Anna Aaron, un disque, un clip, un style

Cover_Neuro_RGB_300dpi_2500x2500Si les déhanchés déshabillés de son dernier clip “Linda” lui ont valu d’être remarquée par les Inrocks, Anna Aaron n’est pas encore complètement portée aux nues en France – en tous cas, comparé à l’emballement médiatique qu’elle suscite dans les cantons suisses, elle y reste encore discrète. Mais, programmée en bonne place dans le cadre du festival itinérant les Femmes s’en Mêlent (à Paris et en province) pour y présenter son deuxième album “Neuro”, elle a l’occasion de se faire un prénom. Ou plutôt deux: Anna et Aaron, le féminin et le masculin, le clair et l’obscur. Une ambivalence assumée, déjà, sur son premier album Dogs In Spirit, deux ans plus tôt: elle s’y montrait tendre et furieuse, au gré de ballades folk au piano façon Fiona Apple et de plages rock déchirantes.

Un son à la hauteur de sa beauté froide et de ses tumultes intérieurs

Après un intermède avec le quartet d’Erik Truffaz, qu’elle a suivi en tournée, la Bâloise avait donc décidé d’approfondir ses ambiguïtés : c’est à Londres, auprès de David Korsten, qu’elle va se forger un son à la hauteur de sa beauté froide et de ses tumultes intérieurs. Fidèle à ses habitudes, le producteur de l’Anglaise Bat for Lashes va envelopper sa voix puissante d’un vernis électro faussement vintage, entre reverbs puissantes et rythmiques eighties avec Jason Cooper, le batteur de Cure, derrière les fûts! Parfois un peu caricaturale (avec des réminiscences trop évidentes de … Bat for Lashes, justement), cette approche sonore permet à Anna Aaron de gagner en épaisseur artistique. D’opérer des contre-pieds mélodiques inattendus au milieu des morceaux. D’oser le mélange entre la pop la plus accessible et les riffs les plus tordus. Avec “Neuro”, la fille de missionnaires religieux se rapproche des grandes prêtresses de la pop moderne. A elle de prouver sur scène qu’elle peut nous hypnotyser autant qu’Anna Calvi ou Pj Harvey.

Anna Aaron est en tournée jusqu’à la fin du mois en Suisse et en France. Détails de la tournée ici!

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Disque du mois: Marc Perrenoud Trio “Vestry Lamento”

0608917112627_600Cet automne paraissait en Suisse Vestry Lamento, le troisième opus du pianiste Marc Perrenoud, un disque brillant, inspiré, fluide, lyrique….. Marc Perrenoud m’avait informée que le disque devait faire son apparition dans les bacs des disquaires français (un pays où il reste encore quelques disquaires….) en janvier. J’avais donc mis au frigo pendant trois mois mon enthousiasme, en prévision d’une critique “disque du mois” sur Swissvibes.org. Seulement voilà, entre-temps, Vestry Lamento semble avoir séduit les journalistes de la terre entière, ou presque….

“It’s an 8-minute ride that makes you want to hit repeat as soon as it’s over”

A commencer par le saint des saints, le magazine américain Downbeat qui s’enflamme : “The title track opens the set with an incredible bass solo by Marco Müller that kicks off a high-wire groove. Müller and drummer Cyril Regamey lock the rhythm down tight, allowing Perrenoud to glide over the piano with extreme soul in his heart and classical chops in his fingertips. It’s an 8-minute ride that makes you want to hit repeat as soon as it’s over.“

03-Marc-SoloLes Allemands ne sont pas en reste qui affirment dans le dernier numéro de Jazzthetik: „Die Stücke auf Vestry Lamento finden Ruhepole. Sie treiben meist zügig voran, lassen den Zuhörer in leuchtende pianistische Klangfarben eintauchen – und haben dem Rezensenten beim Anhören schon viel treibenden Schwung und Wärme vor allem bei regnerischen Autofahrten durch die Dunkelheit gegeben.“  (Stefan Pieper)

“Même dans ses ballades, il parvient à vous décoiffer”

Quant au quotidien genevois Le Temps, dans son édition du 31 octobre 2013,  il expliquait: “Le pianiste genevois, 32 ans, laisse tomber ses phalanges de compétition, ses gammes à toute bombe: l’odeur du silence sans son goût pesant. Pour tout dire, Marc est un prodige. Parce que, même dans les ballades, il parvient à vous décoiffer.“ (Arnaud Robert).

