Roman Nowka, Jazz Master à sa manière

1907597_10152074424737712_93029093_nLa soirée « guitare » du CullyJazz Festival nous a révélé un magnifique musicien : avant Marc Ribot et Medeski Martin & Wood avec le guitariste de Wilco Nels Cline, jouait le jeune Biennois Roman Nowka, en solo.

On le savait alors bassiste dans le fameux Lucien Dubuis Trio, guère plus. Curiosité et impatience de voir une nouvelle figure sur cette belle grande scène, devant un parterre noir de monde. Tout sourire, accent fleuri en prime, Roman Nowka nous dira ensuite : « La musique, ça me plaît quand il y a de l’espace et que c’est fragile. » Nous étions donc tous au bon endroit.

 

“Il faut être présent, jouer ce qu’on aime, et ne pas avoir peur”

Nonchalant et jovial, il a entonné de petites ritournelles sympathiques, assez techniques et décalées, avant de nous happer dans un univers d’une belle intensité. Prendre le temps de bien rajuster son micro, de trouver ses mots pour dire peu mais bien, de modifier un réglage sans se presser. Un peu drolatique car « normalement on doit toujours montrer qu’on est fort ; mais moi ce qui m’intéresse c’est le concert : simple, joyeux, honnête. » Peu à peu le public s’est tu, avant de littéralement flotter avec lui, très attentif. « C’était prévu, je savais – enfin ! je ne savais pas si ça allait marcher –  mais c’est l’effet que je recherchais. »

En avril sortaient simultanément deux albums : un solo nommé Jazzmaster – « c’est juste parce que c’est le nom de la guitare Fender que j’utilise, elle était tellement cher ! c’est un peu nul comme nom » – mais aussi un très beau disque de reprise de Duke Ellington en trio, Do Da Ellington, avec Thobbias Schramm à la batterie et Samuel Kühn à la basse. Avant, il y a encore eu Me Myself and I en solo « parce que j’aime bien être seul avec ma guitare n’importe où, c’est comme ça que j’ai commencé. »

“J’écoutais à fond Michaël Jackson, David Hasselhof”

Boire un café avec Roman Nowka, c’est aussi parler pêle-mêle de souvenirs de la Californie où il a grandi, de son père guitariste classique, de sa mère vendeuse de sandwiches à Venice Beach, des thérapies d’Arthur Janov, de sa formation en haute école de musique et de son amour de la pop – « J’écoutais à fond Michaël Jackson, David Hasselhof, . Le jazz pas tellement en fait, à part Monk ou quelques trucs. »

Comme avec la poule et l’œuf, on ne sait jamais trop si c’est la candeur qui fait le grand musicien, ou l’inverse. Roman Nowka est de ces gens-là, qui donnent au monde une musique presque céleste. Il travaille aujourd’hui à un autre album solo, à sortir en 2015 probablement. Un bel artiste à surveiller, car « on s’améliore toujours ».

www.romannowka.com

Camilla Sparksss administre une claque sexy punk aux Parisiens

tumblr_mn5n8u4ZdG1s8nlfwo1_500Pour réussir une première partie, il vaut mieux ne pas y aller à reculons. Barbara Lehnoff, alias Camilla Sparksss, a fait tout le contraire : elle est carrément descendue dans l’arène. Par deux fois, elle a quitté la scène pour se frotter (littéralement) aux trentenaires bedonnants, trépignants à l’idée de revoir l’idole du garage blues folâtre, Jon Spencer. Elle les a fixés dans les yeux, leur a murmuré à l’oreille, s’est roulé par terre en scandant les répliques définitives de son morceau « Europe », « This is shit ! ».

