Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 5

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Jeudi 28 novembre, 9h30

Johann Bourquenez and Plaistow en balladeL’après-midi, je dors pendant le trajet en plein trafic dans la voiture de Shrini. C’est fou mais ça se me surprend déjà plus trop ce chaos. Il y a quelquefois où je sens que le surréalisto-mètre est dans le rouge (les croisements sans feu où tout le monde roule pare-chocs contre pare-chocs, les familles avec enfants qui traversent des triple voies au milieu des bus et des motos…)

Chez Shrini, je lis quelques paragraphes de Krishnamurti. En substance : se focaliser sur les résultats, ou sur l’expérience acquise, c’est la mort. La vie c’est l’action, pas le résultat. experiencING instead of experiencED. Et aussi : la discipline, la concentration, c’est réduire les possibilités, en choisissant un aspect de l’esprit au détriment d’un autre. La création, la découverte, ne peuvent apparaître que dans un esprit libre.

Bon concert au Bandra base, petit endroit “underground” (ou plutôt “indépendant”) ou Emma gère la programmation. Un bon piano droit qui tient la route, la plus petite grosse caisse du monde, une trentaine de personnes enthousiastes. Petite jam dub à la fin avec deux saxophonistes locaux. Le propriétaire est un Californien, la cinquantaine, il finit par un speech:”Please educate yourself about climate change. In 20 years this place will be under water.” C’est vrai que toute la ville est plate et au niveau de l’Océan, pas de digue ni rien.

On en parle un peu. On parle de nos voyages en avion. Il dit : “On le fait tous. On n’a pas le choix.” L’après-midi, Shrini disait : “Nous n’avons plus d’autre choix que de vivre dans le présent. Ça fait 40 ans que tout le monde vit dans le futur en croyant que ça ira mieux plus tard.”

IMG_3769Le soir on mange dans un restau chinois. Le Californien en question à étudié “quand il était jeune, c’est-à-dire il y a longtemps” les rythmes indiens et donne quelques explications sur le Tintal, compter avec les phalanges, décomposer les patterns en 3,4,5, etc. Quand je dis que je m’attendais à ce que la tradition musicale indienne soit plus présente: on ne l’entend pas, on n’en entend pas parler, ni dans la rue ni a la télé, on ne rencontre pas de musiciens qui jouent ça. Il me répond que, comme partout, les gens veulent ce que veut le voisin et ce qui est à la mode, ce qui est brillant et a du succès, c’est-à-dire, les conneries que j’ai vues à la télé.

Il dit aussi qu’on est un groupe qui réussit la synthèse d’éléments très différents, sans que ça soit parallèle ou anecdotique (Steve Reich + Dub + musique orientale + jazz + …) et qu’il n’avait jamais entendu ça.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 4

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Mercredi 27 novembre – Mumbai – hôtel – 13h

Je perds le fil des jours – normal en tournée – je ne sais le jour et la date qu’en regardant sur mon ordi.

Lundi soir, on est sorti faire un tour des bars de Bandra avec Shrini. Il habite là. C’est le quartier des artistes et des resto pas trop chers. En Inde la bière standard c’est la KingFisher, et c’est bon.

Johann Bourquenez_gareMardi, on est parti à 10h de l’hôtel pour aller à South Bombay, le quartier plein de bâtiments victoriens et de touristes. On est resté quatre bonnes heures, entre le “India Gateway”, la station de train qui ressemble à une cathédrale, les marchés de rue et un petit atelier de photo au fond d’un couloir humide dans une vieille baraque.

Je transpire beaucoup, et je ne suis pas sur que le jus de canne a sucre est bien passé…

L’après-midi, workshop à la “True School of Music”, on joue 30 minutes puis on parle avec les étudiants, c’était intéressant pour tout le monde, on leur a parlé de nos façons de composer ensemble, des limites du rêve démocratique dans un groupe, de la diffusion sur internet ou pas. J’ai même parlé de mes exercices très lents et dit que ce qu’on aborde dans une école on peut mettre 10 ans à l’appliquer, parce que ça demande d’être disponible (ce qu’il m’est arrivé)

Rencontre avec les jeunes profs et ingé son, français, américain, anglo-indiens. On rencontre aussi Emma, qui a booké nos concerts et le workshop. Elle est là depuis dix ans (on peut dire qu’elle kiffe) et elle essaye de sortir de Mumbai 2 jours par mois sinon ça rend fou, surtout le bruit.