” Vestry Lamento, c’est à la fois le mouvement vers l’orgasme et la redescente…”

Que dire après cette déferlante d’éloges? si ce n’est que Vestry Lamento n’est pas aussi compliqué que son nom pourrait le laisser supposer. Aux dires de son auteur les choses sont mêmes extrêmement simple: « Vestry Lamento, c’est à la fois le mouvement vers l’orgasme et la redescente…» Pour revenir à l’essentiel, Vestry Lemento est revenu à l’essence de bien des musiques: la gamme pentatonique. Virtuose sans avoir plus besoin de le montrer, Marc Perrenoud ose avancer à visage découvert, ose pousser à bout la puissance de son power trio, ose la mélancolie. Une musique qui ouvre des portes, tire des liens, embarque comme une lame de fond. Un disque vivement recommandé à toutes les oreilles, des spécialistes aux néophytes.

Vestry Lamento | Marc Perrenoud Trio – Télécharger et écouter l’album. Label Doublemoon

Prochains concerts et émissions de radio:

France Musique (F)  “Un mardi idéal”, mardi 21, 22 h 30

Munich (D), Unterfarht, 28.01.14

Berne (CH), Bejazz Club, 31.01.14.

Genève (CH), AMR, 01.02.14

Sion (CH), La Ferme Asile, 08.02.14

Paris (F), Le Duc des Lombards, 13.02.14

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 5

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Jeudi 28 novembre, 9h30

Johann Bourquenez and Plaistow en balladeL’après-midi, je dors pendant le trajet en plein trafic dans la voiture de Shrini. C’est fou mais ça se me surprend déjà plus trop ce chaos. Il y a quelquefois où je sens que le surréalisto-mètre est dans le rouge (les croisements sans feu où tout le monde roule pare-chocs contre pare-chocs, les familles avec enfants qui traversent des triple voies au milieu des bus et des motos…)

Chez Shrini, je lis quelques paragraphes de Krishnamurti. En substance : se focaliser sur les résultats, ou sur l’expérience acquise, c’est la mort. La vie c’est l’action, pas le résultat. experiencING instead of experiencED. Et aussi : la discipline, la concentration, c’est réduire les possibilités, en choisissant un aspect de l’esprit au détriment d’un autre. La création, la découverte, ne peuvent apparaître que dans un esprit libre.

Bon concert au Bandra base, petit endroit “underground” (ou plutôt “indépendant”) ou Emma gère la programmation. Un bon piano droit qui tient la route, la plus petite grosse caisse du monde, une trentaine de personnes enthousiastes. Petite jam dub à la fin avec deux saxophonistes locaux. Le propriétaire est un Californien, la cinquantaine, il finit par un speech:”Please educate yourself about climate change. In 20 years this place will be under water.” C’est vrai que toute la ville est plate et au niveau de l’Océan, pas de digue ni rien.

On en parle un peu. On parle de nos voyages en avion. Il dit : “On le fait tous. On n’a pas le choix.” L’après-midi, Shrini disait : “Nous n’avons plus d’autre choix que de vivre dans le présent. Ça fait 40 ans que tout le monde vit dans le futur en croyant que ça ira mieux plus tard.”

IMG_3769Le soir on mange dans un restau chinois. Le Californien en question à étudié “quand il était jeune, c’est-à-dire il y a longtemps” les rythmes indiens et donne quelques explications sur le Tintal, compter avec les phalanges, décomposer les patterns en 3,4,5, etc. Quand je dis que je m’attendais à ce que la tradition musicale indienne soit plus présente: on ne l’entend pas, on n’en entend pas parler, ni dans la rue ni a la télé, on ne rencontre pas de musiciens qui jouent ça. Il me répond que, comme partout, les gens veulent ce que veut le voisin et ce qui est à la mode, ce qui est brillant et a du succès, c’est-à-dire, les conneries que j’ai vues à la télé.

