Ouverture en beauté de Swiss Diagonales Jazz

Créé au début des années 2000, Swiss Diagonales Jazz est une association qui réunit 25 clubs suisses. L’idée étant de permettre, pendant 5 semaines, à 10 jeunes formations prometteuses de tourner hors de leur bastion. La plupart d’entre eux peuvent être découverts par vidéo sur la chaîne de Swiss Diagonales Jazz sur Youtube. En voici deux exemples:

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Débats

Pour lancer le coup d’envoi de l’édition 2013, le club Südpol de Lucerne accueillait membres, invités et public samedi 12 janvier.

Après une table ronde évoquant les enjeux et les possibilités de développement du jazz suisse actuel, le long cocktail dinatoire permit aux uns et aux autres de prolonger les thèmes évoqués. A savoir : comment rendre la une scène helvétique plus unie intra-muros ? Comment s’exporter ? Comment développer de nouvelles sources de revenus pour les artistes pour remplacer celles que l’industrie du disque ne rapporte plus ? Une première dans l’histoire de Swiss Diagonales Jazz qui a permis beaucoup d’échanges entre Romands, Suisse-allemands et Tessinois. Dommage pourtant que, malgré la grande affluence, plusieurs clubs membres de l’association Swiss Diagonales Jazz n’aient pas été présents.

Concerts

colin_valon_trioLe soir, place à la musique, avec trois concerts de haut vol. Après la rencontre impressionnante entre les deux batteurs, Pierre Favre et Lukas Niggli, le premier étant le maître du second, le trio du pianiste Colin Vallon a fait sensation. Depuis longtemps, il n’est plus question ici de leader et d’accompagnateurs : Patrice Moret (contrebasse), Julian Sartorius (batterie) et Colin Vallon sont soudés, comme un hydre à trois têtes qui aurait préféré aux pouvoirs maléfiques ceux de la séduction. Structurant puis déstructurant leurs compositions aux titres explicites  «( Telepathy »), ces trois-là peuvent passer de la berceuse la  plus nostalgique à des tourbillons de rythmes et d’impressions. Julian Sartorius a fait le choix d’une batterie minimale, recouvrant parfois ses cymbales d’un torchon. Colin Vallon fait voltiger les notes de son piano, s’arrêtant soudain, comme s’il interrompait une conversation.

nik_baertschs_feat_roninAprès eux, le public est en orbite sur la planète jazz. Nik Bärtsch et RONIN s’imposent rapidement avec leur musique exigeante, précise et percutante.

Les concerts de Swiss Diagonales Jazz se poursuivent dans toute la Suisse jusqu’au 17 février 2012. Infos précises sur diagonales.ch

Les judicieux mélanges de Label Suisse

RoninDu 13 au 15 décembre,  Label Suisse a frappé un grand coup en investissant les clubs Lausannois. Plus que jamais le festival gratuit bisannuel a mélangé les genres. A signaler en particulier une soirée jazz qui a démarré au D’Club avec l’incroyable Nik Bärtsch et son groupe Ronin. Jouant sur les répétitions, les modulations, les combinaisons infinies de phrases musicales, ce groupe tient sur l’incroyable précision de ses musiciens. Mention spéciale au leader de l’ensemble ainsi qu’au batteur Kaspar Rast et à la personne aux lumières, dont les changements d’éclairage semblaient être calculés au centième de seconde.

Guillaume PerretA peine le temps de souffler et de s’extraire du temple de la dance music qu’il faut se précipiter de l’autre côté de la rue, à la Mecque du rock (Le Romandie) pour voir Guillaume Perret se déchaîner sur son sax et ses pédales d’effets. Que dire ? Par moment on a l’impression que son souffle part de ses tripes, le transperce et se transmet comme une onde à l’entier du public, sous le choc. La classe. « En plus du mélange des styles, cette édition a mélangé les publics, souligne Marc Ridet coordinateur et âme pensante de ce Festival dans lequel on croise aussi des programmateurs de haut vol (Jazz à Montréal, les Eurockéennes, les Nuits du Botanique). A l’église Saint-François le samedi la prestation de Francesco Salis et de la chanteuse de gospel La Velle Duggan puis celle d’Olivia Pedroli furent remarquées. « Le festival a prouvé que la musique suisse fédérait le public suisse. Avant les Romands avaient tendance à se tourner culturellement vers la France. Maintenant, ils sont plus sensibles à ce qui se fait en Suisse allemande. Paradoxalement, les Suisses allemands chantent d’ailleurs désormais pour la plupart en anglais ! »

