Disque du mois de janvier: « Thrill Addict » de Peter Kernel

Les riffs et les tripes, l’amour et l’insolence, les beats et les claques : longtemps, Peter Kernel s’est forgé sur ses instincts primaires. Ceux qui faisaient tournoyer une Barbara Lehnoff possédée sur une basse délaissée et un Aris Bassetti sombre sur sa guitare frénétique. Une incandescence de l’instant, qui brillait surtout sur scène (voir la chronique d’un de leur passage au Point Ephémère), quand le couple réinventait la danse des sens, sur les rythmes enragés de leur batteur Ema Mathis. Frissons fugaces, donc : l’émotion s’envole, les cris restent. Avec leur troisième album, le bien nommé « Thrill Addict » (accro au frisson, en VF), Peter Kernel voit encore plus loin : l’étincelle a allumé un foyer plus stable, prêt à scintiller longtemps dans l’espace (l’un des thèmes principaux de ce disque, justement).

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=DhJfNKpPJPo&w=854&h=510]

« Tout ira bien, on a un plan et du temps » susurre Barbara, en guise de programme sur la ballade quasi cold wave « It’s Gonna be Great ». Et le plan, c’est de canaliser ces pulsions primitives du rock abrasif. Juste un exemple : Barbara la prêtresse hurleuse (« High Fever ») peut se faire douce – et à ce moment là, sur « Supernatural Powers », c’est la batterie qui déploie toute sa charge sonore. Mais surtout, le feu sacré de la guitare d’Aris Bassetti enflamme désormais toute la palette du rock, tour à tour garage post MC 5 (« You’re Flawless »), ensorceleuse comme chez Mogwai (« Your Party Suck », « Tears don’t fall in space »), décomplexée et tribale comme chez Sonic Youth (« Majestic Faya »)… La comparaison, facile, évidente, avec leurs grands aînés s’impose, encore plus que d’habitude, car « Thrill Addict », rock trip mené tambour battant et saut qualitatif important dans leur discographie, pourrait bien être leur « Daydream Nation » : le grand référent rock des années 2010, où les guitares s’envolent, mais l’émotion reste.

Peter Kernel – Thrill Addict (On The Camper)

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Barbara Lehnoff et Aris Bassetti vont défendre leur album dans une longue tournée en France et en Suisse :

23/01 La Souris Verte – Epinal
24/01 Radio Z Winter Festival – Nürnberg
27/01 Showcase DRS Virus – Zürich
28/01 Studio 2 RSI – Lugano
30/01 MJC Picaud – Cannes

12/02 Le Tétris – Le Havre
13/02 L’Astrolabe – Orléans
14/02 Le Confort Moderne – Poitiers
19/02 La Centrifugeuse – Pau
20/02 MJC John Lennon – Limoges
21/02 Le Spot – Nimes
25/02 Le Point Ephemere – Paris
26/02 Pôle Etudiant – Nantes
04/03 Le Bourg – Lausanne
05/03 La Gravière – Genève
20/03 Les Cuizines – Chelles
27/03 Bad Bonn – Düdingen

KIKu adoubé par Blixa Bargeld à Paris

KiKu_Presspic_01_72dpi_1_530_352« Vous êtes là pour Blixa ? » se demande-t-on poliment au sein d’une foule compacte d’où émerge, en connaisseur, la tête du géant (au sens propre) de l’électro analogique parisienne, Arnaud Rebotini. Blixa Bargeld, donc, fait l’attraction de ce premier concert de rentrée au centre culturel suisse. Le fondateur d’Einstürzende Neubauten vient prêter sa voix caverneuse au nouveau projet de KIKu, le duo d’indus jazz romand. Mais, comme pour rester fidèle au titre de leur album, « Marcher sur la tête », Yannick Barman, à la trompette et Cyril Regamey, à la batterie, s’amusent d’emblée à brouiller les pistes. En introduisant le slammeur lausanno-new-yorkais Black Cracker et leur guitariste David Doyon, ils démarrent par une impressionnante session de hip hop noise, tandis que sur l’écran sont projetés les dandinements d’une caméra entre deux murs léprosés. Regamey, métronomique sur sa batterie électronique et Barman, toujours entre miaulements de trompettes et mélodies fugaces orchestrent l’ensemble avec toute leur science du micro silence et du groove impossible.

