Swiss Vibes live à Paris, chapitre 1: Evelinn Trouble

Evelinn_Trouble_Trio15_klEvelinn Trouble est un cas. Un pied dans le rock, l’autre dans le jazz. Un jour rousse le lendemain blonde, maquillée à outrance ou sans fard, elle ne cesse de surprendre. A peine vingt-cinq ans, et déjà un cinquième album, « Arrowhead ». Fille d’une chanteuse de jazz et d’un architecte, Evellinn Trouble vit à Londres depuis une année. Entourée de son studio mobile, elle aime composer et s’immerger dans les villes connues pour leur haute teneur musicale.

Après s’être illustrée comme choriste de Sophie Hunger et un premier album folk-pop-soul “Arbitrary Act” (2007), qu’elle a concocté toute seule ou presque, cette fille d’une chanteuse de jazz et d’un architecte continue de n’en faire qu’à sa tête. A chaque enregistrement, elle se réinvente. Sur son précédent opus, « The Great Big Heavy », elle rendait hommage au rock des années 60. Aujourd’hui Evelinn Trouble prépare la sortie de « Arrowhead », le journal d’un « traveller » urbain qui reçoit une flèche dans la tête et ne peut pas l’enlever.

Enregistré dans les studios Invadia de Geoff Barrows, là où quelques opus mythiques de Portishead et Massive Attack on été réalisés, « Arrowhead » est emballé dans un son trip hop qui lui sied. Il amplifie la puissance et la hargne de Evelinn Trouble ainsi que sa voix, entre séduction à la rébellion. Connue pour ses prestations sauvages, Evelinn Trouble sera accompagnée par l’un des batteurs les plus en vue de la scène alémanique, Domi Chansorn et par Flo Götte à la basse et à la guitare.

En concert au Centre culturel suisse de Paris mardi 2 juin (le même soir Puts Marie)

Swiss Vibes live à Paris!

Swissvibes_live_1 cœur_LRDe Bienne à Zurich, de Genève à Berne, la scène musicale suisse explose de talents, pour la plupart inclassables.  Et cette fois nous allons vous le prouver! Le Centre culturel suisse a en effet invité Swiss Vibes le temps d’une carte blanche, le temps de trois double-concerts aux couleurs forcément éclectiques.

Dans l’agréable centre de la rue des Francs-Bourgeois, défileront donc dans l’ordre:

Mardi 2 juin : Evelinn Trouble et Puts Marie (rock)
Mercredi 3 juin : Larytta et Egopusher (pop & electro )
Jeudi 4 juin :  Orioxy & PommelHORSE
(jazz & more)

 

Aventureux et bluffants, les musiciens suisses que vous proposent Swiss Vibes et le Centre culturel suisse assument tous avec fierté leur particularisme et leur diversité culturelle.

Jugez plutôt en écoutant la sélection ci-dessous et suivez l’actualité du blog ces prochains jours pour avoir plus d’informations sur chacun des groupes présentés. Et surtout, amis parisiens, sortez vos agendas et venez au Centre culturel suisse de Paris les 2, 3 et 4 juin 2015!

Découverte: Jibcae au Cully Jazz Festival

150411_053Mains jointes ou offertes, poing tendu, le corps ondulant ou sautillant, la chanteuse Claire Huguenin impose d’emblée son style très particulier. La vocaliste de Bulle dont tout le monde parle a choisi de dévoiler en formule acoustique son premier projet solo, Jibcae, au Temple de Cully. Jibcae est un OVNI musical qui tente des ponts audacieux entre des penchants musicaux et sentimentaux extrêmements variés. Claire Huguenin est du genre à frapper vite et fort. Pour donner le ton, elle enchaîne trois morceaux d’une intensité folle, dont un a cappella poignant. Elle happe ainsi l’auditoire dans son monde d’introspection, un monde le plus souvent obscur qu’elle illumine de son sourire, de sa voix et de sa gestuelle.

 Les limites du 100% acoustique

150411_056A ses côtés, le grand manitou du piano, Malcolm Braff, s’essaie à la retenue, la harpiste Julie Campiche développe les myriades de notes de son instrument avec parcimonie pendant que le bassiste Jeremias Keller (le seul instrument électrique) s’occupe de la ponctuation. Le concept des concerts du temple est de ne jamais sonoriser les ensembles. Difficile dès lors de brider les instruments par nature plus forts, dont l’imposant piano à queue de Malcolm Braff.

