils se partagent ce titre avec le groupe de hip hop français Art District. Plusieurs programmateurs de festivals ont été bluffé par la puissance du show du trio rock suisse allemand que certains comparent déjà à des groupes comme Foo Fighters. Pour Marc Ridet, directeur du bureau Swiss Music Export (SME):”Comme les  groupes de rock américains de la grande époque, Hathors parvient à synthétiser diverses tendances – punk, rock hardcore, metal – pour en faire quelque chose de radicalement nouveau”. En attendant la suite des aventures internationales de Hathors, regardez ci-dessous l’extrait de leur prestation à Couleur 3, lors de la finale de la sélection suisse.

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Plaistow live in Berlin

Si vous aimez les long crescendos, les films en noir et blanc et le suspense musical, la dernière vidéo de Plaistow, “The Mission”, un morceau live enregistré le 19 mai dernier  au club Ausland de Berlin est pour vous. Avec – et c’est une nouveauté – l’excellent Vincent Ruiz à la contrebasse. Et toujours Cyril Bondi à la batterie et Johann Bourquenez au piano.

Allez j’en profite encore pour reprendre la citation du critique musical anglophone Brian Morton: “Plaistow always sounds like a group thta existed before the instruments were chosen”.

Grégoire Maret Quartet at Jazz Standard in New York

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Herbie Hancock once called Grégoire Maret “one of the most creative musicians  around”. The Geneva-born harmonica sensation lived up to his reputation last week at Jazz Standard, one of the best venues for jazz In New York. He took the stage with his band for a series of 8 shows between May 3rd and May 6th to present his long anticipated self-titled debut album, after spending the past 10 years playing virtually every musical style with many different artists such Pat Metheny, Youssou N’Dour or George Benson.

On May 4th, Grégoire Maret joked on stage about an album, which has been “extremely long to accomplish” . But this sleek musical journey, on which he is joined by harmonica legend Toots Thielemans for a beautiful cover of Ivan Lins’ “O Amor E o Meu Pais”, was definitely worth the wait. With the impeccable support of Frederico Gonzales Peña on piano, an artist he calls his “brother from another mom”, the sytlish Clarence Penn on drums percussions, and the extremely talented Ben Williams on bass, Grégoire Maret offers a modern mix of jazz, soul, blues, pop and Brazilian sounds.

He opened up the show with the percussion-driven Crepuscule Suite, in which his passionate and physical harmonica solos set the tone of the performance. His duet with Frederico Gonzales Peña on “My Loved Ones” was a moment of sheer magic. The Swiss artist was then joined on stage by Raul Midon, a blind guitarist known among other talents for his velvet voice and vocal mouth trumpet sounds. Midon, who worked with Sharika, Stevie Wonder and Little Louie Vega, makes a cameo appearance  alongside Cassandra Wilson on Maret’s album.

At Jazz Standard, Raul Midon provided the vocals for an inspired cover of “The Secret Life of Plants” by Stevie Wonder. On the atmospheric Manha du Sol, he echoed Maret’s harmonica with his vocal mouth trumpet sounds before a sublime finale that lit up the stage and galavanized the crowd. That night, Grégoire Maret powerfully proved once more that the underutilized harmonica can be one of the most beautiful instruments in jazz.

Tim and Puma Mimi at XPO 929 in Brooklyn

If you are looking for Brooklyn’s underground scene, go to Bushwick . You will find plenty of artists, photographers, rehearsal spaces in old industrial buildings and venues like Xpo 929, where Tim and Puma Mimi performed on Friday night. The electro duo from Zurich is in New York to shoot a video for its upcoming album – The Stone Collection of Tim and Puma Mimi – to be realeased on May 11 in Switzerland (on Mouthwatering records). The band took the opportunity to add a few shows to the trip, including one at Pianos, a well-known venue in the Lower East Side of Manhattan, and one in Philadelphia.

Tim and Puma Mimi’s gig at Xpo 929 was a typical New York rock’n roll experience. They found in Bushwick a mostly empty and dark space filled with the lone members from other bands on the lineup and a few post-punk girls with heavy black eyeliner as well a passionate sound engineer pushing up the volume to make up for the pretty bad acoustics. But the duo – Tim (Christian Fischer) and Puma Mimi (Michiko Hanawa) – joined by Swiss drummer Georg Bleikolm from Lausanne stood out with its elaborate mix of electro and rock, English, Japanese and even French lyrics in “Belleville Rendez-vous”, one of the tracks on its new record.

Tim and Puma Mimi performed new material including Q-Cumber, a track on which Tim uses a cucumber to make weird electronic sounds. Tim’s flute solos and Mimi’s frantic dance moves made the 30-minute show all the more interesting. – Jean-Cosme Delaloye

77 Bombay Street à la conquête de la France

Pour 77 Bombay Street, se présenter aux Trois Baudets, petite salle parisienne historique, c’est un retour à la case départ, ou presque. En Suisse, la fratrie a déjà tout raflé, avec deux prix aux Swiss Music Awards et 80 000 exemplaires vendus de leur premier album aux jolies rengaines pop folk, “Up in The Sky”. Ici, devant une salle majoritairement assise, pour leur premier concert en France, Matt, Joe, Esra et Simri Ramon Buchli ne savent pas à quoi s’attendre et montrent même quelques signes de nervosité. Pas grand-chose, juste quelques tics d’autocontrôle, assez loin de leur énergie communicative. « Tout ce que nous pouvons nous dire, avouera Matt quelques jours plus tard, c’est que nous accomplissons l’un de nos objectifs : jouer partout où nous pouvons, quelques soient les conditions ».

