Rootwords – “Inappropriate Behaviour” (EP) part. II

Chaque mois, Swissvibes vous présente un nouveau titre extrait de “Inappropriate Behaviour”, le nouvel EP de Rootwords.


Rootwords-She-thumbIncontournable de la scène musicale suisse, Rootwords puise la source de ses créations dans la culture hiphop. Loin de se contenter de recréer l’actuel ou le passé, le rappeur genevois d’origine américaine et zambienne allie des influences éclectiques à son style de prédilection. Le résultat ? Des univers hétéroclites, entre tendances et old school, guidés par le verbe consciencieusement aiguisé de Rootwords, qui mènent l’auditeur dans un voyage musical aux multiples facettes.

Après avoir présenté son premier album, “The Rush” (en 2014), et les EPs de ses débuts sur les scènes suisses, françaises, italiennes, allemandes ou encore chinoises de renom, Rootwords aborde 2016 avec un nouvel EP au concept peu commun. Composé de six titres qui sortiront au compte-gouttes tout les 25 du mois, “Inappropriate Behaviour” oscille entre titres solo et collaborations avec des artistes des quatre coins du monde, encrant ainsi Rootwords un peu plus dans la lignée des artistes citoyens du monde. Chaque mois, nous découvrirons un nouveau chapitre de cet EP avec l’impression de Rootwords sur ce dernier.

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Après « Move », un condensé d’influences trap, de basses lourdes et de revendications en featuring avec la kényane Muthoni The Drummer Queen, Rootwords ralentit le tempo et se dévoile sur « She ». Le deuxième extrait de l’EP s’inscrit dans une lignée plus traditionnelle de l’univers de prédilection de Rootwords. Production soignée et beat répétitif aux accents mélancoliques; un effluve envoûtant émane du morceau et inscrit une dimension mystique dans l’atmosphère. Comme si la transe était essentielle pour que le flow s’accorde. À l’image des vérités du coeur qui se gravent dans le texte, le clip de « She » s’illustre dans un espace graphique, subtile et brute à la fois. Parfois, « less is more » lorsqu’il s’agit de conter une histoire du passé :

« Il est difficile d’avancer et de tirer un trait sur les relations qui ont eu un profond impact dans notre vie. Celles qui vous font voir, penser, faire les choses autrement, à jamais. Ce sont parfois des relations courtes, mais dans mon cas, cela a duré plus de dix ans. Ce morceau est à propos d’elle et je l’ai écrit quand j’étais profondément amoureux.

Certains d’entre vous m’ont connu uniquement lorsque j’étais avec elle, alors que d’autres ne nous ont peut-être jamais vus ensemble. Je crois qu’on peut dire que j’ai appris à mes dépens qu’elle était irremplaçable, et avec du recul, qu’elle ne m’avait jamais fait de mal. Néanmoins, en pensant à mes proches, j’ai dû me résoudre au fait que je ne serai jamais en mesure de lui laisser la place qu’elle exigeait dans ma vie. » – Rootwords

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Rootwords – “She” est disponible en téléchargement gratuit sur Soundcloud.

LEON un quartet extrémiste et polymorphe, chapitre 1

A l’origine, LEON est composé des deux bassistes: le Genevois Raphaël Ortis et le Lausannois Louis Schild. Depuis 2011, ils font vivre ce projet avec ses multiples formes et facettes en duo, trio ou quartet, dans l’improvisation, la noise et le rock aux compositions abrasives. Ils sont aujourd’hui entourés de David Meier (à la batterie) et d’Antoine Läng (voix). Antoine Läng a pris la plume pour raconter de l’intérieur le premier concert de la tournée à swissvibes.

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Je goûte le calme d’une matinée qui se prolonge seul, la tête et les membres qui vibrent de ces cinq jours avec LEON, une résidence au Romandie suivie de deux concerts – le premier sur place à Lausanne puis le second, ce soir, au Bad Bonn de Dudingen – qui initient une série en Suisse pour la sortie de notre premier album. Une respiration bienvenue dans cet enchaînement qui imprime déjà sa marque sur le corps – j’ai dormi quelques heures et la fatigue siffle encore un peu dans les oreilles, la tension musculaire dans le cou fait écho aux rythmes dont les secousses parcourent encore mes articulations et ma voix.

