Le projet Soriana s’helvétise…

“C’est comme lorsque l’on s’exprime dans une langue, il faut maîtriser l’accent. Je connais les mots et la grammaire, mais je ne sais pas comment les prononcer…”

(Nicolas Masson, à propos de son travail avec Basel Rajoub à mi-chemin entre musiques orientales et du jazz)

 
Nicolas Masson et Basel Rajoub
Nicolas Masson et Basel Rajoub

Depuis quelques mois le saxophoniste genevois, Nicolas Masson, s’immerge dans le monde des musiques orientales en compagnie de son nouvel ami Basel Rajoub.

Ce saxophoniste syrien, établi en Suisse est à la tête d’un trio de musique contemporaine orientale. Entre improvisation et composition, ce projet est un sublime mélange de spontanéité et de contrôle. Depuis peu, Basel Rajoub l’a baptisé Soriana (« notre Syrie »).

Au contact de la Suisse, en discutant avec Nicolas Masson au Sud des Alpes où tous deux répètent, l’idée a germé de revisiter les thèmes de ce Soriana avec des musiciens de la place et des instruments modernes. Pour ce faire Basel a passé quelques nuits à préparer des partitions à partir d’une musique qui s’ancre dans une tradition d’improvisation millénaire.

 
Première à Jazz Contreband

Basel RajoubLe 4 octobre 2014, le travail des saxophonistes soprano et ténor est enfin écoutable et visible  “pour de vrai” au Sud des Alpes dans le cadre de la 18è édition du Festival Jazz Contreband, cette manifestation qui rassemble 50 concerts en 20 lieux pendant 24 jours, en France voisine et en Suisse romande.

A leur côté une rythmique de choc constituée de Vincent Ruiz (Plaistow) à la contrebasse et Maxence Sibille à la batterie, tous deux anciens élèves de Nicolas Masson. Timide de prime abord, le quartet prend vite son essor.

Helvetica

A peine a-t-on le temps de reconnaître les thèmes de « Asia », le dernier opus de Basel Rajoub, que ceux-ci s’émancipent porté par un vent de liberté nouveau. « Cet ensemble me donne plus d’espace et de place. La musique se transforme. Elle est plus puissante, centrée sur l’énergie » explique Basel Rajoub quelques jours plus tard. « Quand je joue avec les instruments traditionnels orientaux (le qanun et le tambourin) l’accent est donné au son et à l’instrument. Ce sont deux choses complètement différentes. »

Travaillant à partir du répertoire de Basel Rajoub, ce « Swiss Soriana » s’émancipe déjà des originaux qu’il est censé revisiter. Un morceau de Nicolas Masson « So long » est inclus dans le répertoire et un nouveau titre de Basel Rajoub, le bien nommé « Helvetica » témoignent de l’émergence d’un véritable nouveau projet dans lequel Basel Rajoub ne tient pas être l’unique compositeur.

Connu pour son travail sur les micro-intervalles qu’il arrive à reproduire en soufflant dans son sax sans l’aide d’aucun artifice, Basel Rajoub se réjouit d’enseigner ses techniques à Nicolas Masson qui ne rêve que de ça… Quant à nous, on attend la suite impatiemment !

Le site Internet de Basel Rajoub et Le site Internet de Nicolas Masson

Mama Rosin on the road to Mississipi!

image(1)On n’est pas parti là-bas avec en tête le rêve américain, oh non ! On les connaît bien les histoires des groupes européens qui se cassent les dents dans les bars US. Mais la tournée de 10 jours (dont 2 jours en studio sur la fin) qui s’amorcent nous a déjà emporté très très loin. Sur la carte mais surtout dans nos têtes. D’abord St Louis, Missouri puis Memphis, Tennessee ! On longe le Mississippi jusqu’à La Nouvelle Orléans puis on tourne à l’ouest jusqu’au Texas.

Sous jetlag violent et extrêmes burgers

Des salles pleines, des promoteurs (musiciens, ou disquaires locaux) ravis et concernés … Rares et précieux.