Pas étonnant dès lors, que deux des groupes les plus remarqués furent deux groupes hybrides, tous deux originaires de Genève. The National Fanfare Kadebostany et son mélange de cuivres, de techno et les Mama Rosin qui conjuguent bayou et énergie punk !

>Ecoute et extraits des concerts sur le site de la RTS.
>Ecoute de la compilation numérique Label Suisse ici!
>Et encore le festival vu par les Français avec le reportage audio de Solnix écoutable sur le site Internet de Télérama.

Live report, Rusconi à Paris le 11/12

Rusconi_2Grooves délirants, improvisations sans bornes et incursions pop effrénées : le Sunside a eu du mal à se remettre du passage du power trio Rusconi.

Curieux paradoxe : pour célébrer la sortie de son troisième album « Revolution » (Beejazz), qui déjoue encore plus les règles du jazz traditionnel, Rusconi se présente au Sunside, gardien d’une certain forme d’orthodoxie jazz. Voir ces trois sales gosses Suisses-Allemands prendre des libertés pop et expérimentales dans ce temple parisien policé était d’autant plus réjouissant que le public s’était déplacé en nombre, alerté par nombreuses les critiques élogieuses publiées, entres autres, dans Libération ou les Inrocks. De quoi faire saliver le malicieux Stefan Rusconi (« c’est mieux que de jouer dans une salle vide », tentera-t-il, jamais à court de blague malgré son français hésitant). Le pianiste ne laissera guère de répit à la salle. D’emblée, il attaque avec un morceau très groove qui le verra pourtant quitter vite son clavier pour farfouiller directement dans les cordes, en Thurston Moore du piano à queue, sous les yeux possédées du bassiste Fabian Gisler.

Voilà le leitmotiv de ces deux sets de 70 minutes : détourner l’instrument de sa fonction première pour libérer leur inventivité sans complexe, se muant peu à peu en power trio, plus proche du « rock instrumental » que du jazz. Sur « Change, Part 1 », Rusconi lancera des ambiances sur une guitare électrique (avec archet et bottleneck), le batteur Claudio Strüby à la basse et le bassiste… au boucle hypnotiques de piano. Une apologie de l’irrévérence qui prendra tout sens sur « Alice in the Sky » (« un mélange de Lucy in The Sky et d’Alice au pays des merveilles, avec des cuillères dans le piano », résumera Strüby, hilare), monument de jazz spatial déconstruit, sur les solos, habités et habitants, où sur l’intermède « vinyle » : un drôle d’exercice de style, où un membre du groupe fait écouter un morceau de son choix (en l’occurrence, « Wrong », de Depeche Mode »), avant que le trio improvise sur le thème. Et pour achever de défriser le public du Sunside, Rusconi concluera la soirée par un clin d’œil à son album précédent en reprenant magistralement le « Hoarfrost » de Sonic Youth. Pas étonnant que pour son prochain concert parisien, le groupe devrait se présenter dans une salle habituellement réservée à la pop, le Café de la Danse, en mars.

Plus d’infos par ici: rusconi-music.com

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Départ en foudre pour Label Suisse

Velvet-Two-StripesHier soir, Label Suisse a investi le studio 15 de la Radio Suisse romande. De quoi nous rappeler qu’en 2004, lors de la première édition du festival, c’était toute la maison de la radio de La Sallaz qui avait ouvert ses portes aux artistes suisses. Depuis, le festival lausannois a grandi de façon exponentielle chaque deux ans, jusqu’à atteindre son apogée en 2010 lorsqu’il investissait l’ensemble de la place de l’Europe et du Flon, tel un open air urbain.

