C’ho 10 anni @ Studio Foce, Lugano

C'ho 10 anniJe me souviens de la première fois où j’ai parlé avec Aris Bassetti. J’avais entendu trois titres de Peter Kernel sur MySpace et nous avions échangé quelques mails ensuite. A la fin de l’un d’eux il me disait, un poil ironique, combien il était difficile d’être Tessinois parfois. Du moins, quand on fait du rock, tant la région manquait alors de structures, de salles de concerts, de festivals ou encore de labels.

8 ans plus tard, tout n’a pas encore changé. Mais c’est un autre monde déjà. Comme MySpace, le désert rock tessinois semble révolu, remplacé par une scène en plein développement et qui fait désormais parler d’elle hors des ses frontières. « Dernièrement, de nouveaux lieux où s’organisent des concerts sont apparus. Surtout, les qualités et les ambitions des groupes tessinois ont augmenté depuis 3 ou 4 ans et ils sont toujours plus nombreux à tourner et à jouer un peu partout dans le monde », observe Aris Bassetti.

Un label, comme gage de sérieux
seul sur scène tom bar mixe garage et electro
seul sur scène tom bar mixe garage et electro

Le musicien de 38 ans n’y est pas pour rien. On the Camper, le label qu’il a créé en 2006 avec sa compagne Barbara Lehnoff a permis l’émergence ces dernières années, en plus de leur projet Peter Kernel, de plusieurs groupes tessinois qui comptent et s’exportent, de Camilla Sparksss (projet solo de Barbara) à The Lonesome Southern Comfort Company. Surtout, il a donné une visibilité au Tessin sur la carte des musiques actuelles. « Je ne sais pas pourquoi, mais les gens prennent plus au sérieux un label qu’un groupe, analyse Aris Bassetti, ce qui permet notamment d’attirer l’attention des médias. C’est en cela qu’avoir un label fait sens au Tessin.»

10 bougies
Viruuunga rejoint Peter Kernel sur scène
Viruuunga rejoint Peter Kernel sur scène

Un label aux airs de famille musicale, qui fêtait son 10ème anniversaire le temps d’un festival à Lugano, organisé durant le week-end pascal. L’occasion, en plus des fers de lance d’On the Camper, de découvrir sur scène quelques nouveaux groupes tessinois à suivre. En tête tam bor, projet solo de Vitti Bastianelli, batteur intermittent de Peter Kernel. Martelant ses frappes sur des boucles synthétiques, le jeune musicien donne vie à un étrange mix entre garage et electro, le tout rehaussé par un chant habité. Plus conventionnel, Viruuunga n’en est pas moins séduisant. Le duo basse/batterie, soutenu par une drum machine, lorgne aussi bien vers le rock psyché que vers les lignes éthérées d’une certaine new-wave. Premier EP à suivre cet automne. Enfin, le trio Niton – invité de dernière minute en remplacement de Rocky Wood – impressionne par sa posture radicale, l’électronique se frottant à un violoncelle polymorphe et à des instruments bricolés, aux sonorités inouïes.

Frissons et futures collaborations
explosion de paillettes pour clore le concert de Peter Kernel
explosion de paillettes pour clore le concert de Peter Kernel

A côté de cette relève, les (déjà) glorieux anciens de la scène tessinoise ne sont pas en reste. The Lonesome Southern Comfort Company distille son folk inspiré, plus rugueux et crasseux sur scène que sur disque, tandis que Camilla Sparksss s’impose en furie electro-lo-fi, faisant saturer les synthés comme peu d’autres. Mais le clou du week-end, c’est bien sûr Peter Kernel. Le groupe à l’origine d’On the Camper clôt ce jubilé avec un indie rock toujours aussi efficace, mais chargé soudain d’une émotion particulière. Les frissons sont palpables quand retentissent les premiers accord d’It’s Gonna Be Great avant qu’une explosion de paillettes ne ponctue la soirée et le festival.

