Swiss Vibes se met en pause

Swiss No SwissA chaque printemps sa mue. Dans le cas de Swiss Vibes, cette mue va prendre les allures d’un temps de suspension. Comme vous le savez, Swiss Vibes est, depuis plus de cinq ans, un blog porte-parole d’une scène musicale suisse actuelle et active. Il est animé par des journalistes suisses, français, allemands et anglais. A ses débuts (en 2009), Swiss Vibes n’était pourtant qu’une simple compilation, un sampler, produit par Pro Helvetia*, envoyé aux abonnés du magazine helvetico-français Vibrations. Fort du succès remporté par ce premier sampler, l’opération fut reconduite en 2011. C’est là que l’idée germa de créer un blog afin d’amener plus d’informations et d’ampleur à cette scène suisse en pleine expansion.

D’un simple blog, dans lequel j’étais la seule rédactrice, animatrice et activiste, Swiss Vibes s’est rapidement développé en un webmagazine avec des articles en plusieurs langues signés de la plume aiguisée de journalistes passionnés : Beatrice Venturini, Debra Richards et HP Kuenzler (pour la partie anglophone), Oliver Hochkeppel, Benedikt Sartorius, Souri Thalong, Benedikt Wieland (pour la partie germanophone) et Timothée Barrière, Jean-Cosme Delaloye, Sophia Bischoff et moi-même (pour la partie francophone). Rapidement les musiciens suisses ont adopté Swiss Vibes et nous sollicitaient à chaque nouveau projet. Certains ont même participé activement, écrivant journal de bord ou nous envoyant des photos de leurs tournées. Merci à tous pour ces précieuses contributions !

Aujourd’hui, Pro Helvetia – qui reste la seule structure à financer Swiss Vibes – a décidé de repenser sa stratégie Internet. Swiss Vibes prend donc le temps de la réflexion et interrompt la mise en ligne régulière d’articles. Quant à moi, je prends congé de Swiss Vibes après ces cinq années d’échanges fructueux et enrichissants. Merci encore 1000 fois à tous et à bientôt pour de nouvelles aventures musicales !

*Pro Helvetia  Fondation suisse pour la culture

The Chikitas – « Wrong Motel »

Le duo genevois The Chikitas sort son troisième album, « Wrong Motel », sur fond rock décomplexé.

IMG_0771À tous ceux qui cherchent un rock lisse et sans saveur, passez votre chemin. The Chikitas représente l’antonyme même de ce concept. Le duo féminin genevois s’illustre par la fureur de sa proposition. Chant et riffs de guitare électrisants délivrés par Lynn; rythmique défoulante portée par Saskia. Leur union explore et triture toutes les facettes les plus brutes et authentiques du rock, en y infusant le meilleur du punk et du grunge.

Dès la naissance de leurs deux premiers albums, « Butchery » (2011) et « Distoris Clitortion » (2014), The Chikitas ont convaincu par la qualité et le tempérament de feu de leur univers. Après avoir écumé les scènes suisses, les Romandes sont parties à l’assaut de la France, de l’Europe de l’Est et, point d’orgue à leur palmarès, du CMJ de New-York. Reconnaissance scénique, couronnée par les professionnels d’un Rock-Award à la Demotape Clinic 2015 du m4music et d’un Rock-Award au Swiss Live Talent 2015.

3000px_RGB_web_TC_CD2016_coverPour leur troisième album, The Chikitas ont posé leurs instruments à Tucson, en Arizona (USA), pendant vingt jours. Avec la complicité du producteur Jim Waters (Sonic Youth, The Jon Spencer Blues Explosion),   le duo a relevé le défi d’un enregistrement analogique pour cristalliser l’essence du son qui l’incarne. Le résultat ? « Wrong Motel » un album qui se doit d’être vécu comme un voyage d’une délicieuse brutalité. L’atmosphère est rythmée par ce crin tantôt punk, tantôt grunge, toujours rock. Un rock sans compromis hurlé, tourmenteur, déchaîné. Un rock qui, parfois, se laisse toucher par du beat-box et du rap, qui se calme pour mieux se rebeller, qui se dévoile sous un groove suggéré.

Au final, « Wrong Motel » est un concentré d’une lourdeur et d’une ferveur tumultueuse; une compilation savamment réfléchie de compositions métalliques, directes et sincères. La seule chose qui pourrait nous manquer, c’est de voir les morceaux prendre vie sous les coups, riffs et hurlements de The Chikitas. Mais ça, c’est pour très bientôt.