IMG_2881(1)Le temps aussi d’une séance d’écoute et de manipulation de l’album-objet, le dépliage de la pochette, la découverte des photos et illustrations de Lisa Bonard et de Michel Bonvin et le caractère aléatoire de l’agencement du tout qui à la manière d’une composition ouverte s’inscrivent dans le même élan que celui de la musique.
Les quelques jours passés ensemble ont justement été consacrés à travailler sur l’équilibre des sons, un point sensible quand le projet repose sur l’articulation de deux basses selon différents modes. LEON cultive cette particularité du double instrumental sous diverses formations – en duo, en trio avec invité puis avec Kasper T Toeplitz – qu’il l’explore dans l’improvisation noise, l’électroacoustique ou le rock, et Louis et Raphael attachent un soin particulier à jouer sur l’ambiguïté des timbres, les complémentarités rythmiques et les rétrécissements/élargissements du spectre, dont les matières servent à produire des ombres, des reflets, des fantômes ou des jumeaux au même titre qu’elles laissent s’exprimer deux personnalités.
Dans le cadre de ce LEON à quatre, ce jeu crée de nouvelles ramifications dans l’appui rythmique de David et dans l’ouverture vers le texte apportés par la présence d’une voix et demande que d’autres équilibres se créent. L’objectif de la résidence au Romandie est de préparer les concerts à venir en visant l’épure, la création de nouveaux espaces dans les morceaux existants et de travailler sur la complémentarité des gestes et leur partage. Deux pièces récemment écrites jouent sur l’articulation des rythmes et des textes. Elles impliquent une distribution des voix entre tous qui ouvre de nouvelles perspectives en matière de jeu et de substitution des rôles qui caractérise le projet.Au soir du premier concert de la série, une certaine fébrilité mêlée d’excitation est palpable. On se plonge alors dans le concert de Massicot et leurs maillages rythmiques faussement bancals, hypnotiques, dont chaque répétition fait monter l’intensité et pare la soirée d’une couleur obsessionnelle de transe. On en oublie la neige de la journée, les embouteillages et les glissades sur la route, l’angoisse avant de commencer. La salle est pleine quand on prend place sur l’avant-scène, de plein pied pour partager au mieux ce travail de quelques jours et une nouvelle étape dans ce parcours de plus de deux ans ensemble, les yeux dans les yeux avec le public, les amis venus fêter ce moment avec nous.

Le concert se déroule bien si j’en crois mes sensations, je me sens porté par la musique et la présence des gens. Pour l’aspect technique l’enchaînement des parties écrites et des improvisations, l’intégration des nouveaux espaces dans les pièces a l’air de bien fonctionner, et surtout les canaux sont ouverts et l’énergie circule. Après une heure dix de concert on sort de scène, croise des regards, on se prend dans les bras. Le sourire et les encouragements font vraiment du bien. Je rentre vite à Genève – histoire de pouvoir chanter le lendemain – porté par l’adrénaline et l’envie de remettre ça.” Antoine Läng

Prochains concerts de LEON

Winterthur, Albani Club, le 18 février
Lucerne, Süd Pol, le 20 février
Bâle, le Flatterschaft, le 22 février 

et en juin au festival Toxoplasmose à St Imier ainsi qu’au 2.21 à Lausanne.

www.l-e-o-n.ch

ELVETT, « Who Shot First ? »

Nouvelle création de la scène suisse romande, le duo Elvett vernira son premier EP, « Who Shot First ? », le 19 décembre prochain à l’Usine à Gaz de Nyon.
Les prémisses Elvett

Né du besoin de renouveau de Lyn M et Alain Frey, créateurs du groupe genevois Aloan avec lequel ils ont écumé quelques unes des scènes phares d’Europe (Paléo Festival, Eurockéennes de Belfort ou encore Printemps de Bourges), Elvett se dévoile comme l’une des révélations musicales suisses de l’année.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=o_uNkZxNMvs&w=560&h=315]

Quelques mois après la sortie de leur premier single, « Home », en janvier 2015, le groupe écume les festivals suisse (Caribana Festival ou encore Rock Oz’Arènes) et s’offre une escapade en France (Les 3 Baudets, Paris) et en Italie (Exposition Universelle, Milan). Son électro-acoustique teintée d’un spectre trip-hop leur a permis de gagner le Swiss Live Talent 2015 dans la catégorie pop et d’aguicher les blog américain et anglais. Leur premier EP, « Who Shot First ? », sera à découvrir sur scène le 19 décembre prochain à l’Usine à Gaz de Nyon.

Le son Elvett

1440x1440sr (1)« So Easy » ouvre les portes de l’univers Elvett. Les premières harmonies donnent le la de ce qui sera la patte du duo. Tirades électro, bercées d’une douce vague qui attire l’auditeur dans une profondeur salvatrice. Si ce premier EP a d’abord été porté en radio par « Home », un titre miroir de cette profondeur où le groove est tiré en longueur et l’eurythmie envoûte, « Who Shot First ? » ouvre également une voie généreuse à des envolés rythmiques portant leur son dans un cosmos organique aux multiples facettes. Les percussions incarnent une précision saisissante, invoque le tribal et, d’un geste aiguisé, transporte leur musique du calme hypnotique à la ferveur salutaire. Un grain de l’imaginaire cinématographique marque. La musique d’Elvett image le son. Ce n’est pas un hasard si leur patte a été choisi pour orner le film suisse « Sweet Girls ».