Un resto trop cher le soir. Puis j’ai passé une nuit de 11 heures à transpirer et à me sentir plutôt merdique.

J’ai regardé des clips à la télé et c’est horrible. Apologie de l’alcool, de la violence, des flingues, confusion entre sexe et amour, etc… Comme partout. Il y a un film qui sort le 29, Bullet Raja, une grosse prod bollywood, j’en ai vu 5 bandes annonces et les commentaires de la presse et des people.

Johann Bourquenez_sur les quaisCe matin ça va mieux. Certainement mon corps doit s’habituer au changement de climat de nourriture…J’ai fait un tour sur les “quais” à côté de l’hôtel, pris des photos. Il y a ce pont au dessus de l’océan qui va à Bandra, qui est énorme. L’air est épais et il fait bien chaud (30 degrés), je transpire tellement, et je ne sèche pas après la douche.

On repart à 14h, ce soir on joue dans un club, on rencontre des musiciens locaux, et demain on fait la première partie de Erik Truffaz au Edward’s Theater.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 1

Johann Bourrquenez ©Alex Naselenko
Johann Bourrquenez ©Alex Naselenko

Du 23 au 30 novembre, Johann Bourquenez, Cyril Bondi et Vincent Ruiz sont en Inde pour y donner six concerts avec leur trio préféré, Plaistow. Le pianiste Johann Bourquenez se prête au jeu du journal de bord. A lire en écoutant ou en réécoutant (puisqu’on ne peut pas se téléporter en Inde) l’excellent dernier opus du groupe, “Citadelle” (lien soundcloud au bas de l’article). Première halte à:

Samedi 23 nov – 11h10 – Hyderabad

Nous sommes arrivés hier a Mumbai, vers 1h du matin. un taxi de l’hôtel nous attend comme prévu. Concert de klaxons dès le parking. Circulation assez intense même à cette heure de la nuit. Il fait 15 degrés et l’air est plutôt épais et chargé d’odeurs chaudes.

On dort vite fait 3 petites heures, tous dans la même chambre qui sent la naphtaline. A 5h30, Shrinivas (Shrini) arrive a l’hôtel et nous repartons à l’aéroport pour Hyderabad, première ville ou nous jouons. Shrini sera notre tour manager pendant toute la tournée, c’est la première fois que nous sommes accompagnés tout le temps. Quelques security check, on me dévalise mes deux briquets. Arrivée a Hyderabad, trajet de 30 minutes pour l’hôtel, cette fois un hôtel plutôt business class.

Pendant le trajet, des squelettes d’immeubles pas finis avec leurs échafaudages de bambou, au milieu d’autres immeubles habités, parfois un peu des deux, l’autoroute suspendue qui traverse tout à 10 mètres du sol, des collines en pierres rouge empilées comme par un géant, une circulation dense où tout le monde klaxonne tout le temps. Il pleut un peu. Il fait 20 degrés. Je tue un tout petit moustique dans la voiture. Des motos qui doublent n’importe ou avec trois personnes sans casque, des gens qui traversent la route au milieu de nulle part. Un quartier pauvre juste avant d’arriver. Il y en a un juste à côté de l’aéroport de Mumbai, on voit les baraques par le hublot de l’avion qui décolle.

On mange un peu, je n’ai pas faim alors que tout a l’air très bon, j’ai l’impression d’entendre un choeur d’Européens en train de dire: “Ah, j’adore l’Inde, c’est incroyable, et puis la bouffe c’est incomparable, etc…” puis on a une sieste jusqu’à 15 heures, puis repas, puis soundcheck à 16, puis repas, puis concert à 19h30. Ce soir on est le seul groupe. Je fume une cigarette devant l’hôtel en regardant et en écoutant la rue, puis les peintures sur les murs. Tout est dense, pourtant c’est une “petite” ville ici, l’air, les sons. Je manque un peu de sommeil et me sens flottant.
J’écris ça. Je n’ai pas encore pris de photo. C’est pas pareil d’écrire. expérience…
Il est 15h30 je vais dormir un peu.

