Billie Bird’s Session No 3 @ Le Bourg, Lausanne 27/02/2015

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This is Billie Bird‘s third experimental sound session at Lausanne’s cosy Le Bourg theatre. A chance to play out new arrangements and songs that could go on to be used on her forthcoming LP. This intimate, organic musical workshop perfectly suits Bille Bird’s style which is anchored in the folk idiom but is textured with such deep, naked emotion that a close exchange with her audience is an essential part of her live expression. No surprise, it’s a sold out soirée for Lausanne’s finest singer-songwriting talent, her loyal fanbase is out in hoards because once bitten, twice smitten and eager for more.

 

Immediately you are drawn, tripes and all

Setting the tone is her haunting acoustic version of Bronski Beat’s ‘Smalltown Boy’, (the only cover in her otherwise original repertoire), one that she has made her own by marrying the melancholic dark edges with her sensitive vibrato voice to great emotional and melodic effect. In fact, therein lies Bird’s vocal skill: teasing fragmented, disjointed lines and rhythms with such malleability that everything comes together seamlessly. Immediately you are drawn, tripes and all, into a journey of emotional exorcism helped along the way by the stunning video backdrop of misty landscapes, raging seas and moody skies totally suiting the timbre of her music.

There’s such charming, heartfelt purity in her delivery

Song-by-song a band member joins the stage, so that when it’s time for the bluesy, foot-stomping ‘April’, all hands are on deck for clapping and voices for singing in unison – a change in tone thanks to lightness of Billie’s banjo and the audience’s joyful participation. Another of her great abilities is to blurr the light with the shade: – yes the majority of Billie Bird’s song-writing material is tortured and rueful in colour, but oh, there’s such charming, heartfelt purity in her delivery that one never feels the need to call the Samaritans. Toes are always tapping and fingers eager to snap, even during the darkest lament of love-turned-sour (‘What are we’) or impossible desire (‘Beast’). Hanging emotion on a driving, intricate beat is Billie’s speciality; her original rhythmic patterns are as compelling as her meaningful lyrical content.

She gives difficult emotions a home to go to

It’s a treat to hear her sing in French, (‘Il n’y a rien qui te remplace’), and I would certainly have liked more in her original tongue which to my anglophone ears is made for poetic, romantic suffering. There’s an unexpected afrobeat moment where the entire band fusion together into one deep, hypnotic groove – very refreshing. And then the Tom Jones incident: knickers thrown at her on stage! When I mentioned a loyal fanbase I wasn’t exaggerating. Billie Bird is a blossoming national treasure and audiences are enchanted by her dark, emotive style wherever she performs. It’s as if she gives difficult emotions a home to go to. Her raw, understated delivery has a knack of drawing you in and not letting you go. We were all left wanting more, wishing that the magic of this intimate gig could go on and that her dusky light could shine on us all night.

Line up:

Billie Bird (vocals, guitars, banjo, piano)
Marcin De Morsier (bass, synths, vocals)
Fabio Pinto (guitars, piano, perc, vocals)
Jérémie Duciel (drums)
Giuseppe Greco (live video visuals)

Forthcoming live gigs:

22nd March : Ebullition, Bulle w/ Mister & Mississipi
25th April : Bogen F, Zürich w/ Scott Matthew
19th June : Cully Classique (off festival )

KIKu adoubé par Blixa Bargeld à Paris

KiKu_Presspic_01_72dpi_1_530_352« Vous êtes là pour Blixa ? » se demande-t-on poliment au sein d’une foule compacte d’où émerge, en connaisseur, la tête du géant (au sens propre) de l’électro analogique parisienne, Arnaud Rebotini. Blixa Bargeld, donc, fait l’attraction de ce premier concert de rentrée au centre culturel suisse. Le fondateur d’Einstürzende Neubauten vient prêter sa voix caverneuse au nouveau projet de KIKu, le duo d’indus jazz romand. Mais, comme pour rester fidèle au titre de leur album, « Marcher sur la tête », Yannick Barman, à la trompette et Cyril Regamey, à la batterie, s’amusent d’emblée à brouiller les pistes. En introduisant le slammeur lausanno-new-yorkais Black Cracker et leur guitariste David Doyon, ils démarrent par une impressionnante session de hip hop noise, tandis que sur l’écran sont projetés les dandinements d’une caméra entre deux murs léprosés. Regamey, métronomique sur sa batterie électronique et Barman, toujours entre miaulements de trompettes et mélodies fugaces orchestrent l’ensemble avec toute leur science du micro silence et du groove impossible.