The Chikitas – « Wrong Motel »,
deepdive Records
Album disponible dès maintenant

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=qxSOIcsfsAQ&w=560&h=315]

Rootwords – “Inappropriate Behaviour” (EP) part. IV

Chaque mois, Swissvibes vous présente un nouveau titre extrait de « Inappropriate Behaviour », le nouvel EP de Rootwords.

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Incontournable de la scène musicale suisse, Rootwords puise la source de ses créations dans la culture hiphop. Loin de se contenter de recréer l’actuel ou le passé, le rappeur genevois d’origine américaine et zambienne allie des influences éclectiques à son style de prédilection. Le résultat ? Des univers hétéroclites, entre tendances et old school, guidés par le verbe consciencieusement aiguisé de Rootwords, qui mènent l’auditeur dans un voyage musical aux multiples facettes.

Après avoir présenté son premier album, « The Rush » (en 2014), et les EPs de ses débuts sur les scènes suisses, françaises, italiennes, allemandes ou encore chinoises de renom, Rootwords aborde 2016 avec un nouvel EP au concept peu commun. Composé de six titres qui sortiront au compte-gouttes tout les 25 du mois,« Inappropriate Behaviour » oscille entre titres solo et collaborations avec des artistes des quatre coins du monde, encrant ainsi Rootwords un peu plus dans la lignée des artistes citoyens du monde. Chaque mois, nous découvrirons un nouveau chapitre de cet EP avec l’impression de Rootwords sur ce dernier.

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Rootwords a levé le voile sur « Inappropriate Behaviour » au travers de titres aux mille couleurs. De lourdes basses vibrantes (« Move (feat. Muthoni The Drummer Queen) »), une escapade au rythme africain (« Voodoo (feat. Blitz The Ambassador) ») et une mélancolie assumée (« She ») qui se relie d’un fil mélodique à l’atmosphère qui plane sur le titre dévoilé aujourd’hui. « Your Kingdom » se dessine sur un fond mélodique composé un beatmaker suisse habitué aux collaborations qualitatives : Celloprod (CasaOne Records). Après avoir façonné des harmonies pour Youssoupha ou encore Keny Arkana, le compositeur s’est laissé inspirer par un sample tiré de « Transients (feat. Szjerdene) » du producteur anglais Bonobo pour offrir le nuage envoûtant qui porte « Your Kingdom ». Sur ce titre, Rootwords reçoit l’artiste chinoise ChaCha à évoquer l’influence que peut avoir la société sur la créativité :

« La vie sur terre peut parfois être perçue comme un long et fastidieux chemin vers notre propre tombe. On se lève, mange, travaille, mange, travaille, joue, mange, dort, et on recommence. A chaque étape, on a souvent l’impression que ce n’est pas assez. On se pose des questions sur nous-même, sur le sens de la vie, on regarde le ciel et tout autour de nous, sans jamais obtenir de réponse satisfaisante. Si je ne vivais que pour moi-même, je ne pense pas que ce serait aussi difficile. Mais aucun homme n’est une île, et en tant qu’être humain, on dépend des uns des autres. Chacun contribue à la vie en société. Mais, à quel point la société me le rend à son tour ?

C’est un cycle sans fin.

En tant qu’artiste, je suis particulièrement sensible aux effets néfastes de la société sur ma créativité. J’ai décidé de collaborer avec ChaCha sur cette chanson car c’est une femme également sensible, en phase avec les ondes électromagnétiques de notre monde. Elle a voulu exprimer le même émerveillement, les mêmes douleurs et craintes que moi lorsqu’elle a entendu cette instru de Cello Prod inspirée d’un sample de Bonobo (qui au passage, a apprécié le morceau). »    

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=aUoJ7ji1oVY&w=560&h=315]

Rootwords –« Your Kingdom » (feat. ChaCha) est disponible en téléchargement gratuit sur Soundcloud.

C’ho 10 anni @ Studio Foce, Lugano

C'ho 10 anniJe me souviens de la première fois où j’ai parlé avec Aris Bassetti. J’avais entendu trois titres de Peter Kernel sur MySpace et nous avions échangé quelques mails ensuite. A la fin de l’un d’eux il me disait, un poil ironique, combien il était difficile d’être Tessinois parfois. Du moins, quand on fait du rock, tant la région manquait alors de structures, de salles de concerts, de festivals ou encore de labels.