Un lundi et un mardi américain qui se passent à merveille. Sous jetlag violent et extrêmes burgers. Les quartiers des clubs sont en voix de gentrification, donc burgers avec pousses de soja ! Les mêmes qu’on se refuse à manger à Genève dans ces nombreux lieux qui fleurissent partout !

Une fleur sur la tombe de Jessie Mae Hemphill

image(2)Mais s’il y a quelque chose à retenir de ces premiers jours, c’est le niveau de classe ahurissant des groupes avec qui on joue. Juste des gens de n’importe quel âge, shootés au son des radios locales et aux LPs par milliers, pour qui la musique est une seconde nature. Deux baffes dans la gueule monstrueuses ! En deux soirs. Au point où ça devient gênant de jouer après eux … Et de recevoir leurs compliments … Et de vendre autant de disques. Ce soir c’est le Siberia à New Orleans où deux groupes ouvrent pour nous. Autant de baffes en perspective.

imagePeu de dodo. Et des kilomètres sur les routes sans virage, excepté peut-être celui qu’on a fait aujourd’hui pour aller poser une fleur sur la tombe de Jessie Mae Hemphill, une de nos déesses à Como, Mississippi.”

Mama Rosin

Egopusher @ tHBBC, Cully

EgopusherPreisig plays like an anti-violinist with a violin

I have never seen a drum and violin duo before and, despite a set up of delay and reverb pedals, a mini Moog bass synth and samples, Alessandro Giannelli and Tobias Preisig focused on their actual instruments. These are clearly accomplished musicians.

Preisig plays like an anti-violinist with a violin. He attacks his strings with rhythmic stabs and warped slides, sawing his bow across his instrument as if a maniac cutting off his own leg. Notes get higher and higher, searching for an exit for the impending explosion. Such a moment had my spine-tingling, the music slipping and warped as it ascended; it was faintly erotic.

“It gives me energy”

Preisig describes this band as a chance for ‘controlled vomiting’, getting stuff out of his system in the least contrived way possible. He can be more immediate and free than with his quartet purely because the logistics of a duo are simpler. He can also explore influences from rock and electronica. ‘It gives me energy,’ he told me.

Giannelli’s physique (I wouldn’t want to pick a fight with him) gives a clue to his sound. He’s a workhorse who can bang a drum with such force I thought he might gash the skin. But he wasn’t thrashing, his sound was controlled and clean. I could sense him tuning into Preisig and he was able to shape-shift between smashing out a rock line, feeling the funk or neatly tap dancing on a drum rim.

This was only their eighth live appearance

Occasionally Preisig would fall in with the rhythm of the drum to make a powerful coupling, or allow a scrap of melody to emerge before repeating it until he flogged into silence. Sometimes I was even reminded of the melancholic fury of ’80s New Wave bands like Magazine, and I wanted more of that.

This was only their eighth live appearance so these are early days especially in terms of use of sound effects and samples. My note of caution would be that whilst ‘spewing’ is probably fun there could still be space for the exquisite aesthetic the violin is capable of. Preisig does not need to be ‘hard’ or loud to engage a different audience; true power always lies in being open, revealing vulnerability. He could take a note from Giannelli’s seamless moves through texture and colour.

Egopusher played as part of the I Ha Nüt festival at tHBBC in Cully. This club is a one-off. Firstly, there are pebbles (stones) on the floor! It is one of the friendliest venues I’ve been to and most importantly it’s a place where musicians can ‘get down’ – let themselves go, try out new projects. The fact that 15 people make it feel crowded also helps. If you live anywhere nearby, I order you to visit and say hi to the sparkling hosts – Gilliane and Nicolas Rosazza.

