Dans la caverne de Fai Baba

photo_fai_baba_01Sur la scène du Bourg, Fabian Sigmund, alias Fai Baba surprend avec sa formation trio aussi minimale que puissante. D’abord il y a la voix, une voix qui peut partir très haut, dans un registre habité et qui ne colle pas forcément avec la silhouette longiligne et les mouvements de ce corps nerveux. Un décalage intrigant qui accroche d’emblée. A ses côtés, bassiste et batteur suivent, amplifient et bousculent ce blues bruitiste traversé de fulgurances rock et punk. Les rythmes se cassent pour faire place à de longues parties instrumentales. Deux guitares (une simple et une douze cordes), quelques pédales d’effets, Fai Baba met ses tripes à l’air sans avoir l’air d’y toucher. Une reprise de Townes Van Zandt et des clins d’œil à beaucoup de tendances rock confirment que l’homme est un fou de musiques.  Fai Baba salue, annonce qu’il vend ses CDs et passe illico à l’acte en extirpant une mallette planquée sur un des côtés de la scène. A l’intérieur ses deux CD dont le deuxième, « She’s The Guru », vient de paraître. Il fait état d’une musique nettement plus orchestrée que ce que le Zurichois vient d’envoyer sur scène. Pourtant Fai Baba l’a conçu presque entièrement seul. Explications.

Comment avez-vous réalisé « She is My Guru » ?

Fai Baba Cet album s’est fait en six mois. Je me suis enfermé dans un local de répétition à Zurich et j’ai commencé à faire des loops, à expérimenter des sons avec une table de mix huit pistes. En six mois les bases du disque étaient faites. Puis je suis parti à New York pour le terminer. J’ai travaillé dans le studio de Tony Maimone, qui a été longtemps le bassiste de Père Ubu.

Comment avez-vous rencontré Tony Maimone ?

Fai Baba Par hasard. J’aidais un ami à organiser un marché d’habits d’occasion pour enfants. En discutant avec une femme, je lui ai dit que j’étais musicien. C’était la belle sœur de Tony Maimone et elle m’a mis en contact ave lui. J’ai découvert un nerd qui aimait comme moi la musique organique et travailler en analogique.

Fai Baba_02Depuis combien de temps travaillez-vous tout seul ?

Fai Baba  A 14 ans, j’ai commencé à jouer dans un groupe et je traînais pas mal avec un ami plus âgé et plus au courant. C’est lui qui m’a appris à m’enregistrer sur un magnéto à bandes et j’ai tout de suite trouvé ça plus cool que de bosser avec un ordinateur.

Comment procédez-vous?

Fai Baba J’ai toujours joué avec les rythmes en plus de la guitare. Dès que je touche un instrument, il y un son spécifique pour moi. Je vais par exemple faire un son de grosse caisse avec le pied. Je le sample et je le rejoue. Ça me donne une base à partir de laquelle je construis. Ce sont des choses très simples parfois une simple note. La technique s’inspire du hip hop, mais l’esprit vient du blues.

Comment avez-vous découvert le blues ?

Fai Baba Je jouais dans un groupe. On est passé par tous les style, du hip hop à du rock façon Radiohead, puis façon Pink Floyd, puis façon Sonic Youth ! Je suis ensuite parti en Inde avec ma guitare. Ce sont des travellers qui m’ont initié au blues. Quand je suis rentré, je me suis retrouvé à faire une première partie de concert tout seul à la guitare. C’est là que j’ai réalisé que je voulais jouer solo.

Vous semblez avoir une collection impressionnante d’instruments et de synthétiseurs?

Fai Baba Je ne sais pas combien j’ai d’instruments. Ça remplit une pièce chez moi. Ça me stresse d’ailleurs car je vais devoir déménager bientôt… J’ai toujours aimé les sons vintage, les instruments. Mais je ne suis pas assez riche… Récemment mon amie a déniché un orgue Ace Tone (orgue portable électronique beaucoup utilisé dans le rock américain des années 60). Je l’ai utilisé sur ce disque

Puis vous avez convié d’autres musiciens à vous rejoindre, quels ont été leurs apports ?

Fai Baba Quand je demande à quelqu’un de venir jouer sur mon disque, je sais exactement ce que je veux, le son qu’il va m’amener. Mais j’aime que le processus soit instantané, radical.

Votre dernier album s’intitule « She is the Guru ». Qui est votre gourou ?