Quelques morceaux plus tard, après cet échauffement emballant, frémissements : « Blixa », impassible dans son costume trois pièces impeccables, débarque en fauteuil. A peine le temps d’un « Bonjour ! » tonitruant, et déjà les meilleurs morceaux de « Marcher sur la tête » s’enchaînent. Avec « Nuages », longue composition labyrinthique, KIKu tempête sur drone; sur « Belehrung », poème de Herman Hesse contée d’une voix profonde, la trompette chuinte du free jazz; sur le classique new wave des Korgis, « Everybody’s got to learn sometime », d’incongrus apartés pop font leur apparition. Parfois, Blixa lâchera un cri ou soulèvera un sourcil rageur, Régamey laissera l’impression d’être le Tony Martin du free-drone; Barman, la trompette dans la bouche, fricotera avec ses machines (la sainte trinité sampler-ipad-laptop). Mais toujours, sauf peut-être pour le final, qui, à défaut de marcher sur la tête, piétinera les tympans, toujours KIKu, Blixa et Black Cracker réussiront à rester imprévisibles.

Le 20 janvier 2015 au Centre Culturel Suisse de Paris

Egalement le 22 janvier au Bad Bonn de Düdingen et le 23 janvier aux Docks de Lausanne

Album : « Marcher sur la tête » (Everest Records)

Hell’s Kitchen “Red Hot Land”

HELLS-KITCHEN-Red-Hot-Land« Laisse moi essayer quelque chose de neuf » entend-on, d’une voix plaintive, au détour du cinquième album des Hell’s Kitchen, « Red Hot Land ». Passé de Dixiefrog à Moi J’connais, le label des amis de Mama Rosin, les vétérans du blues genevois, quinze ans de scène au compteur, ont voulu aller voir ailleurs si le Delta y était. Ho, bien sûr, les acteurs de base sont toujours en place, Bernard Monney et sa voix broussailleuse au dessus du bottleneck, Cédric Taillefert et sa batterie faussement déphasée, Christophe Ryser et sa basse foudroyante.

Mais, à l’inverse du blues classique, identifiable à l’enfer guindé où des serveurs coincés débitent mécaniquement leurs syncopes précises et prévisibles, le trio genevois semble s’être mué en garçon de rade prêt à faire trembler les assiettes sur son bras tatoué : on croit s’attendre à un plat, un plan, une attitude, et c’est toute autre chose qui arrive.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=SNYPHp7xfpM&w=560&h=315]

« Red Hot Land » rompt un peu plus avec leur goût du blues minimaliste. Là un rythme de marche militaire dérisoire, ici un banjo qui parle tout seul, une corde un peu aléatoire répond à une mélodie précise, un vrai refrain fait contrepoint à un yaourt rockab, une ambiance New Orleans laisse la place à un accès de cris sauvages. Et s’il s’entend encore, leur blues sauvage des alpages s’efface derrière des balancements folkpop. A qui la mue ? À Robin Girod de Mama Rosin, à la fois producteur et compagnon d’entrain, venus apporter sa gouaille échevelée sur certains morceaux. A Matt Verta-Ray, à plus forte raison : la moitié de Heavy Trash, qui a mixé l’album à New York tout en s’invitant lui aussi sur certains titres, a contribué à trouver le son juste. Celui qui relie les énergies primales de Hell’s Kitchen à ses meilleures idées.

Disque
Hell’s Kitcehn “Red Hot Land” (Moi J’Connais/Irascible)

Concerts en France:
Paris, Mécanique Ondulatoire, le 12 novembre 2014
Lyon, bar des Capucins, le 13 novembre 2014
Annecy, Le Brise Glace, le 14 novembre 2014

Fontaine, La Source, le 15 novembre 2014

 

Mama Rosin on the road to Mississipi!

image(1)On n’est pas parti là-bas avec en tête le rêve américain, oh non ! On les connaît bien les histoires des groupes européens qui se cassent les dents dans les bars US. Mais la tournée de 10 jours (dont 2 jours en studio sur la fin) qui s’amorcent nous a déjà emporté très très loin. Sur la carte mais surtout dans nos têtes. D’abord St Louis, Missouri puis Memphis, Tennessee ! On longe le Mississippi jusqu’à La Nouvelle Orléans puis on tourne à l’ouest jusqu’au Texas.

Sous jetlag violent et extrêmes burgers

Des salles pleines, des promoteurs (musiciens, ou disquaires locaux) ravis et concernés … Rares et précieux.