La fête fut belle et pourrait bien laisser plus que de bons souvenirs en héritage. Les deux soirées au Studio Foce de Lugano ont affiché sold-out et donné quelques idées à Aris Bassetti. « Cet anniversaire était aussi une façon pour nous de tester les collaborations possibles entre différents acteurs culturels du Canton en vue de concrétiser un projet auquel nous pensons depuis longtemps, explique-t-il, un festival qui s’appellerait La Tessinoise. C’est notre prochain objectif. » La scène musicale tessinoise n’a peut-être pas fini de surprendre.

ELVETT, « Who Shot First ? »

Nouvelle création de la scène suisse romande, le duo Elvett vernira son premier EP, « Who Shot First ? », le 19 décembre prochain à l’Usine à Gaz de Nyon.
Les prémisses Elvett

Né du besoin de renouveau de Lyn M et Alain Frey, créateurs du groupe genevois Aloan avec lequel ils ont écumé quelques unes des scènes phares d’Europe (Paléo Festival, Eurockéennes de Belfort ou encore Printemps de Bourges), Elvett se dévoile comme l’une des révélations musicales suisses de l’année.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=o_uNkZxNMvs&w=560&h=315]

Quelques mois après la sortie de leur premier single, « Home », en janvier 2015, le groupe écume les festivals suisse (Caribana Festival ou encore Rock Oz’Arènes) et s’offre une escapade en France (Les 3 Baudets, Paris) et en Italie (Exposition Universelle, Milan). Son électro-acoustique teintée d’un spectre trip-hop leur a permis de gagner le Swiss Live Talent 2015 dans la catégorie pop et d’aguicher les blog américain et anglais. Leur premier EP, « Who Shot First ? », sera à découvrir sur scène le 19 décembre prochain à l’Usine à Gaz de Nyon.

Le son Elvett

1440x1440sr (1)« So Easy » ouvre les portes de l’univers Elvett. Les premières harmonies donnent le la de ce qui sera la patte du duo. Tirades électro, bercées d’une douce vague qui attire l’auditeur dans une profondeur salvatrice. Si ce premier EP a d’abord été porté en radio par « Home », un titre miroir de cette profondeur où le groove est tiré en longueur et l’eurythmie envoûte, « Who Shot First ? » ouvre également une voie généreuse à des envolés rythmiques portant leur son dans un cosmos organique aux multiples facettes. Les percussions incarnent une précision saisissante, invoque le tribal et, d’un geste aiguisé, transporte leur musique du calme hypnotique à la ferveur salutaire. Un grain de l’imaginaire cinématographique marque. La musique d’Elvett image le son. Ce n’est pas un hasard si leur patte a été choisi pour orner le film suisse « Sweet Girls ».

L a voix Elvett

Fil conducteur du voyage, la voix de Lyn M guide de la chaleur caractérielle de son timbre. Une chaleur à la fois douce et puissante. Une puissance à la fois subtile et déconcertante. La couleur, le maniement de la note, l’intonation des mots ; quelque chose de soul glisse à l’oreille. Délicatement suggérée, cette soul s’efface parfois au profit d’effluves aérienne. L’ornement vocal agit tantôt comme leader du récit harmonique, tantôt comme compagnon de voyage.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=NcCQ8ToCYpk&w=560&h=315]

« Who Shot First ? » pose les fondations d’un univers musical où chaque élément est mesuré avec attention et où l’osmose règne en maitre. Sonorités fraiches, électro et acoustiques à la fois, sèment les graines d’une formation prometteuse dans l’air du temps.