Fai Baba Une fois l’enregistrement terminé, j’ai remarqué que je n’avais fait que des chansons d’amour. Quand on pense à un gourou, on pense d’abord à un homme. Ça m’a amusé de dire : « Elle est mon gourou ». Un « elle «  qui renvoie à la femme en général, ma muse autant que mon gourou.

“Julia”, chanson qui figurait sur le premier album de Fai Baba (“Snake Snake”) est téléchargeable sur le bandcamp de Swiss Vibes et écoutable ici:

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Nouvel album: Fai Baba, “She Is My Guru” (A Tree in a Field Record/Irascible)

Swiss Vibes 2013, la chanson du mois de mai

Nick_Porsche_2

« On pourrait croire, en écoutant cette chanson, que je travaille dans un état de spleen profond. Ce n’est pas du tout le cas. Je fais partie de ceux qui ne croient pas au cliché qui dit qu’il faut être malheureux pour produire de bonnes chansons. En composant ” Sorrow “, je voulais trouver une fragilité, je cherchais des ambiances éthérées et subtiles. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’y ai pas mis de basses. J’ai voulu aussi être très concis. On m’a souvent dit que mes chansons étaient longues, dilatées. Avec cette minute et demie, on ne pourra plus me reprendre. » Nick Porsche, à propos de la chanson Sorrow.

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Sorrow est écoutable et téléchargeable sur le bandcamp de Swissvibes. Récemment le chanteur biennois aux goûts décidément éclectiques a fait paraître un nouveau single qui comprend une reprise de son cru de « Billie Jean ».

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Take 5: Switzerland

Take 5_Swiss team

(Left to Right) Andreas Schaerer, Elina Duni, Florian Arbenz, Marc PerrenoudStefan Rusconi, Tobias Preisig. Leo Tardin, Samuel Blaser. ©Emile Holba

The heated kitchen for innovative artists

Take Five is a “heated kitchen” for innovative, young jazz artists, with five concentrated days of coaching, learning, sharing and networking (along with some fun and seriously good food). Created by the UK’s foremost jazz producer, Serious, and funded by Pro Helvetia, Take Five:Switzerland was designed to isolate eight Swiss musicians in the lush setting of Bore Place in Kent – think bluebell woods, gardens bursting with wisteria and mock orange, slouchy sofas and log fires – and lead them through sessions with a performance coach (Mary McCusker), music promoters from across Europe, as well as, digital, legal and industry experts including Wulf Muller of Sony.

“It’s been a rich experience,” said Tobias Preisig, as a comment on the variety of “inside information” they could garner, even when that meant facing tedious home truths. Musicians, such as Florian Arbenz, were aware they could improve their social networking and online presence, and some learnt the value of visual presentation, possibly helped by the photo shoot with experienced portraitist, Emile Holba. Scott Cohen of The Orchard gave a blistering session on aggressive digital distribution and ways to make money from music in an era of sporadic CD sales, with pianist Leo Tardin commenting, “He was the one to shake our ground the most, not someone to pat us on the head, but kick us in the butt, and he did that very well.”

“We need some space for our dreams” Andreas Schaerrer

Sometimes the message from promoters was dour, “We’re learning about the business, but there is no business”, said Marc Perrenoud noting that, “You have to build your audience because, apparently, no audience is interested in jazz.” However, as the vocalist Andreas Schaerer explained, “We need some space for our dreams,” and without exception they were resilient to negative messages. They have to be.

Jazz will need to go on beyond the passing of the classic “greats” and continue sculpting its own relevant identity whilst earning a living. Schaerer felt supported by some promoters learning that, “It’s not only our job to build up our career but it’s also that everybody is interested in having a future generation of active people.”

“We are a community, we are coming from the same place” Stefan Rusconi

What became achingly clear was the wall of work that faces these artists on a daily basis and that as they’d been given this break away from emails, calls, rehearsals, travelling, organising, etc, they were keen to squeeze every drop of tangible use out of the time with little patience for anything deemed irrelevant. Although Take Five is an extremely organised and detailed affair, thanks in part to the sterling work of Martel Ollerenshaw, it also tried to be flexible. So when the Swiss crew stood up to say they wanted time to simply hang out to share concepts, contacts and knowledge with each other, they were given it.

Something I was most struck by was the honesty with which the artists spoke to me about issues they were facing. Somehow the bombardment of information along with the intimate environment and maybe the odd glass of wine had enabled them to face up to their personal challenges: do they follow their business head or artistic heart, how can they deal with the amount they should be doing whilst having focused rehearsal/practise days, or time for their family, what step should they take next?