[vimeo http://vimeo.com/104851854]

Egopusher website
tHBBC website

14.10.14 La Catrina, Zurich
6.11.14   Kurzfilmtage, Winterthur
6.11.14   Zukunft, Zurich
8.11.14   Up State, Zürich (Vernissage Marianne Müller)
21.12.14 Trabant Echo LP Release, Hive Zurich

 

Ein heisser Abend mit Me, Valentin & You

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Bereits durch die schweren, sperrigen Vorhänge hört man, dass im Innern vom Eldorado mehr los ist als auf der menschenleeren Strasse an diesem Sonntagabend. Kaum drinnen zieht mich sogleich eine markante Stimme in den Bann. Auf der Bühne steht die Berner Band Me, Valentin & You – das Konzert hat bereits begonnen. Die Menschen in der vollen Bar in Zürich bewegen sich kaum, was vermutlich an der Hitze liegt – oder am fiesen Kater vom Vorabend. Zumindest auf mich wirkt das abwechslungsreiche Set belebend.

MVY_eldorado_2014Anfänge als Strassenmusiker

Frontmann Valentin Kugler war auf den Strassen von Bern als Solomusiker unterwegs, als er dort auf seine zukünftigen Bandmitglieder traf. So hat man manchmal das Gefühl, dass die Songs durchaus auch ohne Band funktionieren könnten. Allerdings würden dann die Dynamik und Spannung fehlen, welche das perfekte Zusammenspiel der vier Musiker erzeugt. Die Stimme von Kugler wird dadurch in den richtigen Momenten hervorgehoben – eine Stimme, die live kantiger und echter rüberkommt als auf den Aufnahmen.

Nie hoffnungslos

Als der Song «Heading Home» angestimmt wird, komme ich nicht umhin, an das phänomenale «Spanish Sahara» der britischen Band Foals erinnert zu werden. Die atmosphärischen Klänge werden von Kuglers eindringlichen Stimme in einen Refrain geführt, der Licht in die recht düstere Klangwelt bringt. Überhaupt versinken die Lieder nie in übermässigem Schwermut: Ein wenig Hoffnung schimmert stets durch.

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=TQBUqUz296Y]

 

Album «If» für das deutsche Publikum

Nächste Woche macht sich Me, Valentin & You auf, auch die Indie-Herzen in Deutschland zu erobern. Das Album «If» wird dort am 10. Oktober 2014 veröffentlicht. Begleitet wird das Album-Release von einer kleinen Deutschland-Tour, welche die Berner Band in sieben deutsche Städte bringt. Idealerweise kommt man pünktlich zum Konzertbeginn; über meine Verspätung habe ich mich nach dem schönen Konzert im Eldorado arg geärgert.

Daten der Deutschland-Tour:
09.10.14   Haldern Pop Bar, Haldern
10.10.14   Auster-Club
, Berlin
11.10.14   Milla – Live Club
, München
13.10.14   Live Club, Bamberg
14.10.14   Blue Shell
, Köln
15.10.14   Prinzenbar
, Hamburg
16.10.14   Ponyhof
, Frankfurt

Das Album «If» (Oh, Homesick) ist in der Schweiz seit dem 28. März 2014 erhältlich.

Berlin Music Week : good and bad news from the music industry

BMW14_bisTo get your bearings at the Berlin Music Week, it’s best to come with a very open mind and pair of ears. The 5th edition of this music fair, a prelude to the Berlin Festival, is diveded into two parts. Part 1, « Music », offers a plethora of new artists performing in clubs along both sides of the Spree (between Warschauerstrasse and Ostbahnof).

Part 2, « Word », offers conferences, debates and round table discussions featuring influential people from the music industry. All these fine people are here to scratch their heads, explore new possibilities, give advice and find solutions to save a market which is in a never-ending downward spiral.

Here below are some points of interest that I came across during the two days of conferences and brainstorming sessions.

 

The record market continues its long and inexorable downfall

You’re lucky to come across any record shops in France or Germany because digital sales have almost completely replaced the disc. In Norway, 65% of music sales revenue is due to streaming platforms. Now it’s not even a question of downloading… The membership system of Spotify or Deezer & co only generates an insignificant revenue for artists who aren’t already very well-known.

In a conference entitled « Surviving Streaming », Professor Arnt Maaso presented the results of a research project, “Clouds and Concerts” , carried out at the department of Musicology at Oslo University. Having been given access to WiMP data, (a streaming platform which offers its listeners HiFi sound quality), he studied the behaviour of the users and looked for ways of improving what the system offered. His studies found that the most popular user days were Friday and Saturday (but not Sunday). 66% of users listened to music on their headphones from their Iphone or tablet device and discovered new tracks by following other people’s playlists.