Disque

« Who Shot First ? » est disponible sur iTunes, Amazon et Spotify

Concerts
Nyon (CH), Usine à Gaz, 19 décembre 2015 (Vernissage EP)
Genève (CH), Meyrin, salle Antoine-Verchère, 29 janvier 2016
Audincourt (FR), Le Moloco, 30 janvier 2016
Zurich (CH), Moods, 11 février 2016
Chamonix (FR), résidence à la maison des artistes du 8 février au 06 mars 2016

Hell’s Kitchen “Red Hot Land”

HELLS-KITCHEN-Red-Hot-Land« Laisse moi essayer quelque chose de neuf » entend-on, d’une voix plaintive, au détour du cinquième album des Hell’s Kitchen, « Red Hot Land ». Passé de Dixiefrog à Moi J’connais, le label des amis de Mama Rosin, les vétérans du blues genevois, quinze ans de scène au compteur, ont voulu aller voir ailleurs si le Delta y était. Ho, bien sûr, les acteurs de base sont toujours en place, Bernard Monney et sa voix broussailleuse au dessus du bottleneck, Cédric Taillefert et sa batterie faussement déphasée, Christophe Ryser et sa basse foudroyante.

Mais, à l’inverse du blues classique, identifiable à l’enfer guindé où des serveurs coincés débitent mécaniquement leurs syncopes précises et prévisibles, le trio genevois semble s’être mué en garçon de rade prêt à faire trembler les assiettes sur son bras tatoué : on croit s’attendre à un plat, un plan, une attitude, et c’est toute autre chose qui arrive.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=SNYPHp7xfpM&w=560&h=315]

« Red Hot Land » rompt un peu plus avec leur goût du blues minimaliste. Là un rythme de marche militaire dérisoire, ici un banjo qui parle tout seul, une corde un peu aléatoire répond à une mélodie précise, un vrai refrain fait contrepoint à un yaourt rockab, une ambiance New Orleans laisse la place à un accès de cris sauvages. Et s’il s’entend encore, leur blues sauvage des alpages s’efface derrière des balancements folkpop. A qui la mue ? À Robin Girod de Mama Rosin, à la fois producteur et compagnon d’entrain, venus apporter sa gouaille échevelée sur certains morceaux. A Matt Verta-Ray, à plus forte raison : la moitié de Heavy Trash, qui a mixé l’album à New York tout en s’invitant lui aussi sur certains titres, a contribué à trouver le son juste. Celui qui relie les énergies primales de Hell’s Kitchen à ses meilleures idées.

Disque
Hell’s Kitcehn “Red Hot Land” (Moi J’Connais/Irascible)

Concerts en France:
Paris, Mécanique Ondulatoire, le 12 novembre 2014
Lyon, bar des Capucins, le 13 novembre 2014
Annecy, Le Brise Glace, le 14 novembre 2014

Fontaine, La Source, le 15 novembre 2014

 

Le journal de Leo Tardin au Japon (dernier chapitre)

LeoTardin_Japon_last1Dernier jour à Tokyo avant un vol de 12 heures pour Zürich… Il pleut et la ville humide ressemble à un décor de Blade Runner sous ce ciel sombre et chargé, ce qui n’est pas sans charme d’ailleurs…
Le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaireLeoTardin_Japon_last2
Après une journée de visite dans le quartier de Shibuya je décide de rentrer à mon hôtel en métro aérien et constate que le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaire. Mais encore une fois grâce à la gentillesse et politesses des habitants je prends le chemin de mon hôtel sans trop de problèmes.
Quelques dernières impressions resteront, outre l’extrême courtoisie de habitants et la sophistication des WC (apparemment atomiques eux aussi, ou en tout cas très largement fournis en diverses options et boutons-poussoirs électroniques):
Les voitures ne font quasiment aucun bruit en roulant dans les rues (au trafic pourtant parfois intense), grâce à un revêtement spécial sur les routes.
Les Japonais sont FOUS de jazz
Dans les petites boutiques pas particulièrement spécilisées, c’est du jazz qui passe en boucle, même si les Japonais ne savent pas forcément que c’en est. Un des publics les plus respectueux, appréciatifs et enthousiastes que j’aie rencontré. Ce fut un très grand honneur  pour moi de jouer au Japon. Idem pour les journalistes qui m’ont posé des questions particulièrement pointues et bien informées.
Enfin,  inutile d’espérer avoir un “I don’t know” clair quand un interlocuteur n’est pas en mesure de répondre à une question posée e en anglais. Les Japonais préfèrent répéter très poliment ce que je viens de demander, jusqu’à l’absurde,… Ce qui n’est pas sans compliquer les choses par exemple lorsqu’on oublie des affaires dans ledit métro aérien et qu’on appelle les objets trouvés à la police de Shibuya…
Affaire (presque) classée!
Léo