Mais les apprentis voyageurs, dont le nom de groupe vient justement de l’adresse de leur maison à Adélaïde, où ils se sont expatriés au début des années 2000, n’avaient pas besoin de faire les modestes : à leur grande surprise, une partie non négligeable du public connaissait déjà les paroles de leurs tubes  et ont communié dans l’ironie amusante de « I Love Lady Gaga ». Au bout de quelques chansons, tous les spectateurs des Trois Baudets se sont levés. Comme s’ils prenaient au pied de la lettre les paroles du morceau « Up in the Sky » – une fiction où un personnage malade prend de la hauteur pour admirer la beauté du monde. Ou comme s’ils étaient tout simplement conquis par les harmonies vocales d’un quatuor à l’extraordinaire complicité : dès le plus jeune âge, les parents des quatre frères les ont poussés à chanter et à jouer ensemble, et cela se ressent comme une évidence.

Au final, ce sont des applaudissements nourris qui concluront leur tout premier set en France, à la grande joie de Matt : « Au départ, nous étions contents de gagner un peu d’argent en jouant dans les parcs. Maintenant nous jouons à Paris et c’est le public qui est ravi : c’est très excitant de pouvoir faire évoluer notre carrière, même si la compétition entre les groupes est rude en Europe. »  Pour continuer leur conquête de l’Hexagone, les quatre frères doivent encore séduire un autre public : les professionnels du spectacle et les journalistes présents au Printemps de Bourges, l’un des plus grands « marchés » du concert, à quelques jours de la sortie de leur CD sur le territoire français. – Timothée Barrière

77th Bombay Street,“Up In The Sky” sortie digitale en France le 23.04.2012. Sortie du CD en France le 14.05.2012 (Label The Freed). Sortie du CD en Allemagne le 27.04.2012.

Malcom Braff und Andreas Schaerer: Jazz made in Switzerland

Malcom Braff (à gauche), Reggie Washington et Lukas Koenig
∞Malcom Braff (à gauche), Reggie Washington et Lukas Koenig ©Suisa

Das Malcolm Braff Trio und Andreas Schaerer’s Hildegard lernt fliegen begeisterten an der jazzahead!-Messe in Bremen das internationale Publikum und zeigten einmal mehr, dass sich Schweizer Jazz im internationalen Vergleich nicht zu verstecken braucht.

Die Fachmesse fand dieses Jahr bereits zum siebten Mal statt und hat sich mittlerweile zu DEM Treffpunkt der europäischen Jazzszene entwickelt. Erfreulich aus Schweizer Sicht war deshalb, dass die Jury gleich zwei Schweizer Bands für eines der begehrten Showcases ausgewählt hatte.

Hildegard lernt fliegen ergatterte sogar einen besonders begehrten Platz am Samstagabend im Kulturzentrum Schlachthof, das zur Prime Time aus allen Nähten platzte. Die Zuschauer waren von der musikalisch eindrucksvollen und ideenreichen Performance begeistert und applaudierten der Band frenetisch.

Das Trio um Malcolm Braff (piano) mit Reggie Washington (bass) und Lukas Koenig (drums) überzeugte am Nachmittag ebenso mit erstaulicher Spielkraft. Ungeheure Energien und phantastische Klangbilder entfalteten sich hier aus kleinsten musikalischen Zellen, die drei Musiker loteten die Grenzen ihrer Instrumente vielfältig aus und kosteten sowohl die Transparenz als auch die Kraft ihrer Musik genüsslich aus. Das routinierte Trio eroberte die Gunst des internationalen Fachpublikums schon vom ersten Stück an – auch ihnen stand nur eine kurze halbe Stunde zur Verfügung. Schliesslich musste Malcolm Braff am selben Abend (wie am Abend zuvor!) auch wieder das heimische Publikum beim Cully Jazz Festival unterhalten… Beide Bands sind auch auf der brandneuen CD-Compilation “jazz made in switzerland, selection 2012/13” vertreten. 

Malcolm Braff Trio, Inside, Enja Records 2011
Hildegard lernt fliegen, Cinéma Hildegard, Unit record 2012

Rusconi et Preisig créent l’événement Cully Jazz Festival

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Le projet était audacieux et deux des musiciens de jazz suisse les plus aventureux du moment ont relevé le défi. En janvier dernier le violoniste Tobias Preisig et le pianiste Stefan Rusconi ont investi le temple protestant de Cully pendant trois jours pour préparer une création. Trois mois et quelques répétions plus tard, ils sont de retour dans le cadre Cully Jazz Festival. Samedi 14 avril 2012, à 18 h, alors que le public est sagement assis sur les bancs du parterre de l’église, ils s’installent au balcon, invisibles d’en bas. Une drôle d’idée? “C’est le concept de base de la musique d’église, s’exclame un peu avant le concert Stefan Rusconi, ne pas voir les musiciens permet de mieux se concentrer sur les sons et, dans un contexte religieux, de se rapprocher de Dieu“.

Les deux musiciens complices ont quant à eux choisi d’expérimenter. Tobias Preisig tire des sons étonnants de son violon avec lequel il semble danser et frappe parfois de son pied droit une caisse-tambour posée au sol. Stefan Rusconi tente de dompter le vieil orgue du temple. La vidéo ci-dessous montre le tout premier morceau du concert. Le public, en bas, est encore un peu déconcerté par cette prestation “à l’aveugle”. Après quelques morceaux il est conquis et se met à applaudir à tout rompre. A signaler également l’apparition de la chanteuse Evelinn Trouble dans un gospel fort peu orthodoxe en final. Un autre moment intense de cette prestation malheureusement non-filmable vu le manque de lumière.