A Tribe Called Swiss

On the last day there was an extraordinary jam session led by one of the UK’s most exquisite saxophonists, John Surman. And there was an impromptu game of “football-piggy-in-the-middle”. It was actually in the kick about that I most clearly saw a key triumph of Take Five: the founding of a connected, bonded and inspired group. Let’s call it, A Tribe Called Swiss. Without exception each artist echoed Stefan Rusconi’s sentiment, “I knew all of them at least by name, but it’s been great to meet the other musicians. Also, to see we are a community, we are coming from the same place.”

Take Five can shake things up and it will take a while for the musicians to digest it all. I agreed with Rusconi when he said, “We need to be proud of what we’re doing. Swiss music is the new thing – chaotic, strange but rooted too.” Now all they need to do is buck the Swiss trend and force the spotlight onto themselves. As John Surman noted after their music session together, “I won’t forget you guys in a hurry,”  and if they utilise their newly found esprit de corps, they stand a chance of the music world saying the same thing.

Take 5 Switzerland website

Le double électro de Peter Kernel

tumblr_inline_mk0abbdWD31qz4rgpSecond single solo après «I’ll teach you to hunt», Barbara Lehnoff alias Camilla Sparksss enfonce le clou avec «Precious People». Elle creuse son sillon si particulier dans un style électronique quasi-mécanique aux sonorités 80’s assez éloigné de ce que l’on connaissait d’elle au travers du groupe rock Peter Kernel. A l’image de son clip percutant, «Precious People» est une claque sonore inquiétante et hypnotique qui sort des sentiers battus avec ses basses énormes et des arpèges électroniques technoïdes aux frontières de la Cold Wave. Un titre masterisé par Simon Davey (Chemical Brothers, Depeche Mode, Mirwais…) qui n’est sans doute pas pour rien dans cette électro puissante et implacable baignant dans une sensualité toujours sous-jacente.

A l’image des intrigants trois «s» de «Sparksss», la troublante Barbara Lehnoff est définitivement une artiste déstabilisante et hors-norme qui bouleverse les lieux communs. Entre provocation et douceur sauvage, la suisse-canadienne se fraye son chemin au travers de la musique électronique underground… une piste à suivre et à ne lâcher sous aucun prétexte.
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Pierre Omer, Cully Jazz Interview

From a distance Pierre Omer‘s appearance is reminiscent of a compelling shadowy figure in a Jim Jarmusch film. His attire is dark, well-worn and elegantly dishevelled. His sound is a film noiresque Django Reinhardt meets Link Wray via The Clash.

London-born, Geneva-based Omer spent his youth listening to 80s UK pop, new wave and punk. Then came American roots music, large doses of Delta Blues, Hank Williams, Jimmy Rodgers, Bob Dylan, Shellac records and all things swinging from the 30s, 40s and 50s. Very much a vintage kinda guy.

His first band was a cabaret outfit immersed in the Berlin/Paris tradition. Omer then became a founding member of the Dead Brothers – an infamous funeral band known for their punk garage band ethic of rock’n’roll and other old school styles like swing, Bluegrass and hillbilly folk.

Pierre Omer & Stewarts Garages Conspiracy Crew_lowAfter 10 years of cult status, Omer moved into writing music for theatre, cinema and dance, as well as producing the first Mama Rosin LP, setting up his own label, ‘Radiogram Records’ and bringing out 3 solo albums.

By autumn 2011, a new band had organically come together out of disparate elements. Rob Butler – bass player from LA, now resident in Berne and part of the Voodoo Rhythm/Beatman scene. Christian Aregger (banjo) and Roly Bucher (drums) had asked Omer to play with them once and then automatically became his backing band. And lastly, the free radical, Julian Israelian – percussionist and noise-maker who plays his own handmade ‘Samsonite Orchestra’, (an out of this world lap-steel contraption that fits perfectly into a Samsonite suitcase). Together they produce a bluesy, rootsy, vintage sound with a post punk twist which is quite often dark but never sad.