Quelques morceaux plus tard, après cet échauffement emballant, frémissements : « Blixa », impassible dans son costume trois pièces impeccables, débarque en fauteuil. A peine le temps d’un « Bonjour ! » tonitruant, et déjà les meilleurs morceaux de « Marcher sur la tête » s’enchaînent. Avec « Nuages », longue composition labyrinthique, KIKu tempête sur drone; sur « Belehrung », poème de Herman Hesse contée d’une voix profonde, la trompette chuinte du free jazz; sur le classique new wave des Korgis, « Everybody’s got to learn sometime », d’incongrus apartés pop font leur apparition. Parfois, Blixa lâchera un cri ou soulèvera un sourcil rageur, Régamey laissera l’impression d’être le Tony Martin du free-drone; Barman, la trompette dans la bouche, fricotera avec ses machines (la sainte trinité sampler-ipad-laptop). Mais toujours, sauf peut-être pour le final, qui, à défaut de marcher sur la tête, piétinera les tympans, toujours KIKu, Blixa et Black Cracker réussiront à rester imprévisibles.

Le 20 janvier 2015 au Centre Culturel Suisse de Paris

Egalement le 22 janvier au Bad Bonn de Düdingen et le 23 janvier aux Docks de Lausanne

Album : « Marcher sur la tête » (Everest Records)

Hell’s Kitchen “Red Hot Land”

HELLS-KITCHEN-Red-Hot-Land« Laisse moi essayer quelque chose de neuf » entend-on, d’une voix plaintive, au détour du cinquième album des Hell’s Kitchen, « Red Hot Land ». Passé de Dixiefrog à Moi J’connais, le label des amis de Mama Rosin, les vétérans du blues genevois, quinze ans de scène au compteur, ont voulu aller voir ailleurs si le Delta y était. Ho, bien sûr, les acteurs de base sont toujours en place, Bernard Monney et sa voix broussailleuse au dessus du bottleneck, Cédric Taillefert et sa batterie faussement déphasée, Christophe Ryser et sa basse foudroyante.

Mais, à l’inverse du blues classique, identifiable à l’enfer guindé où des serveurs coincés débitent mécaniquement leurs syncopes précises et prévisibles, le trio genevois semble s’être mué en garçon de rade prêt à faire trembler les assiettes sur son bras tatoué : on croit s’attendre à un plat, un plan, une attitude, et c’est toute autre chose qui arrive.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=SNYPHp7xfpM&w=560&h=315]

« Red Hot Land » rompt un peu plus avec leur goût du blues minimaliste. Là un rythme de marche militaire dérisoire, ici un banjo qui parle tout seul, une corde un peu aléatoire répond à une mélodie précise, un vrai refrain fait contrepoint à un yaourt rockab, une ambiance New Orleans laisse la place à un accès de cris sauvages. Et s’il s’entend encore, leur blues sauvage des alpages s’efface derrière des balancements folkpop. A qui la mue ? À Robin Girod de Mama Rosin, à la fois producteur et compagnon d’entrain, venus apporter sa gouaille échevelée sur certains morceaux. A Matt Verta-Ray, à plus forte raison : la moitié de Heavy Trash, qui a mixé l’album à New York tout en s’invitant lui aussi sur certains titres, a contribué à trouver le son juste. Celui qui relie les énergies primales de Hell’s Kitchen à ses meilleures idées.

Disque
Hell’s Kitcehn “Red Hot Land” (Moi J’Connais/Irascible)

Concerts en France:
Paris, Mécanique Ondulatoire, le 12 novembre 2014
Lyon, bar des Capucins, le 13 novembre 2014
Annecy, Le Brise Glace, le 14 novembre 2014

Fontaine, La Source, le 15 novembre 2014

 

Le projet Soriana s’helvétise…

“C’est comme lorsque l’on s’exprime dans une langue, il faut maîtriser l’accent. Je connais les mots et la grammaire, mais je ne sais pas comment les prononcer…”

(Nicolas Masson, à propos de son travail avec Basel Rajoub à mi-chemin entre musiques orientales et du jazz)

 
Nicolas Masson et Basel Rajoub
Nicolas Masson et Basel Rajoub

Depuis quelques mois le saxophoniste genevois, Nicolas Masson, s’immerge dans le monde des musiques orientales en compagnie de son nouvel ami Basel Rajoub.

Ce saxophoniste syrien, établi en Suisse est à la tête d’un trio de musique contemporaine orientale. Entre improvisation et composition, ce projet est un sublime mélange de spontanéité et de contrôle. Depuis peu, Basel Rajoub l’a baptisé Soriana (« notre Syrie »).