Il dit aussi qu’on est un groupe qui réussit la synthèse d’éléments très différents, sans que ça soit parallèle ou anecdotique (Steve Reich + Dub + musique orientale + jazz + …) et qu’il n’avait jamais entendu ça.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 4

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Mercredi 27 novembre – Mumbai – hôtel – 13h

Je perds le fil des jours – normal en tournée – je ne sais le jour et la date qu’en regardant sur mon ordi.

Lundi soir, on est sorti faire un tour des bars de Bandra avec Shrini. Il habite là. C’est le quartier des artistes et des resto pas trop chers. En Inde la bière standard c’est la KingFisher, et c’est bon.

Johann Bourquenez_gareMardi, on est parti à 10h de l’hôtel pour aller à South Bombay, le quartier plein de bâtiments victoriens et de touristes. On est resté quatre bonnes heures, entre le “India Gateway”, la station de train qui ressemble à une cathédrale, les marchés de rue et un petit atelier de photo au fond d’un couloir humide dans une vieille baraque.

Je transpire beaucoup, et je ne suis pas sur que le jus de canne a sucre est bien passé…

L’après-midi, workshop à la “True School of Music”, on joue 30 minutes puis on parle avec les étudiants, c’était intéressant pour tout le monde, on leur a parlé de nos façons de composer ensemble, des limites du rêve démocratique dans un groupe, de la diffusion sur internet ou pas. J’ai même parlé de mes exercices très lents et dit que ce qu’on aborde dans une école on peut mettre 10 ans à l’appliquer, parce que ça demande d’être disponible (ce qu’il m’est arrivé)

Rencontre avec les jeunes profs et ingé son, français, américain, anglo-indiens. On rencontre aussi Emma, qui a booké nos concerts et le workshop. Elle est là depuis dix ans (on peut dire qu’elle kiffe) et elle essaye de sortir de Mumbai 2 jours par mois sinon ça rend fou, surtout le bruit.

Un resto trop cher le soir. Puis j’ai passé une nuit de 11 heures à transpirer et à me sentir plutôt merdique.

J’ai regardé des clips à la télé et c’est horrible. Apologie de l’alcool, de la violence, des flingues, confusion entre sexe et amour, etc… Comme partout. Il y a un film qui sort le 29, Bullet Raja, une grosse prod bollywood, j’en ai vu 5 bandes annonces et les commentaires de la presse et des people.

Johann Bourquenez_sur les quaisCe matin ça va mieux. Certainement mon corps doit s’habituer au changement de climat de nourriture…J’ai fait un tour sur les “quais” à côté de l’hôtel, pris des photos. Il y a ce pont au dessus de l’océan qui va à Bandra, qui est énorme. L’air est épais et il fait bien chaud (30 degrés), je transpire tellement, et je ne sèche pas après la douche.

On repart à 14h, ce soir on joue dans un club, on rencontre des musiciens locaux, et demain on fait la première partie de Erik Truffaz au Edward’s Theater.

Le journal de Johann Bourquenez (Plaistow) en Inde, chapitre 2

Si vous avez raté le chapitre 1, c’est par là!

Dimanche 24 novembre – 10 h – dans l’avion de Hyderabad à Pune

300 personnes au concert de Hyderabad hier, piano droit qui ne tenait pas l’accord au fur et à mesure du concert, Cyril sur un stand de batterie, standing ovation après un concert de 1h30, on signe des autographes et on pose pour les photos…

Discussion intéressante autour d’une bière a l’hôtel à propos de la différence entre l’intensité des concerts et ce qu’on arrive a canaliser sur les disques et les vidéos. Shrini dit, comme beaucoup d’autres, qu’il ne s’attendait pas a ce niveau de quasi transe, ni à voir le public – plutôt conservateur selon lui qui est né dans cette ville – autant réceptif et touché.