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Au Canada, avec le batteur des Mama Rosin

Victoriaville (Québec), le 27 juin,

Xavier Bray

J’aurais aimé prendre le temps de raconter ces quinze jours au Québec. Faire d’abord un tour rapide sur l’histoire de ce pays pour ne pas toujours tourner autour du cliché : Conquête des Amériques=Génocide des Amérindiens. Car même si Christophe Colomb a vraiment éradiqué les tribus des Bahamas de la surface de la terre, un peu plus haut, au nord il s’est passé des jolies choses. A l’époque où le Canada n’était qu’une “forêt confuse”.

Ouais ça aurait été bien de raconter comment, par le biais des “truchements”, certains européens ont donné tout son sens au mot “acculturation”. Comment au XVIIème siècle, ces mal-aimés des vieux continents ont traversé le grand océan pour devenir purement et simplement des “indiens blancs”. Raconté par les missionnaires assermentés aux états souverains cette histoire est sordide, mais raconté par ces “coureurs des bois” eux-mêmes, on se permet de rêver que l’homme a du bon en lui. Quand même. Et puis j’aurais, bien sur, pris le temps de raconter notre arrivée à Montréal, où à chaque coin de rue, tu as l’impression de revoir un vieux pote. Ici on ne dit pas “bonjour”. On dit : “bonjour, comment ça va c’matin?”. Et ça change beaucoup de choses.
Ha pis j’aurais raconté notre rencontre avec Lisa Le Blanc, ce petit bout de femme qui ne fait absolument pas semblant de chanter des chansons. Invités ici et là par les bons artistes de notre bon label Bonsound, nous nous sommes sentis simplement bienvenus.

Vous auriez bien rigolé si je vous avais raconté le matin ou j’ai confondu ma crème pour le visage (bah oui quoi… Faut s’hydrater!) avec mon dentifrice, et que…hum…ma tête…”Non madame, c’est pas le soleil, c’est mon dentifrice.” J’aurais sûrement aussi raconté notre périple au nord. Quand on a suivi le fleuve Saint Laurent qui, à 1000 km de l’océan, fait déjà 20 km de large. Les deux day off à Tadoussac qui ont été réduits à un, car on a trouvé un concert pour se payer la bouffe d’un soir. Et puis cerise sur le gâteau, ils nous ont offert un tour en ferry pour aller voir les baleines. Au large du “plus vieux village du Canada” j’aurais raconté qu’il se trouve un mélange étonnant d’eau douce et d’eau de mer qui offre aux grands cétacés de quoi se nourrir en quantité. De mon côté je vous aurais avoué que je me suis chopé une fièvre de cheval dans les 39°, donc les baleines je m’en foutais un peu (mais qu’est-ce que tout le monde a avec les baleines!?!). J’ai donc laissé les touristes japonais et leurs jumelles…(oui moi aussi j’ai trouvé louche que des japonais viennent admirer des baleines…A mon avis c’était plutôt du repérage…enfin je dis ça je ne dis rien). Je me suis donc réfugié dans la cabine pour griffonner quelques poèmes dédier à une déesse lointaine. C’est quand la biologiste a crié “A 9h!!” et que les japonais se sont rués à bâbord que j’ai daigné sortir le bout de mon nez dans le vent glacial. Et puis là, effectivement, voir un troupeau de 60 bélougas nager à coté du bateau m’a impressionné. C’est drôle ces animaux…Ça ressemble à un gros pénis circoncis tout blanc. Bon, oui pardon pour la ressemblance mais allez voir des photos ça saute aux yeux.

J’aurais expliqué comment j’ai été troublé par les indépendantistes Québécois dans ce “Grand” nord. Pas du tout gênés de chanter à tue-tête que l’ennemi juré c’est l’Anglais. J’ai tenté de leur expliquer qu’en France aussi, on avait des rigolos en Corse avec armes et cagoules (en fait non, c’est pas rigolo du tout). Ils n’ont pas aimé la relation je crois. Enfin, de toute façon, je ne me permettrais pas de donner mon avis sur la question. Car un peu chauvin, j’aurais avoué qu’il y de belles choses chez les francophones ici, et que chez les anglophones c’est pas la même.