En 2012, Label Suisse a fait du régime. Ce qui n’est pas pour nous déplaire. Il investit désormais les principaux clubs de la ville  (Le Bourg, le Romandie, le D ! Club, les Docks). « L’avantage de cette nouvelle formule est que cela nous permet d’être plus pointu explique Laurent Pavia, rédacteur en chef adjoint de la rédaction musique à la RTS, on n’a plus besoin de chercher une tête d’affiche qui attire 6000 spectateurs ».

Au Studio 15, ce sont donc les Saint-Galloises de Velvet Two Stripes qui donnent le coup d’envoi. Une vraie découverte. Trois très jeunes filles – une blonde, une rousse et une noiraude – côte à côte au centre de la scène. Une caisse claire, un clavier, un synthé, une basse et un ordinateur portable constituent l’essentiel de leur instrumentation. Sara Diggelmann à la chevelure rousse tient la guitare. Sa sœur, la blonde platine Sophie, le micro et Franca Mock les claviers. Mais chez les Velvet Two Stripes rien n’est vraiment fixe. La chanteuse peut devenir batteuse et le clavier se mettre à chanter. Autour de leur instrumentation minimale, les trois jeunes filles tournent et se relayent, traversées par la même énergie viscérale. Leur premier single « Supernatural » semble défier les lois du son alors que leur dernière composition « Fire » est un blues psychédélique de la meilleure facture. A la fin de leur concert, le public est chaud bouillant. Et la carrière de ces trois-là, entamée il y a une année, semble vouée à un avenir fulgurant.

A voir la vidéo ci-dessous et à télécharger gratuitement ici le morceau Hellbound.

Des extraits du concert d’hier soir sont également visibles sur le site de la RTS.

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Soraya, entre la Suisse et la Tunisie

Soraya & Maxime SteinerLe gros stress d’un artiste est souvent d’être face à une salle frappée d’inertie. Il doit alors en faire des tonnes jusqu’à ce que les gens se lèvent de leurs chaises et se mettent à bouger. Le 15 novembre 2012 au Lido Comedy Club à Lausanne, Soraya Ksontini prend les choses à l’envers. A peine le premier morceau terminé, elle s’accroupit et demande aux gens de s’asseoir par terre. Sa façon à elle de les faire entrer dans son univers intime et particulier.

Car l’univers de Soraya Ksontini est très particulier. Ce concert lausannois célébrait la parution de son premier EP de quatre titres, « Soraya & Me ». Un trio polyvalent avec Maxime Steiner à la guitare et aux claviers, Felix Bergeron à la batterie et aux percussions et Soraya Ksontini qui jongle avec deux micros pour juxtaposer ses différentes parties vocales. Des comptines apparemment simples, mais qui oscillent entre chanson française, arabe et folk et dans lesquelles sourdent anxiété, inquiétude, interrogations. Soraya Ksontini est née de parents tunisiens à Lausanne. Elle chante depuis son plus jeune âge; sans perdre la tête. Elle participe à la Star Academy Maghreb en 2004 avant de se lancer dans des études de relations internationales, puis d’anthropologie.

Depuis 2006, elle affine son projet solo. Les quatre titres de son EP ne tombent donc pas du ciel,mais ont été longuement mûris. Surtout depuis qu’elle travaille avec le réalisateur Maxime Steiner (Trip’In, Aliose). Avec lui, elle a passé des heures dans son studio de Gland, à deux pas des voies ferrées, à chercher des sons sur des instruments orthodoxes, mais aussi sur des machines à café, tuyaux, billes et clous. A chaque fois que le train passe, il faut s’arrêter. Puis recommencer. Quelques mois plus tard, elle en ressort avec ces quatre drôles de ritournelles : une berceuse pour adulte (« Ya Weldi »), un titre inspiré par Woody Allen (« Woody & Moi »), un autre par une photo angoissante (« Odorantes ») et un blues de son crû (« Red Night Blues »).