Thérapie par le cri primal

Elle a même tendu le micro aux heureux du premier rang, pour une séance de thérapie par le cri primal. Barbara Lehnoff a véritablement pris son public à bras le corps et cela tombait bien, puisque c’est justement l’objet de Camilla Sparksss. Le side project électro punk DIY de la guitariste stridente du duo Peter Kernel consiste à « donner une dimension charnelle à la musique électronique, à dépasser les machines » comme elle nous le confiait après son passage remarqué. Pas question donc de rester plantée derrière un laptop pendant que s’égrènent les rythmes tribaux, les déchaînements techno ou les apartés presque hip hop. Sur scène, la Canadienne installée en Suisse a multiplié les invectives et les torsions, tout juste aidée par son acolyte Myriam Vile, créatrice de bijoux reconvertie dans la performance très DIY elle aussi.

De l’écoute polie à la semi-hystérie

En courant sur place ou en boxant en rythme avec la beatbox avec son gilet bien trop court, elle n’a pas peu contribué à échauffer les virilités parisiennes : un spectateur inspiré lui lança même l’élégant « Est ce que tu baises ? » sans provoquer de réprobation générale. Justement, quelques temps avant la débauche de transpiration sexuelle de Jon Spencer, le duo féminin a initié avec peu de moyens la délivrance physique du public, passé de l’écoute polie à un état de semi-hystérie.

 Le 26 mai à la Machine du Moulin Rouge à Paris , en première partie de The Jon Spencer Blues Explosion
Nouvel EP de Camilla Sparksss “For you the Wild” sur bandcamp.
Les disques de Camilla Sparksss sortent sur le label On the Camper Records

 

Truffaz et Treichler en version symphonique!

105406-erik-truffaz-mon-souci-faire“Avant l’Aube”: Erik Truffaz travaille depuis de longs mois sur ce projet ambitieux de poème symphonique pour orchestre, sampler et trompette. « L’ensemble de la pièce musicale sera décliné en huit parties qui narreront une nuit dans la vie d’un homme, du crépuscule à l’aube, en traversant des atmosphères pouvant être aussi bien romantiques qu’orientalisantes. » explique le jazzman musicophage. Originaire de France voisine, Erik Truffaz est Suisse d’adoption. Ce projet transfrontalier ne pouvait que lui plaire.

« Concevoir un disque ou un concert, c’est comme un bon film, il est important d’alterner les moments de tension et de détente.»

Pour l’Ensemble symphonique de Neuchâtel, pour l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, Erik Truffaz a composé un programme qui s’inspire de Steve Reich, Bèla Bartòk mais aussi d’Ennio Morricone parce qu’il réussit à car il réussit à « concilier des airs populaires avec une musique plus savante ». Ses parties de trompette seront quant à elles largement improvisées.

Side by Side

Last but not least, participe à ce projet un autre de nos héros nationaux, Franz Treichler qui, bien que les pieds fermement ancrés dans le rock, partage le même éclectisme musical que Truffaz. Ses séquences seront autant de surprises pour viendront sous-tendre ou s’opposer aux mouvements de l’orchestre.

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Cette création sera présentée sur les scènes nationales de Besançon et Montbéliard, au Théâtre du Jorat de Mézières et à Festi-Neuch. Elle est soutenue par l’union européenne dans le cadre d’un projet intitulé Side by Side et dont vous devriez bientôt en savoir plus sur ce blog. Hautement recommandé.

« Concevoir un disque ou un concert, c’est comme un bon film, il est important d’alterner les moments de tension et de détente. Il peut y avoir des passages complexes, pouvant déconcerter. Mais pour que l’ensemble soit accessible sur la durée, il faut aussi des temps où l’auditeur peut être transporté par une mélodie, par un rythme. Je fais très attention à cet aspect quand je compose, parce que c’est bel et bien la mélodie et le rythme qui relient la musique aux émotions. »

27 mai, Scène Nationale de Besançon

2 juin, Scène Nationale de Montbéliard

8 juin, Théâtre du Jorat, Mézières

15 juin, Festi-Neuch

[vimeo http://vimeo.com/91602713]

 

 

 

L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp prend son envol

Il est la coqueluche de la presse suisse et française. Samedi 26 avril, il est l’invité du des Inouïs du Printemps de Bourges, un concert important qui s’inscrit dans une tournée française et allemande bien remplie.

