Rootwords – “Inappropriate Behaviour” (EP) part. I

Rootwords-She-thumbRootwords puise la source de ses créations dans la culture hiphop. Loin de se contenter de recréer l’actuel ou le passé, le rappeur genevois d’origine américaine et zambienne mêle hiphop et influences éclectiques. Le résultat ? Des univers hétéroclites, entre tendances et old school, guidés par le verbe consciencieusement aiguisé de Rootwords, qui mènent l’auditeur dans un voyage musical aux multiples facettes.

Après avoir présenté son premier album, “The Rush” (en 2014), et les EPs de ses débuts sur les scènes suisses, françaises, italiennes, allemandes ou encore chinoises de renom, Rootwords aborde 2016 avec un nouvel EP au concept peu commun. Composé de six titres qui sortiront au compte-gouttes chaque 25 du mois, “Inappropriate Behaviour” oscille entre titres en solo et collaborations avec des artistes des quatre coins de la planète. Toujours plus ancré dans la lignée des artistes citoyens du monde, Rootwords propose chaque mois sur swissvibes  un nouveau chapitre de cet EP avec ses impressions.

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Pour inaugurer la série, Rootwords offre ce mois le titre “Move” en featuring avec Muthoni The Drummer Queen, énergique et talentueuse artiste kényane. Un beat aux basses prenantes où les flow des deux artistes s’allient pour condamner l’hypocrisie du rap:

« Une des choses qui me dérange le plus dans le rap est la capacité de beaucoup de rappeurs  à être “faux” . Leurs chansons parlent de deal, d’armes à feu, d’assassinats, de proxénétisme, d’argent, de voitures, de putains etc. OK, cela ne date pas d’hier, mais je ne l’accepte quand même pas!

« Move » a donc été écrit avec l’intention délibérée de surprendre mon public. J’ai choisi une instru inspirée du trap, composée par GR! et Hook basés en Suisse, sur laquelle j’ai posé des paroles et flows avec beaucoup d’ironie afin de condamner de tels comportements. Cerise sur le gâteau, j’ai invité une vraie artiste africaine, internationale et combattante du nom de Muthoni The Drummer Queen, pour vous montrer ce qui est vraiment bon.

C’est comme ça que le Hip Hop doit sonner ! »    

Rootwords – “Move” (feat. Muthoni The Drummer Queen) est disponible en téléchargement gratuit sur Soundcloud.

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Les Transmusicales font la part belle à quatre groupes suisses

Ce soir, au mythique club Ubu de Rennes, quatre groupes suisses – et pas des moindres – sont à l’affiche!

Grand CannonLa playlist ci-dessous vous permettra d’en découvrir trois. Seul Grand Cannon, un trio dont les membres (plus proches de la soixantaine que de la vingtaine) ne sont pas forcément des adeptes de soundcloud, n’est pas inclus dans notre playlist. La vidéo ci-dessous saura toutefois vous convaincre de l’efficacité de leur blues déjanté et humoristique emmené par le Chicagoan Zach Prather

FlexFabQuant aux trois autres sélectionnés au grand rendez-vous des musiques actuelles françaises, leur jeunesse n’a d’égal que leur détermination et leur feeling. Justement: le Neuchâtelois FlexFab s’est fait remarquer dès la sortie de son premier EP sur l’excellent label Feelin Music du beatmaker Chief. Son univers musical sombre, des basses transperçantes et un hip hop bien méchant a déjà été récompensé aux Swiss Live Talents et au M4music, FlexFab est du genre à tout faire tout seul, armé de ses seules machines et platines. Bon chance pour cette conquête de la Bretagne!

 

KlausJohannGrobe2Klaus Johann Grobe, dont notre collaboratrice anglaise, Debra Richards est une fan, ne séduit pas que les British. Ce trio alémanique associe orgue, guitare et rythmiques binaires pilonnées et semble collectionner les passages dans les festivals cultes (Bad Bonn Kilbi, For Noise, Great Escape et aujourd’hui les Trans). Psychédélique, romantique, imprégné de krautrock, Klaus Johann Grobe chante majoritairement en allemand et est passé maître dans l’art de soupeser les genres et les influences pour façonner un son et une musique très prenante.

Chikitas_1Quant aux Genevoises des Chikitas, elles marient, elles, les életrochocs musicaux; en particulier les intros douces, presque mélancoliques et une déferlante punk. Beaucoup de bruit et de fureur orchestrés par deux charmantes jeunes femmes, respectivement, chanteuse-guitariste et batteuse-choriste. Leur premier album «Distoris Clitortion», est paru en 2014 sur le label Rough Trade.