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Pour le moment, Soraya Ksontini fait tout toute seule, mais elle est à la recherche d’une vraie structure de production qui pourrait la prendre sous son aile. Elle a beaucoup d’autres morceaux dans son escarcelle. Qu’on se le dise…

Les quatre morceaux de Soraya sont disponibles sur Itunes et dans les Fnac de Suisse

Le disque du mois de novembre: “l’Envolée” de Stephan Eicher

Il y a un cliché qui revient souvent à propos de Stephan Eicher, depuis le tout de début de sa carrière, dans les années 80: pour un artiste solo, le Bernois a toujours su parfaitement s’entourer. Et même s’il a consacré ces cinq dernières années à rééditer ses tout premiers morceaux, époque Grauzone ou Spielt Noise Boys, où à intervenir sur des projets ponctuels (l’hommage à Alain Bashung, notamment), son retour discographique ne déroge pas du tout à cette sacro sainte règle.

A 52 ans, mais un enthousiasme de jeune homme, Stephan Eicher a pioché aussi bien dans les jeunes pousses folk françaises à la réalisation (Mark Daumail de Cocoon,), qu’aux vieux briscards anglo-saxons (Volker Zander et Martin Wenk de Calexico, William Tyler, de Lambchop), aux vieux amis lettrés (l’écrivain Philippe Djian, un fidèle) qu’aux plumes inédites (Miossec ou Fred Avril). Un vrai travail d’équipe qui sert simplement à sublimer l’art du chant juste, de la guitare tendre, du clavier bien ajusté, du vieux cow boy du rock suisse.

Quand Miossec, toujours aussi accablé par l’existence, lui écrit le neurasthénique “Disparaitre”, c’est bien Eicher qui, la voix faussement fragile, lui donne toute sa puissance émotive et en souligne le sens potentiellement subversif. Quand ses compères tentent une inattendue excursion mariachi sur le bien nommé “l’Excursion”, c’est bien ses écorchures qui fait souffler un vent épique que n’aurait pas renié Tom Waits. Lui encore qui fait le lien entre la diversité des styles explorés ici, point commun entre du rockabilly jazzy (“dans ton dos”), des ballades au piano en suisse-allemand (“Du”), les ambiances hypnotiques, quasi new wave (“Donne moi une seconde”) ou les grandes envolées de corde, justement. Un très beau disque écrit à plusieurs, et à apprécier seul.

Stefan Eicher, “L’Envolée” (Barclay)

Stefan Eicher sera en concert à Nimes le 6 décembre, à Bruxelles le 13 décembre et à Paris le 17 décembre. Sa tournée complète est consultable sur son site internet.

L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp à Paris

Passage remarqué du ready-made musical franco-suisse aux confins du jazz, de la transe africaine et de la musique contemporaine dans une petite salle parisienne, l’Espace B. Retour sur cette sourde déflagration du 22 octobre dernier.

Tapis élimés au sol, murs de craie décorés de manière aléatoire, bière pas chère pour faune autant enthousiaste que désargenté : l’Espace B à Paris pourrait aussi bien évoquer l’arrière-boutique d’un bar de Brooklyn qu’une cave autogérée à Lausanne. Cela tombe plutôt bien, l’Orchestre Tout-Puissant Marcel Duchamp (OTPMD) raffole de ces salles atypiques, joyeusement underground et indie : normal, tout a commencé pour le groupe franco-suisse du Genevois Vincent Bertholet (à la double basse ou à la contrebasse) dans les méandres artistiques dans un des squats de la « Cave 12 », l’association de soutien aux musiques expérimentales sur les bords du lac Léman. Pour sa tournée française fin octobre, qui passait également dans quelques villes exotiques (Bayonne, Tulle ou Clermont), l’OTMPD se devait donc de faire honneur à cet Espace B qui lui ressemblait tant, délicieux foutoir sans frontières. Et même serrés  sur la scène symbolique de cette petite salle, les six musiciens ont laissé s’épanouir leurs morceaux-gigognes – tirant parfois leurs jams « jazzcore » pendant plus de dix minutes. Aux allures hypnotiques du marimba de l’excellente Aida Dop répondait la batterie furieuse de Wilf Plum (dont on aurait bien vu les mythiques Dog Faced Hermans déflorer cette salle) ; parfois, le trombone de Seth Bennet marquait le temps, plus souvent il se déchainait comme un samedi soir dans un petit club de Lagos ; Liz Moscarola dansait parfois la gigue derrière son violon, comme un écho à son diplôme d’éducation somatique (une discipline d’éveil du corps) et et s’attachait avec Vincent Bertholet à lier les diverses transes du groupes en cris-soubresauts. Une bulle d’air que le public a respiré profondément.