Au contact de la Suisse, en discutant avec Nicolas Masson au Sud des Alpes où tous deux répètent, l’idée a germé de revisiter les thèmes de ce Soriana avec des musiciens de la place et des instruments modernes. Pour ce faire Basel a passé quelques nuits à préparer des partitions à partir d’une musique qui s’ancre dans une tradition d’improvisation millénaire.

 
Première à Jazz Contreband

Basel RajoubLe 4 octobre 2014, le travail des saxophonistes soprano et ténor est enfin écoutable et visible  “pour de vrai” au Sud des Alpes dans le cadre de la 18è édition du Festival Jazz Contreband, cette manifestation qui rassemble 50 concerts en 20 lieux pendant 24 jours, en France voisine et en Suisse romande.

A leur côté une rythmique de choc constituée de Vincent Ruiz (Plaistow) à la contrebasse et Maxence Sibille à la batterie, tous deux anciens élèves de Nicolas Masson. Timide de prime abord, le quartet prend vite son essor.

Helvetica

A peine a-t-on le temps de reconnaître les thèmes de « Asia », le dernier opus de Basel Rajoub, que ceux-ci s’émancipent porté par un vent de liberté nouveau. « Cet ensemble me donne plus d’espace et de place. La musique se transforme. Elle est plus puissante, centrée sur l’énergie » explique Basel Rajoub quelques jours plus tard. « Quand je joue avec les instruments traditionnels orientaux (le qanun et le tambourin) l’accent est donné au son et à l’instrument. Ce sont deux choses complètement différentes. »

Travaillant à partir du répertoire de Basel Rajoub, ce « Swiss Soriana » s’émancipe déjà des originaux qu’il est censé revisiter. Un morceau de Nicolas Masson « So long » est inclus dans le répertoire et un nouveau titre de Basel Rajoub, le bien nommé « Helvetica » témoignent de l’émergence d’un véritable nouveau projet dans lequel Basel Rajoub ne tient pas être l’unique compositeur.

Connu pour son travail sur les micro-intervalles qu’il arrive à reproduire en soufflant dans son sax sans l’aide d’aucun artifice, Basel Rajoub se réjouit d’enseigner ses techniques à Nicolas Masson qui ne rêve que de ça… Quant à nous, on attend la suite impatiemment !

Le site Internet de Basel Rajoub et Le site Internet de Nicolas Masson

Mama Rosin on the road to Mississipi!

image(1)On n’est pas parti là-bas avec en tête le rêve américain, oh non ! On les connaît bien les histoires des groupes européens qui se cassent les dents dans les bars US. Mais la tournée de 10 jours (dont 2 jours en studio sur la fin) qui s’amorcent nous a déjà emporté très très loin. Sur la carte mais surtout dans nos têtes. D’abord St Louis, Missouri puis Memphis, Tennessee ! On longe le Mississippi jusqu’à La Nouvelle Orléans puis on tourne à l’ouest jusqu’au Texas.

Sous jetlag violent et extrêmes burgers

Des salles pleines, des promoteurs (musiciens, ou disquaires locaux) ravis et concernés … Rares et précieux.

Un lundi et un mardi américain qui se passent à merveille. Sous jetlag violent et extrêmes burgers. Les quartiers des clubs sont en voix de gentrification, donc burgers avec pousses de soja ! Les mêmes qu’on se refuse à manger à Genève dans ces nombreux lieux qui fleurissent partout !

Une fleur sur la tombe de Jessie Mae Hemphill

image(2)Mais s’il y a quelque chose à retenir de ces premiers jours, c’est le niveau de classe ahurissant des groupes avec qui on joue. Juste des gens de n’importe quel âge, shootés au son des radios locales et aux LPs par milliers, pour qui la musique est une seconde nature. Deux baffes dans la gueule monstrueuses ! En deux soirs. Au point où ça devient gênant de jouer après eux … Et de recevoir leurs compliments … Et de vendre autant de disques. Ce soir c’est le Siberia à New Orleans où deux groupes ouvrent pour nous. Autant de baffes en perspective.

imagePeu de dodo. Et des kilomètres sur les routes sans virage, excepté peut-être celui qu’on a fait aujourd’hui pour aller poser une fleur sur la tombe de Jessie Mae Hemphill, une de nos déesses à Como, Mississippi.”