8 ans plus tard, tout n’a pas encore changé. Mais c’est un autre monde déjà. Comme MySpace, le désert rock tessinois semble révolu, remplacé par une scène en plein développement et qui fait désormais parler d’elle hors des ses frontières. « Dernièrement, de nouveaux lieux où s’organisent des concerts sont apparus. Surtout, les qualités et les ambitions des groupes tessinois ont augmenté depuis 3 ou 4 ans et ils sont toujours plus nombreux à tourner et à jouer un peu partout dans le monde », observe Aris Bassetti.

Un label, comme gage de sérieux
seul sur scène tom bar mixe garage et electro
seul sur scène tom bar mixe garage et electro

Le musicien de 38 ans n’y est pas pour rien. On the Camper, le label qu’il a créé en 2006 avec sa compagne Barbara Lehnoff a permis l’émergence ces dernières années, en plus de leur projet Peter Kernel, de plusieurs groupes tessinois qui comptent et s’exportent, de Camilla Sparksss (projet solo de Barbara) à The Lonesome Southern Comfort Company. Surtout, il a donné une visibilité au Tessin sur la carte des musiques actuelles. « Je ne sais pas pourquoi, mais les gens prennent plus au sérieux un label qu’un groupe, analyse Aris Bassetti, ce qui permet notamment d’attirer l’attention des médias. C’est en cela qu’avoir un label fait sens au Tessin.»

10 bougies
Viruuunga rejoint Peter Kernel sur scène
Viruuunga rejoint Peter Kernel sur scène

Un label aux airs de famille musicale, qui fêtait son 10ème anniversaire le temps d’un festival à Lugano, organisé durant le week-end pascal. L’occasion, en plus des fers de lance d’On the Camper, de découvrir sur scène quelques nouveaux groupes tessinois à suivre. En tête tam bor, projet solo de Vitti Bastianelli, batteur intermittent de Peter Kernel. Martelant ses frappes sur des boucles synthétiques, le jeune musicien donne vie à un étrange mix entre garage et electro, le tout rehaussé par un chant habité. Plus conventionnel, Viruuunga n’en est pas moins séduisant. Le duo basse/batterie, soutenu par une drum machine, lorgne aussi bien vers le rock psyché que vers les lignes éthérées d’une certaine new-wave. Premier EP à suivre cet automne. Enfin, le trio Niton – invité de dernière minute en remplacement de Rocky Wood – impressionne par sa posture radicale, l’électronique se frottant à un violoncelle polymorphe et à des instruments bricolés, aux sonorités inouïes.

Frissons et futures collaborations
explosion de paillettes pour clore le concert de Peter Kernel
explosion de paillettes pour clore le concert de Peter Kernel

A côté de cette relève, les (déjà) glorieux anciens de la scène tessinoise ne sont pas en reste. The Lonesome Southern Comfort Company distille son folk inspiré, plus rugueux et crasseux sur scène que sur disque, tandis que Camilla Sparksss s’impose en furie electro-lo-fi, faisant saturer les synthés comme peu d’autres. Mais le clou du week-end, c’est bien sûr Peter Kernel. Le groupe à l’origine d’On the Camper clôt ce jubilé avec un indie rock toujours aussi efficace, mais chargé soudain d’une émotion particulière. Les frissons sont palpables quand retentissent les premiers accord d’It’s Gonna Be Great avant qu’une explosion de paillettes ne ponctue la soirée et le festival.

La fête fut belle et pourrait bien laisser plus que de bons souvenirs en héritage. Les deux soirées au Studio Foce de Lugano ont affiché sold-out et donné quelques idées à Aris Bassetti. « Cet anniversaire était aussi une façon pour nous de tester les collaborations possibles entre différents acteurs culturels du Canton en vue de concrétiser un projet auquel nous pensons depuis longtemps, explique-t-il, un festival qui s’appellerait La Tessinoise. C’est notre prochain objectif. » La scène musicale tessinoise n’a peut-être pas fini de surprendre.

De l’Afrique à la Suisse en chantant

Pour une vieille peau comme moi, à l’esprit farci de préjugés, un projet pédagogique d’échanges artistiques et de médiation francophone en Afrique qui s’intitule « Une chanson pour l’Education » fait frémir. Je crains d’emblée de retrouver ce bon vieil esprit paternaliste que beaucoup de Français ont si bien su développer à l’égard de leurs ex-colonies. Qu’elle ne fut donc pas ma surprise, lorsque, en ce dimanche 20 mars, je découvre au Festival Voix de Fête de Genève un nombre impressionnant d’artistes burkinabés aussi créatifs que stimulants et engagés : Patrick Kabré dans la cour, Maï Lingani, Dicko Fils et Alif Naaba sur la petit scène du théâtre. Depuis que Victor Démé a ouvert la voie, il semble que la scène burkinabé soit en passe d’imploser.

