Disque du mois: Plaistow “Lacrimosa”

Lacrimosa

Les trois Genevois sont de retour avec deux longs morceaux de quelque 20 minutes. A l’origine chacun de ces titres devait constituer la face d’un vinyle. Faute de temps, le projet a été reporté. Il paraît pour l’instant un CD et –  comme c’est désormais la coutume pour cette formation –  en téléchargement gratuit via le site de Plaistow ou son Net label, Insubordination.

«Lacrimosa» c’est cette partie d’une messe de requiem où l’on pleure les morts. Johann Bourquenez, Raphaël Ortis et Cyril Bondi ont composé leur requiem à leur manière. Armés de leur piano, basse et batterie, ils proposent de faire le deuil en éludant la mélodie au profit d’un lent crescendo, d’une transe minimale, évoluant de la nostalgie à l’apaisement.

A l’écoute on a l’impression que ces motifs répétitifs, cette douceur sont là naturellement, presque simplement. En fait, la musique de Plaistow est plus que jamais composée. « C’est un peu comme les  cascades d’un skate, cela donne l’impression d’être facile, mais quand on s’y essaie, on se rend compte du boulot » explique le pianiste et chef d’orchestre Johann Bourquenez. Considéré comme un groupe plus performant en live qu’en studio, Plaistow s’est plongé dans une vraie réflexion d’enregistrement. « On a tendance à penser qu’il faudrait faire 2 mois de concerts et arriver en studio remplis de cette énergie pour que l’enregistrement soit bon. Mais c’est un leurre ». Pour Plaistow, la solution pour retrouver la fluidité, la pertinence en studio fut un travail de répétition intense et précis, un travail d’orfèvre.

« Cube », l’autre moitié de ce nouvel opus, est quant à lui essentiellement rythmique, une sorte de drum’n’bass déstructurée et acoustique dans lequel la batterie de Cyril Bondi fait feu de tous côtés. Fidèle à son postulat de départ de n’utiliser que des instruments et pas de machines, Plaistow retourne et développe les possibilités du trio basse-batterie-piano dans tous les sens. Impressionnant et prenant.

Plaistow, « Lacrimosa » (Insubordinations Netlabel)

En concert à Berlin, Ausland, le 19 mai 2012

Le disque de Noël de Swissvibes: Dimlite!

Son nom signifie littéralement lumière terne. Dimlite c’est aussi le nom d’un procédé qui permet de réduire la consommation d’énergie des ampoules.  Le moins que l’on puisse dire est que Dimlite ne cherche pas attirer les feux de la rampe sur lui. D’ailleurs, il n’en n’a pas besoin. Très vite repéré par des gens aussi influents que Gilles Peterson en Angleterre ou Egon du label Stones Throw, le Suisse allemand sort aujourd’hui son troisième album «Grimm Reality», un clin d’œil au groupe de jazz psychédélique The Stark Reality, justement réédité dans la collection Now-Again de Stones Throw…. Car les références du bonhomme sont aussi larges que variées. Robert Wyatt, Conrad Schnitzler, The Residents, Captain Beefheart ou Philipp Glass… Pas vraiment un artiste d’electronica contrairement à ce que Itunes aurait tendance à prétendre… D’ailleurs, depuis quelque temps, Dimitri Grimm, aka Dimlite, a décidé de laisser tomber les samples. Autodidacte, il joue toutes les parties instrumentales, chantonne par ci par là et a recours à deux ou trois copains batteurs (dont Julian Sartorius pour ses sets live). Et déblaie des pans entiers de musique. Souvent qualifié de visionnaire par les amateurs de musique éclairés, Dimlite fait plaisir aux discophiles qui peuvent se plaire à retrouver l’influence de X et celle de Y, mais aussi aux néophytes. Superposant, juxtaposant parties instrumentales (parfois saturées, parfois classiques), voix (en chœur ou en accéléré) et bruits d’ambiance (grésillements ou souffles qu’on croirait intersidéraux…), il parvient à donner à son univers électro-acoustique une dimension et une chaleur étonnante. A découvrir, si ce n’est pas déjà fait. En apéritif: une vidéo pas trop sérieuse à visionner ici:

[vimeo http://vimeo.com/30567245]

Artist page: www.dimgrimm.com

Record label: www.nowagainrecords.com

Dimlite, Grimm Reality, Dist suisse: Namskeio

Le disque d’octobre de Swissvibes: Malcolm Braff

On le savait depuis longtemps : la musique de Malcolm Braff est une musique de transe. Il nous le prouve chaque année au Cully Jazz festival dans ses longs sets au Caveau des Vignerons ou lors de ses performances de 12 à 24 heures dans des lieux insolites.