J’aurais pu parler de la langue du coup. Et notamment d’un mot : “Tantôt”. Je l’adore. Il arrive à exprimer le passé ou le présent. Par exemple : “On ira se boire une bière tantôt” ou alors “c’était bien de se boire une bière tantôt”. Et puis j’aurais pas pu m’empêcher de parler de la peur qu’il y a ici que la langue anglaise devienne trop présente. Pourtant j’explique qu’en France on va faire du shopping alors qu’ici on fait du magasinage.

Aurais-je osé raconter nos concerts devant des Québécois souriants et étonnés de voir des Suisses faire du Cajun.
Où plutôt vous dire comment je me sens lorsque pris d’une de mes sempiternelles insomnies-mélancolie, j’ère à 4 heures du matin dans le hall de l’hôtel à la recherche d’alcool et de tabac.

Ouais, j’aurais vraiment aimé vous raconter tout cela. Mais je ne vais pas passer mon temps devant mon ordi quand même!!
Enfin. Pour certains ça va bientôt être les vacances, alors je vais me mettre en vacance de récits aussi. Et si je suis encore vivant on se verra à la rentrée.
Mais sachez que j’aurais vraiment aimé…

Après le Canada, les Mama Rosin sont visibles sur les scènes suivantes

04.07.2013 – Jazzparade, Fribourg SWITZERLAND
19.07.2013 – Colours of Ostrava, Ostrava CZECH REPUBLIC
20.07.2013 – Gartenfestival, Bern SWITZERLAND
23.07.2013 – Paléo, Nyon SWITZERLAND
24.07.2013 – Les allées chantent, Grenoble FRANCE
25.07.2013 – Les allées chantent, Grenoble FRANCE
26.07.2013 – Les allées chantent, Grenoble FRANCE
27.07.2013 – Blue Balls, Luzern SWITZERLAND
01.08.2013 – Yverdon-Les-Bains SWITZERLAND
02.08.2013 – Esperanzah Festival, Namur BELGIUM
10.08.2013 – Guiness Festival, Sion SWITZERLAND
11.08.2013 – Heitere Open Air, Zofingen SWITZERLAND
16.08.2013 – Sounds of the Forest, Erbach GERMANY
17.08.2013 – Zone Piétonne, La Neuveville SWITZERLAND
18.08.2013 – Theaterspektakel, Zürich SWITZERLAND
20.08.2013 – Mardi Sablés, Excenevex FRANCE
22.08.2013 – Nest Collective / SBC roof top, London UNITED KINGDOM
23.08.2013 – Purbeck Folk Festival, Purbeck UNITED KINGDOM
25.08.2013 – Towersey Festival, Towersey UNITED KINGDOM
26.08.2013 – Greenbelt Festival, London UNITED KINGDOM
16.10.2013 – MaMA Festival, Paris FRANCE

Samuel Blaser on records

Samuel Blaser "As The Sea"Samuel Blaser released his new CD, “As The Sea”, on HatHut records ont the 26th of February. You can listen to “As The Sea Part One” and download the full album on his bandcamp page.

Samuel Blaser with Paul Motian
Samuel Blaser with Paul Motian

Two years ago at Cully Jazz Festival, he was the opening act for Wayne Shorter. He played his cards magnificently well. With an original concert-concept, he gave a jazz interpretation to Baroque and Renaissance music. It was a première before the launch of his CD in New York. Since he had a plane to catch for New York at the crack of dawn, it’s via mail that he explained to us the why’s and wherefore’s of his project « Consort in Motion » with Paul Motian.

 “I’ve always been influenced by baroque music. My professor at the Conservatory at La Chaux-de-Fonds, Pierre Henry, was an excellent teacher, but at that time I used to only listen with one ear because the only thing I could think about was playing jazz. Today I play jazz and I find myself immersed in classical music. For this record, I reworked a lot of Claudio Monteverdi’s material because he is an innovative person, the inventor of opera. It seemed important to me to set off from someone like him in order to build something new. I’ve also reworked some compositions by Marini and Frescobaldi.

 Each track was approached differently. Sometimes, as with the track that’s on the Swiss Vibes compilation, (« Lamento della Ninfa »), I kept the melody intact. In the original version, the melody is played by a soprano and 3 tenors, whereas in this case it’s played by piano. In other instances, I only took the beginning and end of a composition and played around with it. Each time I try to extract the original material and to simplify it.