Last year saw the release of “Stewart’s Garages Conspiracy Crew'”on Radiogram Records to critical acclaim. It was recorded at Space Echo Studios above Stewart’s old red-brick car garage in Fulham. The cockney twang in Omer’s singing voice is ever-present as is the up-tempo, jivey, Pogues-style sense of manic rhythm. Omer describes his guitar style as “raw, strange, dangerous and fun. I like to get people moving nowadays to music which has tragic and comic juxtapositions”. Judging by the full house at The Hundred Blue Bottle Club where Omer was resident this year at Cully Jazz, his filmic cocktail of folk-noir, roots, jive and swing is just what the Blues doctor ordered.

Swiss Vibes 2013 dans les starting-blocks!

Le 7 mai 2013, Vibrations publie un supplément de 32 pages entièrement consacré à la scène suisse et offre une compilation de 19 titres à ses abonnés. Parallèlement le blog swissvibes.org, propose le téléchargement gratuit de cette même compilation sur bandcamp. Une opération globale qui allie trois support – presse, CD physique et Internet – pour manifester de l’effervescence de la scène musicale suisse ainsi que son potentiel de développement à l’international. Cette opération est rendue possible grâce aux liens qui unissent depuis quatre ans le magazine Vibrations et Pro Helvetia.

Petit rappel de l’histoire de Swiss Vibes:

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Début 2009, constatant la montée en puissance de la scène musicale helvétique, le magazine Vibrations et la fondation Pro Helvetia unissent pour la première fois leurs forces et réalisent la compilation Swiss Vibes 2009 qui rassemble,  à côté de étoiles déjà confirmées de la scène suisse  que sont Erik Truffaz, Jérémie Kisling, Sophie Hunger, de talentueux musiciens de jazz, de pop ou d’électro. Fort éloignés des clichés habituellement associés à la Suisse, certains, comme Filewile, Grand Pianoramax ou Lole, ont depuis fait parler d’eux dans des festival de renom ou aux travers de leurs enregistrements discogaphiques.

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Deux ans plus tard, la scène suisse a tellement évolué qu’une nouvelle compialtion s’impose d’elle-même. Diffusée aux abonnés de Vibrations et au sein du réseau national et international de Pro Helvetia, Swiss Vibes 2011 s’accompagne désormais d’un blog destiné à être éphémère,  www.swissvibes.org. Du 1 avril au 15 mai, il offre du contenu sur les diffférents groupes sélectionnés (interviews, reportages, sons et vidéos) dont Rusconi, Mama Rosin, Imperial Tiger Orchestra, Oy, Kara Sylla Ka, Samuel Blaser, Anna Aaron, The National Fanfare of Kadebostany.

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Vibrations Magazine, Pro Helvetia et swissvibes.org sont heureux de vous faire découvrir une nouvelle sélection d’artistes suisses, prêts à investir la scène internationale. Découvrez Fiona Daniel, My Heart Belongs to Cecilia Winter, Fai Baba, Tobias Preisig, Soraya Ksontini et Lucien Dubuis et les autres  en téléchargeant la compilation numérique sur bandcamp!

Disque du printemps: Plaistow “Citadelle”

 

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Depuis sa création en 2007, Plaistow ne cesse de réinventer le trio jazz. Johann Bourquenez, Cyril Bondi et Vincent Ruiz (le dernier arrivé), aiment l’exercice de l’enregistrement. C’est l’occasion comme l’affirme le leader et pinaiste Johann Bourquenez, de « redéfinir les directions, de faire le point ». Après “Lacrimosa” et ses deux longues plages de 20 minutes, voici donc “Citadelle”, qui paraît pour la première fois sur un vrai label (Two Gentlemen) : huit morceaux dont un seul ose cette fois durer 20 minutes. On connaît certains des ingrédients-clefs de Plaistow : un amour inconditionnel de la répétition et de la musique minimale allié à un goût prononcé pour certains rythmes issus du monde la techno (drum’n’bass, dubstep). On découvre ici une exploration des modes arabes, une démarche toujours plus construite et même un morceau de hip hop expérimental avec le rapper de Psykick Lyrikah. Traversée d’oscillations, travaillant sur les couleurs harmoniques, la musique de “Citadelle”est à la fois primale, sensuelle et incroyablement subtile. Evoquant la nature ou les constellations planétaires, elle vous prend pour vous redéposer quelque cinquante minutes plus tard, empli d’une nouvelle sensation d’urgence. Et comme cette musique est fondamentalement libre, elle laisse la place à chacun de s’y projeter avec ses idées et ses sensations. Ce que prouve en beauté cette vidéo de Janice Siegrist.