Pour ce nouvel album qui sort une année seulement après «Voltage», Malcolm Braff opère un tournant à 180 degrés. Dans la continuité; comme à chaque nouveau jalon enregistré. «Voltage» avait été réalisé avec le trio classique du Caveau des Vignerons constitué de Patrice Moret et Marc Erbetta. «Inside» a été réalisé avec le trio du Caveau des Vignerons, cuvée 2011. Soit le bassiste américain Reggie Washington et le batteur autrichien Lukas Koenig. Il n’est plus question ici seulement de rhythm’n’blues, mais de rythmes tout court que ces trois-là semblent capables de décomposer et recomposer à l’infini. Pour évoquer la terre, la mère, l’essence des choses. La magnifique photo de couverture, les titres de plusieurs morceaux ou le texte de présentation à l’intérieur de la pochette tendent tous vers cette spiritualité. Irradiés d’une lumière intérieure, Malcom Braff et ses comparses construisent des ponts entre toutes les musiques. Ils glissent sur un thème de Coltrane, paraphrasent les Stones, rebondissent sur des rythmes africains pour mieux exprimer qu’il n’y a finalement qu’une musique. Toujours prêt à mettre en valeur des talents de moins reconnus que lui, Malcolm Braff aspire dans son monde intérieur la frappe précise de Lukas Koenig et la très belle voix soul d’Aurélie Emery (sur le titre «Crimson Waves»). Le tout sur l’excellent label allemand Enja. Qui dit mieux?

Et pour le plaisir des yeux et des oreilles, son tout nouveau clip:
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=zF_gQpjCSSQ&feature=player_embedded]

Malcolm Braff, Inside (Enja)

Le disque de septembre de Swissvibes: Anna Aaron

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anna Aaaron est de ces artistes qui avancent à grands pas. Après sa tournée avec Erik Truffaz (voir vidéo ici), elle balance un nouvel album qui fait l’unanimité dans la presse suisse. Le Courrier qualifie le morceau-titre «King of the Dogs» de tube aussi haletant qu’entêtant. Le Temps parle à son propos d’un “élan rock et mystique”. 24 Heures “d’un album qui souffle sur des braises léguées par Patti Smith et PJ Harvey”.

Comme souvent dans les bons disques, c’est l’émotion qui parle. Dans celui-ci, Anna Aaron, 26 ans, Bâloise un peu nomade y exprime un tourment créatif: “La souffrance réside dans l’incapacité de comprendre les choses. Ce sont ces douleurs, ces tensions, ces peurs face au monde que j’ai voulu symboliquement évoquer.” Belle maturité qui va de pair avec une impressionnante maturité musicale. Anna Aaron peut murmurer un chant bourdonnant, («Elijah’s Chant»), évoquer des monstres marins avec une distance rock enjouée («Sea Monsters») ou faire revivre le son des vinyles. Mais le domaine où elle excelle est celui d’un rock violent et fragile. La hargne des guitares et du piano y font contraste avec une voix haute qui semble toujours lutter entre hauteurs évanescentes et attirance pour le tumulte.

Et la demoiselle rencontre toujours plus de succès. Son agenda de ses prochains jours est plutôt chargé:

28-09-2011 Le Bourg Lausanne (CH)
05-10-2011 Palace St.Gallen (+ Scott Matthew) (CH)
08-10-2011 Nouveau Monde Fribourg (CH)
13-10-2011 Théâtre du Pommier Neuchâtel (CH)
19-10-2011 Bee-Flat im PROGR Bern (CH)
22-10-2011 Les Rockomotives Vendome (FR)
02-11-2011 Kaserne Basel (CH)
03-11-2011 Kaserne Basel (CH)
18-11-2011 Kiff Aarau (CH)
23-11-2011 La Fleche d’Or Paris (FR)
25-11-2011 Usine à Gaz Nyon (CH)

Anna Aaron 1ère partie Erik Truffaz
29-09-2011 Klub Fleda Brno (CZ)
30-09-2011 Klub Fabrik Ostrava (CZ)
01-10-2011 Music Majestic Club Bratislava (SK)
02-10-2011 Enjoy Jazz Festival Heidelberg (CH)
03-10-2011 Palac Akropolis Prague (CZ)
04-11-2011 Le Trianon Paris (FR)