Samuel Blaser_cover The record « Consort in Motion» was recorded in 5 hours in New York with Paul Motian. I wanted to work with him because he’s played with everyone and because his very particular cymbal sound suited the project. The other musicians are a mix of people I knew well and some who had previously played with Motian.

It was important to record the CD in these conditions. For the Cully concert, I played with a different bassist and drummer (Gérald Cleaver). We rehearsed for an hour the day before, that was enough for us because my music is largely improvised and we’re used to playing together. I was really proud to get up on stage at Cully Jazz with this music, improvised music of the day!”

 Samuel Blaser

PS. This article was first published on swissvibes.org in french in April 2011. Translation Beatrice Venturini.

Oy, from Berlin with love…

C’était il y a quelques mois, à Berlin. Joy Frempong, alias Oy, investissait une ex piscine reconvertie en centre d’art (le fameux Stattbad) pour une mini concert privé organisé par et pour la chaîne française Mezzo. L’occasion où jamais de connaître les raisons qui ont poussé l’ancienne vocaliste du groupe Stade avait quitté Zürich pour déménager dans la capitale allemande.

Joy Frempong :

1) parce qu’elle pouvait le faire: « Cela peut paraître idiot, mais en tant que musicienne, je peux travailler n’importe où. Je suis née au Ghana, j’ai grandi en Suisse : il était logique que j’essaie de m’installer ailleurs… a fortiori dans une grande ville où l’art n’est pas considéré comme une niche et concerne presque tout le monde. Ce qui reste étrange, tout de même, c’est que je continue à faire l’essentiel de mes concerts en France et en Suisse, pas à Berlin. Cela a un bon côté, cependant : je peux me consacrer entièrement à l’écriture, à l’écart du circuit, dans mon propre studio ».

2) pour trouver un environnement propice à son travail solo : «  mon travail en solo prend finalement beaucoup d’espace, avec son mélange de jazz, d’électro intime, de voix samplées, d’expérimentations sonore… et l’espace, je ne peux le trouver qu’à Berlin avec ses grandes friches ou ses appartements peu chers. C’est réellement un environnement que je peux relier à ma musique, aux sensations qu’elle procure et qu’elle me procure. ».

 3) pour faciliter les collaborations : «Il y a tellement d’artistes à Berlin que je n’ai aucun mal à échanger ou à collaborer. A Zürich,  j’avais beaucoup travaillé avec d’autres musiciens, comme Stade ou Filewile, mais ici, c’est encore mieux ! J’ai notamment pu participer au projet jazzy hip hop de Sig, « Free Cinematic Sessions », en enregistrant mes voix dans mon studio… »

 L’émission Jazzed Out In Berlin avec Oy a été diffusée sur Mezzo en juin 2012. Oy sera en concert au Festival de la Cité samedi 14 (arches du Pont Bessières),au Festival de la Bâtie à Genève le 11 septembre et à la Cigale (en première partie de Sandra Nkaké) le 13 octobre dans le cadre du Festival île de France

I

De la Louisiane à New York en passant par … Genève

Ces trois-là sont décidément intenables. A peine les Mama Rosin sont-ils rentrés de New York où ils enregistraient un nouvel album studio sous l’égide de Jon Spencer, qu’ils annoncent la sortie de trois 45 tours sérigraphiés, en édition limitée. Le premier enregistrement des frères Souchet (les mêmes sans le batteur Xavier Bray) est également prévu avant Noël. Des vinyles déjà collector avant même leur parution et un power cajun trio à l’énergie communicative. Sur Skype, Robin Girod, le guitariste et joueur de banjo des Mama est volubile. Normal puis qu’il a encore un peu la tête aux Etats-Unis.

Comment avez-vous rencontré Jon Spencer?

Robin Girod Jon Spencer joue avec Matt Verta-Ray dans un groupe de rockabilly incroyable du nom de Heavy Trash. Du vrai rockabilly, fin subtil, jamais vulgaire. Le tourneur suisse, David Schindler, lui a donné des disques d’artistes suisses dont le notre. Une fois rentré chez lui, Jon Spencer l’a rappelé en lui disant avoir apprécié notre CD. Il nous a proposé de faire la première partie d’une petite tournée en clubs du Blues Explosion en Allemagne. On s’est éclaté. Le dernier jour, Jon Spencer nous a proposé de venir enregistrer dans son studio à New York. On ne s’y attendait pas parce que les rapports avaient été jusque-là assez professionnels.