Du Konkistenga à la Cité de Calvin
Patrick Kabré dans la cour du Théâtre Pitoëff
Patrick Kabré dans la cour du Théâtre Pitoëff ©Laureen Pasche

« C’est un phénomène assez récente, explique dans les loges le chanteur Alif Naaba, également appelé le prince du Konkistenga en raison de ses nobles origines. Elle existe depuis une dizaine d’années et manifeste d’une génération qui veut oser et expérimenter des choses nouvelles. La base de notre musique est traditionnelle, mais elle utilise des codes universels pour ne pas rester enfermée dans une sorte de ghetto artistique ». Quant aux écoliers romands, ils sont venus déclamer des citations de leur crû avec un bel aplomb. Un petit air de révolution et une énergie impressionnante flotte à tous les étages du théâtre Pitoëff. Impressionnant et réjouissant.

Quand coopération rime avec inspiration
Yannick Cochand
Yannick Cochand ©Laureen Pasche

Et cela ne fait que commencer : à 20 :00  le plateau de “Une chanson pour l’Education” investit pour de bon la scène du théâtre Pitoëff. “Une chanson pour l’Education” c’est un projet de coopération initié par l’association Enfants du Monde et réalisé en partenariat avec la Compagnie Zappar  dont Yannick Cochand est le directeur artistique. Il s’agit d’une part de sensibiliser de manière ludique des jeunes francophones au fait que des millions d’enfants dans la monde n’ont toujours pas accès à l’école. Les parrains, tous des artistes confirmés, ont eu pour mission d’accompagner les enfants dans la création de textes et des chansons sur le thème du droit à l’éducation. Mais il s’agit aussi de faire des opérations de sensibilisation artistiques dans les régions concernées par les problèmes d’éducation (cette année le Sénégal et le Burkina Faso) et en Suisse romande via une série de concerts (Gland, Neuchâtel et Monthey) qui se terminait au Festival Voix de Fête à Genève.

La crème de la chanson romande
Patrick Kabré et Zedrus
Patrick Kabré et Zedrus ©Laureen Pasche

A Genève, une heure durant les parrains et marraines défilent sur scène ensemble ou séparément. Alif Naaba réapparaît pour un dialogue avec la chanteuse congolaise Gasandji et un autre duo avec Sébastien Peiry sur le thème du climat. La jeune Valaisanne Sylvie Bourban chante, quant à elle, les réfugiés – en bambara – avec Dicko Fils. Zedrus et Patrick Kabré interprètent un titre écrit après le tremblement de terre en Häiti, Pascal Rinaldi chante sa « Race Humaine », Fraissinet nous fait rire avec ses phobies d’avion …. « Un bouillon de culture incroyable » résume Yannick Cochand qui court dans tous les sens sur scène, le sourire vissé aux lèvres.

Le ventre blanc 
Dicko Fils et Sylvie Bourban
Dicko Fils et Sylvie Bourban ©Laureen Pasche

Du côté suisse, Sylvie Bourban impressionne par sa voix aux accents jazz, sa présence lumineuse et évidemment sa capacité à chanter dans autant de langues différentes. « C’est un peu mon fonds de commerce, s’exclame en riant la chanteuse le lendemain au bout du fil. Depuis mes études à Berklee, j’ai chanté dans beaucoup de langues différentes : du patois valaisan à l’anglais en passant par l’arabe ou l’espagnol. Avec Alif Naala, j’ai chanté en bambara, avec Maï Lingani en français en onomatopée. J’aime les langues pour leur mise en bouche, pour leur sonorités. Cela dit je me considère comme une chanteuse à texte et je comprends chaque mot que je chante. »

Une autre dimension 

« Avant de partir en Afrique, j’avais peur d’être condescendante, mais en fait on a tout de suite basculé dans l’émotion. Dans les villages on était accueilli par des dizaines d’enfants qui couraient à notre rencontre. J’avais en permanence des enfants dans mes bras ou qui me tenaient la main, même quand je chantais ! Les Burkinabés me disaient tout le temps que j’avais le «  ventre blanc » et que les enfants le sentaient. Je ne comprenais pas. « Avoir le ventre blanc » est une expression de là-bas qui indique la bonté d’une personne. Cette expérience m’a vraiment ouvert une porte sur une autre dimension.»