L a voix Elvett

Fil conducteur du voyage, la voix de Lyn M guide de la chaleur caractérielle de son timbre. Une chaleur à la fois douce et puissante. Une puissance à la fois subtile et déconcertante. La couleur, le maniement de la note, l’intonation des mots ; quelque chose de soul glisse à l’oreille. Délicatement suggérée, cette soul s’efface parfois au profit d’effluves aérienne. L’ornement vocal agit tantôt comme leader du récit harmonique, tantôt comme compagnon de voyage.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=NcCQ8ToCYpk&w=560&h=315]

« Who Shot First ? » pose les fondations d’un univers musical où chaque élément est mesuré avec attention et où l’osmose règne en maitre. Sonorités fraiches, électro et acoustiques à la fois, sèment les graines d’une formation prometteuse dans l’air du temps.

Disque

« Who Shot First ? » est disponible sur iTunes, Amazon et Spotify

Concerts
Nyon (CH), Usine à Gaz, 19 décembre 2015 (Vernissage EP)
Genève (CH), Meyrin, salle Antoine-Verchère, 29 janvier 2016
Audincourt (FR), Le Moloco, 30 janvier 2016
Zurich (CH), Moods, 11 février 2016
Chamonix (FR), résidence à la maison des artistes du 8 février au 06 mars 2016

2e Grand Prix suisse de musique: Vous avez dit Byzance?

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oEn attendant la remise du Grand Prix suisse de musiques qui aura lieu le 11 septembre à Bâle, Swiss Vibes poursuit sa réflexion sur le statut et le quotidien du musicien en Suisse. Le deuxième chapitre de cette série se penche sur le délicat équilibre entre rendement et création auquel ce dernier est confronté.

Être nominé au Grand Prix de musique suisse et recevoir 25’000 CHF, c’est beaucoup. Cela équivaut plus ou moins au financement d’un album autoproduit, ou à la grande partie du salaire annuel qu’un musicien peut espérer en ne vivant que de sa musique, c’est-à-dire sans travailler « à côté ».

En Suisse, un musicien qui gagne 3’000 CHF par mois peut s’estimer privilégié et, c’est chose rare dans les musiques actuelles, jazz, électroniques ou expérimentales (la filière classique est un peu à part, grâce aux orchestres, à un public plus aisé et un statut mieux établi que dans les autres genres). Alors vous imaginez, les 100’000 CHF du lauréat, c’est Byzance ! Une somme bienvenue pour s’acheter un instrument ou du matériel de travail dont on a besoin depuis un moment, financer une partie d’un nouveau projet, éponger des arriérés, et éventuellement s’offrir quelques semaines de travail artistique sans souci d’argent.

Ma petite entreprise…

En plus de la reconnaissance dont ils font preuve, les montants qu’offrent le Grand Prix suisse de musique dépassent largement les soutiens d’ordinaires attribués par un organe de subvention pour un projet musical. La musique, ça coûte cher. Son financement provient majoritairement de papa et maman ou diverses magouilles en début de carrière, puis de soutiens qui s’obtiennent avec de fameuses « demande de sub’ » faites aux villes et cantons de résidence, à la Loterie Romande (que ferait-on sans elle !) et à plusieurs fondations privées.

Ce sont des démarches laborieuses, longues, qui demandent de savoir maîtriser toute une série de choses comme sa communication (rédaction, graphisme, photo, vidéo) pour établir un joli dossier et faire envie; un budget de production (salaires, honoraires, charges) afin de paraître sérieux et donner confiance; des échéanciers compliqués pour bien agender faisabilité et visibilité. Ces gros dossiers sont à envoyer en 4 exemplaires à une date buttoir et en ayant rempli le bon formulaire qui résume en 1’000 signes espaces compris la globalité du projet artistique svp.

Reste à savoir gérer les aléas qu’impliquent le travail artistique à proprement parler, faits de rapports humains parfois compliqués, le fait de trouver un espace de travail qui ne dérange pas ses voisins (pour le local en sous-sol, prévoir un déshumidificateur), et tâcher de s’entourer des bonnes personnes (agent, distributeur, tourneur), ce qui n’est pas simple car il n’y en a pas beaucoup de compétentes, notre petit marché peinant à se professionnaliser. Bref, avoir une carrière de musicien en Suisse revient à devenir un véritable petit entrepreneur multi-tâches, ce qui tranche radicalement avec l’image d’artiste un peu glandu qui est encore répandue.