Un lundi et un mardi américain qui se passent à merveille. Sous jetlag violent et extrêmes burgers. Les quartiers des clubs sont en voix de gentrification, donc burgers avec pousses de soja ! Les mêmes qu’on se refuse à manger à Genève dans ces nombreux lieux qui fleurissent partout !

Une fleur sur la tombe de Jessie Mae Hemphill

image(2)Mais s’il y a quelque chose à retenir de ces premiers jours, c’est le niveau de classe ahurissant des groupes avec qui on joue. Juste des gens de n’importe quel âge, shootés au son des radios locales et aux LPs par milliers, pour qui la musique est une seconde nature. Deux baffes dans la gueule monstrueuses ! En deux soirs. Au point où ça devient gênant de jouer après eux … Et de recevoir leurs compliments … Et de vendre autant de disques. Ce soir c’est le Siberia à New Orleans où deux groupes ouvrent pour nous. Autant de baffes en perspective.

imagePeu de dodo. Et des kilomètres sur les routes sans virage, excepté peut-être celui qu’on a fait aujourd’hui pour aller poser une fleur sur la tombe de Jessie Mae Hemphill, une de nos déesses à Como, Mississippi.”

Mama Rosin

Le journal de Leo Tardin au Japon (dernier chapitre)

LeoTardin_Japon_last1Dernier jour à Tokyo avant un vol de 12 heures pour Zürich… Il pleut et la ville humide ressemble à un décor de Blade Runner sous ce ciel sombre et chargé, ce qui n’est pas sans charme d’ailleurs…
Le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaireLeoTardin_Japon_last2
Après une journée de visite dans le quartier de Shibuya je décide de rentrer à mon hôtel en métro aérien et constate que le plan du métro a des allures de tableau de contrôle d’une centrale nucléaire. Mais encore une fois grâce à la gentillesse et politesses des habitants je prends le chemin de mon hôtel sans trop de problèmes.
Quelques dernières impressions resteront, outre l’extrême courtoisie de habitants et la sophistication des WC (apparemment atomiques eux aussi, ou en tout cas très largement fournis en diverses options et boutons-poussoirs électroniques):
Les voitures ne font quasiment aucun bruit en roulant dans les rues (au trafic pourtant parfois intense), grâce à un revêtement spécial sur les routes.
Les Japonais sont FOUS de jazz
Dans les petites boutiques pas particulièrement spécilisées, c’est du jazz qui passe en boucle, même si les Japonais ne savent pas forcément que c’en est. Un des publics les plus respectueux, appréciatifs et enthousiastes que j’aie rencontré. Ce fut un très grand honneur  pour moi de jouer au Japon. Idem pour les journalistes qui m’ont posé des questions particulièrement pointues et bien informées.
Enfin,  inutile d’espérer avoir un “I don’t know” clair quand un interlocuteur n’est pas en mesure de répondre à une question posée e en anglais. Les Japonais préfèrent répéter très poliment ce que je viens de demander, jusqu’à l’absurde,… Ce qui n’est pas sans compliquer les choses par exemple lorsqu’on oublie des affaires dans ledit métro aérien et qu’on appelle les objets trouvés à la police de Shibuya…
Affaire (presque) classée!
Léo

Zurich meets Berlin

A la Berlin Music Week, le Swiss Business Mixer s'est installé sous la tnte du cirque Cabuwazi
A la Berlin Music Week, le Swiss Business Mixer s’est installé sous la tente du cirque Cabuwazi

Les 3 et 4 septembre derniers, le bâtiment de briques rouges qui abritait autrefois la gare postale de Berlin Est se transformait en centre névralgique de la Berlin Music Week, un lieu de rencontre, de discussion et de présentation des nouveaux projets musicaux de la scène pop et rock. Née des cendres du célèbre Popkomm, cette réunion était l’occasion pour la ville de Zurich et Swiss Music Export de présenter un Swiss Business Mixer.