Et pour tous ceux qui ne seront pas aux Trans ce soir, petite séance de rattrapage via notre playlist!

Grand Cannon, Klaus Johann Grobe et Chikitas seront en concert aux Transmusicales de Rennes, jeudi 3 décembre.

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Jonas à bâtons rompus

Portrait2Presque dix ans se sont écoulés depuis son premier album, « Bagages ». Pourtant, la plume du rappeur genevois Jonas n’a pas perdu sa verve. Une plume qui se dévoile aujourd’hui à travers un nouvel album sobrement intitulé « Oxymore ». Une plume précise, où chaque mot est réfléchi et prononcé avec minutie. Une plume qui manie avec tact des thèmes comme l’homosexualité, les dérives du commerce de cacao et de l’esclavage qui en découle ou encore le deuil. Réelle explosion de saveurs musicales, « Oxymore » s’émancipe des contours du hiphop pour exporter le rap de Jonas sur des harmonies voyageuses, entre rock et jazz, orient et sonorités expérimentales. Rencontre.

Peux-tu nous expliquer le choix du titre de ton album, « Oxymore » ?

Jonas Lors de la période de vie où j’ai composé cet album, je ressentais beaucoup de tiraillements intérieurs. J’avais l’impression que chaque position que l’on a, chaque chose que l’on fait, charrie son contraire. Chaque fois que l’on fait quelque chose, on attire son opposé. Cela montre également que tout est un tout. Ces tiraillements intérieurs se retrouvent dans chaque texte. Un oxymore est une figure de style qui rassemble deux termes a priori contradictoires.

Qu’est-ce qui t’a donné le déclic de reprendre la plume, près de dix ans après ton premier album ?

Jonas Je n’avais plus rien à dire. J’ai tout quitté lors de l’enregistrement d’un disque avec le Taxi Brousse Orchestra et l’inspiration n’était plus là. Puis, petit à petit, les choses se sont remisent en place et le besoin de parler et de remonter sur scène sont revenus. Mon épouse m’a alors conseillé d’aller voir le pianiste Maël Godinat. Ensemble, on a commencé à composer des morceaux. Il a signé un peu près la moitié des compositions de l’album. Maintenant j’ai un groupe avec Mathieu Kracher (guitare), Maxence Sibille (batterie), Christophe Chambet (contrebasse) et Cédric Schaerer qui a remplacé Maël (piano).

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Le titre « Génération » donne l’impression d’autobiographie tapissée de critiques de notre société. On sent un basculement dans le texte et dans la musique, juste avant ton couplet sur les années 2000. Mise à part le contexte international de cette époque, est-ce que cela a aussi été, pour toi, un basculement ?

studio3Jonas « Génération » est composé de quatre couplets dédiés à des périodes de vies différentes.  Mais, toute cette période de politique islamophobe, d’hégémonie des USA sur le reste du monde avec l’Europe qui se cache dessous a provoqué des questionnements. Je trouve toujours bizarre de penser qu’on arrive à faire tomber des tours avec des avions sans charges explosives et de retrouver un passeport saoudien dans les décombres. Cela m’a poussé à me renseigner et à user de mon esprit critique. J’ai l’impression que c’est travail insidieux qui vise à amplifier toute cette haine contre les musulmans. Il y a vraiment cette scission dans le monde. Je suis récemment allé au Mali et en revenant on m’a questionné car ce pays est considéré comme terroriste. Au bout d’un moment, on ne sait plus ce qui est terroriste et ce qui ne l’est pas. Si on regarde l’histoire, les résistants face à l’Allemagne nazi étaient considérés comme des terroristes. Si on reprend la définition de la terreur, tout le monde s’y retrouve. Tout est noir ou blanc. Tu es chrétien ou tu ne l’es pas. T’es un noir, t’es un blanc. Ce basculement dans le texte et la musique est peut-être aussi dû au fait que c’est une période où tu commences à devenir vraiment indépendant, à t’assumer seul. Après, ce n’est pas qu’une critique contre la société. C’est une autobiographie qui parle aux gens. Les gens qui ont vécu à la même période que moi, se reconnaissent. C’était une façon de recontextualiser le lieu d’où je viens au travers de références genevoises et parisiennes avec mes vinyles achetés à Tikaret. Je parle aussi de l’arrivé des roms à Genève, de l’arrivé des identitaires. A mon adolescence, tout cela n’était pas présent.

