Disque du mois: Marc Perrenoud Trio “Vestry Lamento”

0608917112627_600Cet automne paraissait en Suisse Vestry Lamento, le troisième opus du pianiste Marc Perrenoud, un disque brillant, inspiré, fluide, lyrique….. Marc Perrenoud m’avait informée que le disque devait faire son apparition dans les bacs des disquaires français (un pays où il reste encore quelques disquaires….) en janvier. J’avais donc mis au frigo pendant trois mois mon enthousiasme, en prévision d’une critique “disque du mois” sur Swissvibes.org. Seulement voilà, entre-temps, Vestry Lamento semble avoir séduit les journalistes de la terre entière, ou presque….

“It’s an 8-minute ride that makes you want to hit repeat as soon as it’s over”

A commencer par le saint des saints, le magazine américain Downbeat qui s’enflamme : “The title track opens the set with an incredible bass solo by Marco Müller that kicks off a high-wire groove. Müller and drummer Cyril Regamey lock the rhythm down tight, allowing Perrenoud to glide over the piano with extreme soul in his heart and classical chops in his fingertips. It’s an 8-minute ride that makes you want to hit repeat as soon as it’s over.“

03-Marc-SoloLes Allemands ne sont pas en reste qui affirment dans le dernier numéro de Jazzthetik: „Die Stücke auf Vestry Lamento finden Ruhepole. Sie treiben meist zügig voran, lassen den Zuhörer in leuchtende pianistische Klangfarben eintauchen – und haben dem Rezensenten beim Anhören schon viel treibenden Schwung und Wärme vor allem bei regnerischen Autofahrten durch die Dunkelheit gegeben.“  (Stefan Pieper)

“Même dans ses ballades, il parvient à vous décoiffer”

Quant au quotidien genevois Le Temps, dans son édition du 31 octobre 2013,  il expliquait: “Le pianiste genevois, 32 ans, laisse tomber ses phalanges de compétition, ses gammes à toute bombe: l’odeur du silence sans son goût pesant. Pour tout dire, Marc est un prodige. Parce que, même dans les ballades, il parvient à vous décoiffer.“ (Arnaud Robert).

” Vestry Lamento, c’est à la fois le mouvement vers l’orgasme et la redescente…”

Que dire après cette déferlante d’éloges? si ce n’est que Vestry Lamento n’est pas aussi compliqué que son nom pourrait le laisser supposer. Aux dires de son auteur les choses sont mêmes extrêmement simple: « Vestry Lamento, c’est à la fois le mouvement vers l’orgasme et la redescente…» Pour revenir à l’essentiel, Vestry Lemento est revenu à l’essence de bien des musiques: la gamme pentatonique. Virtuose sans avoir plus besoin de le montrer, Marc Perrenoud ose avancer à visage découvert, ose pousser à bout la puissance de son power trio, ose la mélancolie. Une musique qui ouvre des portes, tire des liens, embarque comme une lame de fond. Un disque vivement recommandé à toutes les oreilles, des spécialistes aux néophytes.

Vestry Lamento | Marc Perrenoud Trio – Télécharger et écouter l’album. Label Doublemoon

Prochains concerts et émissions de radio:

France Musique (F)  “Un mardi idéal”, mardi 21, 22 h 30

Munich (D), Unterfarht, 28.01.14

Berne (CH), Bejazz Club, 31.01.14.

Genève (CH), AMR, 01.02.14

Sion (CH), La Ferme Asile, 08.02.14

Paris (F), Le Duc des Lombards, 13.02.14

Rom Schaerer Eberle: At The Age of Six I Wanted To Be A Cook

artworks-000056794141-a88nt2-t500x500“At the Age of Six I wanted To be A Cook” by Rom Schaerer Eberle takes you gently by the hand into the landscape of childhood. There are lullabies oozing with ‘mother-love’, sounds of jumpy kids at play and simple, stare-into-space tracks. The achingly sweet vocal ‘stories’ of Royal Family are sung by Schaerer; his warm, steady tone flowing with imagined words whilst Eberle plays the horn with a simplicity that is both melancholic and uplifting. Rom caresses his guitar to sound different on every track whilst always creating spacious, considered and sensitive notes. At times you can almost see the coils of his A string as every scrape and pluck resonate.

Cooking the Books is a stand-out track with its robotic opening giving way to the most exquisite refrain of vibing guitar and melodic trumpet, echoed by Schaerer’s vocal-trumpet notes. Syncopated dabs of sparse rock-guitar and buzzing mouth harp serve to heighten the beauty of the theme; the guitar bending and entwining you with its longing. It holds you.