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Il, c’est L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp. Vincent Bertholet, bassiste, fondateur et leader de cette formation, a réuni dans cet intitulé à rallonge deux de ses grandes sources d’inspiration : les big bands postindépendances africaines et l’artiste français inventeur du ready made, connu pour son sens du jeu, de l’humour et de la distance. L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp est né il y a huit ans, d’une carte blanche offerte de la Cave 12, haut lieu des musiques expérimentales et alternatives du bout du lac.

C’est grâce à « Rotorotor », son troisième et récent opus, produit par John Parish (PJ Harvey, Eels…) que l’OTPMD fait sensation. Le producteur anglais a su trouver le son juste pour emballer ces drôles de bacchanales rock’n’roll où marimba et groove puissant entrent en collision avec la voix de la chanteuse et poétesse Liz Moscarola. La transe de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp peut désormais prendre son envol.

Comment gérez-vous  ce soudain succès critique et les dates de tournée qui se multiplient ?

Vincent Bertholet Ça nous fait rire… On sait que tout cela est très éphémère, mais on en profite à fond. C’est incroyable, aujourd’hui on pourrait même refuser des concerts….

Comment expliquez-vous cet engouement ?

Vincent Bertholet L’argent y est pour beaucoup. Nous avons reçu une bourse de la ville et de l’état de Genève. Nous avons ainsi pu engager des professionnels qui eux-mêmes ont fait fonctionner leur réseau. Nous nous sommes aussi assagis. Avant on était plus expérimental. Ce nouvel album s’est fait en deux ans ; on a rôdé les titres sur scènes avant d’entrer en studio. Enfin, il y bien sûr l’effet John Parish et son art du mixage. Jusque-là, on ne savait pas faire des disques…

D’où vient ce goût pour le télescopage musical ?

Vincent Bertholet Je peux aussi bien écouter un joueur de guimbarde, que du punk ou des musiques africaines. Je n’ai d’ailleurs jamais compris les gens qui aiment exclusivement une forme de musique. La carte blanche de la Cave 12 m’a donné envie de mettre ensemble des musiciens qui ne se connaissaient pas et de proposer à une danseuse de venir faire la voix. D’autres musiciens ont ensuite remplacé les premiers. A chaque fois, c’était pour aller vers le mieux, mais en gardant la même direction musicale. On pourrait changer tous les membres de la formation sauf Liz Moscarola (la chanteuse). Je partage les mêmes goûts que Liz et si je vois qu’elle croche à un morceau, cela me conforte dans mes choix.

Comment composez-vous ? 

Vincent Bertholet Le plus souvent, je pose un rythme à la contrebasse, parfois un thème. Après on cherche, puis je sélectionne. L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp n’a pas du tout un fonctionnement démocratique.

Vos envies ? 

Vincent Bertholet  Je me lasse très vite de tout. Pour le moment nous n’arrivons pas à faire durer nos morceaux. C’est un de nos objectifs. J’aimerais avoir un orchestre de 15 musiciens et remplacer la section de cuivres par un ensemble de cordes. Evidemment Fela est la référence absolue en la matière. Il arrive à faire des morceaux de vingt minutes avec pas grand chose. Le plus difficile c’est toujours de faire simple.

Bandcamp de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp

Dates de la tournée française et allemande du groupe

https://soundcloud.com/banlieues-bleues-1/orchestre-tout-puissant-marcel

Disque du mois d’avril: PommelHORSE “Wintermadness”

1500X1500PIXEL-01Attention! ce jeune groupe de Berne est entrain de bousculer le monde du jazz. PommelHORSE est l’un des cinq groupes suisses (sur les dix-huits groupes européeens) participants à la journée “European Jazz Meeting” de Jazz Ahead le 26 avril à Brême. PommelHORSE est sans aucun doute la manifestation d’une nouvelle génération de musiciens post-Internet, une génération qui assimilé à la vitesse de l’éclair une somme de musiques impressionnantes.

