A Bamako avec Kara

Le chanteur Sénégalo-suisse Kara nous raconte ses deux dernières semaines passées entre Dakar et Bamako. Plutôt excitant…

Kara (à droite) entouré de Barou et Adama dans les rues de Bamako

Après « Yolele», j’avais envie de faire un disque 100% peul. J’ai commencé à écrire des chansons puis je suis parti à Dakar. J’y ai rejoint mon ami Barou Sall, joueur de luth. Ensemble, nous sommes ensuite parti dans le village dont je suis originaire, Saté, au nord du pays. On devait y rencontrer un joueur de violon à une corde, mais il n’était pas là. Nous avons fait quelques salutations et nous sommes repartis, à Dakar. Puis nous avons pris l’avion pour Bamako.

Il y a six mois, à Lausanne, j’ai joué en première partie de Tiken Jah Fakoly. C’est là que j’ai eu l’idée d’aller enregistrer dans son studio de Bamako. Quelque temps plus tard, à Genève, lors d’un concert de Bako Dagnon, j’ai également rencontré Mama Sissoko, son guitariste, qui est un grand Monsieur de la guitare malienne à rapprocher de Kar Kar ou Ali Farka Touré.

Mama Sissoko et son fils (à la calebasse)

Arrivé à Bamako, nous nous sommes immédiatement rendus chez lui. Il s’est passé quelque chose d’étrange. Il était très content de nous voir. Il a pris sa guitare. Sans qu’on se soit consultés, il s’est mis à faire des accords qui correspondaient à une des chansons que je venais de composer! Alors, je me suis mis à chanter. Chez Tiken Jah Fakoly, c’était le même frisson: je peux dire qu’il a fait vibrer le studio avec sa douze cordes!

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La cour du studio de Tiken Jah Fakoly

Nous avons travaillé avec Eric, l’ingénieur du son du studio de Tiken Jah Fakoly. Il nous a mis en contact avec plusieurs autres musiciens, comme Zoumana Tereta, un violoniste peul qui joue avec Oumou Sangaré, ou Madou Koné, un jeune joueur de tamani qui travaille lui avec Habib Koité. Quand on a senti qu’on avait besoin d’une flûte, c’est Cheikh Diallo qui est apparu. Jeunes ou vieux, je ne me suis vraiment pas pris la tête avec les musiciens. Nous avons juste envie de faire de la musique ensemble. Ce n’était pas une histoire d’argent. On travaille tous les jours de la fin de la matinée jusqu’au milieu de la nuit. Au mur il y a des photos de Fela, Thomas Sankara. Quand tu t’approches du bâtiment qui renferme les studios, la première chose que tu vois est l’inscription géante « République Reggae ». A mon arrivée, les gamins couraient vers moi pour me toucher la main. Après les gens m’ont dit qu’ils m’avaient confondu avec Tiken Jah!

Dans ce projet, j’ai l’impression d’avoir retrouvé quelque chose que j’avais perdu. Des choses qui étaient enfouies en moi et qui sont ressorties. Pour la première fois, je n’ai pas joué de la guitare. J’avais des telles pointures autour de moi! Du coup, ma voix venait beaucoup plus naturellement. On faisait une, au maximum deux prises! Je sens un truc ici, c’est incroyable. Les gens sont plus chaleureux qu’à Dakar, ils ont su mieux garder leurs traditions. Je sens que ma place est là!

Kara, Bamako, le 25 avril 2011

L’envers d’une tournée avec Imperial Tiger Orchestra

Imperial Tiger Orchestra: ces six Genevois sont tombés dans le chaudron des musiques éthiopiennes, avec une bonne dose de recul. Le 16 avril, ils sortent leur premier disque, «Mercato». Ils viennent de rentrer d’une mini tournée française et nous ont envoyé un drôle de film de leur pérégination en bus. Sans paillette ni champagne, plutôt vu façon Godard… Merci au cameraman improvisé, Julien Israelian!

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Accessoirement, quand Imperial Tiger Orchestra n’est pas dans un tour bus exigu ou dans des hôtels bons marchés, il jouent sur scène. Plutôt bien. Jugez plutôt avec cet extrait de leur concert parisien à la Bellevilloise…

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Imperial Tiger Orchestra, Mercato (Mental Groove/Absinthe Music/Namskaïo

En concert
Lausanne, le Romandie, le 14 mai.
Nîmes, Drom Festival, le 21 mai
Strasbourg, Contretemps, le 9 juin.
Colmar, Musiques Métisses, le 10 juin.
Neuchâtel, Musée d’Ethnographie, le 18 juin.
Sierre, Festival au Bord de l’Eau, le 1er juillet
Lausanne, Festival de la Cité, le 2 juillet
Genève, Musiques en été, scène Ella Fitzgerald, le 8 juillet
Bienne, PodRing, le 13 juillet.

Le carnet de bord de Samuel Blaser

Les partitions de Samuel Blaser pour son concert au Cully Jazz Festival

En concert mardi 29 mars au Cully Jazz Festival, en ouverture de la prestation très attendue de Wayne Shorter, Samuel Blaser a magnifiquement tiré son trombone du jeu. Avec un concert-concept étonnant où il réinterprète en version jazz des pièces de la musique baroque et et de la Renaissance. Une première avant le vernissage de son CD à New York le 6 juin prochain. Comme il prenait son vol pour New York le lendemain à l’aube, c’est par courrier, si tôt arrivé, qu’il nous explique le pourquoi du comment de son projet « Consort in Motion ».
«J’ai toujours été influencé par les musiques baroques. Mon professeur au Conservatoire de La-Chaux-de-Fonds, Pierre Henry, a été un excellent formateur. A l’époque, je l’écoutais d’une oreille car je ne pensais qu’à une chose: faire du jazz. Aujourd’hui, je fais du jazz et je me retrouve plongé dans la musique classique. Pour ce disque, j’ai repris beaucoup de matériel de Claudio Monteverdi. Parce que Claudio Monteverdi est une personnalité novatrice, l’inventeur de l’opéra. Il me semblait important de partir de quelqu’un comme lui pour construire quelque chose d’autre. J’ai aussi repris des compositions de Marini et de Frescobaldi.
Le travail a été différent selon les morceaux. Parfois, comme dans le morceau qui est sur la compilation Swiss Vibes (« Lamento della Ninfa ») j’ai gardé intacte la mélodie. Dans la composition d’origine, elle est jouée par un soprano et 3 ténors et là, elle est jouée au piano. Dans d’autres cas, je n’ai pris que le début et la fin d’une composition et je m’amuse avec. A chaque fois j’ai essayé d’extraire la matière originale, de la simplifier.
Le disque « Consort in Motion» a été enregistré en 5 heures à New York en compagnie de Paul Motian. Je voulais travailler avec lui, parce qu’il a joué avec tout le monde et parce que son « son » de cymbale si caractéristique convenait bien à ce projet. Les autres musiciens sont à la fois des gens proches et des gens qui ont joué avec Motian. C’était important pour pouvoir enregistrer ce CD dans ces conditions. Pour le concert de Cully, je jouais avec un autre bassiste et un autre batteur (Gérald Cleaver). On a répété une heure la veille. C’est suffisant car ma musique est largement improvisée et nous avons l’habitude de jouer ensemble. J’étais vraiment fier de monter sur cette scène du Cully Jazz avec cette musique, la musique improvisée d’aujourd’hui!»

Samuel Blaser