 The prorata redistribution of money by streaming platforms is unfair

BMW14_4In other words, the largest part of the money lands in the hands of a few international stars. Hooray for globalisation ! Among the many negatives of such a system, let’s note the most important one : if a big star brings out an album at the same time as a newly-emerging artist, the newcomer will be totally eclipsed and will hardly get anything, despite having a loyal fan base or being already known on a local or regional basis.

 Different ways of remuneration could be envisaged

Arnt Maaso and his team suggest a new model of redistribution based on the user. Let’s imagine, you’re signed up to Spotify for the sum of 10.- per month, but each month you only listen to a few tracks by groups who are relatively unknown. Your contribution will be exclusively paid to the groups you’ve listened to, it won’t go into the big pot along with all the other members’ fees to then be distributed prorata based on the most listened to tracks of the month. This system would allow up-and-coming artists to be better remunerated and to be able to count on their local fan base.

 The two other ways of building fan-loyalty are crowdfunding and paid-up memberships

No need to remind anyone about the importance of crowdfunding, a system that never ceases to prove its worth. However, let’s talk about something that a lot of musicians find difficult to grasp : crowdfunding cannot be done from scratch ! The most important thing is to make your fan base loyal, communicate with them and build your community of fans step by step. Only once the fanbase is big enough can you think of starting crowdfunding or asking for paying members. To confirm this, watch the debate called « Revenues, Discoverability, Distribution, Transparency » (filmed live from Berlin Music Week) and chaired by Andrea Leonelli, activator of digitalmusictrends.com. since 2009. Also taking part are Janine Wuelker (fintunes.com), Benjamin Lebrave (akwaabamusic.com), Phiona Okumu (afripopmag.com) and Michael Krause (deezer.com). Highly recommended viewing !

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=BBjXWRLR8Xk&feature=youtu.be]

With regards to becoming member of an artist’s club, it’s simply involves a membership deal put forward by a label, an artist or a collective of musicians for their most assiduous fans. In exchange of a monthly fee, fans have access to an exclusive internet site containing videos or audio reserved just for the fans, the possibility to chat live on line, etc..

A conference held by Andrew Apanov, CEO of Dotted Music, a music website which offers online marketing tutorials for artsist producing electronic music unde the name of We spin.

It’s still possible to earn money from making music, but more than ever before the artist has to become as entrepreneurial as possible and simply work, work and work at it.

Berlin Music Week took place from 3rd to 7th September 2014. Click here for the website : ici!

(This article was originally published in French, translated in English by Beatrice Venturini)

Le journal de Leo Tardin au Japon (dernier chapitre)

LeoTardin_Japon_last1Dernier jour à Tokyo avant un vol de 12 heures pour Zürich… Il pleut et la ville humide ressemble à un décor de Blade Runner sous ce ciel sombre et chargé, ce qui n’est pas sans charme d’ailleurs…
Le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaireLeoTardin_Japon_last2
Après une journée de visite dans le quartier de Shibuya je décide de rentrer à mon hôtel en métro aérien et constate que le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaire. Mais encore une fois grâce à la gentillesse et politesses des habitants je prends le chemin de mon hôtel sans trop de problèmes.
Quelques dernières impressions resteront, outre l’extrême courtoisie de habitants et la sophistication des WC (apparemment atomiques eux aussi, ou en tout cas très largement fournis en diverses options et boutons-poussoirs électroniques):
Les voitures ne font quasiment aucun bruit en roulant dans les rues (au trafic pourtant parfois intense), grâce à un revêtement spécial sur les routes.
Les Japonais sont FOUS de jazz
Dans les petites boutiques pas particulièrement spécilisées, c’est du jazz qui passe en boucle, même si les Japonais ne savent pas forcément que c’en est. Un des publics les plus respectueux, appréciatifs et enthousiastes que j’aie rencontré. Ce fut un très grand honneur  pour moi de jouer au Japon. Idem pour les journalistes qui m’ont posé des questions particulièrement pointues et bien informées.
Enfin,  inutile d’espérer avoir un “I don’t know” clair quand un interlocuteur n’est pas en mesure de répondre à une question posée e en anglais. Les Japonais préfèrent répéter très poliment ce que je viens de demander, jusqu’à l’absurde,… Ce qui n’est pas sans compliquer les choses par exemple lorsqu’on oublie des affaires dans ledit métro aérien et qu’on appelle les objets trouvés à la police de Shibuya…
Affaire (presque) classée!
Léo