 

Little big woman

150411_087Ce qui n’empêche pas Claire Huguenin de continuer sans faillir son évocation de l’intime, des sentiments à fleur de peaux, des sensations pas forcément agréables, comme ce « Weary Dany » en duo voix-contrebasse qui évoque l’ennui. Le monde de Claire Huguenin est peuplé d’esprits, de gens qui ne communiquent plus, de ruptures, de fracas. Et sa voix fonctionne comme un écho à ses ruptures, ses cabosses, ses éclats de rire. Evidemment, l’équilibre est périlleux, difficile à tenir de bout en bout. Variant les modes, déstabilisant l’auditeur en jouant sur le tragi-comique, Claire Huguenin et ses musiciens taillent néanmoins leur route. Il faudra encore certainement quelques prestations live pour que ce projet atteigne sa pleine puissance. Mais le potentiel, la grâce et la trempe de cette « little big woman » (pour reprendre l’expression d’un Internaute subjugué) sont de ceux qui marquent durablement. Merci !

Le disque Jibcae de Claire Huguenin paraîtra en mai sur le label berlinois Contemplate
Prochain concert de Jibcae au Moods le 2 juin 2015

Les fièvres électrisantes de Puts Marie

© Alessandro Della Bella/m4Music
© Alessandro Della Bella/m4Music

Préliminaires fiévreux le 26 mars à Lausanne à l’enseigne de la 18e édition de m4music. Le festival dédié principalement à la scène et au marché suisse de la musique, qui se prolonge à Zurich les 27 et 28 mars entre conférences, workshops et concerts (Jungle, MØ, Verveine ou Yellow Teeth), a pris ses quartiers au studio 15 de la RTS entre le dancehall décapant de Muthoni The Drummer Queen, la soul futuriste de Sohn et le rock vénéneux de Puts Marie. Les Biennois clôturant la soirée avec leur répertoire diaboliquement lascif, mélancolique et mélodique qui fait parfois songer au dEUS des débuts.

Un retour inspiré

Au terme du longue parenthèse, le quintet réapparu à l’hiver 2013 avec le mini-album “Masosch” n’en finit plus de séduire loin à la ronde. Entre le Prix culturel de la ville de Bienne et les festivals prestigieux (Transmusicales de Rennes l’hiver dernier, Printemps de Bourges, The Great Escape, Paléo et Vieilles Charrues sous peu), leur cote ne cesse de grimper. A juste titre tant les variations d’intensité des prestations de Puts Marie se révèlent ensorcelantes. Entre accents progressifs, élans psychédéliques à l’orgue Farfisa, fracas saturés évoquant par endroits Nirvana et climats d’une moiteur interlope, Puts Marie a sans peine et avec beaucoup d’âme électrisé le m4music.

Le concert du groupe aux dix ans de carrière, retransmis en direct dans l’émission « pl3in le poste » de Couleur 3, débute dans un calme instrumental trompeur. Une torpeur vite dissipée par une succession d’orages desquels se distinguent entre autres « Tell Her To Come On Home », relecture de Little Mack with Sun Ra & His Arkestra. Cardigan noir sur polo orange, Max Usata habite les morceaux de sa voix atypique oscillant entre graves et aigus et se travestissant au gré des atmosphères, du hanté « Obituaries » sur voix filtrée aux airs délurés irrésistibles du mélodique “Pornstar”.

Si vous raté Puts Marie, découvrez-les  lors de l’un de leurs prochains concerts:

21 April 2015 – Les Docks – Lausanne (CH)
28 April 2015 – Printemps de Bourges – Bourges (FR)
2 May 2015 – Café du Soleil– Saignelégier (CH)
14 May 2015 – The Great Escape – Brighton (UK)
18 May 2015 – Chabada (Europavox) – Angers (FR)
19 May 2015 – La Maroquinerie (Europavox) – Paris (FR)
20 May 2015 – La Vapeur (Europavox) – Dijon (FR)
21 May 2015 – Brise Glace (Europavox) – Annecy (FR)
22 May 2015 – Le Transbordeur (Europavox) – Lyon (FR)
23 May 2015 – Fac’tory (Europavox) – Clermont-Ferrand (FR)
29 May 2015 – Kilbi Festival – Düdingen (CH)
30 May 2015 – This is not a Love Song – Nîmes (FR)
02 June 2015 – Centre Culturel Suisse, Carte Blanche à Swiss Vibes – Paris (FR)