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This is a well-blended trio, each echoing the others’ voices, never trying to dominate, but I missed the fizzing energy that comes with an extended solo. In Triple Prism, Schaerer explores higher vocal registers to ghostly effect but Eberle and Rom become a mere reflection as opposed to a solid presence.

I liked Eberle’s When I Was Seven I Wanted to be Napoleon, led with great panache by Schaerer’s Cabaret-style MC. The drunken slurs of Eberle’s trumpet and Rom’s guitar draw a George Grosz sketch of a flea-bitten bar with wrinkled, topless ‘dancers’ slouched on faded velvet, but again, I wanted it to go further. Lou is the final lullaby to tuck us up in bed, but sometimes I craved something more adult – where each musician had the freedom to delve into their wonderfully creative themes in a deeper and more explosive way.

“At the Age of Six I wanted To be A Cook” by Rom Schaerer Eberle  was released in September 2013 on JazzWerkstatt Records. Tour dates include:
Rom Schaere Eberle played Bern (CH), Beeflat, the 4th Dec, and London (UK), Vortex, 8th Dec
Next concert: Zurich (CH),  Moods, 12th Dec

Erika Stucky, ein üppiger 16-Gänger

248_cover_frontWas erwarten wir von Kunst? Dass sie gefällig ist, sich und ihren Kanon ständig wiederholt und uns in unseren Haltungen bestätigt? Erika Stucky tut nichts davon. Deshalb ist «Black Widow» Kunst.

Von der Bühne…

«Hey, just because you’re paranoid it doesn’t mean nobody’s following you.» Erika Stucky sorgt für Irritation. Gemeinsam mit David Coulter, Terry Edwards und Michael Blair präsentiert uns die Musikerin 16 Stücke: Währen Stimme und Timbre der Sängerin im Rampenlicht stehen, flirten ihre Texte und ihre Musik im Zwielicht mit Film und Theater, mit Traum und Realität, mit Romantik und Vernunft.

 …in die Küche

«Black Widow» ist eine Tour de Force, ein üppiges 16-Gänge Menu, das man gerne geniesst – auch, weil Chefköche dahinterstecken. Das schwerverdauliche Cover von «Black Betty» eröffnet die Schlemmerei. Mit «Knees» setzt uns Stucky bedrohlich das Messer an die Kehle, um uns einen Track später mit «Spiderlegs» versöhnlich Süsses zu geben. Leicht bekömmlich ist das alles nicht. Mit den Worten Cake, Coffee und Sugar lässt uns Erika Stucky zwar wohlgenährt zurück: Der Appetit ist verschwunden – aber der Hunger auf solche Kunst, der ist stärker als je zuvor.

Erika Stucky, “Black Widow” (Traumton Records)

Disque du mois : Imperial Tiger Orchestra

ITO_wax_cover_HDQuand les tigres se mettent à rugir….

 « Quelqu’un nous a dit un jour que nous étions un joli jardin. Imperial Tiger Orchestra c’est vraiment ça : des plantes qui grandissent et qui ont plein de trucs à raconter» résume Raphaël Anker au bout du fil.

Après s’être  enthousiasmés pour la musique éthiopienne des années 70 (“Addis Abeba”), puis pour celles des années 80-90 (“Mercato”), les Genevois d’Imperial Tiger Orchestra se plongent dans les rythmes traditionnels d’Ethiopie et d’Afrique de l’Est sur leur nouvel opus.

Ils propulsent la tradition vers le futur

Sur cet enregistrement, ils sortent de leurs besaces des nouveaux trucs et astuces (une batterie électronique bricolée avec des klaxons et des bouts de ficelle, des flûtes faites maison, des synthétiseurs déraisonnables).

A sa manière, indéfinissable et pourtant immédiatement reconnaissable, Imperial Tiger Orchestra part de l’essence, déconstruit et reconstruit la tradition en la propulsant vers le futur.

Plus expérimental, plus psyché, mais toujours aussi irrésistiblement dansant, les tigres balancent à la face du monde leur concept-maison: le wax.