Pour mieux vous imprégner des sensations de cette expérience unique en son genre, consultez le blog de Sylvie Bourban, où elle posté ses impressions.

Rootwords – “Inappropriate Behaviour” (EP) part. III

Chaque mois, Swissvibes vous présente un nouveau titre extrait de “Inappropriate Behaviour”, le nouvel EP de Rootwords.

ScreenShot-Voodoo-Clip

Incontournable de la scène musicale suisse, Rootwords puise la source de ses créations dans la culture hiphop. Loin de se contenter de recréer l’actuel ou le passé, le rappeur genevois d’origine américaine et zambienne allie des influences éclectiques à son style de prédilection. Le résultat ? Des univers hétéroclites, entre tendances et old school, guidés par le verbe consciencieusement aiguisé de Rootwords, qui mènent l’auditeur dans un voyage musical aux multiples facettes.

Après avoir présenté son premier album, “The Rush” (en 2014), et les EPs de ses débuts sur les scènes suisses, françaises, italiennes, allemandes ou encore chinoises de renom, Rootwords aborde 2016 avec un nouvel EP au concept peu commun. Composé de six titres qui sortiront au compte-gouttes tout les 25 du mois, “Inappropriate Behaviour” oscille entre titres solo et collaborations avec des artistes des quatre coins du monde, encrant ainsi Rootwords un peu plus dans la lignée des artistes citoyens du monde. Chaque mois, nous découvrirons un nouveau chapitre de cet EP avec l’impression de Rootwords sur ce dernier.

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Pour succéder aux basses prenantes de « Move (feat. Muthoni The Drummer Queen) » et à la mélancolie de « She », Rootwords s’allie à Blitz The Ambassador et s’offre un voyage dans des contrées musicales teintées d’Afrique. Rien d’étonnant quand on prête une oreille à l’univers musical de l’invité du titre. Originaire du Ghana et des USA, Blitz The Ambassador s’illustre dans un hip-hop aux racines afro-beat et au résultat saisissant. Pour cette collaboration, les deux rappeurs mettent le verbe sur les relations interculturelles et sur les injustices que les personnes de couleur vivent encore de nos jours. L’image, quant à elle, est mise en forme par Idal (membre des Murmures Barbares), et portée par l’excellent breakdancer Bad Liks (qui fait parti du Warriorz Crew de Genève). Ton sobre et point de fioritures, les mots de Rootwords et Blitz The Ambassador raisonnent dans les gestes précis et percutants de Bad Liks. Le message du texte est porté avec pertinence et reflète la volonté de Rootwords :

« Non, je ne suis pas parano. Les regards, les insultes, les incivilités, les moqueries, les crachats, les coups d’épaule… c’est une réalité. Et ça arrive régulièrement lorsque tu as la peau colorée comme moi. C’est comme ça depuis que je suis tout petit. Ma mère m’a raconté que, lorsque j’avais trois ans et que nous vivions aux Etats-Unis, elle m’a récupéré à la crèche et j’étais en train de pleurer. Elle m’a demandé pourquoi et je lui ai répondu qu’un « copain » m’avait dit qu’il ne pouvait pas jouer avec moi parce que j’étais noir.

On est en 2016 et je vois toujours des affiches dans la rue avec des « retournez d’où vous venez, rentrez chez vous ». Où que j’aille, c’est toujours la même rengaine, le même problème. Ca me pousse à croire que je suis maudit, qu’il existe des forces obscures qui « nous écrasent », comme le dit si bien Blitz The Ambassador sur cette instru hypnotique de Tismé, tout en décrivant notre situation en tant qu’être humain à part entière sur cette planète.

Quoiqu’il arrive, mes yeux sont ouverts, et j’ai depuis bien longtemps conscience des choses qui se passent autour de moi.»    

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=tpvFYQA7okI&w=560&h=315]

Rootwords – “Voodoo” (feat.Blitz The Ambassador) est disponible en téléchargement gratuit sur Soundcloud.

RepreZent Awards consacre le meilleur du hiphop romand

Pour sa 6ème édition, les RepreZent Awards ont mis les petits plats dans les grands pour offrir une expérience inédite à son public.