Plaistow, “Citadelle” (Two gentlemen/Dist Irascible)

Concerts de Plaistow:

26 april – BERN (CH) – Ono
28 april – ZURICH (CH) – Exil
2 may – GENEVE (CH) – La gravière

[vimeo http://vimeo.com/63859823]

 

 

Mama Rosin à la rencontre de Moriarty

imagehautsiteMoriarty et Mama Rosin sortent tout juste de l’enregistrement de 5 titres communs, à paraître le 20 avril dans le cadre du «Disquaire Day 2013». Ils se sont donnés rendez-vous pour célébrer la chose à la Flèche d’Or dix jours avant cette date. Moriarty ouvre le bal. A Paris, les franco-américains de Moriarty jouent à domicile et leur réputation n’est plus à faire, ce qui n’est pas le cas du trio helvétique, inconnu de la plupart des spectateurs.

Natifs de Genève, la musique des Mama Rosin baigne dans le blues suintant de la Louisiane et se permet de multiples écarts géographiques vers la Nouvelle-Orléans ou les Caraïbes. Lorsque les neufs musiciens sont réunis sur la petite scène de la Flèche d’or, ils  attaquent les titres communs et la sauce prend instantanément, comme si les deux entités avaient toujours joué ensemble. Banjo et violon croisent le fer avec harmonica et contrebasse, les accordéons sont de sortie, et le bottleneck est de rigueur. Ces morceaux inédits donnent l’impression d’avoir toujours existés, comme un bon vin resté à la cave et qu’on ressort pour une grande occasion. «Ginger Joe» et sa grosse rythmique fait immanquablement taper du pied. «Every Night» est plus dans le style des Moriarty, mais le banjo de Robin Girod de Mama Rosin fait merveille aux côtés de l’harmonica de Thomas Puéchavy. Après ce voyage outre-Atlantique, on revient en Europe avec «Sept jours en mer». Sans doute un des meilleurs moments du concert. Dans un style peu abordé jusque là, les deux groupes nous proposent un chant de marin aux allures de légende traditionnelle celtique. Les «sombres héros de l’amer» de Noir Désir ne sont pas loin, et comme souvent dans ce genre d’histoire de sirènes et de navires perdus, c’est simple, efficace et terriblement poignant. Rosemary de Moriarty qui chante en français, c’est superbe et suffisamment rare pour être signalé! On est sous le charme délicieusement vintage de cette formation éphémère.

Moriarty & Mama RosinMoriarty quitte temporairement la scène pour laisser les trois rockeurs suisses prouver au public français qu’ils en ont sous la pédale. Sans crainte, ils nous balancent leur blues rock de la Louisiane helvétique. Leur univers est bariolé. Il mélange allègrement le Mississippi et le Québec, comme si Jimmy Page et Robert Plant s’étaient initiés aux mythes vaudou et à la danse Two-Step du Texas. On comprend mieux pourquoi Jon Spencer du fameux groupe  new-yorkais Jon Spencer Blues Explosion a décidé de prêter main forte à l’enregistrement de leur dernier album «Bye Bye Bayou», sorti en février dernier. «Sittin on top of the world», extrait de cet album, est représentatif du mélange des genres cher aux Mama Rosin: un riff bluesy au bottleneck soutenu par un accordéon dansant et une grosse rythmique hypnotique et rock n’roll. Il n’en faut pas plus pour faire dodeliner de la tête les 500 personnes de la Flèche d’Or, et on aperçoit même les Moriarty taper des mains en coulisses. L’effet est instantané et délicieusement addictif.

Quelques morceaux plus tard, Moriarty rejoint à nouveau les Mama Rosin sur scène pour clôturer un concert enlevé et rythmé. Pas d’artifices superflus, juste de l’énergie brute et le plaisir de livrer un concert unique, qui se termine dans un mélange de transe vaudou et de blues country et une petite traversée parmi la foule. Merci Moriarty et Mama Rosin !

 Le concert de Mama Rosin et Moriarty a eu lieu mercredi 10 avril, salle de la Flèche d’or à Paris

L’enregistrement 5 titres “Moriarty Meets Mama Rosin” paraît en vinyle en édition limitée le 20 avril sur le label Air Rytmo de Moriarty.