Authenticité

ITO_portrait_03Ce qui n’était qu’un terme fourre-tout que les membres du groupe utilisaient à toutes les sauces est aujourd’hui transformé en acte assumé. Le wax, c’est le groove, le rythme, mais aussi une façon de vivre, de penser, de rester en contact les uns avec les autres, d’être authentique, de prendre les choses comme elles viennent. Par exemple les participations des gens que l’on invite sur un morceau et qui arrivent avec des propositions pas forcément conformes à nos attentes.

OVNI de transe ethio-helvétique

Les étonnantes vocalises du rapper érythréen Ghost Tape, aka Gabriel Ghebrezghi, sur « Tgeregna » en sont une preuve. Les impressionnants chants de gorge de celui qu’on connaissait jusqu’ici comme un danseur, Getu Tirfe, en sont une autre. Au final, l’album est un vrai petit OVNI de transe éthio-helvétique que l’on se repasse en boucle. Il a convaincu sans problème les autres amoureux du roots genevois que sont les Mama Rosin. Wax paraîtra donc le 23 septembre sur le label, « Moi J’Connais Records ». Préparez-vous !

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=HYWxxqwcg5I]

Imperial Tiger Orchestra, «Wax », (Moi J’Connais Records)

En concert: Creil (F), La Grange  à musique, 5 octobre. Fribourg (CH), La Spirale, le 12 octobre. Belgrade (Serbie), Dom Omladine, 19 octobre. Oslo (Nor), Café Mir, Bergen (Nor), 25 octobre, Copenhague (Danemark), Global Copenhagen, le 26 octobre. Zurich, Le Moods (CH), 2 novembre. Genève (CH), Cave 12, 9 novembre.

Disque du printemps: Plaistow “Citadelle”

 

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Depuis sa création en 2007, Plaistow ne cesse de réinventer le trio jazz. Johann Bourquenez, Cyril Bondi et Vincent Ruiz (le dernier arrivé), aiment l’exercice de l’enregistrement. C’est l’occasion comme l’affirme le leader et pinaiste Johann Bourquenez, de « redéfinir les directions, de faire le point ». Après “Lacrimosa” et ses deux longues plages de 20 minutes, voici donc “Citadelle”, qui paraît pour la première fois sur un vrai label (Two Gentlemen) : huit morceaux dont un seul ose cette fois durer 20 minutes. On connaît certains des ingrédients-clefs de Plaistow : un amour inconditionnel de la répétition et de la musique minimale allié à un goût prononcé pour certains rythmes issus du monde la techno (drum’n’bass, dubstep). On découvre ici une exploration des modes arabes, une démarche toujours plus construite et même un morceau de hip hop expérimental avec le rapper de Psykick Lyrikah. Traversée d’oscillations, travaillant sur les couleurs harmoniques, la musique de “Citadelle”est à la fois primale, sensuelle et incroyablement subtile. Evoquant la nature ou les constellations planétaires, elle vous prend pour vous redéposer quelque cinquante minutes plus tard, empli d’une nouvelle sensation d’urgence. Et comme cette musique est fondamentalement libre, elle laisse la place à chacun de s’y projeter avec ses idées et ses sensations. Ce que prouve en beauté cette vidéo de Janice Siegrist.

Plaistow, “Citadelle” (Two gentlemen/Dist Irascible)

Concerts de Plaistow:

26 april – BERN (CH) – Ono
28 april – ZURICH (CH) – Exil
2 may – GENEVE (CH) – La gravière

[vimeo http://vimeo.com/63859823]

 

 

Disque du mois: Lucien Dubuis, le New-Yorkais

Lucien Dubuis Trio coverLucien Dubuis pourrait être né dans le Lower East Side et avoir grandi au Stone de John Zorn où on l’aurait biberonné au son des Beastie Boys. Au lieu de quoi, il a vu le jour à Porrentruy en 1974 et son trio est basé à Bienne. Musicalement, disons que le saxophoniste est New-Yorkais d’adoption. Après y avoir enregistré son précédent album en compagnie de Marc Ribot (Ultime Cosmos, Enja Records, 2009), une résidence new-yorkaise de six mois, en 2011, a accouché du cinquième album de son trio que complètent Roman Nowka (basse et guitare électrique) et Lionel Friedli (batterie). En choisissant un titre, Future Rock, qui sonne comme une déclaration d’intention, Lucien Dubuis continue de creuser le sillon d’un jazz contemporain sur une assise binaire. Si le fond est ambitieux, la forme sait aussi être sexy voire ludique : clins d’oeil exotiques (« Lançang »), surf music (« 4 Wände »), solo de guitare digne de Michael Hampton (« Yiwu Shan »), rap nerveux (« En descendant de la montagne » qui évoque la collaboration Saul Williams-Trent Reznor). Brillant à la clarinette basse, Lucien Dubuis signe un album qui fourmille d’idées. New York n’a qu’à bien se tenir.