Mama Rosin

Le journal de Leo Tardin au Japon (dernier chapitre)

LeoTardin_Japon_last1Dernier jour à Tokyo avant un vol de 12 heures pour Zürich… Il pleut et la ville humide ressemble à un décor de Blade Runner sous ce ciel sombre et chargé, ce qui n’est pas sans charme d’ailleurs…
Le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaireLeoTardin_Japon_last2
Après une journée de visite dans le quartier de Shibuya je décide de rentrer à mon hôtel en métro aérien et constate que le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaire. Mais encore une fois grâce à la gentillesse et politesses des habitants je prends le chemin de mon hôtel sans trop de problèmes.
Quelques dernières impressions resteront, outre l’extrême courtoisie de habitants et la sophistication des WC (apparemment atomiques eux aussi, ou en tout cas très largement fournis en diverses options et boutons-poussoirs électroniques):
Les voitures ne font quasiment aucun bruit en roulant dans les rues (au trafic pourtant parfois intense), grâce à un revêtement spécial sur les routes.
Les Japonais sont FOUS de jazz
Dans les petites boutiques pas particulièrement spécilisées, c’est du jazz qui passe en boucle, même si les Japonais ne savent pas forcément que c’en est. Un des publics les plus respectueux, appréciatifs et enthousiastes que j’aie rencontré. Ce fut un très grand honneur  pour moi de jouer au Japon. Idem pour les journalistes qui m’ont posé des questions particulièrement pointues et bien informées.
Enfin,  inutile d’espérer avoir un “I don’t know” clair quand un interlocuteur n’est pas en mesure de répondre à une question posée e en anglais. Les Japonais préfèrent répéter très poliment ce que je viens de demander, jusqu’à l’absurde,… Ce qui n’est pas sans compliquer les choses par exemple lorsqu’on oublie des affaires dans ledit métro aérien et qu’on appelle les objets trouvés à la police de Shibuya…
Affaire (presque) classée!
Léo

Berlin Music Week: the good and bad news in music business

BMW14_bisPour s’y retrouver à La Berlin Music Week, mieux vaut avoir l’esprit est les oreilles bien ouverts. Pour cette cinquième édition, cette foire musicale en forme de prélude au Berlin Festival, se divise en deux volets. Le premier volet « Music » propose une pléthore de nouveaux artistes dans les clubs situé sur les deux rives de la Spree (entre la Warschauerstrasse et l’Ostbahnof).

L’autre volet de la Berlin Music Week s’intitule « Word » et propose conférences, débats et tables rondes auxquels participent des gens influents de l’industrie musicale. Tout ce beau monde est là pour se gratter les méninges, explorer de nouvelles voies, donner des conseils, trouver des solutions à un marché qui ne cesse de se casser la gueule.

Ci-dessous en quelques points très résumés, ce que j’ai entendu d’intéressant pendant ces deux jours de conférence et brainstorming !

 Le marché du disque continue sa longue et inexorable chute

Si l’on trouve encore des disquaires en France en Allemagne, les ventes digitales tendent à remplacer complètement le disque. En Norvège les revenus de vente de musique proviennent à 65% des plateforme de streaming. Il n’est donc plus même question ici de téléchargement… Or, le système d’abonnement à Spotify, Deezer et consorts ne génère qu’un revenu insignifiant pour les artistes qui ne sont pas déjà très connus. Dans une conférence intitulée « Surviving Streaming », le professeur Arnt Maaso a présenté le résultat d’une recherche  intitulée “Clouds and Concerts” qu’il mène dans le département de musicologie de l’université d’Oslo. Ayant accès aux données de la plateforme WiMP (plateforme de streaming qui propose à ses auditeurs un son en qualité HiFi), il a étudié le comportement des utilisateurs de la plateforme WiMP et cherché des améliorations au système proposé. Il ressort de son étude que les jours les plus fréquentés sont les vendredi et samedi (mais pas le dimanche). 66% des auditeurs écoutent leur musique avec des écouteurs à partir de leur Iphone ou tablette et découvrent de nouveaux morceaux en suivant les playlists d’autres utilisateurs.

BMW14_4La redistribution de l’argent perçu par les plate-formes de streaming se fait au prorata, un système peu équitable

Autrement dit, la plus grande partie  de l’argent atterrit dans les mains de quelques stars internationales. Vive la globalisation ! Entre autres effets pervers d’un tel système, signalons le plus important: si une star sort un album au même moment qu’un artiste découverte, l’artiste découverte va être complètement éclipsé et ne touchera quasiment rien, même s’il a des fans loyaux et s’il a déjà un certain poids au niveau local ou régional.