” La Suisse est un microcosme de l’Europe, avec Saint-Gall dans le rôle de Moscou et Genève dans celui de Lisbonne”

C’est sous la petite tente du cirque Cabuwazi que se son retrouvés quelques organisateurs de festivals et de clubs zurichois pour discuter des spécificités du marché suisse et présenter quelques-uns de ses artistes prometteurs ou confirmés. Les tables rondes n’ont pas débouché sur de grandes révélations. Du côté des festivals ont été rassemblés deux open air – Saint-Gall et Zurich – le festival et  lieu de rencontres des professionnels suisses M4Music, et l’irréductible indépendant Bad Bonn Kilbi. C’est avec une pointe d’humour que Philipp Schnyder, boss du M4Music résume les difficultés d’un marché suisse dans lequel trois régions linguistiques et mentalités se côtoient : ” La Suisse est un microcosme de l’Europe, avec Saint-Gall dans le rôle de Moscou et Genève dans celui de Lisbonne”. Quant à Alex Dallas, Dj et programmateurs de plusieurs clubs zurichois, il confirme que malgré sa vie nocturne trépidante (entre 70 et 100 clubs à la recherche de DJ’s tous les jours de la semaine) Zurich ne pourra jamais devenir une ville aussi attractive que Berlin du fait de son niveau de vie incroyablement élevé.

Oy, grande prêtresse de la soirée M4Music

Oy-BerlinLe soir dans le cadre d’une soirée intitulée M4Music at Postbahnof les artistes convainquent pourtant que disparité linguistique et culturelle peut rimer avec vivacité. Après Wolfman, au potentiel intéressant, Anna Aaron toujours plus rock’n’roll, ce sont deux Zurichois exilés à Berlin qui mènent la danse. Bonaparte incognito et en formation réduite a remporté un vif succès sous le nom code de « Secret Act ». Mais la grande prêtresse de cette journée zurichoise fut sans conteste Joey Frempong de Oy. La chanteuse helvetico-ghanéenne Joey Frempong a conquis l’audience avec ses samples inspirés et son batteur masqué Lleluja-Ha.

Le nouveau spectacle de Oy est le fruit d’un long travail au cours duquel Joey Frempong a voyagé en Afrique de l’Ouest, au Ghana et en Afrique du Sud. De ces différents séjours, la chanteuse, flanquée de ses enregistreurs en tous genres, a extrait des samples tous azimuts (bruits de la rue, rythmes traditionnels), mais surtout elle a trouvé une énergie et une chaleur qui lui confèrent un nouveau charisme.

Entre poésie et électronique

Dans des costumes réalisés par un ami et designer, le tandem constitué de Joey Frempong et du batteur masqué Lleluja-Hade forme un drôle de couple. Elle, entourée de ses claviers et d’un ordinateur, jongle entre poésie et électronique. Elle utilise parfois la technique du live sampling, effleure une de ses poupées-totem pour que des images défilent sur un grand écran. Elle se prend tour à tour pour une chanteuse de gospel, pour une conteuse ou transforme le son de ses différents micros pour jouer à la ventriloque des temps modernes. Lui la suit, faisant jongler les baguettes de sa batterie qui semble elle aussi avoir fait une immersion africaine tant son groove est implacable. A eux deux, ils créent avec une aisance déconcertante un univers musical et poétique, riche en émotions, et une forme de sagesse basée sur l’étude du quotidien. Un univers ô combien séduisant à découvrir également sur leur dernière vidéo “My Name is Happy”!

http://vimeo.com/104903948

Swiss Jazzed Out: Malcolm Braff dans ses montagnes

Swiss_Jazzed_Out__Malcolm_Braff_-_YouTubeMathieu Mastin, concepteur et réalisateur de la série de mini-documentaires Jazzed Out a posé ses valises en Suisse. Il y a rencontré Suzanne Abbuelh & Matthieu Michel, Plaistow, Rusconi, Grand Pianoramax, Malcolm Braff, Erik Truffaz, Werner Hasler & Jan Galega Brönnimann, Lucien Dubuis, Pierre Favre, Nik Bärtsch et Stade.

Swiss Vibes vous propose de (re)découvrir ces quelques minutes de musique hors norme tout au long de l’été. Après le duo lausannois de Stade, la balade continue et retrouve le piano de Malcolm Braff suspendu à la Dent de Jaman.

Montreux Jazz Festival: l’art du solo

Le batteur Julian Sartorius et le pianiste Marc Perrenoud confronteront leur art du solo au Château de Chillon le 11 juillet. Tous deux ont accepté de livrer à  Swiss Vibes quelques-uns de leurs secrets de fabrication.
@Reto Camenisch
@Reto Camenisch

Pour le plus grand malheur de ses parents et pour le plus grand bonheur de nos oreilles, Julian Sartorius a la fâcheuse habitude de taper sur tout ce qui l’entoure depuis qu’il est en âge de marcher. Quelque trente ans plus tard, il a fait de cette pulsion profonde son fonds de commerce. Pendant toute une année, il s’est astreint à la délicate mission de réaliser un beat par jour où qu’il soit. D’abord publié sur son blog, son « beat diary » est sorti l’an dernier sous la forme de 12 vinyles accompagnés d’un livre de photos. Depuis l’homme à la batterie écume les scènes les plus diverses. Il joue au milieu du public au Festival Onze plus, tape sur les murs du Musée Rietberg lors de l’inauguration d’un nouveau pavillon et se risque sur la grande scène du Cully Jazz Festival.