Berlin Music Week: the good and bad news in music business

BMW14_bisPour s’y retrouver à La Berlin Music Week, mieux vaut avoir l’esprit est les oreilles bien ouverts. Pour cette cinquième édition, cette foire musicale en forme de prélude au Berlin Festival, se divise en deux volets. Le premier volet « Music » propose une pléthore de nouveaux artistes dans les clubs situé sur les deux rives de la Spree (entre la Warschauerstrasse et l’Ostbahnof).

L’autre volet de la Berlin Music Week s’intitule « Word » et propose conférences, débats et tables rondes auxquels participent des gens influents de l’industrie musicale. Tout ce beau monde est là pour se gratter les méninges, explorer de nouvelles voies, donner des conseils, trouver des solutions à un marché qui ne cesse de se casser la gueule.

Ci-dessous en quelques points très résumés, ce que j’ai entendu d’intéressant pendant ces deux jours de conférence et brainstorming !

 Le marché du disque continue sa longue et inexorable chute

Si l’on trouve encore des disquaires en France en Allemagne, les ventes digitales tendent à remplacer complètement le disque. En Norvège les revenus de vente de musique proviennent à 65% des plateforme de streaming. Il n’est donc plus même question ici de téléchargement… Or, le système d’abonnement à Spotify, Deezer et consorts ne génère qu’un revenu insignifiant pour les artistes qui ne sont pas déjà très connus. Dans une conférence intitulée « Surviving Streaming », le professeur Arnt Maaso a présenté le résultat d’une recherche  intitulée “Clouds and Concerts” qu’il mène dans le département de musicologie de l’université d’Oslo. Ayant accès aux données de la plateforme WiMP (plateforme de streaming qui propose à ses auditeurs un son en qualité HiFi), il a étudié le comportement des utilisateurs de la plateforme WiMP et cherché des améliorations au système proposé. Il ressort de son étude que les jours les plus fréquentés sont les vendredi et samedi (mais pas le dimanche). 66% des auditeurs écoutent leur musique avec des écouteurs à partir de leur Iphone ou tablette et découvrent de nouveaux morceaux en suivant les playlists d’autres utilisateurs.

BMW14_4La redistribution de l’argent perçu par les plate-formes de streaming se fait au prorata, un système peu équitable

Autrement dit, la plus grande partie  de l’argent atterrit dans les mains de quelques stars internationales. Vive la globalisation ! Entre autres effets pervers d’un tel système, signalons le plus important: si une star sort un album au même moment qu’un artiste découverte, l’artiste découverte va être complètement éclipsé et ne touchera quasiment rien, même s’il a des fans loyaux et s’il a déjà un certain poids au niveau local ou régional.

D’autres modèles de rémunération pourraient être envisagés

Arnt Maaso et son équipe proposent un modèle de redistribution centré sur l’utilisateur. Imaginons : vous êtes abonnés à Spotify pour un montant de 10.- par mois, mais vous n’écoutez que quelques disques de groupes peu connus par mois. Votre contribution va être intégralement et uniquement reversée aux groupes que vous avez écoutés. Elle ne va pas être mise dans le grand pot des contributions de tous les utilisateurs et redistribuée au prorata des titres les plus écoutés pendant ce mois. Ce système permettrait aux artistes qui se font connaître localement d’être mieux rémunérés et de pouvoir compter sur le soutien de leurs fans.