Le Journal de Leo Tardin au Japon (chapitre 4)

Aujourd’hui c’est dans un club plus traditionnel que j’attaque un concert en piano solo, toujours à Tokyo.
A mon grand étonnement un groupe monte sur scène après mon set, brandissant de grandes images de chiens et chats.
LeoTardin_Japan_Day4Il s’agit d’un groupe de militants pour les droits des animaux, qui chantent un morceau pour diffuser leur message, avant de céder leur place au band prévu dans le programme. La marraine / instigatrice de cette fondation se révèle être la CEO d’une grande entreprise japonaise de sodas et bières au citron, présente ce soir-là dans le club pour soutenir les troupes, et proche du patron de l’établissement. Nous sympathisons après mon set et échangeons nos contacts. Elle semble beaucoup apprécier l’album Dawnscape
Qui sait, peut-être bientôt une track de Dawnscape pour le prochain spot commercial de cette fameuse bière au citron? (testée et approuvée!)
Affaire à suivre…
Léo

Le journal de Leo Tardin au Japon (chapitre 1)

Reçu dans la boîte mail de Swiss Vibes ce matin cette courte missive de Léo Tardin. Il nous en promet d’autres tout au long de son périple japonais. Affaire à suivre!

Bonjour Swissvibes,

Concert _Aubes_MusicalesAprès un concert magique au lever du soleil aux Bains des Pâquis en duo avec la chanteuse lisboète Paula Oliveira il y a quelques jours (photo ci-dessous), je m’apprête à m’envoler pour le Japon pour quelques concerts:

Piano solo (projet Dawnscape) au All Of Me ce dimanche 6 sept, au SuperDeluxe ce dimanche 7 sept. et au Jazz Spot lundi 8 sept:

Cap ensuite sur Istanbul pour deux concerts avec le percussionniste Burhan Öçal les 20 et 21 septembre (Grand Pianoramax + duo avec Burhan).
 
De retour en Suisse, place enfin à une brève tournée piano solo pour soutenir l’album Dawnscape récemment sorti (co-prod. Montreux Jazz Artists Foundation, distrib: Irascible) dont voici les dates:
 
24 septembre: Eisenwerk, Frauenfeld 
6 octobre: Meet Art: rencontre / discussion CEC Emilie Gourd, Genève 
11 octobre (après-midi): masterclass EJMA, Lausanne (festival Jazz Contreband)
11 octobre (soir): Ferme Asile, Sion (festival Jazz Contreband)
14 octobre: Rolex Learning Center, EPFL, Lausanne
25 octobre: Sud des Alpes, Genève (festival Jazz Contreband)
 
Excellente rentrée à toutes et tous!
Léo

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow), chapitre 6

Johann Bourquenez_autoportraitDernier chapitre du journal de Johann Bourquenez, pianiste et compositeur de Plaistow, qui était en tournée en Inde du 23 au 30 novembre. Pour les épisodes précédents, voir les liens ci-dessous:

 
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5

30 novembre 2013 – 11h20 – aéroport de Bangalore, puis dans l’avion

Tout s’est accéléré, on fait maintenant un concert par soir dans des villes différentes.