La scène musicale suisse recèle de talents – cachés ou dévoilés. Là où d’autres entités s’attèlent à dévoiler les perles rock ou pop de nos contrées, le site web RepreZent.ch a pris le pari de lever le rideau sur les artistes s’illustrant avec brio sur les planches du hiphop suisse romand. Tout au long de l’année, les meilleures créations des rappeurs, performers et beatmakers sont mises en avant par le biais de chroniques et d’interviews.

Une fois par année, RepreZent organise les RepreZent Awards pour récompenser les acteurs les plus talentueux du hiphop romand. Pour cette 6ème édition, la cérémonie a élu domicile dans les locaux de Couleur3 pour offrir une expérience unique et inédite en son genre. Retransmise dans une émission spéciale de Downtown Boogie, vous pourrez faire connaissance des intervenants en écoutant des extraits de leurs projets, des interviews, mais aussi et surtout en les voyant à l’œuvre dans le cadre d’un cypher (exercice de style propre au hiphop dans lequel les rappeurs s’affrontent tour à tour au micro) qui a, pour la première fois de l’histoire de la radio, été filmé en 360 degrés. Ainsi, en cliquant dans les différents recoins de la vidéo, vous pourrez découvrir le moment sous de nouveaux angles. Voyez plutôt :

Composé cette année de Geos (mc, journaliste et animateur sur couleur3), de dj Ronfa, de Redstar (mc) et de Mr Seavers (dj, journaliste et rédacteur en chef du site repreZent.ch), le jury avait pour lourde tâche de juger de la qualité des projets sélectionnés.

Jonas, dont on vous présentait le travail il y a peu, est reparti avec le prix de meilleur album pour « Oxymore ». Les acolytes de Jonas, Noé Cauderay, Fred de Haro et Jérémie Bacher, ont été récompensés pour le clip « Petit Carré ».

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=1MCYpsGFv_s]

Le prix venant saluer ceux qui oeuvrent dans l’ombre, à savoir les beatmakers, s’en ira du côté de Berne cette année, puisque c’est le duo de compositeur The Soundbrothers qui l’a remporté, saluant ainsi une année très prolifique pour eux qui ont non seulement produit pour des artistes romands tels que Karolyn mais seront certainement très rapidement certifiés diamant pour leur collaboration avec Maître Gims. La révélation 2015 revient à Slim K, jeune mc tout autant talentueux que prometteur qui a su convaincre le jury tant par sa polyvalence que l’état d’esprit et l’atmosphère qu’il crée dans chacun de ses morceaux.

L’artiste de l’année, seul prix remis après un vote du public, est Makala qui a su occuper tous les terrains en publiant de nombreux clips de qualité, des mixtapes mais aussi et surtout en prenant sa place sur les scènes romandes

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Yl_-AMDxl78]
Encore une fois, les RepreZent Awards ont su mettre en avant avec brio le travail de qualité produit par la scène hiphop suisse romand, permettant ainsi à ses artistes une exposition qualitative méritée.

Rootwords – “Inappropriate Behaviour” (EP) part. II

Chaque mois, Swissvibes vous présente un nouveau titre extrait de “Inappropriate Behaviour”, le nouvel EP de Rootwords.


Rootwords-She-thumbIncontournable de la scène musicale suisse, Rootwords puise la source de ses créations dans la culture hiphop. Loin de se contenter de recréer l’actuel ou le passé, le rappeur genevois d’origine américaine et zambienne allie des influences éclectiques à son style de prédilection. Le résultat ? Des univers hétéroclites, entre tendances et old school, guidés par le verbe consciencieusement aiguisé de Rootwords, qui mènent l’auditeur dans un voyage musical aux multiples facettes.

Après avoir présenté son premier album, “The Rush” (en 2014), et les EPs de ses débuts sur les scènes suisses, françaises, italiennes, allemandes ou encore chinoises de renom, Rootwords aborde 2016 avec un nouvel EP au concept peu commun. Composé de six titres qui sortiront au compte-gouttes tout les 25 du mois, “Inappropriate Behaviour” oscille entre titres solo et collaborations avec des artistes des quatre coins du monde, encrant ainsi Rootwords un peu plus dans la lignée des artistes citoyens du monde. Chaque mois, nous découvrirons un nouveau chapitre de cet EP avec l’impression de Rootwords sur ce dernier.