Les deux autres solutions de fidélisation des fans sont le crowdfunding et l’abonnement payant

Nul besoin ici de rappeler la validité du crowdfunding qui ne cesse de faire ses preuves. Mentionnons toutefois – ce que beaucoup de musiciens ont encore de la peine à comprendre – qu’on ne peut faire du crowdfunding à partir de rien ! Le plus important est donc de fidéliser son public, de communiquer avec lui et de construire petit à petit sa communauté de fans. Ce n’est qu’une fois que la communauté est suffisamment conséquente que l’on peut songer à la solliciter via du crowdfunding ou des abonnements payants. Pour vous en assurer, regardez le débat intitulé « Revenues, Discoverability, Distribution, Transparency » (filmé en direct à la Berlin Music Week) et animé par Andrea Leonelli, activateur depuis 2009 du site digitalmusictrends.com. Y participent Janine Wuelker (fintunes.com), Benjamin Lebrave (akwaabamusic.com), Phiona Okumu (afripopmag.com) et Michael Krause (deezer.com). Chaudement recommandé !

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=BBjXWRLR8Xk&feature=youtu.be]

Quant à l’abonnement aux artistes, il s’agit tout simplement d’un abonnement proposé par un label, un artiste ou un collectif d’artistes à ses fans les plus assidus. En échange d’un paiement mensuel, ceux-ci ont accès à un site Internet exclusif avec des contenus vidéos ou audio qui ne sont pas diffusés au reste du public, la possibilité de chatter en direct, etc. Une conférence menée par Andrew Apanov, CEO de Dotted Music, site musical qui propos depuis peu des tutoriaux de marketing pour les artistes de musique électronique sous le nom de We spin.

Il est encore possible de gagner de l’argent en faisant de la musique, mais plus que jamais l’artiste doit se profiler en auto-entrepreneur et bosser, bosser, bosser…

La Berlin Music Week a eu lieu du 3 au 7 septembre 2014. Site Internet ici!

Le Journal de Leo Tardin au Japon (chapitre 4)

Aujourd’hui c’est dans un club plus traditionnel que j’attaque un concert en piano solo, toujours à Tokyo.
A mon grand étonnement un groupe monte sur scène après mon set, brandissant de grandes images de chiens et chats.
LeoTardin_Japan_Day4Il s’agit d’un groupe de militants pour les droits des animaux, qui chantent un morceau pour diffuser leur message, avant de céder leur place au band prévu dans le programme. La marraine / instigatrice de cette fondation se révèle être la CEO d’une grande entreprise japonaise de sodas et bières au citron, présente ce soir-là dans le club pour soutenir les troupes, et proche du patron de l’établissement. Nous sympathisons après mon set et échangeons nos contacts. Elle semble beaucoup apprécier l’album Dawnscape
Qui sait, peut-être bientôt une track de Dawnscape pour le prochain spot commercial de cette fameuse bière au citron? (testée et approuvée!)
Affaire à suivre…
Léo

Zurich meets Berlin

A la Berlin Music Week, le Swiss Business Mixer s'est installé sous la tnte du cirque Cabuwazi
A la Berlin Music Week, le Swiss Business Mixer s’est installé sous la tente du cirque Cabuwazi

Les 3 et 4 septembre derniers, le bâtiment de briques rouges qui abritait autrefois la gare postale de Berlin Est se transformait en centre névralgique de la Berlin Music Week, un lieu de rencontre, de discussion et de présentation des nouveaux projets musicaux de la scène pop et rock. Née des cendres du célèbre Popkomm, cette réunion était l’occasion pour la ville de Zurich et Swiss Music Export de présenter un Swiss Business Mixer.

” La Suisse est un microcosme de l’Europe, avec Saint-Gall dans le rôle de Moscou et Genève dans celui de Lisbonne”