Jeudi soir, concert au Edward’s Theater à Mumbai. On est le premier groupe à jouer dans cet endroit depuis au moins 70 ans, la salle à été utilisée comme cinéma pendant longtemps. Très beau théâtre, avec deux étages, bleu et blanc, des petits couloirs pour aller dans les loges, un bon piano et plus de 500 personnes. On a fait un concert bien intense, une heure parce qu’on est en première partie de Erik Truffaz. Standing ovation. Puis on boit quelques verres de blanc dans la cour, et on bat notre record de vente de disque en Inde (37). On rentre en taxi. En quatre jours à Mumbai, j’y ai pris quelques habitudes et repères, on peut situer l’hôtel par rapport à Bandra et le Sea-Link…

IMG_4443Vendredi, départ le matin pour Bangalore. une heure et quelque de vol. Aéroport à plus d’une heure de l’hôtel, une petite route en bon état, qui traverse des petits bleds pleins de gens, de terre rouge, de poules, de vaches, de petites maisons, un singe traverse devant nous. Toujours la conduite au klaxon (qui définitivement, sert à annoncer sa présence, et non pas à signaler son mécontentement), des motos à droite et à gauche, des vélos…

On arrive dans un hôtel ultra-business, piscine à degrés et à eau affleurante, spa, baignoire, fauteuil tigré noir et blanc, ma chambre m’inspire un truc comme une version Bollywood de “2001 l’Odyssée de l’Espace”.

Concert dans un club privé, des gens venus parfois d’autres villes pour nous voir, et d’autres plus américano-français-expat-beauf-friqués, le même modèle qui vient aux concerts de l’AMR pour parler et qu’il faut souvent recadrer d’un petit: “Could you please talk soflty, some people here actually try to listen to the music.” Difficile et fatiguant. Mais on a bien joué, des versions plus longues de certains morceaux. On rentre avec le taxi de l’hôtel, et on fume une cigarette avec Shrini sur la terrasse déserte.

BouddhaNotre civilisation bat de l’aile, tout s’effrite et ça se sent, différemment à différents endroits. C’est une chose de le comprendre. C’en est une autre de l’accepter. On parle de cette idée que cette civilisation – celle-là, et toutes les  autres – ne nous appartient pas. Un peu de silence, on regarde par le balcon. On en vient à considérer chaque ville comme un animal, puis tout le réseau des villes et des constructions humaines comme une seule entité cybernétique. Quelque chose qui nous dépasse, avec lequel on est en symbiose. Sans s’en rendre compte, et même en se sentant important.

Le soir à Bangalore, l’air est plus frais qu’à Mumbai. C’est la Silicon Valley indienne, c’est ici que les entreprises occidentales délocalisent leur sale boulot informatique ou de gestion (du développement logiciel à la hotline.) c’est peut-être ici que Swiss airlines délocalise sa comptabilité…

Ce matin on refait la route de l’aéroport dans l’autre sens. Je sens que je n’ai vu que des villes, qu’il y a une campagne qui commence au bord de cette route, avec de la terre rouge, des poules et des citernes d’eau. Je passe “Catch a Fire” dans la voiture. Avec ce paysage, cet album ne fait pas son âge (40 ans). J’ai l’impression qu’on pourrait croiser les Beatles au hasard d’un carrefour. J’ai l’impression que l’inde s’en fout un peu de notre temps historique d’Occidentaux spectaculaires et pressés.

GoaOn va atterrir déjà. La pression me fait mal aux oreilles. J’ai le nez pris à cause de la climatisation. On arrive à Goa. Quel nom mythique. Je ne sais pas à quoi m’attendre. C’est le dernier concert de cette tournée.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 5

Chapitre 1: ici
Chapitre 2:
Chapitre 3: here
Chapitre 4: there

Jeudi 28 novembre, 9h30

Johann Bourquenez and Plaistow en balladeL’après-midi, je dors pendant le trajet en plein trafic dans la voiture de Shrini. C’est fou mais ça se me surprend déjà plus trop ce chaos. Il y a quelquefois où je sens que le surréalisto-mètre est dans le rouge (les croisements sans feu où tout le monde roule pare-chocs contre pare-chocs, les familles avec enfants qui traversent des triple voies au milieu des bus et des motos…)

Chez Shrini, je lis quelques paragraphes de Krishnamurti. En substance : se focaliser sur les résultats, ou sur l’expérience acquise, c’est la mort. La vie c’est l’action, pas le résultat. experiencING instead of experiencED. Et aussi : la discipline, la concentration, c’est réduire les possibilités, en choisissant un aspect de l’esprit au détriment d’un autre. La création, la découverte, ne peuvent apparaître que dans un esprit libre.