 « Le plus important c’est l’espace »

Le 11 juillet prochain, il investira un haut lieu historique, le Château de Chillon, dans le cadre du Montreux Jazz Festival. «  Le plus important c’est l’espace », explique Julian Sartorius au bout du fil alors qu’il attend un avion pour Copenhague. Le jour du concert, je vais tester l’acoustique de la salle avec ma batterie. Selon la façon dont elle sonne, je prépare des accessoires différents, acoustiques ou non ». Dans sa tête les plans des morceaux s’enchaînent, mais la prestation n’est jamais deux fois pareille. L’homme-orchestre peut à tout moment changer de direction, imprimer d’autres couleurs, d’autres harmonies à son set.

« C’est juste toi et le public »

Après s’être fait connaître comme batteur de Sophie Hunger, Julian Sartorius est devenu un amoureux de liberté d’improvisation, même si et surtout si ce travail est plus accaparant. « Quand tu accompagnes quelqu’un, tu peux compter sur l’autre ou le suivre, quand tu es seul, c’est juste toi et le public.». Julian Sartorius propose également dans le cadre du Montreux Jazz festival un duo « totalement improvisé » avec Benoît Delbecq (Montreux Palace, mardi 8 juillet).

 « Je préfère travailler sur les mouvements »

02 Marc SoloForcément l’exercice du piano solo est plus connu que celui de la batterie solo. Marc Perrenoud le conjugue pourtant à sa manière. « Plutôt que de travailler en improvisant sur un base de 32 mesures comme cela se fait dans le jazz, je préfère travailler sur plusieurs mouvements, à l’instar dans la musique classique ».

Solo de batterie versus solo de piano

Pour pousser l’exercice plus loin, le pianiste, dont le dernier CD en trio « Vestry Lamento » a séduit les critiques de New York à Paris, aime prendre pour point de départ une technique ou une texture. Il peut ainsi choisir d’improviser à partir d’octaves ou s’amuser à retranscrire au piano un solo de batterie. A chaque son – la grosse caisse, la caisse claire, les cymbales – il associe des notes, créant ainsi d’autres formes rythmiques sur son instrument. Le but étant bien sûr de prendre un maximum de risques, de chercher à ce que le résultat soit à chaque fois différent.

 « Ne pas se laisser dépasser par ce qui est entrain de se passer »

« Lorsque tu joues en groupe, tu cherches d’abord la résonnance, l’osmose. Le groupe trouve alors sa propre énergie et se met à fonctionner de façon autonome, un peu comme une meute. En solo, tu dois entrer en connexion avec toi-même sans aller trop loin. Tu ne dois pas te laisser dépasser par ce qui est entrain de se passer, garder un temps d’avance, garder le contact avec le public. Tu dois être en permanence ultra-concentré. Il ne peut y avoir que très peu de déchets. »

Les pierres millénaires du Château de Chillon et la féérie du lac au crépuscule ne pourront qu’inspirer la batterie insolite de Julian Sartorius et le piano expansif de Marc Perrenoud. Ne ratez pas ce moment d’exception !

Julian Sartorius solo/ Marc Perrenoud Solo, Montreux Jazz Festival, vendredi 11 juillet, 21 h.

L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp prend son envol

Il est la coqueluche de la presse suisse et française. Samedi 26 avril, il est l’invité du des Inouïs du Printemps de Bourges, un concert important qui s’inscrit dans une tournée française et allemande bien remplie.

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Il, c’est L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp. Vincent Bertholet, bassiste, fondateur et leader de cette formation, a réuni dans cet intitulé à rallonge deux de ses grandes sources d’inspiration : les big bands postindépendances africaines et l’artiste français inventeur du ready made, connu pour son sens du jeu, de l’humour et de la distance. L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp est né il y a huit ans, d’une carte blanche offerte de la Cave 12, haut lieu des musiques expérimentales et alternatives du bout du lac.