Ce matin petit déj excellent, potage de légumes, petites crêpes… Je suis aussi allé au gymnasium transpirer un peu.

Puis taxi pour l’aéroport, toujours cette circulation chaotique. Mais en fait, qui est le plus stressé entre un conducteur genevois et un indien ? Il n’est pas rare par exemple qu’un automobiliste a Genève ACCELERE quand un piéton essaye de passer au rouge, alors qu’ici où tout le monde essaye de passer et klaxonne tout le temps, il semble qu’il n’y ait pas la même expression dangereuse de frustration.

A propos du non port de casque en moto et scooter, on se dit que c’est pour ne pas avoir l’air d’une poule mouillée.

On se demande aussi comment on passe son permis de conduire ici, et à quel moment la police arrête une voiture ou une moto, qu’est-ce qui est vraiment interdit. Shrini dit en plaisantant : “This is true democracy, people really do what they want.”

À Paris, Kadebostany fait (presque) taire les sceptiques

Kadebostany_PopCollection_FINALDans les travées encore clairsemées du Nouveau Casino, ça murmure. Ignorant une première partie désespérante (Edward Barrow, grand échalas androgyne pleurant ses chansons d’amour à la harpe dans une indifférence polie), le public s’inquiète.

A Paris, le « président Kadebostan » ne débarquait pas encore en pays conquis

Son look de général d’opérette aurait d’ailleurs pu très vite le voir affublé de quelques railleries jadis réservées au Général Tapioca. «  J’ai quand même des réserves sur cet album » glisse un beau gosse à l’oreille de sa compagne de concert – « je ne suis pas sûr d’accrocher à leur virage électro hip hop » renchérit un autre, qui avait découvert le groupe quand il s’appelait encore, The National Fanfare of Kadebostany. Et pourtant. Et pourtant, il n’a pas mis longtemps pour se mettre les danseurs au rythme de ses galons brillants.

Un dispositif scénique légèrement mégalo

Au centre de la scène, il annonce la couleur dès les premières secondes, devant une audience immédiatement densifiée : bombardement de batterie électronique martiale alourdie de tonnes de réverb, un trombone et un saxo sur le côté gauche en support d’artillerie, la voix diaphane de sa « ministre Amina » pour adoucir les mœurs, sur sa droite. Dispositif scénique légèrement mégalo, surtout que le « président » se retrouve sous les deux « drapeaux écrans » faisant défiler les couleurs du Kadebostany, mais relativement efficace pour faire bondir la foule tout au long des morceaux de « Pop Collection » : electro pop emphatique sous influences légèrement balkaniques.

Le passage à la scène de ce disque inégal permet d’en gommer certains clichés de production

Kadebostany revient ainsi à l’essence de sa musique, profondément dansante, déclinée sous forme dub,hip hop ou presque jungle et laisse de côté ses inclinations kitscho-dégoulinantes. On regrette quand même la disparition des sources plus traditionnelles de son premier album, “Songs from Kadebostany”, en s’obligeant même à rejouer une deuxième fois ses deux « tubes », « Walking with a Ghost » et « Jolan ».

Kadebostany s’est produit le 12 novembre 2013 à Paris, au Nouveau Casino
Prochains concerts : à Lyon le 22 novembre, à Strasbourg le 28 novembre
Dernier album paru: “Pop Collection” (Mental Groove)

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Serge Wintsch à propos de la scène jazz suisse

Francine et Serge Wintsch
Francine et Serge Wintsch

Directeur du JazzOnze+ Festival avec son épouse Francine depuis plus de vingt ans, Serge Wintsch est aussi un musicien à ses heures perdues. Il connaît la scène suisse sur le bout des doigts. D’autant qu’Onze+ était à l’origine une association de musiciens lausannois, rassemblés pour donner plus de visibilité « aux musiques d’improvisation, à la musique contemporaine ». Du haut de ses 25 éditions, Onze+ s’impose aujourd’hui comme un rendez-vous incontournable du jazz suisse  comme international ainsi que des musiques actuelles. Les concerts de jazz ont lieu dans la salle Paderewski alors que depuis 2001, la salle des Fêtes du Casino de Montbenon se transforme en EspaceJazz et propose des concerts gratuits destinés à un public plus jeune, amateur de musiques africaines, de soul-funk ou d’electro.