Bon concert au Bandra base, petit endroit “underground” (ou plutôt “indépendant”) ou Emma gère la programmation. Un bon piano droit qui tient la route, la plus petite grosse caisse du monde, une trentaine de personnes enthousiastes. Petite jam dub à la fin avec deux saxophonistes locaux. Le propriétaire est un Californien, la cinquantaine, il finit par un speech:”Please educate yourself about climate change. In 20 years this place will be under water.” C’est vrai que toute la ville est plate et au niveau de l’Océan, pas de digue ni rien.

On en parle un peu. On parle de nos voyages en avion. Il dit : “On le fait tous. On n’a pas le choix.” L’après-midi, Shrini disait : “Nous n’avons plus d’autre choix que de vivre dans le présent. Ça fait 40 ans que tout le monde vit dans le futur en croyant que ça ira mieux plus tard.”

IMG_3769Le soir on mange dans un restau chinois. Le Californien en question à étudié “quand il était jeune, c’est-à-dire il y a longtemps” les rythmes indiens et donne quelques explications sur le Tintal, compter avec les phalanges, décomposer les patterns en 3,4,5, etc. Quand je dis que je m’attendais à ce que la tradition musicale indienne soit plus présente: on ne l’entend pas, on n’en entend pas parler, ni dans la rue ni a la télé, on ne rencontre pas de musiciens qui jouent ça. Il me répond que, comme partout, les gens veulent ce que veut le voisin et ce qui est à la mode, ce qui est brillant et a du succès, c’est-à-dire, les conneries que j’ai vues à la télé.

Il dit aussi qu’on est un groupe qui réussit la synthèse d’éléments très différents, sans que ça soit parallèle ou anecdotique (Steve Reich + Dub + musique orientale + jazz + …) et qu’il n’avait jamais entendu ça.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 4

Chapitre 1: ici
Chapitre 2:
Chapitre 3: here

Mercredi 27 novembre – Mumbai – hôtel – 13h

Je perds le fil des jours – normal en tournée – je ne sais le jour et la date qu’en regardant sur mon ordi.

Lundi soir, on est sorti faire un tour des bars de Bandra avec Shrini. Il habite là. C’est le quartier des artistes et des resto pas trop chers. En Inde la bière standard c’est la KingFisher, et c’est bon.

Johann Bourquenez_gareMardi, on est parti à 10h de l’hôtel pour aller à South Bombay, le quartier plein de bâtiments victoriens et de touristes. On est resté quatre bonnes heures, entre le “India Gateway”, la station de train qui ressemble à une cathédrale, les marchés de rue et un petit atelier de photo au fond d’un couloir humide dans une vieille baraque.

Je transpire beaucoup, et je ne suis pas sur que le jus de canne a sucre est bien passé…

L’après-midi, workshop à la “True School of Music”, on joue 30 minutes puis on parle avec les étudiants, c’était intéressant pour tout le monde, on leur a parlé de nos façons de composer ensemble, des limites du rêve démocratique dans un groupe, de la diffusion sur internet ou pas. J’ai même parlé de mes exercices très lents et dit que ce qu’on aborde dans une école on peut mettre 10 ans à l’appliquer, parce que ça demande d’être disponible (ce qu’il m’est arrivé)

Rencontre avec les jeunes profs et ingé son, français, américain, anglo-indiens. On rencontre aussi Emma, qui a booké nos concerts et le workshop. Elle est là depuis dix ans (on peut dire qu’elle kiffe) et elle essaye de sortir de Mumbai 2 jours par mois sinon ça rend fou, surtout le bruit.

Un resto trop cher le soir. Puis j’ai passé une nuit de 11 heures à transpirer et à me sentir plutôt merdique.