Impossible d’expliquer sinon comment d’aussi jeunes musiciens (bernois) peuvent avoir intégré  autant de styles musicaux différents. Du stadium rock aux musiques de danse électroniques, du jazz aux musiques expérimentales, du heavy metal au classique, ce deuxième poursuit la voie d’un jazz mutant amorcée en 2012 dans son premier opus éponyme.

PommelHORSE a choisi pour nom « cheval d’arçon ». A cet accessoire de gym sur lequel chaque écolier s’est un jour laborieusement escrimé à faire des culbutes, il donne une nouvelle dimension, toujours faite de pirouettes et de sauts, mais désormais ludiques et enjoués. Car PommelHORSE ne cite jamais littéralement, il jongle avec les rythmes, les balises musicales. Il impose son souffle, sa griffe pour évoquer des ambiances, des sensations comme ce « moving sidewalk » dans lequel on s’immerge rapidement en s’imaginant évoluer sur un sol mouvant. Un voyage intérieur faite de sensations et d’impressions à découvrir absolument.

PommelHORSE, Wintermadness (Unit Records)

 

La dentelle d’Olivia Pedroli

op_media32Deuxième création présentée dans le cadre du Cully Jazz, la chanteuse neuchâteloise Olivia Pedroli présente au Temple les chansons de son album A Thin Line, en avant-première.

En 2010, elle était passée de « Lole » – un projet de chanson pop, un peu folk – à « Olivia Pedroli » en sortant The Den, album intimiste aux textures classieuses ; un changement de cap aussi déroutant que réussi. « J’ai commencé jeune, puis j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes qui m’ont permis de révéler ce monde intérieur ». En l’occurrence, le producteur complice de Björk, CocoRosie ou encore Feist, l’Islandais Valgeir Sigurðsson.

“Ces dualités qui règnent en nous… “

C’est naturellement qu’elle est retournée à Reykjavik pour ce nouvel album à paraître en septembre, avec l’envie d’approfondir les choses, de « creuser un sillon, trouver une cohérence ». « Ce sont les dualités qui règnent en nous qui m’ont intéressées, d’où le titre A Thin Line : ces moment très particuliers ou se rencontrent les doutes et les certitudes. Comment aller à la rencontre de nos propres paradoxes, lorsque tout est clair mais rien n’est sûr. Et nous vivons dans une époque où il est nécessaire de jongler en permanence. » Elle évoque un album réfléchit en plusieurs temps, conçut pour un support vinyle qui conditionne en beauté l’écoute de la musique, avec « une grande recherche sur la forme ».

Hiver nomade et printemps acoustique

Son parcours classique de violoniste lui a permis d’apprendre à composer la musique, chose qu’elle tend à faire de plus en plus. “Il y a trois univers assez distincts que j’aime faire se rejoindre: une écriture folk, les arrangements classiques avec des cordes ou des cuivres, et une architecture sonore faite de textures électroniques.” Elle a dernièrement composé pour le film “Hiver Nomade”, pour lequel elle a été nominée au Quartz du Cinéma Suisse, et travaille actuellement sur le thème du loup avec le Musée d’histoire naturelle de Neuchâtel. Des collaborations transversales qui permettent un autre regard, et de souvent découvrir “la beauté insoupçonnée des choses simples”.

L’exercice de ce soir au CullyJazz Festival – réarranger ses morceaux pour une petite église – est une belle « zone de frottement ». En tentant le tout acoustique, il lui a fallut trouver des alternatives aux textures électroniques, s’approprier les résonances, « jouer avec les contraintes, ce qui amène paradoxalement une forme de liberté, car il faut aller dans le fond plutôt que plus haut ou plus loin. » Travail harmonique, improvisation des textures, beaucoup d’écriture. Pour l’occasion, elle s’est entourée de musiciens qu’elle connaît bien aux violon, violoncelle, percussions et contrebasse. Un projet qu’elle espère ensuite faire tourner dans des lieux insolites, en marge de sa formation électrique en trio (Rhodes, électronique, piano), à l’automne. On pourra revoir cet ambitieux projet acoustique dans la sublime Abbatiale du Bellleay le 5 juillet prochain.