Qui se cache derrière la « Rose des Sables » ?

Jonas C’est un petit homosexuel que j’ai rencontré à Nouakchott (Mauritanie). On était sur un festival de rap où je donnais un atelier d’écriture. Un jeune est venu me voir pour me poser une question. Je m’attendais à ce qu’il me demande comment est la vie en Europe. Mais, il a commencé à me poser des questions sur l’homosexualité. J’ai trouvé cela vraiment touchant. Au bout d’une demi-heure, sentant qu’il pouvait me faire confiance et que je n’allais pas en parler ou le juger, il m’a annoncé qu’il était homosexuel. « Rose » car c’est la couleur qu’on attribue aux homosexuels et « sable » parce que là-bas il n’y a pas de goudron mais du sable partout. Je trouvais que c’était une jolie figure de style pour parler de lui. Son histoire était vraiment touchante car l’homosexualité est très difficile à vivre là-bas. C’est quelque chose de mal vu, que l’on condamne et qui est aussi considéré comme une « maladie » importé en Afrique par les blancs. Là, on parle d’un homosexuel en pays musulman, mais tu peux aussi transposer cette discrimination à un musulman dans un pays islamophobe, à celle d’un jeune juif en 39/45. C’est une question de minorité. Cette rencontre a été un vrai cadeau de la vie et m’a donné envie de parler de son histoire.

Sur le titre « On », tu tires un portrait assez décourageant de notre monde et tu demandes même si cette situation n’est pas de notre faute. Penses-tu qu’on puisse encore changer les choses ?

Jonas Dans « On », j’ai choisi d’utiliser le pronom impersonnel. Des fois je dis, « on nous fait ça » et d’autres fois « on subit ça ». Ce que je trouve intéressant avec le « on », c’est que desfois c’est nous et des fois c’est eux. On ne sait pas qui c’est. Je voulais dire que tout le monde participe. Il y a ce côté où tout le monde se plaint. On a tous un côté Oxymore, on subit tous des choses du système mais, en même temps, on y participe tous. A la fin du titre je questionne même sur l’identité de ce « on » : « C’est qui ce On, ce con, serait-ce moi au final / La farce, le dindon, en phase terminale / Pronom à la drôle de mine, tellement impersonnelle / Qu’il en perd son latin au fond des latrines ». Et j’y fais échos sur « Oxymore » : « Un système qui est la somme de nous-mêmes / De ce que l’on sème, on verra où ça nous mène ». Je pense que le monde dépend de chacun d’entre nous. Mais, quand on est dans ce côté impersonnel et que l’on dit tous « on, on, on, on », on se décharge, on se victimise et on se déresponsabilise.

J’aimerais que tu nous parles un peu d’une phrase du titre « Oxymore » : « Les plus belles roses poussent dans la merde, terreau fertile… »

RefletJonas Le premier exemple est le graffiti (dont je parle d’ailleurs dans le texte) et le hiphop. Regarde le fado, le flamenco, le blues et toutes ces musiques qui ont vraiment la niaque. Elles viennent du ghetto et des lieux où c’était la merde. Donc oui, les plus belles roses naissent dans la merde. Il y a des styles de musiques qui sont nés dans des milieux où l’argent était présent et que je trouve admirable. Mais il n’y a pas cette niaque, cette envie de vivre.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=uGINEEaTkh4&w=560&h=315]

Comment s’est passé la collaboration avec Gael Faye, Rox et Edgar Sekloka pour le titre « Comportement à Risque »?

Jonas On est pote depuis longtemps. On s’est rencontré à un atelier d’écriture il y a environ sept ans. Quand on les a entendu rapper, on s’est dit : « Wow, vous étiez où ?! Enfin des rappeurs qui assument qu’ils approchent la trentaine, qui peuvent avoir de la technique et des textes touchants ». On s’est senti moins seul. C’était un coup de cœur réciproque, la rencontre de nos frères de plume. Niveau fond, forme, c’est la famille. Pour moi, c’était évident de les inviter sur l’album. J’avais déjà commencé à écrire le titre et quand je leur ai envoyé il leur a tout de suite plus. On a composé le refrain en studio et on l’a gardé. En ce qui concerne le thème, c’est quelque chose que l’on a en commun : comment avancer à contre-courant (dans la société et dans le rap). J’ai été bluffé par leur performance.