J’ai regardé des clips à la télé et c’est horrible. Apologie de l’alcool, de la violence, des flingues, confusion entre sexe et amour, etc… Comme partout. Il y a un film qui sort le 29, Bullet Raja, une grosse prod bollywood, j’en ai vu 5 bandes annonces et les commentaires de la presse et des people.

Johann Bourquenez_sur les quaisCe matin ça va mieux. Certainement mon corps doit s’habituer au changement de climat de nourriture…J’ai fait un tour sur les “quais” à côté de l’hôtel, pris des photos. Il y a ce pont au dessus de l’océan qui va à Bandra, qui est énorme. L’air est épais et il fait bien chaud (30 degrés), je transpire tellement, et je ne sèche pas après la douche.

On repart à 14h, ce soir on joue dans un club, on rencontre des musiciens locaux, et demain on fait la première partie de Erik Truffaz au Edward’s Theater.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 1

Johann Bourrquenez ©Alex Naselenko
Johann Bourrquenez ©Alex Naselenko

Du 23 au 30 novembre, Johann Bourquenez, Cyril Bondi et Vincent Ruiz sont en Inde pour y donner six concerts avec leur trio préféré, Plaistow. Le pianiste Johann Bourquenez se prête au jeu du journal de bord. A lire en écoutant ou en réécoutant (puisqu’on ne peut pas se téléporter en Inde) l’excellent dernier opus du groupe, “Citadelle” (lien soundcloud au bas de l’article). Première halte à:

Samedi 23 nov – 11h10 – Hyderabad

Nous sommes arrivés hier a Mumbai, vers 1h du matin. un taxi de l’hôtel nous attend comme prévu. Concert de klaxons dès le parking. Circulation assez intense même à cette heure de la nuit. Il fait 15 degrés et l’air est plutôt épais et chargé d’odeurs chaudes.

On dort vite fait 3 petites heures, tous dans la même chambre qui sent la naphtaline. A 5h30, Shrinivas (Shrini) arrive a l’hôtel et nous repartons à l’aéroport pour Hyderabad, première ville ou nous jouons. Shrini sera notre tour manager pendant toute la tournée, c’est la première fois que nous sommes accompagnés tout le temps. Quelques security check, on me dévalise mes deux briquets. Arrivée a Hyderabad, trajet de 30 minutes pour l’hôtel, cette fois un hôtel plutôt business class.

Pendant le trajet, des squelettes d’immeubles pas finis avec leurs échafaudages de bambou, au milieu d’autres immeubles habités, parfois un peu des deux, l’autoroute suspendue qui traverse tout à 10 mètres du sol, des collines en pierres rouge empilées comme par un géant, une circulation dense où tout le monde klaxonne tout le temps. Il pleut un peu. Il fait 20 degrés. Je tue un tout petit moustique dans la voiture. Des motos qui doublent n’importe ou avec trois personnes sans casque, des gens qui traversent la route au milieu de nulle part. Un quartier pauvre juste avant d’arriver. Il y en a un juste à côté de l’aéroport de Mumbai, on voit les baraques par le hublot de l’avion qui décolle.

On mange un peu, je n’ai pas faim alors que tout a l’air très bon, j’ai l’impression d’entendre un choeur d’Européens en train de dire: “Ah, j’adore l’Inde, c’est incroyable, et puis la bouffe c’est incomparable, etc…” puis on a une sieste jusqu’à 15 heures, puis repas, puis soundcheck à 16, puis repas, puis concert à 19h30. Ce soir on est le seul groupe. Je fume une cigarette devant l’hôtel en regardant et en écoutant la rue, puis les peintures sur les murs. Tout est dense, pourtant c’est une “petite” ville ici, l’air, les sons. Je manque un peu de sommeil et me sens flottant.
J’écris ça. Je n’ai pas encore pris de photo. C’est pas pareil d’écrire. expérience…
Il est 15h30 je vais dormir un peu.

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