Prochain concert en Suisse romande au City Club de Pully le 19 décembre!

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Erik Truffaz, nouveau CD et concerts de prestige…

Le 29 octobre Erik Truffaz sort son dixième album sur Blue Note! Pour le principal intéressé: « “El tiempo de la Révolucion”exprime les révolutions successives qui actent notre vie, comme un long poème que l’on écrit au fil du temps dans un espace où l’on est à la fois acteur et spectateur. Le temps de la révolution est aussi celui de la naissance, de l’amour et de la mort. C’est un combat pour un monde plus juste sous la seule bannière de l’art. La musique nous permettant de tisser un lien entre le ciel et la terre. » “El Tiempo de la la Revolucion” est aussi le prolongement de son prédécesseur, “In Between“. Certains thèmes y sont repris et détournés et Anna Aaron remplace Sophie Hunger à la voix sur trois morceaux. “El Tiempo de la Revolucion” évoque aussi le rock, le funk et le psychédélisme, le tout étant emballé dans un groove feutré, traversé par le son caractéristique de la trompette de Sieur Truffaz.

Pour célébrer la sortie de cet opus, les Suisses devront attendre mardi 9 avril 2013où le trompettiste, son quartet et Anna Aaron, se produiront sous le Grand Chapiteau du Cully Jazz Festival (billets en vente dès le 17 janvier le site du festival). Quant aux Français le rendez-vous est fixé au 6 avril 2013 à l’Olympia!

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Le disque du mois d’octobre de Swissvibes: Mama Rosin “Bye Bye Bayou”

 Ça y est: le nouveau disque de Mama Rosin sort aujourd’hui. Pour fêter la chose, les deux Genevois – Cyril Yeterian et Robin Girod – et leur batteur grenoblois Xavier Bray ont eu les honneurs d’une session live sur radio Paradiso jeudi dernier. Evidemment, il s’y sont mis en danger. Peu de répétitions, et une attitude bien rock’n’roll pour saluer la sortie de ce « Bye Bye Bayou ». « Pourquoi des adieux au bayou? » les questionne le journaliste Yann Zitouni. « Un clin d’œil à Alan Vega dont nous sommes fan et qui a fait un morceau du même nom»  répond Robin. Et aussi une volonté de sortir d’une niche dans laquelle ces trois-là auraient eu tôt fait de sentir à l’étroit. A l’écoute de ce nouvel opus enregistré à New York et produit par un autre punk, Jon Spencer, on mesure l’évolution du groupe. Qu’on se rassure, la démarche s’ancre toujours dans le Sud des Etats-Unis, entre Louisiane et cajun. Armés de leurs guitares électriques, banjo et mélodéon amplifiés et d’une batterie bien méchante, les Mama Rosin s’amusent pourtant à désosser le genre. Ils aiment la distorsion et un son « sale » et c’est plutôt excitant. Mais ils n’en perdent pas la tête pour autant et n’oublient pas les mélodies entêtantes. « Paraît qu’y pas la Temps » est déjà bien présent sur les ondes radio. Ils prennent d’ailleurs parfois leur temps, comme sur ce « Mama Don’t », aussi lent qu’inquiétant, où l’on croirait presque entendre les loups hurler. Sans cesser de s’ancrer dans différentes courants, de se référer à telle ou telle personnalité culte, les Mama Rosin s’émancipent et développent leur propre univers.