Aviez vous peur de d’aller travailler avec quelqu’un de cette carrure ?

Robin Girod On a eu la trouille avant, mais on se réjouissait tellement d’aller enregistrer, de jouer ensemble. Dès que nous avons découvert l’endroit, nous étions surexcités. Jon Spencer a un studio comme au bon vieux temps. Que de l’analogique, tout ce qu’on aime…. Il le partage avec Matt Verta-Ray et le batteur d’Iggy Pop. Nous étions sidérés de côtoyer des gens de ce calibre. Ils étaient très modestes, beaucoup plus modestes que les Européens. Jon s’est comporté comme un chirurgien ou plutôt comme un vieux savant. Il nous a laissés nous embarquer sur un bateau fantastique. Il y avait un piano, un vibraphone. Il nous disait d’essayer ce qu’on voulait. On bossait neuf heures d’affilée avec une petite pause. Et après c’était fini. Même si on avait envie de rester encore pour avancer sur un passage difficile, il nous obligeait à passer la nuit dessus et à revenir le lendemain reprendre à tête reposée.

Résultat ?

Robin Girod Nous étions partis en pensant faire un album vraiment différent. En fait, on a fait quelque chose qui est dans le prolongement de notre album «Voodoo Rhythm», mais avec deux ans d’expérience en plus. Quelques morceaux rock, mais aussi des ballades super tristes.

Pourquoi continuez-vous à sortir parallèlement des vinyles en série limitée?

Robin Girod C’est un peu une blague contre les mp3 et le téléchargement. On télécharge aussi bien sûr. Mais on aime sortir ces petits morceaux cachés, qui seraient sinon perdus, les témoins d’une tournée ou d’un moment particulier de l’existence de notre groupe.

http://mamarosin.bandcamp.com/
Commandes à mamarosin@hotmail.com

Prochaines apparitions de Mama Rosin ou des Frères Souchet

26/11: Frères Souchet, Bar du Théâtre, Lausanne
28/11: Frères Souchet, Live at Radio Paradiso
02/12: Frères Souchet, Festival Face G, Théâtre de l’Usine, Genève
08/12: Frères Souchet Vernissage, Tour de Nyon
17h Féminitude, 21h La Parenthèse + Monney B !

09/12: Mama Rosin + Hell’s Kitchen, PTR, Genève
15/12:
Frères Souchet vs Mama Rosin, Rümpeltum, St-Gall
16/12: Mama Rosin + Cheap Killers, Veka-Club, Glaris
17/12: Mama Rosin, TBA, Stans

Olivia Pedroli au naturel

Ce qui plaît chez Olivia Pedroli, c’est son naturel. Qu’elle fasse du folk-blues sous le nom de Lole ou un projet plus électro sous son vrai nom, la jeune Neuchâteloise parle avec la même aisance, chante avec la même décontraction. Et ça fait du bien. Plongée dans la musique depuis son plus jeune âge, Olivia Pedroli a aussi voyagé dans les parties australes du globe. Bilingue, elle préfère chanter en anglais.

On dit souvent que le troisième album est l’album de la maturité. C’est certainement vrai pour «The Den». Enregistré en Islande sous la direction de Valgeir Sigurösson (connu entre autres pour ses collaborations avec Björk ou la chanteuse française Camille), «The Den» fait le lien entre musique classique, folk et musique expérimentale. Avec «The Den» Olivia Pedroli montre qu’elle n’est plus seulement une fraîche jeune fille, capable de pousser la chansonnette et de faire parler d’elle dans sa région, mais une vrai artiste qui ose avancer à visage découvert, avec un potentiel international. Toujours prête à relever de nouveaux défis, Olivia Pedroli est partie à Bruxelles jouer cette fois en formation acoustique au Botanique. Pour Swiss Vibes, elle a joué jeu et s’est laissé filmée dans les coulisses.