Erik Truffaz Quartet with Anna Aaron @Cully Jazz Festival

Erik Truffaz et Anna Aaron au Cully Jazz  ©Laurent Pasche
Erik Truffaz et Anna Aaron au Cully Jazz ©Laurent Pasche

Trumpeter Erik Truffaz has been a beacon of light in the Swiss and international jazz world since the early nineties and last autumn saw his 10th album release on Blue Note records. ‘El Tiempo de la Revolition’ links up nicely with tonight’s ‘Revolution Groove’ theme at Cully Jazz where the band finally return to play at this important festival after a gap of over 15 years – possibly a sign of how busy they’ve been in the interim.

It’s a delightfully mixed audience at the Chapiteau tonight, surley a testament of Truffaz’s dexterous ability to bridge the jazz gap from the traditional lyrical beauty of a Chet Baker to the nu-jazz experimentalist vibes reminiscent of Miles Davis. Hence, whether young or old, Truffaz’s elegant, atmospheric and resourceful style holds something magical for everyone.

Oiling the wheels of the machine are his heavyweight band members, each one bringing personality and colour to the cinematic flavour of the evening.

The wildly energetic and well-equipped Benoit Corboz on keyboards produced a wide variety of sounds ranging from piano, rhodes, church organ to wailing guitars and waterfalls. Along with Marc Erbetta on drums and voice box, they were the driving force behind the busy textures and soundscapes that contrasted from time to time with the more languid, introspective pieces. Marcello Giuliani on bass provided a rhythmically hip underpinning that helped to bring all elements and styles cohesively together. And as for Truffaz and his trumpet, whether bellicose or serene, his delivery was haunting, penetrating and deceptively understated throughout. Like liquid wax, he cleverly moved into places you would not expect and seductively melted you away.

Together, this quartet deliver a quietly confident, deeply poetic and engaging sound. They are not in any hurry, spaces in the music are allowed to breathe, less is quite often more, thereby allowing the atmosphere to build in a hypnotically meditative way, (typically evident in the track “African mist”).

The young and promising Swiss singer, Anna Aaron joined them on stage for two numbers, “Blue Movie” and “Blow Away”. Her soothing, agile, slightly pop-ish voice added a lighter touch, reminding us that Truffaz has often collaborated with unexpected genres of music to great effect.

“Mr K”, homage to their diligent manager, brought out their funkier side and whipped the audience into a joyful, energetic frenzy. It was hard for the band to leave the stage at the end of the gig, the audience had clearly not had enough of their favourite jazz export and wanted to bask a while longer in their irresistible ambiant beauty.

 

La scène suisse est dans la place!

Savez-vous qui a déclenché le déluge de pluie hier soir au Cully Jazz? Tobias Preisig et son violon qui parle aux esprits. Alors que le musicien zurichois se lançait dans un de ces crescendos dont il a le secret, la pluie s’est mis à battre à tout rompre sur la tente qui recouvre la scène du Jardin. Une minute de folie. A croire que les dieux de la pluie avaient décidé d’être de la fête. Tobias Preisig et son band recommencent ce soir (toujours au Jardin), mais à en juger par le ciel, les dieux de la pluie ont décidé d’aller voir ailleurs. Il était temps.

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Egalement dans le off du Cully Jazz Pierre Omer et ses Stewarts Garages Conspiracy cow-boys ont installé leurs quartiers dans l’antre du THBBC. Des looks et des riffs de tueur, un chanteur ambianceur hors pair et le batteur d’Imperial Tiger Orchestra perdu dans des expérimentations sonores improbables sur une planche tendue de cordes. Eux ne craignent ni le vent, ni la pluie et peuvent même envisager de balancer leur rock-country-blues par beau temps si vous leur payer un verre…

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Dans le festival IN, c’est aux Bernois de PommelHORSE que revient l’insigne honneur d’ouvrir la soirée sous le chapiteau avant Mr Steve Coleman en personne. PommelHorse, c’est du jazz sans être du jazz. Autrement dit quatre jeunes musiciens formés aux canons du jazz, mais qui écoutent aussi du rock, du heavy metal, de la drum’n’bass ou de la fusion. Une musique chargée d’atmosphères qui, partant d’instruments acoustiques, jouent avec pas mal de feeling des effets de distorsion,  des décalages sonores et rythmiques.

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Quant au musicien, compositeur et arrangeur romand Christophe Calpini (Stade, Mobile in Motion) il viendra défendre les couleurs de son projet avec le chanteur anglais Wayne Paul. La rencontre entre cette voix soul qui sait vous tirer des larmes et le maestro des amples a déjà accouché d’un disque “Between The Lines”. Au Next Step samedi soir, les deux amis vous feront découvrir leur live. Encore un must.

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