D’autres modèles de rémunération pourraient être envisagés

Arnt Maaso et son équipe proposent un modèle de redistribution centré sur l’utilisateur. Imaginons : vous êtes abonnés à Spotify pour un montant de 10.- par mois, mais vous n’écoutez que quelques disques de groupes peu connus par mois. Votre contribution va être intégralement et uniquement reversée aux groupes que vous avez écoutés. Elle ne va pas être mise dans le grand pot des contributions de tous les utilisateurs et redistribuée au prorata des titres les plus écoutés pendant ce mois. Ce système permettrait aux artistes qui se font connaître localement d’être mieux rémunérés et de pouvoir compter sur le soutien de leurs fans.

Les deux autres solutions de fidélisation des fans sont le crowdfunding et l’abonnement payant

Nul besoin ici de rappeler la validité du crowdfunding qui ne cesse de faire ses preuves. Mentionnons toutefois – ce que beaucoup de musiciens ont encore de la peine à comprendre – qu’on ne peut faire du crowdfunding à partir de rien ! Le plus important est donc de fidéliser son public, de communiquer avec lui et de construire petit à petit sa communauté de fans. Ce n’est qu’une fois que la communauté est suffisamment conséquente que l’on peut songer à la solliciter via du crowdfunding ou des abonnements payants. Pour vous en assurer, regardez le débat intitulé « Revenues, Discoverability, Distribution, Transparency » (filmé en direct à la Berlin Music Week) et animé par Andrea Leonelli, activateur depuis 2009 du site digitalmusictrends.com. Y participent Janine Wuelker (fintunes.com), Benjamin Lebrave (akwaabamusic.com), Phiona Okumu (afripopmag.com) et Michael Krause (deezer.com). Chaudement recommandé !

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=BBjXWRLR8Xk&feature=youtu.be]

Quant à l’abonnement aux artistes, il s’agit tout simplement d’un abonnement proposé par un label, un artiste ou un collectif d’artistes à ses fans les plus assidus. En échange d’un paiement mensuel, ceux-ci ont accès à un site Internet exclusif avec des contenus vidéos ou audio qui ne sont pas diffusés au reste du public, la possibilité de chatter en direct, etc. Une conférence menée par Andrew Apanov, CEO de Dotted Music, site musical qui propos depuis peu des tutoriaux de marketing pour les artistes de musique électronique sous le nom de We spin.

Il est encore possible de gagner de l’argent en faisant de la musique, mais plus que jamais l’artiste doit se profiler en auto-entrepreneur et bosser, bosser, bosser…

La Berlin Music Week a eu lieu du 3 au 7 septembre 2014. Site Internet ici!

Le Journal de Leo Tardin au Japon (chapitre 4)

Aujourd’hui c’est dans un club plus traditionnel que j’attaque un concert en piano solo, toujours à Tokyo.
A mon grand étonnement un groupe monte sur scène après mon set, brandissant de grandes images de chiens et chats.
LeoTardin_Japan_Day4Il s’agit d’un groupe de militants pour les droits des animaux, qui chantent un morceau pour diffuser leur message, avant de céder leur place au band prévu dans le programme. La marraine / instigatrice de cette fondation se révèle être la CEO d’une grande entreprise japonaise de sodas et bières au citron, présente ce soir-là dans le club pour soutenir les troupes, et proche du patron de l’établissement. Nous sympathisons après mon set et échangeons nos contacts. Elle semble beaucoup apprécier l’album Dawnscape
Qui sait, peut-être bientôt une track de Dawnscape pour le prochain spot commercial de cette fameuse bière au citron? (testée et approuvée!)
Affaire à suivre…
Léo

Zurich meets Berlin

A la Berlin Music Week, le Swiss Business Mixer s'est installé sous la tnte du cirque Cabuwazi
A la Berlin Music Week, le Swiss Business Mixer s’est installé sous la tente du cirque Cabuwazi

Les 3 et 4 septembre derniers, le bâtiment de briques rouges qui abritait autrefois la gare postale de Berlin Est se transformait en centre névralgique de la Berlin Music Week, un lieu de rencontre, de discussion et de présentation des nouveaux projets musicaux de la scène pop et rock. Née des cendres du célèbre Popkomm, cette réunion était l’occasion pour la ville de Zurich et Swiss Music Export de présenter un Swiss Business Mixer.