Le festival a toujours accueilli des musiciens suisses. Parlez-nous de ceux que vous avez invités en 2013 ?
Serge Wintsch Le Who Trio est une valeur sûre. Michel Wintsch (mon homonyme sans être un parent) joue depuis de nombreuses années avec Gerry Hemingway et Bänz Oester. Ce trio s’est rarement produit à Lausanne. Idem pour le guitariste genevois Christian Graf dont le côté rock me plaît beaucoup. Et comme cette année, nous voulions mettre l’accent sur les guitaristes, l’occasion était toute trouvée.

Qu’en est-il de Samuel Blaser et Jean-Lou Treboux ?
Serge Wintsch Samuel Blaser est un extraordinaire inventeur de musiques. Il trace sa propre voie dans la musique improvisée sans s’inscrire dans un genre particulier. Sa formation autant classique que jazz lui a permis d’acquérir des bases techniques solides pour créer avec la plus grande liberté formelle. Jean-Lou Treboux est un jeune vibraphoniste que nous suivons de près. Il a décroché une aide financière institutionnelle pour résider à New York pendant six mois. Cette invitation à Onze+ constitue son premier concert en Suisse avec cette nouvelle formation. Nous ne savons pas du tout ce que cela va donner, mais nous lui faisons entièrement confiance.

Que pensez-vous du jazz en Suisse en 2013 ?
Serge Wintsch Cette scène est extrêmement intéressante et riche. Rappelons qu’en Suisse il y a une longue tradition du jazz. Avant elle existait sans doute plus à l’intérieur des frontières qu’à l’extérieur. Je pense en particulier au Zürcher Jazz Festival qui de 1951 à 1973 fut un lieu de rendez-vous incontournable des musiciens alémaniques comme romands. Mais peu de musiciens s’exportèrent. On peut citer, parmi ceux-ci, Pierre Favre, Daniel Humair, George Gruntz, Irène Schweizer, Matthieu Michel ou Mathias Rüegg (Vienna Art Orchestra). Dans la nouvelle génération, il suffit d’écouter les pianistes, Colin Vallon, Stefan Aeby, Gabriel Zufferey, Léo Tardin ou Marc Perrenoud pour être convaincu que la relève est là et qu’elle possède un haut niveau créatif.

Les musiciens que vous mentionnez se sont souvent intégrés à d’autres scènes, comme Daniel Humair en France ou Pierre Favre en Allemagne. On oublie presque que ce sont des Suisses.
Serge Wintsch Oui, les Suisses sont discrets ! Peu nombreux sont ceux qui se sont exportés et ceux-là se sont fondus dans l’internationalisme du jazz. Ce qui manque, c’est un mouvement spécifiquement helvétique. Il me semble toutefois que les musiciens circulent plus qu’avant, qu’ils collaborent plus entre eux, peut-être aussi grâce à l’apparition d’écoles comme l’HEMU (Haute Ecole de Musique) de Lausanne).

Les conditions seraient donc réunies pour un mouvement spécifiquement helvétique ?
Serge Wintsch Ce serait drôle d’imaginer des tournées internationales avec des ensembles suisses en alternance. Un peu comme le Chicago Blues en son temps. Cela permettrait de montrer le foisonnement de cette scène suisse au reste du monde.

Festival JazzOnze +, Lausanne, du 30 octobre au 3 novembre. www.jazzonzeplus.ch

Swiss Vibes 2013: la chanson d’octobre: Fiona Daniel

Cover_FionaDaniel

« Après plusieurs enregistrements de voix pour ce morceau, ma productrice Katharina Nuttal et moi étions vraiment insatisfaites. Plus nous essayions, plus cela semblait difficile de trouver l’expression juste pour raconter cette histoire d’incendie, pour toucher vraiment l’auditeur. La solution : ouvrir une bouteille de single malt et revoir le film Sacrifice de Tarkovsky, où il y a justement une scène de maison en flammes. Après plusieurs verres, Katharina a mieux compris ce que je voulais faire ressentir, et nous avons enfin pu identifier le ton parfait pour cette chanson. »

Fiona Daniel, chanteuse, Zurich

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La chanson Letter est également téléchargeable gratuitement sur le bandcamp de Swiss Vibes

Le disque “Backyard” est désormais diffusé en Allemagne et en Autriche (en plus de la Suisse). A quand la France?