….ne connaît pas la crise?

La case ORP (Office régional de placement) est souvent au rendez-vous car notre secteur culturel ne permet pas aux artistes d’avoir un emploi annuel à 100%, ainsi le chômage est un recours plus qu’un droit exceptionnel. Il existait un petit statut d’intermittent (peu le savent), bien moindre que celui de nos voisins français, qui leur permettait de toucher le chômage entre leurs divers projets si – et seulement si – ils pouvaient être employés 12 mois sur 24.

Or, suite à la dernière révision de l’assurance chômage de 2013, cette condition est passée à 18 mois sur 24 (les 6o premiers jours étant multipliés par deux). Autant dire qu’il est devenu tout bêtement impossible de remplir de telles conditions. La majorité des musiciens suisses ont donc un autre emploi que le métier qu’ils ont appris, prof de musique dans l’idéal, afin de ne pas trop s’éloigner de ce qu’ils savent faire, avoir des horaires flexibles et pratiquer quand même, quelque part. Bon nombre d’autres artistes se retrouvent au revenu d’insertion (RI), avec le blues qu’implique ce statut dans une société libérale, la peur de se retrouver coincé dans une « mesure d’occupation » qui bloquerait le travail de recherche artistique, et des tracasseries administratives à n’en plus finir.

Une hyperactivité de mise

D’où l’incessante nécessité de multiplier les projets pour s’assurer une occupation salariée. Les dossiers s’empilent sur les bureaux des organismes de soutient, qui sont débordés, retardent leurs décisions d’octrois et tentent tant bien que mal de donner au mieux, c’est-à-dire au plus grand nombre, et gentiment un peu moins à tous. S’ensuit un fâcheux effet Kiss Kool : nous assistons de plus en plus régulièrement à la présentation de travaux artistiques non aboutis, car tributaires de tous ces paramètres compliqués.

Or, un artiste travailleur et talentueux est-il forcément un bon gestionnaire, ou vice versa ? Rien de moins sûr, car cela demande des compétences très différentes, pour ne pas dire mentalement contradictoires. Ce que nous apprécions dans un beau travail artistique, ce qui touche vraiment, n’est-il pas une sorte d’évanescence, un façon de nous amener ailleurs, un travail qui nécessite à la fois épuration et maturation, qu’il est difficile de mener lorsqu’on est ligoté serré dans un système de pensée basé sur la productivité ?

Tout pour la musique

Beaucoup vous le dirons, il est impossible de conjuguer dans une même journée travail administratif et composition. Et toute l’énergie que l’on met ailleurs, on ne la met pas dans sa création. Ce qu’il manque à tous les artistes et musiciens suisses à l’heure actuelle, pour bien faire les choses s’entend, c’est du temps, et le temps c’est de l’argent.

Il faut rajouter que les rares indépendants qui s’en sortent, dont font partie bon nombre de nos nominés, parviennent tout juste à boucler leur fins de mois et ne cotisent pour ainsi dire jamais aux 2e et 3e piliers. Carpe diem, s’ils ne sont pas rentiers, à la retraite, ils iront au social…

Derrière les feux de la rampe, c’est tout de suite moins glamour. Ce Grand Prix de musique suisse me semble donc avant tout récompenser la persévérance et le courage d’une poignée de personnes qui ont pris une voie particulièrement compliquée par amour de la musique.

Michel Wintsch donne vie au piano

31704_3Pff….voilà près de vingt ans que je n’étais pas venue au Festival de Jazz de Willisau. Et pourtant rien ou presque ne semble avoir changé. Il faut dire que j’en gardai un souvenir vivace, vaguement traumatique : une orgie de jazz orchestrée de 14 :00 à minuit dans une grange au milieu d’un petit village de la campagne lucernoise augmenté d’ un camping rempli de mordus de jazz, un stand de disques achalandé par le label suisse de référence Plainsiphare et une cantine où n’étaient consommables que des « Wurst mit Pomme Frites »!

Bref, au bout deux jours de ce régime musical et gastronomique, j’avais fait une overdose et ne souhaitait qu’une chose : regagner mes pénates lausannoises, me plonger dans un monde de silence et manger des légumes.

Une des Mecques du jazz contemporain

Blague à part, le festival de jazz de Willisau existe depuis 42 ans. Il est considéré comme l’une des Mecques du jazz contemporain. Il a accueilli  et “découvert” certains des plus grands noms du genre. Plus de 50 disques  “live à Willisau” ont été publiés. Mieux, le festival ne s’est jamais dénaturé: il est toujours resté fidèle à ses fondamentaux. Keith Jarrett l’a d’ailleurs consacré de cette citation fracassante: “one of the best places for music in the world“!