 

Paralog @ Live in Vevey

Comment dire.
Il s’agit du plus beau trio de jazz suisse du moment. C’est à en perdre ses superlatifs.

photo paralogGabriel Zufferey (p), Christoph Hutzinger (b), Domi Chansorn (dm)

A la composition et au piano, l’extraordinaire genevois Gabriel Zufferey, petit prodige qui a commencé tout gamin aux côtés de Daniel Humair, et dont la fougue et le cœur laissent toujours pantois; à la batterie, Domi Chansorn, batteur multi-instrumentiste touche-à-tout, toujours avec ce beau feeling souple qu’on retrouve d’ordinaire plutôt chez les félins que chez les humains; et enfin Christophe Utzinger à la contrebasse, clef de voûte sobre et solide du puissant groove général.

Paralog allie virtuosité et inventivité, en partant à la recherche d’un langage propre, parallèle, paralogue. Des improvisations élaborées comme une toile sur laquelle s’organiseraient repères et émancipations. Une musique toujours au maximum de sa force, même dans les instants de retenue, et toujours dans un feu d’harmonies.

Un album est en préparation, et le groupe est en résidence à “Live in Vevey” au Théâtre de l’Oriental à Vevey tout prochainement. C’est évidemment à ne pas manquer.
Le site de Paralog

Live in Vevey – Théâtre de l’Oriental (rue d’Italie 22, 1800 Vevey)
du 25 mars au 4 Avril 2015
mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h
Entrée au chapeau
le site de Live in Vevey

A écouter également le 31 mars dans l’émission Jazzz sur Espace 2

Swiss No Swiss

Jazz no jazz, Swiss no Swiss… Les genres musicaux et les frontières géographiques sont parfois élastiques. Swiss Vibes dit “tant mieux”!

Ils sont Suisses ou ils résident en Suisse; ils aiment les musiques des quatre coins de la planète et ils aiment les traiter à leur manière. Pour la plupart, ils n’aiment pas l’étiquette de world music. Ils, ce sont ces nombreux artistes-musiciens, qui s’inspirent des traditions et des courants musicaux étrangers pour mieux les reformuler à leur manière.

Cuivres à l’unisson

Dans cette playlist, découvrez donc la Fanfare Molotow Brass Orkestar, qui glisse des répertoires balkaniques à la musique suisse avec une fluidité étonnante, le big band de Professor Wouassa et des Faranas qui déclinent l’afrobeat en version helvétique et cuivrées avec des chanteurs sénégalais ou maliens de Suisse.

Hors des sentiers battus latino

Partant des musiques afro-cubaines, la chanteuse et violoniste Yilian Canizares donne à sa voix une nouvelle ampleur de diva latino. L’Argentine Maria de la Paz s’est associée au guitariste espagnol Ignacio Lamas au sein du combo Barrio Oscuro pour y développer un répertoire de chansons et de rock latino qui ne sont pas sans rappeler l’univers de la trop tôt disparue Lhasa. Sa compatriote, Malena Sardi explore quant à elle les possibilités infinies de sa guitare électrique entre autres à l’aide du live sampling et son nom de groupe s’est imposé de lui-même: One Guitar Woman Orchestra (OGWO).

Afrique improvisée

Jeroen Visser et un saxophoniste hollando-suisse qui s’est associé à deux musiciens éthiopiens (Endris Hassen au masenko et le chanteur Mesele Asmamaw) pour créer le Trio Kazanchis.  Ensemble ils pratiquent, selon leur propres dires, de “l’Ethiopian Traditional Impro Punk”.

Swiss Vaudou

Enfin T’Doz, digne rejeton de Lolo et Manze du groupe Boukman Eksperyans, martèle son vaudou-pop avec puissance.

En concert prochainement

OGWO, Lausanne, Bourg, jeudi 19 mars
Barrio Oscuro, Nyon, l’Usine à Gaz de Nyon, samedi 21 mars
Professor Wouassa, Carouge (Genève), Le Chat Noir, samedi 21 mars.
Molotow Brass Orchestar Zurich, Provitreff, samedi 27 mars.