D’un point de vue harmonique, c’est un album très riche avec des influences rock, jazz, orientales et des éléments plus expérimentaux comme sur « La Baleine ». Pour moi, le hiphop n’y figure que par suggestions…

Jonas Ce que j’ai gardé du hiphop, c’est le rap. Comme pour les frontières territoriales qui ne m’intéressent pas vraiment, les frontières du hiphop ne m’intéressent pas non plus.

Le tapis musical de cet album est construit de manière subtile et recherché. Quelle était ta volonté musicale première ?

Jonas Je voyais quelque chose de vraiment plus perché avec du violoncelle et pleins d’autres trucs. J’ai beaucoup été influencé par le titre « Be Brave » de My Brightest Diamond qui est l’un des meilleurs  morceaux que j’ai entendu ces dernières années. Finalement, on est revenu vers quelque chose de plus rap. Par contre, j’avais cette envie d’enregistrer tout les instruments en une prise et de reposer les voix après. On a fait des concerts avant d’enregistrer pour permettre aux musiciens de vraiment roder le truc et de s’approprier les morceaux. Pour moi, il fallait de bons textes mais également de la bonne musique.

Avec cet album, tu as posé des mots sur notre époque mais tu as aussi cherché des réponses. Tu comprends un mieux le monde qui t’entoure ?

Jonas Je ne pense pas avoir des réponses mais je pense poser des questions plus précises. Je pense que c’est important de garder des questions ouvertes et de ne pas s’arrêter. « Oxymore » parce que les choses ne sont pas telles que tu le penses. Ces gens qui votent UDC mais qui, sur certains points, sont des personnes magnifiques, ces leaders politiques de gauche qui se comportent comme des connards dans le privé. Dans le titre « Sur les toits », je parle de ce besoin d’aller là où je peux mieux voir les étoiles. Quand tu sors d’un concert, tout le monde est ton pote. Quand tu galères un peu, tu vois comment les gens se comportent avec toi. Chaque chose est vraiment une source d’apprentissage. Je pense qu’on est dans une société qui veut donner des réponses toutes faites. Il faut entrer dans des cases. Mais, on est pas dans une époque où il faut donner ce type d’explications. Il faut rester ouvert au questionnement. Ce disque est une invitation à réapprécier le monde pour ce qu’il est. Il y a aussi le deuil, le deuil de la désillusion. C’est pour cette raison que la pochette à un côté carte de condoléances. Il y a des choses qui meurent. Mais, quand cela arrive, d’autres choses naissent.

Le disque

Jonas, Oxymore (jonasmc.com Dist Irascible)
Jonas Oxymore Bandcamp

Live

Genève, Disco Club (en duo), 30 octobre 2015
Nyon, Usine à Gaz, le 7 novembre
Neuchâtel, Bar King, le 21 novembre
Delémont, SAS, le 4 décembre 2015
Fribourg, La Spirale, le 30 janvier 2016

Pablo Nouvelle, en toute intimité

Pablo Nouvelle“Comme The Avalanches et DJ Shadow avant lui, Pablo Nouvelle applique les techniques de production du hip hop à des enregistrements de pop et soul, coupant et recontextualisant pour obtenir des effets ahurissants”. Ainsi s’exprimait l’an dernier le Guardian.

Le jeune Bernois Pablo Nouvelle a décidé que son nom d’artiste devait faire référence à la fois à l’architecte français Jean Nouvel et à la nouvelle vague du cinéma français. Logique pour cet ancien étudiant en architecture qui construit sa musique comme un édifice subtil de samples et de live, donnant ainsi à Marvin Gaye ou à Smokey Robinson de nouvelles intonations mélancoliques.

10 morceaux dans lesquels se croisent le chant de Fiona Daniel et les rythmes de cet autre Bernois qui monte, Domi Chansorn,  est téléchargeable gratuitement sur son site Internet (vous pouvez bien sûr aussi faire un don!) Je vous recommande également vivement de visionner ce concert filmé, qui fait partie de la série “Live at Music Apartment” et qui diffusé sur le net depuis quelques jours.