C’est grâce à « Rotorotor », son troisième et récent opus, produit par John Parish (PJ Harvey, Eels…) que l’OTPMD fait sensation. Le producteur anglais a su trouver le son juste pour emballer ces drôles de bacchanales rock’n’roll où marimba et groove puissant entrent en collision avec la voix de la chanteuse et poétesse Liz Moscarola. La transe de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp peut désormais prendre son envol.

Comment gérez-vous  ce soudain succès critique et les dates de tournée qui se multiplient ?

Vincent Bertholet Ça nous fait rire… On sait que tout cela est très éphémère, mais on en profite à fond. C’est incroyable, aujourd’hui on pourrait même refuser des concerts….

Comment expliquez-vous cet engouement ?

Vincent Bertholet L’argent y est pour beaucoup. Nous avons reçu une bourse de la ville et de l’état de Genève. Nous avons ainsi pu engager des professionnels qui eux-mêmes ont fait fonctionner leur réseau. Nous nous sommes aussi assagis. Avant on était plus expérimental. Ce nouvel album s’est fait en deux ans ; on a rôdé les titres sur scènes avant d’entrer en studio. Enfin, il y bien sûr l’effet John Parish et son art du mixage. Jusque-là, on ne savait pas faire des disques…

D’où vient ce goût pour le télescopage musical ?

Vincent Bertholet Je peux aussi bien écouter un joueur de guimbarde, que du punk ou des musiques africaines. Je n’ai d’ailleurs jamais compris les gens qui aiment exclusivement une forme de musique. La carte blanche de la Cave 12 m’a donné envie de mettre ensemble des musiciens qui ne se connaissaient pas et de proposer à une danseuse de venir faire la voix. D’autres musiciens ont ensuite remplacé les premiers. A chaque fois, c’était pour aller vers le mieux, mais en gardant la même direction musicale. On pourrait changer tous les membres de la formation sauf Liz Moscarola (la chanteuse). Je partage les mêmes goûts que Liz et si je vois qu’elle croche à un morceau, cela me conforte dans mes choix.

Comment composez-vous ? 

Vincent Bertholet Le plus souvent, je pose un rythme à la contrebasse, parfois un thème. Après on cherche, puis je sélectionne. L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp n’a pas du tout un fonctionnement démocratique.

Vos envies ? 

Vincent Bertholet  Je me lasse très vite de tout. Pour le moment nous n’arrivons pas à faire durer nos morceaux. C’est un de nos objectifs. J’aimerais avoir un orchestre de 15 musiciens et remplacer la section de cuivres par un ensemble de cordes. Evidemment Fela est la référence absolue en la matière. Il arrive à faire des morceaux de vingt minutes avec pas grand chose. Le plus difficile c’est toujours de faire simple.

Bandcamp de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp

Dates de la tournée française et allemande du groupe

https://soundcloud.com/banlieues-bleues-1/orchestre-tout-puissant-marcel

Disque du mois d’avril: PommelHORSE “Wintermadness”

1500X1500PIXEL-01Attention! ce jeune groupe de Berne est entrain de bousculer le monde du jazz. PommelHORSE est l’un des cinq groupes suisses (sur les dix-huits groupes européeens) participants à la journée “European Jazz Meeting” de Jazz Ahead le 26 avril à Brême. PommelHORSE est sans aucun doute la manifestation d’une nouvelle génération de musiciens post-Internet, une génération qui assimilé à la vitesse de l’éclair une somme de musiques impressionnantes.

Impossible d’expliquer sinon comment d’aussi jeunes musiciens (bernois) peuvent avoir intégré  autant de styles musicaux différents. Du stadium rock aux musiques de danse électroniques, du jazz aux musiques expérimentales, du heavy metal au classique, ce deuxième poursuit la voie d’un jazz mutant amorcée en 2012 dans son premier opus éponyme.

PommelHORSE a choisi pour nom « cheval d’arçon ». A cet accessoire de gym sur lequel chaque écolier s’est un jour laborieusement escrimé à faire des culbutes, il donne une nouvelle dimension, toujours faite de pirouettes et de sauts, mais désormais ludiques et enjoués. Car PommelHORSE ne cite jamais littéralement, il jongle avec les rythmes, les balises musicales. Il impose son souffle, sa griffe pour évoquer des ambiances, des sensations comme ce « moving sidewalk » dans lequel on s’immerge rapidement en s’imaginant évoluer sur un sol mouvant. Un voyage intérieur faite de sensations et d’impressions à découvrir absolument.

PommelHORSE, Wintermadness (Unit Records)