Lucien Dubuis Trio, Future Rock (Unit Records)

Le disque du mois de novembre: “l’Envolée” de Stephan Eicher

Il y a un cliché qui revient souvent à propos de Stephan Eicher, depuis le tout de début de sa carrière, dans les années 80: pour un artiste solo, le Bernois a toujours su parfaitement s’entourer. Et même s’il a consacré ces cinq dernières années à rééditer ses tout premiers morceaux, époque Grauzone ou Spielt Noise Boys, où à intervenir sur des projets ponctuels (l’hommage à Alain Bashung, notamment), son retour discographique ne déroge pas du tout à cette sacro sainte règle.

A 52 ans, mais un enthousiasme de jeune homme, Stephan Eicher a pioché aussi bien dans les jeunes pousses folk françaises à la réalisation (Mark Daumail de Cocoon,), qu’aux vieux briscards anglo-saxons (Volker Zander et Martin Wenk de Calexico, William Tyler, de Lambchop), aux vieux amis lettrés (l’écrivain Philippe Djian, un fidèle) qu’aux plumes inédites (Miossec ou Fred Avril). Un vrai travail d’équipe qui sert simplement à sublimer l’art du chant juste, de la guitare tendre, du clavier bien ajusté, du vieux cow boy du rock suisse.

Quand Miossec, toujours aussi accablé par l’existence, lui écrit le neurasthénique “Disparaitre”, c’est bien Eicher qui, la voix faussement fragile, lui donne toute sa puissance émotive et en souligne le sens potentiellement subversif. Quand ses compères tentent une inattendue excursion mariachi sur le bien nommé “l’Excursion”, c’est bien ses écorchures qui fait souffler un vent épique que n’aurait pas renié Tom Waits. Lui encore qui fait le lien entre la diversité des styles explorés ici, point commun entre du rockabilly jazzy (“dans ton dos”), des ballades au piano en suisse-allemand (“Du”), les ambiances hypnotiques, quasi new wave (“Donne moi une seconde”) ou les grandes envolées de corde, justement. Un très beau disque écrit à plusieurs, et à apprécier seul.

Stefan Eicher, “L’Envolée” (Barclay)

Stefan Eicher sera en concert à Nimes le 6 décembre, à Bruxelles le 13 décembre et à Paris le 17 décembre. Sa tournée complète est consultable sur son site internet.

Le disque du mois d’octobre de Swissvibes: Mama Rosin “Bye Bye Bayou”

 Ça y est: le nouveau disque de Mama Rosin sort aujourd’hui. Pour fêter la chose, les deux Genevois – Cyril Yeterian et Robin Girod – et leur batteur grenoblois Xavier Bray ont eu les honneurs d’une session live sur radio Paradiso jeudi dernier. Evidemment, il s’y sont mis en danger. Peu de répétitions, et une attitude bien rock’n’roll pour saluer la sortie de ce « Bye Bye Bayou ». « Pourquoi des adieux au bayou? » les questionne le journaliste Yann Zitouni. « Un clin d’œil à Alan Vega dont nous sommes fan et qui a fait un morceau du même nom»  répond Robin. Et aussi une volonté de sortir d’une niche dans laquelle ces trois-là auraient eu tôt fait de sentir à l’étroit. A l’écoute de ce nouvel opus enregistré à New York et produit par un autre punk, Jon Spencer, on mesure l’évolution du groupe. Qu’on se rassure, la démarche s’ancre toujours dans le Sud des Etats-Unis, entre Louisiane et cajun. Armés de leurs guitares électriques, banjo et mélodéon amplifiés et d’une batterie bien méchante, les Mama Rosin s’amusent pourtant à désosser le genre. Ils aiment la distorsion et un son « sale » et c’est plutôt excitant. Mais ils n’en perdent pas la tête pour autant et n’oublient pas les mélodies entêtantes. « Paraît qu’y pas la Temps » est déjà bien présent sur les ondes radio. Ils prennent d’ailleurs parfois leur temps, comme sur ce « Mama Don’t », aussi lent qu’inquiétant, où l’on croirait presque entendre les loups hurler. Sans cesser de s’ancrer dans différentes courants, de se référer à telle ou telle personnalité culte, les Mama Rosin s’émancipent et développent leur propre univers.