Au Studio 15, le trio attaque avec « Marilou », une chanson dédiée à la fille de Cyril et donc…. à la nièce de Robin. Car les Mama Rosin c’est aussi ça, une histoire de famille et de potes. Une sorte de communauté où, avec les moyens du bord, chacun met la main à la pâte, de la pochette de disques à leur label (Moi J’Connais Records) en passant par la réalisation de clips vidéos. Et puis il y a cette énergie si particulière qui fait que même quand ça ne tombe pas juste, tout le monde s’en fout car le moment est savoureux et qu’on n’est pas là pour se la jouer. Les Mamas, comme beaucoup les surnomment en Suisse romande, sont sur le point de s’envoler pour une tournée anglaise d’une trentaine de dates. Un tour de force quand l’on sait à quel point ce marché est peu perméable. Ils s’attaqueront ensuite à la France en 2013. En attendant, vous pouvez toujours savourer sur le net les nombreuses vidéos dont ils vont vous abreuver ces prochains jours. Et écouter leur interview sur Couleur 3.

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 Mama Rosin, « Bye Bye Bayou » Moi J’connais Records.

Sophie Hunger, toujours plus haut

©Augustin Rebetez

« The Danger of Light » est sorti le 28 septembre en Helvétie. Un événement attendu puisque les deux derniers CD de Sophie Hunger,  “Mondays Ghost” et “1983”,  sont tous deux disques platines. La Radio Suisse Romande a d’ailleurs décrété le 25 septembre “Journée Sophie Hunger”. La belle débarquant sur tous les chaînes, de Couleur 3 à la Première, pour culminer par un concert live dans l’émission Paradiso. « The Danger of Light » sera disponible à l’international à la fin de la semaine et on peut d’ores et déjà l’écouter ici. Il y montre la chanteuse préférée des Suisses dans un univers musical enrichi, la voix tour à tour acidulée, proche d’une folk woman des années 70 ou d’une chanteuse de cabaret. Du côté de ses musiciens, tous multi-instrumentistes, même énergie, même stimulation. On flirte avec une approche  jazz et avec différents rythmes. Il faut dire que pour réaliser ce disque Miss Hunger et son producteur américain  –  Adam Samuels – n’a pas hésité à orchestrer trois sessions d’enregistrement dans les conditions du live. En France (avec son groupe), aux USA avec quelques grands noms comme Josh Klinghoffer (Red Hot Chili Peppers, PJ Harvey), Nathaniel Walcott et une dernière, à la dernière minute, à Montreal. On aurait pu craindre la surenchère, mais Sophie Hunger y a au contraire trouvé une spontanéité et une fraîcheur qu’on ne lui connaissait jusqu’ici pas sur disque.  Avec une mention spéciale pour « Das Neue » au trombone langoureux et aux paroles coups de poing. Sans concession, comme son auteur qui fait le point sur sa situation et sur celle de la scène suisse.

Est-ce que le fait d’avoir tourné dans le monde entier a changé votre vision du monde ?

Sophie Hunger Chaque tournée me confirme que je viens d’un très petit pays aux conditions de vie ultra-privilégiées. On a tendance à oublier que les règles ailleurs ne sont pas comme ici. Notre réalité du monde 2012 n’est pas la réalité d’un Indien, d’un Chinois ou d’un Américain ou même d’un Allemand de l’Est ou de quelqu’un qui vient du Sud de la France.

Cela vous arrive de chanter en français et vous avez votre public en France. Qu’est-ce qui vous attire dans la culture et dans la langue française ?

Sophie Hunger Comme je connais mal cette culture, j’y évolue facilement. Je ne vois pas les pièges dans lesquels je pourrais tomber. Dans le domaine de la musique, c’est toujours très bien de ne pas trop savoir de choses. La France est aussi le premier pays qui m’a ouvert ses portes. Pour une petite Alémanique qui vient de Zurich, c’est assez spécial. Pour toutes ces raisons, je suis émotionnellement très proche de la France.

Et l’Allemagne ?