 

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Olivia Pedroli : ” J’ai conçu mes arrangements comme un acrobate évolue sur un fil”

Apologie de la dualité, goût pour le minimalisme contemporain et influences islandaises : de passage à Paris pour la sortie française d”A Thin Line”, la chanteuse et compositrice de Neufchâtel Olivia Pedroli dévoile quelques clés d’entrée dans son univers magnétique…

© Yann Mingard Olivia Pedroli, Press portrait 2010Apologie de la dualité, goût pour le minimalisme contemporain et influences islandaises : de passage à Paris pour la sortie française d”A Thin Line”, la chanteuse et compositrice de Neuchâtel Olivia Pedroli dévoile quelques clés d’entrée dans son univers magnétique… 

Si “The Den“  était ce vase clos, dans lequel vous disiez vous être enfermée pour développer votre imaginaire, “A Thin Line“, “la fine ligne“, que sépare-t-elle ?

Olivia Pedroli J’aime développer une thématique pour mon travail. Sur “The Den“, elle s’est imposée en cours de route. Pour “A Thin Line“, je voulais réfléchir à une problématique au préalable, avant même d’écrire une note de musique : il me fallait un concept global qui englobe aussi bien la conception des arrangements que l’écriture des paroles ou la façon de présenter le projet sur scène. Je suis partie sur l’idée des opposés et de l’équilibre. Sans s’intéresser aux extrêmes, mais plutôt sur l’endroit où ces dualités se rencontrent.

Cela se retrouve par exemple dans la composition, où je fais dialoguer les morceaux entre eux – un quintolet de “Mute“ se retrouvera, de manière inversée, sur “Silence“. Certains titres seront axés sur les cordes, d’autre sur les cuivres : j’ai conçu mes arrangements comme un acrobate évolue sur un fil… Même pour le dispositif on retrouve cette dualité, puisque j’ai séparé mes musiciens en deux groupes. D’un côté une formule acoustique à jouer dans les églises, avec un trio de cordes et des percussions légères, dans un travail de dentelle, de fragilité assumée. De l’autre, il y a mon trio amplifié, avec, cuivre, piano et programmations de textures sonores, pour présenter le projet dans les clubs – comme au New Morning, notamment. Nous jouons les mêmes morceaux, mais avec des arrangements très différents.

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Travailler à nouveau avec le même producteur, Valgeir Sigurosson, c’était important pour vous ?

Olivia Pedroli Sur “The Den“, je découvrais une nouvelle manière de collaborer avec Valgeir Sigurosson. Je touchais à quelque chose que j’avais envie de vraiment développer. Pour “A Thin Line“, je considérais qu’il important d’approfondir cette collaboration, reprendre un peu là où nous nous étions arrêtés. Mais ce n’était pas difficile, puisque entre-temps nous sommes devenus amis; nous avons beaucoup échangé ces 5 dernières années. Du coup, en studio, nous allions directement à l’essentiel, ce qui permettait d’affiner mieux notre travail. Quant à son influence… J’ai du mal à dire concrètement comment il opère : je l’appelle “l’Alchimiste“, car il a façon de faire croire qu’il ne fait rien, mais il a une influence énorme, qui passe par des trucs subtil, des sous-couches… Il se fond dans les projets pour nous faire aller plus loin.

Sur “A Thin Line”, sur le plan de la composition, on ressent une influence profonde des compositeurs minimalistes du 20e siècle, Terry Riley, Philip Glass

Olivia Pedroli Oui, sur l’album il y a même un humble hommage à Philip Glass, le morceau “Glassbirds“ étant une variation sur une de ses structures. Plus globalement, j’ai beaucoup la répétition – parfois, un motif m’habite et j’ai envie de le faire évoluer. Quant au minimalisme, il y a effectivement une tendance à l’épure sur “A Thin Line“ : je n’avais pas envie de rajouter de la crème, du sucre, de la meringue… Mais si Terry Riley, Philip Glass ou Gavin Bryars ont eu une forte influence, il ne faut pas oublier mes copains compositeurs islandais du label Bedroom Community : Ben Frost, Daniel Bjarnason… leurs projets m’ont beaucoup touchée. Ce n’était pas certainement un travail solitaire.

A propos de minimalisme… vous partez pour six mois en résidence d’artiste à Londres, où il se dit que vous allez travailler avec Gavin Bryars..