Au Studio 15, le trio attaque avec « Marilou », une chanson dédiée à la fille de Cyril et donc…. à la nièce de Robin. Car les Mama Rosin c’est aussi ça, une histoire de famille et de potes. Une sorte de communauté où, avec les moyens du bord, chacun met la main à la pâte, de la pochette de disques à leur label (Moi J’Connais Records) en passant par la réalisation de clips vidéos. Et puis il y a cette énergie si particulière qui fait que même quand ça ne tombe pas juste, tout le monde s’en fout car le moment est savoureux et qu’on n’est pas là pour se la jouer. Les Mamas, comme beaucoup les surnomment en Suisse romande, sont sur le point de s’envoler pour une tournée anglaise d’une trentaine de dates. Un tour de force quand l’on sait à quel point ce marché est peu perméable. Ils s’attaqueront ensuite à la France en 2013. En attendant, vous pouvez toujours savourer sur le net les nombreuses vidéos dont ils vont vous abreuver ces prochains jours. Et écouter leur interview sur Couleur 3.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=PY9jRdA3Eak]

 Mama Rosin, « Bye Bye Bayou » Moi J’connais Records.

Le disque de septembre de Swissvibes, Heidi Happy “on The Hills”

Son nom d’artiste laisse peu de doutes son pays de résidence. Heidi Happy s’y est d’abord fait remarquer par sa voix haute, son approche folk-pop-country et son bazar d’instruments.  Son dernier opus, « Hiding with the Wolves », la montrait plus sérieuse, accompagnée d’un ensemble de cordes.

Son quatrième CD, « On the Hills », synthétise ses précédentes approches musicales. On y trouve encore un peu de son bric-à-brac musical – glockenspiel et accordéon – à côté de violons. Des éléments qui  ne sont plus un but en soi, mais intégrés à son univers en construction. Parfois joyeuse, par exemple dans ce «Patient Heart » où son cœur fait « Boo Boo Boom ». Heidi Happy fait la folle, jongle avec sa voix, les samples, les cordes, les sifflets. Elle qui gardait jusque ici la main haute sur l’écriture et les arrangements des morceaux a partagé cette tâche avec son pianiste Ephrem Lüchinger. Essentiellement composé dans son antre lucernoise en une semaine, mais aussi au Canada, ce disque manifeste d’une artiste épanouie capable de lyrisme, de s’offrir un duo sombre avec le songwriter américain Scott Matthew ou de chansons d’amour avec une musique qu’on croirait tout droit sorti de la bande-son d’un western de Sergio Leone (« Land of Horses »). Egerie de Stephan Eicher ou Yello, Heidi Happy s’est offert un album léger et ludique. Une respiration bienvenue qui va peut-être l’inciter à l’avenir à oser se mettre plus en difficulté.
Heidi Happy, On the Hills, Silent Mode/ Irascible

Le disque de juin de Swissvibes: Tobias Preisig “In Transit”

Tobias Preisig © Likta Hanzkova

Dès les première notes, on pressent que la musique de Tobias Preisig est intense, de celle qui vous prend et vous emporte comme une lame de fond avant de vous redéposer sur une berge, repus et heureux. Tobias Preisig est un surdoué du violon, doublé d’un boulimique. Jugez plutôt: A 31 ans, il a déjà enregistré trois CDs dont deux sous son nom sur des labels internationaux, joué au Montreux Jazz, à la Mecque du free jazz de Willisau et au Menuhin Festival de Gstaad. Dirigeant son quartet depuis 2003, il n’en multiplie pas moins les projets spéciaux avec Georges Gruntz, Dieter Meier, Christian Zehnder ou Rusconi.

Evidemment, avec un tel pedigree, sa musique n’est plus vraiment classable. Ni jazz, ni classique, ni théâtrale, ni free, mais un peu de tout ça en même temps. Pour définir son dernier CD, «In Transit », il parle d’un « voyage à travers un pays dont l’apparence se transforme continuellement ». De fait son violon nous emporte sur des thèmes archiconnus (« Hallelujah » de Leonard Cohen) comme sur des compositions de son cru. Serein ou tempétueux, il joue des montées en puissance, passe des sonorités acoustiques à des stridences presque intenables. En transit entre passion et séduction, ferveur et démon, sa musique est de celle qui sont là pour rester.

Tobias Preisig, « In Transit » (Traumton)