[vimeo http://vimeo.com/24171061]

Anna Aaron en tournée avec Erik Truffaz

Anna Aaron est discrète, pertinente et révèle une musique un brin inquiétante sous des dehors ingénus. Une personnalité. Il y a deux ans, elle s’est fait remarquer avec le nostalgique «Mary Ruth» aux lignes de piano sombre et hypnotique. Un titre qui faisait partie d’un mini album enregistré chez elle, à Bâle «I’ll Dry Your Tears Little Murderer». Sa pochette la montrait de dos nettoyant un couteau de boucher dans une rivière… La parution de son deuxième album est imminente et déjà on la compare à PJ Harvey. Le single «Kind of Dogs» qui figure sur la compilation Swiss Vibes la révèle dans une version plus rock, plus fulgurante. Nomade, Anna Aaron a grandi en Asie, en Angleterre et en Nouvelle Zélande avant de s’installer dans la ville la plus arty de Suisse allemande où elle chante, écrit de la poésie et fait de la musique. Plutôt bien. Elle rentre d’une mini-tournée avec le trompettiste de jazz Erik Truffaz. Et elle nous livre ses impressions filmées ci-dessous.

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Plongée dans le cerveau de Malcolm Braff

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=wfvUIZHabPg]

Malcolm Braff sort d’un marathon d’un nouveau genre. Le 14 mai, dans le cadre de la nuit des musées, il s’est intégré à l’exposition «Bruits» du MEN (Musée d’Ethnographie de Neuchâtel) pour un gigantesque concert solo de 12 heures. Plongée dans le cerveau du maestro du piano qui prépare également la sortie d’un nouvel album en trio sur le prestigieux label Enja.

Comment est venu l’idée de ce projet de marathon de piano ?
Malcolm Braff Le MEN  a pris contact avec moi pour une performance dans le cadre de la nuit des Musées. Je leur ai proposé un concert de midi à minuit. J’avais déjà fait ce genre d’expériences en plein air. À l’extérieur, je suis nourri par les bruits de la vie : une voiture qui passe, le bruit du vent. Je me sens porté par cette énergie environnante. Au MEN, vu la météo, on a dû prévoir le concert à l’intérieur. J’appréhendais un peu. Je savais que je devrais trouver l’inspiration en moi-même et non à l’extérieur. Ce fut moins contemplatif et même très intense.

Vous avez choisi de jouer sur un piano à queue plutôt que sur les synthétiseurs où l’on a l’habitude de vous voir jouer?
Malcolm Braff Je ne pourrais pas envisager de faire ça avec des synthétiseurs et un ordinateur. Ce n’est pas inspirant. Pour ce genre de performances, j’ai besoin d’être dans un rapport physique et pas mental. J’aurais pu concevoir autre chose: par exemple, recréer mon atelier, mon studio au sein de l’exposition «Bruits». J’aurais ainsi été pendant 12 heures un nouvel objet sonore à observer.

Comment se prépare-t-on à une expérience de ce type ?
Malcolm Braff Je ne me prépare pas. Je dors bien avant, c’est tout. Je ne prévois pas de répertoire non plus. Ce serait l’enfer. J’avais pris avec moi, des partitions, un crayon, une gomme. Ça aurait pu être une option de composer. En fait, je n’ai fait que jouer. J’ai fait une pause toutes les 6o à 90 minutes de 5 minutes et je me suis arrêté à deux reprises un peu plus longuement pour manger.

Comment vit-on ce genre d’expériences ?
Malcolm Braff C’est vraiment une plongée, une méditation.  Je suis parfois interrompu par des pensées d’ordre physique. Je sens des crispations – par exemple dans le dos ou dans les doigts –  qui m’indiquent qu’il faut m’arrêter. C’est important de s’écouter car une tendinite ou problème de ce type peut très vite survenir.

En quoi est-ce important qu’il y ait un public ?
Malcolm Braff Je suis beaucoup trop flemmard pour faire ça tout seul dans mon atelier !  C’est le public qui génère la performance. Pendant ce concert, je me suis souvent senti dans une bulle. Mais le public génère et valide tout.

Et après, comment se sent-on ?
Malcolm Braff Je suis extrêmement bien. Il y a une fatigue physique certaine, mais le corps est éveillé, vibrant. Un peu comme après une longue balade en montagne. Une balade sans effort, mais d’une longue durée. L’énergie est très haute. D’ailleurs je mets longtemps à m’endormir. Après le concert, je peux interagir avec les gens sans problème, mais c’est comme si je percevais tout ce qui se passe à travers un voile.