Cinq questions à Stefan Rusconi

Rusconi: un trio de jazz? Oui et… non. Le dernier opus en date, «It’s a Sonic Life» de ces trois Suisses allemands ne comporte que des reprises de… Sonic Youth. Un enregistrement étonnant, captivant. Stefan Rusconi, pianiste est compositeur du groupe, a remporté il y a deux jours le prestigieux Echo Jazz 2011 dans la catégorie « meilleur instrumentaliste national». «It’s a Sonic Life» sortira en France en septembre 2011 et le groupe sera en tournée dans l’Hexagone en octobre.

Ce weekend, le film documentaire sur le sculpteur Tinguely de Thomas Thümena est sur les écrans de Suisse-romande. Sa bande-son est encore l’œuvre de Rusconi. Explications.

Comment avez vous travaillé bande-son du film sur Tinguely?

Stefan Rusconi Le réalisateur, Thomas Thümena, avait déjà choisi trois chansons extraites de nos différents albums. Il nous à proposé d’aller en studio pour créer le reste de la bande-son. Mais le film n’était pas terminé et je sentais que ça allait être compliqué de travailler sur des scènes qui étaient encore en cours de production. Comme j’ai énormément de musique et de samples sur mon ordinateur, je lui ai proposé de travailler à partir du matériel que j’avais déjà. J’ai donc enregistré les parties additionnelles plus atmosphériques ainsi que des  beats. J’ai été puisé dans ce que nous avions fait avec le trio Rusconi ainsi que dans un autre projet plus electro, un duo de piano (Monster Piano Sessions).

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Pourquoi avoir choisi de faire un album de reprises de Sonic Youth?

Stefan Rusconi J’ai toujours été un fan de Sonic Youth que j’écoute depuis 12 ou 13 ans. Cela dit, cet enregistrement n’était pas prévu. Nous étions partis sur autre chose, mais deux semaines avant l’enregistrement, nous nous sommes rendus compte que cela n’allait pas fonctionner. J’ai proposé à Fabian Gislers (double basse) et à Claudio Strüby (batterie-percussions) ce concept. Fabian et Claudio ne connaissaient pas tout Sonic Youth. Parfois, ils découvraient le morceau quand je le jouais au piano. Du coup cela amenait une approche beaucoup plus fraiche, plus décontractée. Sonic Youth a une approche très ouverte de la musique, qui laisse énormément d’espace. De faire un travail comme celui-ci, nous a donné beaucoup de confiance. Finalement, nous nous sentons plus libres maintenant que nous avons travaillé ce répertoire.

Pourquoi avoir choisi le jazz si vous étiez fan de Sonic Youth?

Stefan Rusconi C’était une erreur! Non, sérieusement, je pense qu’on trouve dans le jazz des moments de liberté que l’on ne trouve pas dans d’autres musiques. Je n’aime pas jouer du jazz comme le faisaient nos parents. J’aime improviser, changer, transformer pour arriver à ma vision musicale.

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Vous vivez depuis deux ans à Berlin. Pourquoi?

Stefan Rusconi A Zurich, j’avais atteint un point où j’avais l’impression que mon environnement me bloquait. Je suis convaincu qu’il ne faut pas chercher à être toujours efficace. A Berlin, je trouve un peu de cette folie dont j’ai besoin. Le rapport à la musique est différent. Tout le monde va au concert. Même sans connaître les groupes, par curiosité. Ça coûte 5 € et ce n’est pas compliqué. Vous pouvez allez voir un concert et trouvez ça archi-nul ou être transporté et cela ne porte pas à conséquence. On est dans un espace non-planifié, parfois chaotique, parfois sublime. Il y a une liberté que je n’ai vu nul part ailleurs. Et pourtant j’ai pas mal voyagé.

Dans quel contexte, aimez-vous jouer?

Stefan Rusconi Nous jouons dans les circuits traditionnels, festivals etc. Mais ce que nous préférons c’est sortir de ces circuits pour jouer dans des théâtres désaffectés ou autres lieux incongrus. Cela demande plus de boulot, plus de promotion, mais cela attire aussi un autre public.

 Rusconi, «It’s a Sonic Life» (Sony Music en Allemagne et en Suisse). Sortie française prévue début septembre

Tinguely (le film). Jusqu’au 19 avril aux Galeries du Cinéma et au Cinéma Scala de Genève

Plaistow au Cully Jazz Festival

Puisque le Cully Jazz Festival bat son plein, il est temps de parler des  groupes suisses qui se bousculent dans tous les coins de cette manifestation au franc succès.

Samedi 26 mars dans l’après-midi, Plaistow jouait au caveau Sweet Basile. L’occasion de poser trois questions à Cyril Bondi, le batteur de  cette formation créée en 2007 et qui fait sensation partout où elle passe.

Que signifie Plaistow?
Cyril Bondi Plaistow signifie deux choses. C’est une station de métro désaffectée de Londres. Plusieurs de nos compositions font référence au métro, parce que nous aimons tout ce qui est souterrain. C’est une façon de dire qu’on peut toujours creuser. Plaistow c’est aussi un morceau de Squarepusher. Nous avons appris par la suite que c’était également un terrain de jeu. Ce qui colle bien avec l’esprit du groupe.

Pourquoi avoir choisi un format aussi classique que celui du trio jazz!
Cyril Bondi: On s’amuse avec ça. On fait comme si on était un trio jazz, mais on transcende ce format en y amenant un côté dub, un côté punk ou électro. Il y a toujours eu cette envie de rassembler les extrêmes, de rassembler nos influences de base. Johann Bourquenez, le pianiste, vient de la musique électro, Raphaël Ortis, le bassiste, du métal. Quant à moi, on dit que je viens du jazz, mais je viens plutôt des musiques improvisées. Nous sommes tous les trois de fortes personnalités et la formule piano-basse-batterie, c’est la forme la plus confortable, qui nous permet la plus grande liberté de jeu. Nous ne jouons jamais nos morceaux deux fois de la même façon.

On vous colle l’étiquette post-jazz, est-ce que cela vous convient?
Cyril Bondi: C’est nous qui avons lancé cette idée de “post jazz” parce que cela ne veut rien dire et parce que ça nous permet d’aller beaucoup plus loin. Dans le même morceau, il y a des moments où l’on cherche uniquement à improviser ensemble, d’autres où l’on cherche à jouer très longtemps la même chose, d’autres encore où l’on ralentit au maximum. Puis on peut se lancer dans du noise…

Plus que par mots, la musique de Plaistow est à voir, à entendre- Ci-dessous un extrait du concert à Cully:

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Et si ça vous a plu, ici un morceau complet lors d’un concert en Russie où il est question d’OVNI et d’un certain Jack Bambi…

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Enfin la politique du groupe en matière d’Internet est également très libre. Toute sa musique (son CD “The Crow” ainsi que les singles qui ont précédé) est en téléchargement gratuit sur internet. Rendez-vous donc sur http://www.edogm.net/plaistow