[vimeo 75018068 w=500 h=281]

Chief, une question de feeling

Il arrive à Chief de recevoir des mails en anglais de Français qui veulent travailler avec lui. Quand il leur dit qu’il est Suisse et qu’il parle la même langue qu’eux, certains hésitent à le croire. C’est qu’à trente ans le jeune producteur lausannois a déjà collaboré avec pas mal de grands noms de la scène américaine et canadienne : KayDee, Sene ou, plus récemment, Moka Only. Avec ce-dernier Chief a enregistré « Crickets ». Pour mettre en musique cette invasion d’insectes au chant entêtant et perusasif, il a tissé une toile de rythmes et de voix soul sur lesquels Moka pose son flow précis et soyeux.  Mais comment ce trentenaire qui, adolescent écoutait Nirvana, les Beatles et A Tribe Called, est-il arrivé à se hisser aux premières loges de la scène internationale du hip hop underground ? Autodidacte, Chief gère tous les aspects de la création, de la production et de la diffusion de sa musique.

Vous vous définissez comme un beatmaker. Comment devient-on un beatmaker ?

Chief À l’école déjà, je voulais être DJ. J’ai fait un apprentissage de monteur-électricien puis d’ingénieur du son. J’ai ensuite fondé mon label avec un pote. A 21 ans, j’avais envie de faire des beats. J’ai commencé à « découper » des échantillons de quelques secondes. Je prends par exemple une ou deux notes d’un morceau de jazz qui me plaît et je lui ajoute une basse rock, puis je joue des claviers dessus. Je n’ai aucun apprentissage musical, je ne lis pas les notes. Mais j’ai une excellente oreille. A force d’aligner les heures dans mon studio, je me suis amélioré. J’aime les mélodies. J’aime ce qui est instrumental, ce qui est calme

Vous avez fait un album d’instrumentaux en hommage à Chick Corea. Ecoutez-vous du jazz ? 

Chief  Comme j’écoute de la musique toute la journée. je n’en n’écoute pas ou très peu chez moi. Le jazz, la soul, le rock psyché sont mon « charbon ». Je les écoute en pensant à ce que je vais pouvoir en extraire. Parfois quand la matière première est riche, je ne fais que des instrumentaux, sans avoir recours à un rapper. C’est ce qui s’est passé avec Chick Corea. J’ai fait l’album « Tribute to Chick Corea by Chief » en une semaine. Je l’ai mis en téléchargement gratuit sur bandcamp. Certains diront que c’est du vol. Je vois les choses différemment : en ne prenant qu’une ou deux notes et en les associant à autre chose, j’ai simplement recours à un autre processus de création. Je pense que Chick Corea a dû voir ce que j’ai fait car ma sélection est l’une des premières à s’afficher si vous faites une recherche sur google. Mais le résultat est méconnaissable. Ma petite chirurgie a fait son effet.

Combien de beats pensez-vous avoir déjà composés ?

Chief Je travaille en studio toute la journée. Je fais entre un et deux beats par jour et je les stocke.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler avec des rappers américains ?

Chief KayDee, de Washington a été le premier à me contacter sur mon MySpace. On s’est envoyé des fichiers audio. Finalement il est venu dans mon studio de Malley à Lausanne et on a fait un disque en une semaine. Puis il y en a eu d’autres. Dont Sene avec qui j’ai fait une quarantaine de morceaux. 10  d’entre eux sont parus sur mon label Feelin’Music.

Pourquoi avoir voulu créer votre porte label ?

Chief Dans le milieu hip hop, la plupart des labels ne paient pas les artistes. En créant ma propre structure, cela me permettait de garder le contrôle de la situation. J’ai dû faire une vingtaine de productions en 3 ou 4 ans. Essentiellement avec des Américains. Malheureusement le rap suisse ne permet pas de payer les factures. On bosse avec beaucoup de blogs. On leur envoie un presskit avec un morceau exclusif et on attend que le réseau qu’on a activé nous ramène des internautes et des téléchargements. Notre newsletter est un autre élément essentiel de promotion. La durée de vie d’une production est d’un ou deux mois. On souffre de la concurrence des plates-formes pirates qui proposent nos morceaux gratuitement le lendemain de notre mise en ligne. Mais on s’en sort quand même. On propose aussi des sélections en téléchargement gratuit. A la mort de Jay Dee, j’ai proposé avec deux collectifs lausannois, Food for ya Soul et Do the Right Print, une sélection gratuite de morceaux à sa mémoire. Il y a eu 20’000 téléchargements en un mois. Ce qui veut dire aussi 20’000 adresses mail de personnes potentiellement intéressées par notre musique.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=Gmbz0Fonet8&feature=related]

Le site internet de feelin’music