Le site d’Olivia Pedroli

[vimeo=http://vimeo.com/35942405]

Julian Sartorius en mode random

On l‘a vu un peu partout ces derniers mois, en solo ou auprès de Merz ou Colin Vallon, dans les club de jazz, les galeries d’art contemporain ou à l’affiche de festivals indie, le jeune batteur bernois Julian Sartorius ouvre ce soir le 32ème CullyJazz Festival avant Avishai Cohen et Rusconi sous un chapiteau sold out.

ImageFriand d’atmosphères intimistes, la batterie à même le sol pour être au plus proche du public, on l’a vu plusieurs fois émouvoir et faire se lever les foules. A Cully, le dispositif sera tout différent : 900 personnes en rang d’oignon, lui bien loin, sur un large piédestal et sous un gros logo jaune. Il est curieux de voir ce que cela va donner. Le jazz ? Une formation aux conservatoires de Berne puis Lucerne. « J’aime Coltrane, Monk, ce qui a du spirit. » Avant de rajouter gaiement dans l’immense sourire qui le caractérise « Mais j’aime autant Schubert que Madlib ! », et citer encore Awesome tapes from Africa ou le label Sublime Frequencies.

Beat diary

Julian Sartorius est un chercheur, et c’est grâce à un travail titanesque, son « Beat Diary », qu’il a véritablement développé son jeu : pendant une année, il s’est donné pour contrainte de produire et prendre en photo un beat par jour afin de le publier sur un blog, devenu un livre album. « La contrainte est toujours un procédé créatif intéressant, où tu peux aller au fond des choses. Regarde par exemple la gravité, et comme les gens ont été inventifs pour tenter d’y échapper, de l’escalade au base-jump… J’aime les règles, comme dans un jeu. Si elles sont bonnes, il y a beaucoup de fun. Attention, je ne dis pas que la musique juste est un jeu, mais qu’il faut jouer avec les limites. »

“Les nuances sont infinies…”

Ce qui étonne et éblouit dans son solo, c’est la gamme d’harmonies qu’il parvient à faire sortir de son instrument, l’inventivité de sa proposition, et un groove toujours en mouvement. « J’essaie de garder les jambes dans la pulsation et de faire aller mes mains ailleurs. Quand tu arrives à faire bouger les choses tout en restant dans le tempo, cela donne quelque chose de très fort. Et puis les nuances que tu peux apporter selon comment tu touches les choses sont infinies. »

“J’adore quand je ne sais pas ce qui va arriver”

S’il écrit la musique, des plans plutôt que des partitions, il aime se laisser surprendre et s’inspirer de tout ce qui l’entoure : nature, animaux, machine à laver, frottement des vêtements, tout ce qui peut produire un rythme, qu’il soit régulier ou non. « J’ai toujours des images dans la tête, c’est très narratif, et souvent j’entends des synthétiseurs ». Il a lu John Cage qui lui a « ouvert l’esprit », et a peu à peu développé un élan vers le random, l’imprévisible : « J’adore quand je ne sais pas ce qui va arriver, quand il se passe des choses qu’on ne peut pas penser. Cela me rend vraiment heureux ! »

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=MVLNRLnqTI8]

A l’automne, il sort un album du solo, parce qu’on lui l’a souvent demandé, et un autre album fait de duo entre lui et un train, un frigo, ou une caisse à la Migros. Et puis encore un single 7’’ avec des beats dessus. Dans l’intervalle, il réfléchit à comment optimiser les sous qu’il vient de recevoir pour sa nomination au premier Prix de Musique Suisse. Les idées ne manquent pas.