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Après « Move », un condensé d’influences trap, de basses lourdes et de revendications en featuring avec la kényane Muthoni The Drummer Queen, Rootwords ralentit le tempo et se dévoile sur « She ». Le deuxième extrait de l’EP s’inscrit dans une lignée plus traditionnelle de l’univers de prédilection de Rootwords. Production soignée et beat répétitif aux accents mélancoliques; un effluve envoûtant émane du morceau et inscrit une dimension mystique dans l’atmosphère. Comme si la transe était essentielle pour que le flow s’accorde. À l’image des vérités du coeur qui se gravent dans le texte, le clip de « She » s’illustre dans un espace graphique, subtile et brute à la fois. Parfois, « less is more » lorsqu’il s’agit de conter une histoire du passé :

« Il est difficile d’avancer et de tirer un trait sur les relations qui ont eu un profond impact dans notre vie. Celles qui vous font voir, penser, faire les choses autrement, à jamais. Ce sont parfois des relations courtes, mais dans mon cas, cela a duré plus de dix ans. Ce morceau est à propos d’elle et je l’ai écrit quand j’étais profondément amoureux.

Certains d’entre vous m’ont connu uniquement lorsque j’étais avec elle, alors que d’autres ne nous ont peut-être jamais vus ensemble. Je crois qu’on peut dire que j’ai appris à mes dépens qu’elle était irremplaçable, et avec du recul, qu’elle ne m’avait jamais fait de mal. Néanmoins, en pensant à mes proches, j’ai dû me résoudre au fait que je ne serai jamais en mesure de lui laisser la place qu’elle exigeait dans ma vie. » – Rootwords

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=ZCNpMQJ58u0]

Rootwords – “She” est disponible en téléchargement gratuit sur Soundcloud.

LEON un quartet extrémiste et polymorphe, chapitre 1

A l’origine, LEON est composé des deux bassistes: le Genevois Raphaël Ortis et le Lausannois Louis Schild. Depuis 2011, ils font vivre ce projet avec ses multiples formes et facettes en duo, trio ou quartet, dans l’improvisation, la noise et le rock aux compositions abrasives. Ils sont aujourd’hui entourés de David Meier (à la batterie) et d’Antoine Läng (voix). Antoine Läng a pris la plume pour raconter de l’intérieur le premier concert de la tournée à swissvibes.

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Je goûte le calme d’une matinée qui se prolonge seul, la tête et les membres qui vibrent de ces cinq jours avec LEON, une résidence au Romandie suivie de deux concerts – le premier sur place à Lausanne puis le second, ce soir, au Bad Bonn de Dudingen – qui initient une série en Suisse pour la sortie de notre premier album. Une respiration bienvenue dans cet enchaînement qui imprime déjà sa marque sur le corps – j’ai dormi quelques heures et la fatigue siffle encore un peu dans les oreilles, la tension musculaire dans le cou fait écho aux rythmes dont les secousses parcourent encore mes articulations et ma voix.

IMG_2881(1)Le temps aussi d’une séance d’écoute et de manipulation de l’album-objet, le dépliage de la pochette, la découverte des photos et illustrations de Lisa Bonard et de Michel Bonvin et le caractère aléatoire de l’agencement du tout qui à la manière d’une composition ouverte s’inscrivent dans le même élan que celui de la musique.
Les quelques jours passés ensemble ont justement été consacrés à travailler sur l’équilibre des sons, un point sensible quand le projet repose sur l’articulation de deux basses selon différents modes. LEON cultive cette particularité du double instrumental sous diverses formations – en duo, en trio avec invité puis avec Kasper T Toeplitz – qu’il l’explore dans l’improvisation noise, l’électroacoustique ou le rock, et Louis et Raphael attachent un soin particulier à jouer sur l’ambiguïté des timbres, les complémentarités rythmiques et les rétrécissements/élargissements du spectre, dont les matières servent à produire des ombres, des reflets, des fantômes ou des jumeaux au même titre qu’elles laissent s’exprimer deux personnalités.
Dans le cadre de ce LEON à quatre, ce jeu crée de nouvelles ramifications dans l’appui rythmique de David et dans l’ouverture vers le texte apportés par la présence d’une voix et demande que d’autres équilibres se créent. L’objectif de la résidence au Romandie est de préparer les concerts à venir en visant l’épure, la création de nouveaux espaces dans les morceaux existants et de travailler sur la complémentarité des gestes et leur partage. Deux pièces récemment écrites jouent sur l’articulation des rythmes et des textes. Elles impliquent une distribution des voix entre tous qui ouvre de nouvelles perspectives en matière de jeu et de substitution des rôles qui caractérise le projet.Au soir du premier concert de la série, une certaine fébrilité mêlée d’excitation est palpable. On se plonge alors dans le concert de Massicot et leurs maillages rythmiques faussement bancals, hypnotiques, dont chaque répétition fait monter l’intensité et pare la soirée d’une couleur obsessionnelle de transe. On en oublie la neige de la journée, les embouteillages et les glissades sur la route, l’angoisse avant de commencer. La salle est pleine quand on prend place sur l’avant-scène, de plein pied pour partager au mieux ce travail de quelques jours et une nouvelle étape dans ce parcours de plus de deux ans ensemble, les yeux dans les yeux avec le public, les amis venus fêter ce moment avec nous.