Vingt ans plus tard donc, le village, la grange et le camping sont toujours là, mais la cantine s’est nettement améliorée et, signe du temps qui passe, Plainisphare, n’est plus de la partie. Reste la musique et un public toujours aussi mordu et attentif.

Une vision grand angle de la musique

Samedi soir, lors du concert de clôture, Schnellertollermeier me rappelle avec brio que jazz peut se conjuguer avec noise, heavy metal et rock’n’roll (voir l’article en allemand que lui a consacré Benedikt Sartorius sur ce blog). Mais je suis venue pour voir Michel Wintsch, dont le dernier disque solo m’a éblouie. On connaît les disques de piano solo préparé, les disques de multi-piano solo (piano acoustique, synthétiseurs, orgue hammond ou autres) amplifiés d’effets électroniques. Il y a cinq ans le pianiste genevois nous avait d’ailleurs gratifié d’un enregistrement de cette veine intitulé « Metapiano ».

Un instrument savamment amplifié

pnomicAujourd’hui, Michel Wintsch va plus loin et cherche à donner vie à son piano sans lui ajouter d’effets. Grâce à une impressionnante batterie de micros savamment installés par Benoît Piccand, son instrument est amplifié subtilement. Michel Wintsch peut ainsi non seulement jouer des notes, mais, aussi des clicks que font les touches effleurées mais non jouées, de la frappe de ses mains sur les différentes parties du piano à sa portée (dessus-dessous..) et même du son de l’air que déplace ses mains.

Ses mains qui cavalcadent ou effleurent les touches, aspirant ici le son qui reste en suspens, évoquant là le frottement des ailes d’un oiseau. Michel Wintsch orchestre ainsi une fantasmagorie musicale dans laquelle le spectateur peut sans peine imaginer des petits animaux détalant dans tous les sens, des grands mouvements pachydermiques, le vent qui souffle, sentir la jubilation ou l’effroi…. Le concert est constitué de trois longs morceaux de 20 minutes en forme de plongée introspective lumineuse. Le public est en osmose.

Rencontré le matin du concert dans un tea-room où il prend son petit-déjeuner, Michel Wintsch s’est plié au jeu des 5 questions.

Comment improvise-t-on en solo ?

Michel Wintsch Je procède de façon semi-improvisée, semi-écrite. J’ai des bouts de thèmes, des harmonies, une gestuelle et je construis les agencements entre ces différents éléments. J’aime bien comparé cette façon de procéder à celle d’un conteur qui a ses personnages, son fil rouge, et qui construit une histoire à partir de ces éléments.

En quoi l’improvisation en solo est-elle différente de l’improvisation en groupe que vous pratiquez aussi ?

Michel Wintsch Les deux choses n’ont pas grand chose à voir ensemble. En solo, on est vraiment seul, un demiurge en quelque sorte. En groupe, ça respire. Chacun est impliqué dans le processus d’improvisation et je peux attendre que l’énergie me revienne. On est plus dans le registre de la conversation.

Pourquoi est-ce que cet album s’intitule « Roof Fool » ?

Michel Wintsch Ah les titres, c’est toujours difficile! Dans mon cas, ils viennent s’ajouter à la fin quand la musique est faite. Je trouvais que celui-ci sonnait bien. J’aime bien l’idée du « fou du toit ». Certaines personnes pensent que je suis fou. C’est clair que ma musique est un peu hors-norme. J’aime bien monter sur les toits ; je suis un montagnard…

Quant aux titres des morceaux, ils sont parfois étranges, comme « Pytihob Clochery ». Votre intention était de créer de nouveaux mots ?

Michel Wintsch Pas du tout. Ce sont des titres de travail. Par exemple Pytihob Clochery est un morceau où j’ai utilisé des petits objets sonores. Au cours de sa composition j’ai pensé au clocher au-dessus de ma maison. J’ai donc utilisé ça phonétiquement. Le titre « Si c’est assez, cessez » m’a été inspiré suite à la lecture d’un article sur la pollution

Vos sources d’inspiration  ?

Michel Wintsch La vie. Je me sens inspiré par la verticalité, par le vide, par le vent, par la chaleur, par l’effort, par le mouvement, par les oiseaux. Une sorte de chorégraphie animalière. L’inspiration est faite de tout ce que l’on est. J’adore me balader en montagne, observer la course d’un chamois par exemple. On peut comparer ça au travail de l’abeille qui butine toutes les fleurs qu’elle trouve. Je peux être inspiré par Ligeti comme par Prince comme par le Mont Jalllouvre….

hel Wintsch „Roof Fool“, HatHut Records

2e Grand Prix suisse de musique : derrière les feux de la rampe

10835315_427611730733058_1175974439816194667_oAlors que la remise du Grand Prix suisse de musiques aura lieu le 11 septembre à Bâle, Swiss Vibes s’interroge. Et revient sur le casse-tête auquel est confronté tout musicien suisse cherchant à mener une carrière professionnelle. Une série en plusieurs épisodes dont voici le premier chapitre.