Le site de Julian Sartorius

Dernier disque en date: Merz, “No Compass Will Find Home” (Julian Sartorius drum and vocal renditions), Everest records

Best Swiss Vidéo Clip

Les 2 gagnants et le jury @Allessandro Dellabella
Les 2 gagnants et le jury
@Allessandro Dellabella

La semaine dernière dans le cadre du M4Music ont été décernés deux prix pour le meilleur clip vidéo. Parmi 14 vidéos retenues, cinq étaient en compétition. Le Prix du public était organisé sur la plateforme Mx3 par votation online et le Prix du Jury faisait appel au regard de trois personnalités du milieu culturel suisse : Franz Treichler des Young Gods, Vincent Jaquier de l’ECAL et Désirée Wismer de la TV zurichoise Joiz.

Prix du Jury

Le réalisateur Vaudois Simon Wannaz remporte le Prix du Jury pour le clip « Airplane Friendship » de Buvette. Une vidéo à l’atmosphère étrange, où les bonnes idées et une belle photo parent intelligemment aux petits moyens à disposition. Un visuel en belle adéquation avec l’électronique DIY de Buvette, qui avait déjà été remarqué, notamment à la Nuit du Court de Lausanne qui l’avait programmé. Simon Wannaz vient de terminer le prochain clip de la jeune veveysanne Verveine – dont nous parlerons ici très bientôt – et s’envole pour New York où il compte travailler ces prochaines années.

[youtube.com=http://youtu.be/AhfifHipcZU]


Prix du Public

Le Prix du Public a quant à lui été remporté par Uslender Production pour « Würsch Sie », un clip dont la victoire au nombre de clics doit franchement beaucoup aux très jolies filles en bikinis et à leurs nombreux amis.

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=LhmqdfcTGPY]

Or parmi les 14 clips projetés, il y avait d’autres belles choses, qui n’étaient étonnamment pas en compétition. Pour le plaisir, voici donc la….

Sélection Swiss Vibes

Le clip du rappeur Skor, pour les rondes enchanteresses en costumes traditionnels:
[youtube=http://youtu.be/rpSmHh6zIjM]

Celui du producteur vaudois Christophe Calpini, dont le dispositif en négatif, simple comme bonjour, est diablement maîtrisé:[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=yvBtPwlq6ac]

La vidéo de Bonaparte, une jolie animation bricolée :
[youtube=http://youtu.be/gVWK7cuWh2w]

Et enfin, la vidéo de Metube qui est plus un court métrage qu’un réel clip musical, mais qui, tout en s’amusant, raconte beaucoup de choses sur les nouveaux médias et le rapport à l’image:
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=P2jn_lxrrPg&list=PLl-CRSATZiXSMWhkvfHs0H5j9JQ12DsZm&feature=share]

 

Anna Aaron, un disque, un clip, un style

Cover_Neuro_RGB_300dpi_2500x2500Si les déhanchés déshabillés de son dernier clip “Linda” lui ont valu d’être remarquée par les Inrocks, Anna Aaron n’est pas encore complètement portée aux nues en France – en tous cas, comparé à l’emballement médiatique qu’elle suscite dans les cantons suisses, elle y reste encore discrète. Mais, programmée en bonne place dans le cadre du festival itinérant les Femmes s’en Mêlent (à Paris et en province) pour y présenter son deuxième album “Neuro”, elle a l’occasion de se faire un prénom. Ou plutôt deux: Anna et Aaron, le féminin et le masculin, le clair et l’obscur. Une ambivalence assumée, déjà, sur son premier album Dogs In Spirit, deux ans plus tôt: elle s’y montrait tendre et furieuse, au gré de ballades folk au piano façon Fiona Apple et de plages rock déchirantes.