Sophie Hunger L’Allemagne est venue après. Le morceau « Walzer Für Niemand » a été pris pour une pub pour ONG qui récolait des fonds pour les SDF. La campagne a été diffusée à la période de Noël. Et c’est ça qui a ouvert des portes. Puis tout est allé très vite. Les Allemands sont plus cérébraux, intériorisés. Ils sont très respectueux et humbles. Les Français sont plus latins, plus expressifs, plus sensuels. Un Français va m’envoyer des roses après un concert et un Allemand va m’envoyer un poème. L’autre pays qui m’a pris dans ses bras, c’est le Canada, plus particulièrement Montréal. Ces trois dernières années, j’ai joué au Montréal Jazz Festival. Normalement quand on joue dans un festival de ce genre, on n’y retourne pas avant plusieurs années. Mais le Montreal Jazz Festival me demande chaque année un nouveau projet. J’y ai d’abord joué en quintet, puis trio. Cette année j’y ai présenté mon spectacle en hommage à Bob Dylan.

Vous avez rendu un hommage à Bob Dylan à Paris et au Canada, que représente-t-il pour vous ?

Sophie Hunger Dylan est un professeur pour moi. Il m’apprend des trucs très très basiques sur la façon de chanter, sur comment écrire des morceaux. On dirait qu’il a tout ça en lui, naturellement. J’ai commencé à l’écouter quand j’avais vingt ans et je n’ai pas encore fini de découvrir tous ces astuces et ses façons de jouer.

Aujourd’hui, en quoi vous sentez-vous encore suisse ?

Sophie Hunger Je suis très attachée à la Suisse émotionnellement. Je ne dois pas y passer pas plus d’un quart de mon temps maintenant. Mais, quand je dois m’absenter pendant une longue période, la Suisse me manque. Même si j’habite à Zurich,  je me rends compte que ce à quoi je suis le plus attachée est la nature, la terre. Je ne peux pas vivre sans les Alpes, sans les montagnes, sans les fleuves, sans l’eau.

Avez-vous des contacts avec les musiciens de la scène suisse ?

Sophie Hunger Je connais beaucoup de musiciens. Chacun de ceux  avec qui j’ai joué est resté dans mon cœur. C’est un lien qui est plus fort que celui qu’on peut avoir avec des amis. C’est bizarre, mais c’est comme ça. Même si je ne les vois pas beaucoup, je pense beaucoup à eux. J’ai vu des trucs d’eux que leurs amis ne voient pas. J’essaie aussi de suivre cette scène. C’est important de respecter la scène dont on est issu.

D’autant que cette scène est très active depuis une dizaine d’années

Sophie Hunger La scène est en ébullition. Anna Aaron, Heidi Happy ou des jeunes comme Dominik Chansorn qui va bientôt sortir son premier disque.

Comment expliquez-vous cette ébullition ?

Sophie Hunger  Il y a une émulation. S’il y en a un qui fait quelque chose de nouveau ou qui sort un disque, cela stimule les autres. Cette énergie est très importante. Qualitativement, cette scène ne cesse de progresser. Regardez les chanteuses : ce ne sont pas seulement des interprètes, mais aussi des musiciennes et des auteurs-compositeurs. Ça, dans les années 90, c’était impensable. Il y a toujours eu jusqu’ici des bons artistes en Suisse. Mais jusqu’ici c’étaient des cas isolés, des individualistes. Ce qui est nouveau, c’est d’assister à l’émergence d’une scène. Il y a tellement de liens entre nous. Par exemple Heidi Happy et moi avons joué dans le même groupe il y a sept-huit ans. J’ai vu Evelinn Trouble chanter pour la première fois à l’âge de seize ans. Idem pou Anna Aaron. Les Dead Brothers était le groupe préféré de mon meilleur ami. Du coup, je les connais aussi.

Sophie Hunger, “The Danger of Light” 2Gentlemen(disponible en CD, 2 LP, download & Deluxe Edition)

Sophie Hunger commence la tournée consécutive à la sortie de “The Danger of Light” le 25 octobre au Canada avant de poursuivre en Europe. Le concert du 10 novembre au Café de la Danse à Paris est déjà complet! Les billets des quatre concerts au Kaufleuten de Zurich partent très vite.