Le concert se déroule bien si j’en crois mes sensations, je me sens porté par la musique et la présence des gens. Pour l’aspect technique l’enchaînement des parties écrites et des improvisations, l’intégration des nouveaux espaces dans les pièces a l’air de bien fonctionner, et surtout les canaux sont ouverts et l’énergie circule. Après une heure dix de concert on sort de scène, croise des regards, on se prend dans les bras. Le sourire et les encouragements font vraiment du bien. Je rentre vite à Genève – histoire de pouvoir chanter le lendemain – porté par l’adrénaline et l’envie de remettre ça.” Antoine Läng

Prochains concerts de LEON

Winterthur, Albani Club, le 18 février
Lucerne, Süd Pol, le 20 février
Bâle, le Flatterschaft, le 22 février 

et en juin au festival Toxoplasmose à St Imier ainsi qu’au 2.21 à Lausanne.

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FlexFab x « LOAS » EP

Figure montante de la scène électronique suisse, FlexFab sort « LOAS », un EP aux basses vibrantes et à l’éclectisme subtil.

Stage

Discret jusqu’en 2015, le neuchâtelois FlexFab s’est imposé comme pièce incontournable du puzzle musical suisse en conquérant la scène. Après avoir fait ses premiers pas publics dans la formation live des Murmures Barbares, le producteur a accroché aficionados et badauds avec des performances pointues et mirifiques. Bien plus qu’une adaptation des tendances actuelles en la matière, son light show (créé par la Supermafiasaisi, prend au corps et porte l’audience dans une danse mystifiante ; le tout en fusion totale avec les dérives sonores de sa création. Du Paléo Festival de Nyon au Montreux Jazz Festival en passant par les Trans Musicales de Rennes, les plus belles scènes lui ont offert leurs planches.

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« Loas »

Après son premier mini-album, « Manoir », sorti fin 2014, et son remix remarqué à l’international du « River » d’Ibeyi, FlexFab continue de dévoiler les facettes de son univers et propose en ce début 2016 un nouvel EP, « LOAS », aux saveurs addictives. Ouverture avec « A Bright August Day » en featuring avec Verveine. Réunissez la crème de la scène électro suisse-romande et vous obtiendrez un titre organique, profond et relaxant. Sa continuité croche grâce à cette rythmique et cette basse détonante. La voix de Verveine agit comme un spectre qui donne une dimension percutante au morceau; caractère feutré qui guide les harmonies et expérimentations de FlexFab vers ses plus convaincantes conclusions. La suite de l’EP recèle de surprises tout autant saisissantes.

Epopée spatiale et exubérance électro

0cc4f0_797941abe05c44b1a8a8117ccd9dfe52Épopée spatiale aux titillements exotiques sur « Break-Fast (feat. Shake It Maschine) ». Escapades trap et hip-hop imposées par « Climax ». Exubérance électro et lettres de noblesse portent « Tricky Martine », titre produit avec Hook, son acolyte des Murmures Barbares. Cris fédérateurs, vocalises orientales et intrusions savanesques portent « Safari » et, alliés au maniement rigoureux du beat, en font l’une des productions les plus intéressantes de l’EP.

L’éparpillement ne fait pas partie du vocabulaire du neuchâtelois. En guise de fil rouge, il offre des atouts à la fois puissants et discrets: crescendo qui emporte avec délicatesse, mains précises qui tissent textures et volupté, beat percutant et envoûtant. Avec « LOAS » et ses productions à la croisée des microcosmes musicaux, FlexFab affûte ses armes et ne manquera pas de continuer son ascension musicale.

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FlexFab – « LOAS »
Label : Feelin’ Music
iTunes: www.apple.co/1SfpUwS
Bandcamp: www.bit.ly/1JZyk8r