Un son à la hauteur de sa beauté froide et de ses tumultes intérieurs

Après un intermède avec le quartet d’Erik Truffaz, qu’elle a suivi en tournée, la Bâloise avait donc décidé d’approfondir ses ambiguïtés : c’est à Londres, auprès de David Korsten, qu’elle va se forger un son à la hauteur de sa beauté froide et de ses tumultes intérieurs. Fidèle à ses habitudes, le producteur de l’Anglaise Bat for Lashes va envelopper sa voix puissante d’un vernis électro faussement vintage, entre reverbs puissantes et rythmiques eighties avec Jason Cooper, le batteur de Cure, derrière les fûts! Parfois un peu caricaturale (avec des réminiscences trop évidentes de … Bat for Lashes, justement), cette approche sonore permet à Anna Aaron de gagner en épaisseur artistique. D’opérer des contre-pieds mélodiques inattendus au milieu des morceaux. D’oser le mélange entre la pop la plus accessible et les riffs les plus tordus. Avec “Neuro”, la fille de missionnaires religieux se rapproche des grandes prêtresses de la pop moderne. A elle de prouver sur scène qu’elle peut nous hypnotyser autant qu’Anna Calvi ou Pj Harvey.

Anna Aaron est en tournée jusqu’à la fin du mois en Suisse et en France. Détails de la tournée ici!

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Sex & Videos & Rock’n’roll

La pop suisse s’est trouvée un nouvel étendard visuel: tous à poil!

Une obsession de la jambe à l’air qui transcende les “genres” de la folk au slam. Oubliée la grande déclaration de Clémenceau, “le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier“. Ce qui compte maintenant, c’est de faire tomber la feuille de vigne.

Anna Aaron “Linda”

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=cGyS_goCnLI]

On aurait pu croire la Bâloise aussi sage que ses chansons

Dans son précédent clip “Stellarling”, Anna Aaron se montrait en Piéta dans les bois, tenant délicatement son hipster christique sur ses genoux, avec la douceur d’un cours de catéchisme. Mais sur “Linda”, elle oppose sa beauté froide et ses rondeurs serrées dans un pull moulant, au corps nu, terriblement sec, de la danseuse et performer Oriana Cereghetti.

Introduction plastique, anti-érotique, à la morphologie humaine qui s’offre aux regards devant un mur noir et quelques néons. L’esprit torturé par Godwin pourrait y trouver des réminiscences contemporaines des “Dieux du stade” (ceux du documentaire allemand avec Leni Riefensthal, pas le calendrier des rugbymen français), pourtant si éloignées des jolies élégies de son dernier album “Neuro”, à paraître en Suisse le 28 février (et en France le 11 mars).

Kadebostany “Jolan”

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Erotisme crypto-fasciste et vaguement sado-maso…

C’est  le parti-pris visuel des derniers clips de Kadebostany. Alors même que la fanfare électro semblait plutôt lorgner du côté des anciennes démocraties populaires de l’Est, le grand leader Kadebostan, en costume d’apparat, s’y montre toujours entouré de deux amazones aux jambes gracieuses et aux poses ouvertement lascives sous l’uniforme. Sans hésiter à enlever le haut parfois, mais toujours de manière fugace.

Comme chez Anna Aaron, ces visions subliminales s’appliquent sur fond noir et néons clinquants, pour mieux mettre en valeur cette esthétique d’une froideur infinie. Un choix d’autant plus étonnant que les paroles de “Jolan” semblent dire le contraire de ce qui est montré ” Ho, je me sens si haut quand tu es prêt de moi […] et je suis sûr que nous pourrons traverser l’univers” chante Kadebostan avec un romantisme insoupçonnable derrière se poses martiales.

Puts Marie “Pornstar”

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=OHWL14EQOcc&w=640&h=390]

Chez les Puts Marie, on se fait plus explicite…

Les rockers de Bienne, parmi lesquels Nick Porsche, réanimés après une longue période de sommeil, ont frappé un grand coup avec “Pornstar”, tiré de leur EP, au titre tout aussi transparent, “Masoch”. Emmenés par leur chanteur-acteur de théâtre, Max Usata, ils ont recréé en studio une sorte de boîte échangiste délirante, presque sortie d’un film de Fellini, où les corps plus ou moins gracieux se mêlent sans complexe dans un même élan hétéro et gay-friendly. Un choix qui a le mérite de faire sens: leur nouvel album, mi-rappé, mi-chanté, les voit explorer l’auto-destruction et la provoc authentique.