Olivia Pedroli Il s’agit en effet d’une résidence de composition, une vraie bulle créative pour se concentrer sur mon travail. Mais ce n’est pas à proprement parler “une rencontre avec Gavin Bryars“, je vais simplement en profiter pour le rencontrer plusieurs fois. C’est un vrai puits de science, qui a travaillé avec Tom Waits, Brian Eno, Robert Wilson : son expérience m’est précieuse…

Olivia Pedroli en concert le 11 mars au New Morning, à Paris
 “A Thin Line“ Bandcamp (CD paru fin 2014 sur le label d’Olivia Pedroli, Betacorn Records)

Louis Schild, « Qu’il Vive »

Portrait de Louis Schild revisité par le photographe Michel Bonvin!
Portrait de Louis Schild revisité par le photographe Michel Bonvin

Sur la scène du Théâtre 2.21 à Lausanne, samedi 17 janvier, un grand barbu armé d’une basse et d’une trompette qui ressemble à un jouet dirige un drôle d’orchestre. Pierre Audétat (Stade, Piano Seven) s’agite entre un piano à queue et des samplers, Flo Stoffner, assis se balance hypnotiquement sur sa guitare. Quant à Lionel Friedli, il frotte, frappe et fait voltiger les baguettes de sa batterie comme si sa mission était de déclencher un feu d’artifices de rythmes.

Qu’il Vive

 « Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits. » écrivait René Char dans le poème “Qu’il Vive“ en 1968. C’est à ce court texte que Louis Schild rend hommage pendant un peu plus d’une heure. « “Qu’il Vive“ parle d’un pays. C’est un vœu de l’esprit, une utopie, un pays qu’on a en nous. Cette idée m’a accompagné tout au long du processus de création. » Qui s’achève en décembre 2014, le jour où Louis Schild remet à ses comparses les copies de son travail de composition.

En ce samedi soir de janvier, je ne cherche d’ailleurs pas vraiment à comprendre où se situe le blues, le rock ou le jazz dans ces long morceaux, dans ce processus d’improvisation collective. Je préfère apprécier l’incroyable énergie qui se dégage l’ensemble et se transmet au public encore plus jeune que le leader de la formation.

https://vimeo.com/118988006

Quelques jours plus tard, dans un café du centre ville, les questions affluent. « Je n’ai pas seulement emprunté au jazz, mais aussi aux musiques folkloriques d’Afrique de l’Est, aux musiques populaires italiennes des années 60 et à celles du Proche-Orient » explique le jeune autodidacte de 23 ans, éperdument curieux. « Je me suis beaucoup intéressé aux musiques de l’Empire Ottoman, aux rhapsodies. On dit d’ailleurs que dans les rhapsodies, les thèmes sont cousus ensemble. Cette idée m’a beaucoup parlé».

LEON

LEON Louis Schild (à gauche) et Raphaël Ortis (à droite)
LEON
Louis Schild (à gauche) et Raphaël Ortis (à droite)

Quand il n’est pas en train de donner son interprétation musicale de poésie résistante, Louis Schild est la moitié du binôme LEON. Né en 2011 d’une rencontre avec Raphaël Ortis (bassiste et explorateur de sons ) à la Reithalle de Berne, LEON a choisi comme mode opérationnel l’improvisation pure. Le travail du groupe repose sur quelques idées discutées en amont et une complicité à toute épreuve. Aujourd’hui. Parce qu’il se sent irrésistiblement attiré par le rock, LEON aime inviter d’autres musiciens et tend à se fixer en quartet avec encore Antoine Läng (voix et électronique) et David Meier (batterie).

Parfois encore LEON collabore avec Kasper T. Toeplitz, le compositeur franco-polonais, également un homme de basse, mais aussi d’ordinateurs, bien connu dans les milieux de la noise music. Un enregistrement de leurs recherches sonores va d’ailleurs bientôt paraître sur le label et distributeur de disques fous Metamkine.

Travailleur du son et de l’espace, Louis Schild est aussi l’ardent défenseur d’une autre façon de vivre. Une forme de résistance ou plutôt d’« insurrection de consciences » pour reprendre les termes de de l’intellectuel Jean Ziegler. Louis Schild a choisi la vie en communauté, à la maison comme dans ses nombreuses activités. Avec Alain Wolff, il s’occupe de l’Espace Echallens13 à Lausanne.

Il se prépare à lancer Les éditions collectives La Maraude dont l’une des premières parutions devrait être un livre de dessins de Julian Sartorius. La carte blanche que lui a donné pendant 4 soirs le théâtre 2 :21 à Lausanne a été l’occasion de faire le point sur son travail. Enrichissant et stimulant.