En 2014, le Grand Prix suisse de musique, organisé par l’Office Fédéral de la Culture (OFC) avait récompensé le leader des Young Gods et pionnier des musiques électroniques Franz Treichler. C’était une première, qui plus est pour une figure de l’underground. L’événement avait largement été plébiscité par le secteur musical, d’ordinaire habitué à travailler beaucoup, longtemps, et pour peu. La démarche, qui est reconduite de façon pérenne, s’avère en effet généreuse : 25’000 CHF par nomination (15 en tout) et un prix de 100’000 CHF pour le lauréat, tous étant sélectionnés par des comités d’experts musicaux venus des quatre coins du pays.

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 Une récompense qui soulève beaucoup de questions

La communication du Grand Prix suisse de musique est classe sans être pompeuse, son organisation sérieuse mais décontractée, il y a de quoi impressionner.

Comme l’an dernier, sont nominées 15 personnalités ayant pour horizon commun le territoire helvétique, la pratique musicale et un succès d’estime plus ou moins national. Le site du Grand Prix suisse de musique, offre une bonne porte d’entrée à qui souhaiterait découvrir ces musiciens. A l’orée de cette deuxième édition, il semble intéressant de mener une réflexion sur les enjeux d’un tel prix et les problèmes qu’il soulève. Sous son beau vernis, quelques choses moins reluisantes apparaissent,

Une sélection compliquée au sein d’une scène protéiforme

« Le Grand Prix suisse de musique a pour objectif de récompenser la création musicale suisse exceptionnelle et novatrice et de la mettre en lumière. » Si l’intention est louable, elle n’en est pas moins brumeuse. Comment faire une sélection exhaustive parmi le foisonnement de genres musicaux que vit notre époque, dans une scène musicale aussi protéiformes que l’est notre petit pays ? Plusieurs zones linguistiques impliquent un certain cloisonnement, malgré le travail de relais qu’opère Pro Helvetia depuis des années en encourageant financièrement à sauter les barrières, de Roesti entre autres. Il n’est pas question de considérer la célébrité des musiciens, ni leur rayonnement international, d’ordinaire si cher aux politiques culturelles. Ceci explique l’absence de noms comme Stephan Eicher ou Sophie Hunger dans les listes de ces deux premières années.

Même la musique n’échappe pas au compromis helvétique…

Il semble plutôt question d’encouragement de nouveaux venus (Joy Frempong, Bit-Turner, Christian Pahud), de récompenses émérites (Philippe Albera, Heinz Holliger, Daniel Humair) et de soutiens de carrières déjà bien avancées (Nik Bärtsch, Malcolm Braff, Christian Zender). Les questions de genres musicaux, zones géographiques et parité hommes-femmes ont été savamment soupesées afin de fournir un panel tout helvétique : des acteurs dans les domaines des musique électroniques, expérimentales, contemporaines, classiques et du jazz par une majorité de Suisse alémaniques, bon nombre de Romands, quelques expatriés, et un Tessinois. Une cérémonie en 2014 à Lausanne, la suivante à Bâle. Si l’on suit cette logique, puisque le lauréat 2014 était un homme romand plutôt en fin de carrière, serait-ce une jeune femme suisse-allemande qui remportera le pactole le 11 septembre prochain ? C’est du moins le seul raisonnement qui pourrait permettre au jury de départager ces artistes aux musiques et carrières incomparables, qui méritent tous largement le soutien qui leur est offert.

Un cataplasme sur une jambe de bois ?

La formule est un peu méchante, car ce Grand Prix de musique Suisse n’est pas inutile, c’est même un effort bienvenu, et il faut éviter de cracher dans la soupe. Mais tant qu’à dire les choses tout de go : mener une carrière de musicien en Suisse est un vrai casse-tête. La politique de subventionnement culturel pose à l’artiste des difficultés pratiques que ce Grand Prix met à nouveau à l’ordre du jour. La suite au prochain épisode!