C’est sous la petite tente du cirque Cabuwazi que se son retrouvés quelques organisateurs de festivals et de clubs zurichois pour discuter des spécificités du marché suisse et présenter quelques-uns de ses artistes prometteurs ou confirmés. Les tables rondes n’ont pas débouché sur de grandes révélations. Du côté des festivals ont été rassemblés deux open air – Saint-Gall et Zurich – le festival et  lieu de rencontres des professionnels suisses M4Music, et l’irréductible indépendant Bad Bonn Kilbi. C’est avec une pointe d’humour que Philipp Schnyder, boss du M4Music résume les difficultés d’un marché suisse dans lequel trois régions linguistiques et mentalités se côtoient : ” La Suisse est un microcosme de l’Europe, avec Saint-Gall dans le rôle de Moscou et Genève dans celui de Lisbonne”. Quant à Alex Dallas, Dj et programmateurs de plusieurs clubs zurichois, il confirme que malgré sa vie nocturne trépidante (entre 70 et 100 clubs à la recherche de DJ’s tous les jours de la semaine) Zurich ne pourra jamais devenir une ville aussi attractive que Berlin du fait de son niveau de vie incroyablement élevé.

Oy, grande prêtresse de la soirée M4Music

Oy-BerlinLe soir dans le cadre d’une soirée intitulée M4Music at Postbahnof les artistes convainquent pourtant que disparité linguistique et culturelle peut rimer avec vivacité. Après Wolfman, au potentiel intéressant, Anna Aaron toujours plus rock’n’roll, ce sont deux Zurichois exilés à Berlin qui mènent la danse. Bonaparte incognito et en formation réduite a remporté un vif succès sous le nom code de « Secret Act ». Mais la grande prêtresse de cette journée zurichoise fut sans conteste Joey Frempong de Oy. La chanteuse helvetico-ghanéenne Joey Frempong a conquis l’audience avec ses samples inspirés et son batteur masqué Lleluja-Ha.

Le nouveau spectacle de Oy est le fruit d’un long travail au cours duquel Joey Frempong a voyagé en Afrique de l’Ouest, au Ghana et en Afrique du Sud. De ces différents séjours, la chanteuse, flanquée de ses enregistreurs en tous genres, a extrait des samples tous azimuts (bruits de la rue, rythmes traditionnels), mais surtout elle a trouvé une énergie et une chaleur qui lui confèrent un nouveau charisme.

Entre poésie et électronique

Dans des costumes réalisés par un ami et designer, le tandem constitué de Joey Frempong et du batteur masqué Lleluja-Hade forme un drôle de couple. Elle, entourée de ses claviers et d’un ordinateur, jongle entre poésie et électronique. Elle utilise parfois la technique du live sampling, effleure une de ses poupées-totem pour que des images défilent sur un grand écran. Elle se prend tour à tour pour une chanteuse de gospel, pour une conteuse ou transforme le son de ses différents micros pour jouer à la ventriloque des temps modernes. Lui la suit, faisant jongler les baguettes de sa batterie qui semble elle aussi avoir fait une immersion africaine tant son groove est implacable. A eux deux, ils créent avec une aisance déconcertante un univers musical et poétique, riche en émotions, et une forme de sagesse basée sur l’étude du quotidien. Un univers ô combien séduisant à découvrir également sur leur dernière vidéo “My Name is Happy”!

http://vimeo.com/104903948

Le journal de Leo Tardin au Japon (chapitre 3)

LeoTardin_Japan_Day2_1Equipe technique au taquet, magnifique piano Rhodes, public au rendez-vous et très démonstratif: notre premier concert Grand Pianoramax au Japon, dans le cadre du Tokyo Jazz Festival fut un beau succès! Egalement belles ventes de CDs au stand Tower Records Japon, avec un petit pincement au cœur en souvenir de ce disquaire maintenant  défunt aux USA, qui avait marqué mes années d’étudiant à New York lorsque je passais des heures à creuser dans leurs bacs.
Un piano imparfait, qui me pousse à jouer plus sauvagement…
©Maiko Hanawa
©Maiko Hanawa

Le lendemain c’est en piano solo que je me produit pour présenter mon projet Dawnscape au Japon, au très branché club SuperDeluxe. L’excellent Dimlite se produit en deuxième partie de soirée. Ambiance intimiste, public également au rendez-vous et attentif, piano “charmant” et imparfait, qui me pousse à jouer beaucoup plus sauvagement que d’habitude. Video coming soon, stay tuned!

Demain sera un jour (presque) off à Tokyo.
Affaire à suivre…
Léo