 

 

 

Disque du mois : Olivia Pedroli « A Thin Line »

PO.indd« Touchée par la grâce » dit l’Hebdo, « une plénitude musicale rare » affirme le blog Bon pour les Oreilles. « Olivia Pedroli peint des paysages sonores d’oiseaux, de vents hurlants et de bêtes plus sombres qui sommeillent au fond des bois de notre identité. » lit-on sur le site Internet de la RTS.

Une voix habitée, vivante, invitante…

En un mot comme en cent, l’album d’Olivia Pedroli a mis en émoi les journalistes suisses. Et il y a de quoi. A nouveau enregistré dans la capitale islandaise en compagnie du génial Valgeir Sigurösson (Bjork, Coco Rosie, Bonnie Prince Billy, Feist), ce quatrième opus de la chanteuse neuchâteloise, est sans aucun doute son œuvre la plus aboutie.

portrait 5D’abord, il y a cet incroyable travail sur la voix, ciselée avec une précision d’orfèvre tout en étant habitée, vivante, invitante. Une voix en forme de fil rouge d’un album aux univers musicaux forts différents. Musique sacrée, chanson, musiques répétitives unissent leurs forces pour créer un théâtre musical dont les autres acteurs sont les instruments. Des cordes magiques font ainsi place à une guitare acoustique qu’on a l’impression de pouvoir toucher. Puis s’avance un piano hypnotique, des instruments à bois cajoleurs et même une scie musicale.

Une artiste précieuse

On plonge dans cet univers avec délectation en se disant qu’Olivia Pedroli n’est plus seulement cette jeune fille rousse au charme instinctif. Elle a grandi, muri et s’impose désormais comme une artiste précieuse. Elle joue ce soir à Paris au Centre Culturel Suisse avant une série de dates en Suisse. Ne la ratez pas !

 

Olivia Pedroli, “A Thin Line” (Betacorn-Cristal Records/ Dist Harmonia Mundi)
http://oliviapedroli.bandcamp.com/album/a-thin-line

Paris, Centre Culturel Suisse, le 7 octobre 2014
Meyrin, Salle Antoine-Verchère, vendredi 17 octobre, 
Le Locle, La Grange,  Jeudi 27 et vendredi 28 novembre, 
Pully, City-Club, samedi 29 novembre
Berne, Bee-flat, dimanche 30 novembre
Fribourg, Nouveau Monde, 7 décembre

Trois clips vidéos pour faire passer l’hiver

En ce début du mois de février, les températures me donnent surtout envie de rester sur la couette. Ça tombe bien, les Suisses sont plutôt doués pour les clips. Voici mes 3 vidéos préférées du moment à visionner et revisionner sans modération.

Larytta_OsamaLarytta “Osama Obama” (Label Creaked)

Déjà encensé sur Youtube (avec près de 60 000 vues), le single “Osama Obama” est l’un des 5 clips suisses nominés au Best Swiss Vidéo Clip au M4Music Festival. Ce film d’animation signé Julien Mercier  a pris pour prétexte la soit disant ressemblance entre Obama et Osama (Ben Laden) et confronte la journée de deux personnages que tout sépare (sauf la drogue…). Drôle, bien fichu et avec une mélodie electro-pop plus qu’entêtante. N’hésitez plus, et allez voter ici avantle 25 mars 2015!

Bauchamp feat Tsunami “Afroskank” (Label Argent Sale)

Bauchamp est un DJ et producteur du bout du lac qui s’est amouraché d’un morceau de rocksteady de Paul Francis. Il l’a réécrit en compagnie du Jamaïcain Tsunami. La mise en image de Gertrude Tuning fonctionne sur le principe du découpage et du décalage chronologique. Aux dires mêmes de Bauchamp: ” Le morceau a été testé et fonctionne autant dans le contexte d’un mariage entre Beyoncé et Michael Jackson que dans les clubs les plus undergrounds”. Alors, n’hésitez plus et suivez les instructions: “Shake it, shake it…”

Pour ceux qui comme moi en redemandent, on peut toujours aller jeter un coup d’œil à l’original réédité en 2005 par l’excellent label londonien Soul Jazz.

http://youtu.be/B2Opt0NqgSU

Verveine, Antony (Creaked Records)

Enfin petit clin d’œil 100 % helvétique de Verveine pour annoncer la sortie d’un nouveau EP de son projet solo électronique en mars 2015 . Après son passage remarqué aux Transmusicales de Rennes en décembre et quelques critiques dithyrambiques dans la presse française, l’austère Verveine s’amuse et nous aussi!