Les fièvres électrisantes de Puts Marie

© Alessandro Della Bella/m4Music
© Alessandro Della Bella/m4Music

Préliminaires fiévreux le 26 mars à Lausanne à l’enseigne de la 18e édition de m4music. Le festival dédié principalement à la scène et au marché suisse de la musique, qui se prolonge à Zurich les 27 et 28 mars entre conférences, workshops et concerts (Jungle, MØ, Verveine ou Yellow Teeth), a pris ses quartiers au studio 15 de la RTS entre le dancehall décapant de Muthoni The Drummer Queen, la soul futuriste de Sohn et le rock vénéneux de Puts Marie. Les Biennois clôturant la soirée avec leur répertoire diaboliquement lascif, mélancolique et mélodique qui fait parfois songer au dEUS des débuts.

Un retour inspiré

Au terme du longue parenthèse, le quintet réapparu à l’hiver 2013 avec le mini-album “Masosch” n’en finit plus de séduire loin à la ronde. Entre le Prix culturel de la ville de Bienne et les festivals prestigieux (Transmusicales de Rennes l’hiver dernier, Printemps de Bourges, The Great Escape, Paléo et Vieilles Charrues sous peu), leur cote ne cesse de grimper. A juste titre tant les variations d’intensité des prestations de Puts Marie se révèlent ensorcelantes. Entre accents progressifs, élans psychédéliques à l’orgue Farfisa, fracas saturés évoquant par endroits Nirvana et climats d’une moiteur interlope, Puts Marie a sans peine et avec beaucoup d’âme électrisé le m4music.

Le concert du groupe aux dix ans de carrière, retransmis en direct dans l’émission « pl3in le poste » de Couleur 3, débute dans un calme instrumental trompeur. Une torpeur vite dissipée par une succession d’orages desquels se distinguent entre autres « Tell Her To Come On Home », relecture de Little Mack with Sun Ra & His Arkestra. Cardigan noir sur polo orange, Max Usata habite les morceaux de sa voix atypique oscillant entre graves et aigus et se travestissant au gré des atmosphères, du hanté « Obituaries » sur voix filtrée aux airs délurés irrésistibles du mélodique “Pornstar”.

Si vous raté Puts Marie, découvrez-les  lors de l’un de leurs prochains concerts:

21 April 2015 – Les Docks – Lausanne (CH)
28 April 2015 – Printemps de Bourges – Bourges (FR)
2 May 2015 – Café du Soleil– Saignelégier (CH)
14 May 2015 – The Great Escape – Brighton (UK)
18 May 2015 – Chabada (Europavox) – Angers (FR)
19 May 2015 – La Maroquinerie (Europavox) – Paris (FR)
20 May 2015 – La Vapeur (Europavox) – Dijon (FR)
21 May 2015 – Brise Glace (Europavox) – Annecy (FR)
22 May 2015 – Le Transbordeur (Europavox) – Lyon (FR)
23 May 2015 – Fac’tory (Europavox) – Clermont-Ferrand (FR)
29 May 2015 – Kilbi Festival – Düdingen (CH)
30 May 2015 – This is not a Love Song – Nîmes (FR)
02 June 2015 – Centre Culturel Suisse, Carte Blanche à Swiss Vibes – Paris (FR)

 

The beat of Swiss electro pop is TRUE

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Flying the flag for Swiss indie electro pop, TRUE are highly creative Bern-based duo formed by Daniela Sarda on vocals & keys and Rico Baumann on keys, drums, drum machines & sound design. Emerging out of the jazz scene and having cut their teeth on numerous musical projects, the duo came together just over two years ago with the aim of putting their brand of sleek, elegantly-produced synth beats on the European electronica map.

Their sound is deliciously enveloping

True to their aim, the duo have already gained quite a reputation for their sultry, downbeat singles and EPs which are always accompanied by exquisitely made art-house videos directed by film duo Nicole Pfister and Kapuly Dietrich. Their sound is deliciously enveloping due to many strong ingredients: Daniela’s rich sultry voice very apt at carrying emotion, haunting synth arrangements and sparse, compelling beats. As Rico explains, “We like songs that you could play on a guitar or piano, and we put it into an electronic context”. Singles like ‘What I’ve Lost’ and ‘Colors of my Estimation’ are late-night slow-burners that cast shadows on the musical landscape. The lyrics are full of bitter-sweet introspection which hint at the origins of the groups name – “a commitment to unadulterated truth”.

A collectable item in a precious series

Visually, each video and photograph is a studied performance in itself. Not only are True’s videos filmed with a fully live rendition of the song, but each clip has its own particular style, colour and tone, almost as if it were a collectable item in a precious series. The quirky, upbeat ‘Vertyko’ is a seamless take of Japanese 80s-style choreography, blueish hues, mixing up the retro with the futuristic. The timbre of ‘Colors of my Estimation’ is sombre and monochrome to match the moody beats whereas ‘What I’ve lost’ comes at you with dazzlingly bright lights, white attire and a sharp, bouncy rhythm.