” La Suisse est un microcosme de l’Europe, avec Saint-Gall dans le rôle de Moscou et Genève dans celui de Lisbonne”

C’est sous la petite tente du cirque Cabuwazi que se son retrouvés quelques organisateurs de festivals et de clubs zurichois pour discuter des spécificités du marché suisse et présenter quelques-uns de ses artistes prometteurs ou confirmés. Les tables rondes n’ont pas débouché sur de grandes révélations. Du côté des festivals ont été rassemblés deux open air – Saint-Gall et Zurich – le festival et  lieu de rencontres des professionnels suisses M4Music, et l’irréductible indépendant Bad Bonn Kilbi. C’est avec une pointe d’humour que Philipp Schnyder, boss du M4Music résume les difficultés d’un marché suisse dans lequel trois régions linguistiques et mentalités se côtoient : ” La Suisse est un microcosme de l’Europe, avec Saint-Gall dans le rôle de Moscou et Genève dans celui de Lisbonne”. Quant à Alex Dallas, Dj et programmateurs de plusieurs clubs zurichois, il confirme que malgré sa vie nocturne trépidante (entre 70 et 100 clubs à la recherche de DJ’s tous les jours de la semaine) Zurich ne pourra jamais devenir une ville aussi attractive que Berlin du fait de son niveau de vie incroyablement élevé.

Oy, grande prêtresse de la soirée M4Music

Oy-BerlinLe soir dans le cadre d’une soirée intitulée M4Music at Postbahnof les artistes convainquent pourtant que disparité linguistique et culturelle peut rimer avec vivacité. Après Wolfman, au potentiel intéressant, Anna Aaron toujours plus rock’n’roll, ce sont deux Zurichois exilés à Berlin qui mènent la danse. Bonaparte incognito et en formation réduite a remporté un vif succès sous le nom code de « Secret Act ». Mais la grande prêtresse de cette journée zurichoise fut sans conteste Joey Frempong de Oy. La chanteuse helvetico-ghanéenne Joey Frempong a conquis l’audience avec ses samples inspirés et son batteur masqué Lleluja-Ha.

Le nouveau spectacle de Oy est le fruit d’un long travail au cours duquel Joey Frempong a voyagé en Afrique de l’Ouest, au Ghana et en Afrique du Sud. De ces différents séjours, la chanteuse, flanquée de ses enregistreurs en tous genres, a extrait des samples tous azimuts (bruits de la rue, rythmes traditionnels), mais surtout elle a trouvé une énergie et une chaleur qui lui confèrent un nouveau charisme.

Entre poésie et électronique

Dans des costumes réalisés par un ami et designer, le tandem constitué de Joey Frempong et du batteur masqué Lleluja-Hade forme un drôle de couple. Elle, entourée de ses claviers et d’un ordinateur, jongle entre poésie et électronique. Elle utilise parfois la technique du live sampling, effleure une de ses poupées-totem pour que des images défilent sur un grand écran. Elle se prend tour à tour pour une chanteuse de gospel, pour une conteuse ou transforme le son de ses différents micros pour jouer à la ventriloque des temps modernes. Lui la suit, faisant jongler les baguettes de sa batterie qui semble elle aussi avoir fait une immersion africaine tant son groove est implacable. A eux deux, ils créent avec une aisance déconcertante un univers musical et poétique, riche en émotions, et une forme de sagesse basée sur l’étude du quotidien. Un univers ô combien séduisant à découvrir également sur leur dernière vidéo “My Name is Happy”!

http://vimeo.com/104903948

Le journal de Leo Tardin au Japon (chapitre 3)

LeoTardin_Japan_Day2_1Equipe technique au taquet, magnifique piano Rhodes, public au rendez-vous et très démonstratif: notre premier concert Grand Pianoramax au Japon, dans le cadre du Tokyo Jazz Festival fut un beau succès! Egalement belles ventes de CDs au stand Tower Records Japon, avec un petit pincement au cœur en souvenir de ce disquaire maintenant  défunt aux USA, qui avait marqué mes années d’étudiant à New York lorsque je passais des heures à creuser dans leurs bacs.
Un piano imparfait, qui me pousse à jouer plus sauvagement…
©Maiko Hanawa
©Maiko Hanawa

Le lendemain c’est en piano solo que je me produit pour présenter mon projet Dawnscape au Japon, au très branché club SuperDeluxe. L’excellent Dimlite se produit en deuxième partie de soirée. Ambiance intimiste, public également au rendez-vous et attentif, piano “charmant” et imparfait, qui me pousse à jouer beaucoup plus sauvagement que d’habitude. Video coming soon, stay tuned!

Demain sera un jour (presque) off à Tokyo.
Affaire à suivre…
Léo