Championed regularly by BBC Radio 1 and 6 Music, the duo can be seen at the prestigious M4 festival on the showcase stage at the Moods club in Zurich on 28th March. Keep an eye on this classy Swiss synth pop outfit, released on Mouthwatering Records out of Bern, their name is and their aim is TRUE.

Interesting additional reading: an in depth article entitled “Switzerland: in the creative Spirit” on The Formant blog where TRUEKamikazeSnow GhostsLen Sander among other artists from the Swiss electronic scene are well represented.

 

 

Paralog @ Live in Vevey

Comment dire.
Il s’agit du plus beau trio de jazz suisse du moment. C’est à en perdre ses superlatifs.

photo paralogGabriel Zufferey (p), Christoph Hutzinger (b), Domi Chansorn (dm)

A la composition et au piano, l’extraordinaire genevois Gabriel Zufferey, petit prodige qui a commencé tout gamin aux côtés de Daniel Humair, et dont la fougue et le cœur laissent toujours pantois; à la batterie, Domi Chansorn, batteur multi-instrumentiste touche-à-tout, toujours avec ce beau feeling souple qu’on retrouve d’ordinaire plutôt chez les félins que chez les humains; et enfin Christophe Utzinger à la contrebasse, clef de voûte sobre et solide du puissant groove général.

Paralog allie virtuosité et inventivité, en partant à la recherche d’un langage propre, parallèle, paralogue. Des improvisations élaborées comme une toile sur laquelle s’organiseraient repères et émancipations. Une musique toujours au maximum de sa force, même dans les instants de retenue, et toujours dans un feu d’harmonies.

Un album est en préparation, et le groupe est en résidence à “Live in Vevey” au Théâtre de l’Oriental à Vevey tout prochainement. C’est évidemment à ne pas manquer.
Le site de Paralog

Live in Vevey – Théâtre de l’Oriental (rue d’Italie 22, 1800 Vevey)
du 25 mars au 4 Avril 2015
mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h
Entrée au chapeau
le site de Live in Vevey

A écouter également le 31 mars dans l’émission Jazzz sur Espace 2

Swiss No Swiss

Jazz no jazz, Swiss no Swiss… Les genres musicaux et les frontières géographiques sont parfois élastiques. Swiss Vibes dit “tant mieux”!

Ils sont Suisses ou ils résident en Suisse; ils aiment les musiques des quatre coins de la planète et ils aiment les traiter à leur manière. Pour la plupart, ils n’aiment pas l’étiquette de world music. Ils, ce sont ces nombreux artistes-musiciens, qui s’inspirent des traditions et des courants musicaux étrangers pour mieux les reformuler à leur manière.

Cuivres à l’unisson

Dans cette playlist, découvrez donc la Fanfare Molotow Brass Orkestar, qui glisse des répertoires balkaniques à la musique suisse avec une fluidité étonnante, le big band de Professor Wouassa et des Faranas qui déclinent l’afrobeat en version helvétique et cuivrées avec des chanteurs sénégalais ou maliens de Suisse.

Hors des sentiers battus latino

Partant des musiques afro-cubaines, la chanteuse et violoniste Yilian Canizares donne à sa voix une nouvelle ampleur de diva latino. L’Argentine Maria de la Paz s’est associée au guitariste espagnol Ignacio Lamas au sein du combo Barrio Oscuro pour y développer un répertoire de chansons et de rock latino qui ne sont pas sans rappeler l’univers de la trop tôt disparue Lhasa. Sa compatriote, Malena Sardi explore quant à elle les possibilités infinies de sa guitare électrique entre autres à l’aide du live sampling et son nom de groupe s’est imposé de lui-même: One Guitar Woman Orchestra (OGWO).

Afrique improvisée

Jeroen Visser et un saxophoniste hollando-suisse qui s’est associé à deux musiciens éthiopiens (Endris Hassen au masenko et le chanteur Mesele Asmamaw) pour créer le Trio Kazanchis.  Ensemble ils pratiquent, selon leur propres dires, de “l’Ethiopian Traditional Impro Punk”.

Swiss Vaudou

Enfin T’Doz, digne rejeton de Lolo et Manze du groupe Boukman Eksperyans, martèle son vaudou-pop avec puissance.

En concert prochainement

OGWO, Lausanne, Bourg, jeudi 19 mars
Barrio Oscuro, Nyon, l’Usine à Gaz de Nyon, samedi 21 mars
Professor Wouassa, Carouge (Genève), Le Chat Noir, samedi 21 mars.
Molotow Brass Orchestar Zurich, Provitreff, samedi 27 mars.

 

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