Trois questions à Tobias Preisig

Tobias Preisig band @Corinne Kramer
Tobias Preisig band @Corinne Kramer

En 2012, le CD “In transit” de Tobias Preisig figure parmi les meilleures ventes de disques jazz au Japon. Le violoniste suisse est sur le point de repartir avec son band pour une tournée de six concerts sur l’île nippone. Interview exprès.

Alors que ta carrière décolle à l’étranger, pourquoi être resté à Zürich et ne pas avoir déménagé, à Berlin ou Paris  ?
Tobias Preisig  Etonnamment, c’est plus pratique pour moi de rester par ici. Mon groupe est éparpillé un peu partout en Suisse, entre Bâle, Bern et Lausanne, et je peux les retrouver en un clin d’oeil. Pareil pour voyager à l’étranger : Zürich a une position tellement centrale en Europe que l’on peut se rendre partout sans problème. Enfin, c’est bête à dire, j’ai la chance d’avoir mon bureau et mon espace de répétition dans un club d’ici, l’Exil, et cela me permet de me concentrer sur mon travail. En plus, je peux profiter des conseils d’un ancien d’ici, Nik Bärtsch, et évoluer dans un environnement où les musiciens prennent des risques, et c’est la seule chose que je recherche.

Comme le pianiste Stefan Rusconi, par exemple, avec qui tu partages une approche originale de vos instruments respectifs?
Tobias Preisig Et oui, non seulement je m’essaie au jazz au violon, ce qui est très rare (à part Stéphane Grappelli, j’aurais du mal à citer d’autres violonistes de jazz!), mais en plus j’essaie d’exploiter mon instrument au-delà des canons du genre, sinon je m’ennuie. Il y a tellement de gens qui savent jouer du violon parfaitement, cela ne sert à rien de d’être un nouveau disciple appliqué. A vrai dire, j’ai eu de la chance de pouvoir rencontrer un professeur au conservatoire et à l’école de jazz suffisamment ouvert pour me dire :  « ce n’est pas grave si tu joues la tête en bas, du moment que tu joues bien… » Ca m’est resté… et effectivement ca me fait un grand point commun avec Stefan Rusconi. Lui, c’est comme c’est comme un frère pour moi, nous formons une petite communauté à nous deux. On a énormément joué ensemble pour d’autres musiciens et maintenant, nous avons un drôle de duo, à l’orgue et au violon, qui nous ouvre un espace pour explorer de nouveaux sons.

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Justement, comment peut se dérouler le processus créatif qui amène à dénicher ces nouveaux sons ?
Tobias Preisig Comme pour tout le monde : avec beaucoup de travail, et un peu de chance. Prenons l’exemple de « Transforming », l’un des morceaux les plus connus de « In Transit ». Au départ, j’ai eu huit mesures en tête, dans la rue, et je me suis empressé de les noter sur le carnet où je note toutes mes idées. Plus tard, en répétant, je me replonge dans mon carnet et je me rend compte que ces mesures pourraient bien s’accorder avec d’autres, que j’avais notées plusieurs pages plus tôt. En les réarrangeant, j’avais la base de mon morceau… mais ce n’est pas tout ! Un peu plus tard, je me suis mis en tête d’apprendre à jouer du theremin, alors je me rend sur youtube pour trouver un tutoriel… et je tombe sur la vidéo d’un type qui joue le thème principal de « Transforming »  – sans le savoir, j’avais repris un morceau de Gabriel Fauré ! C’était moins une : la pochette de l’album partait le lendemain à l’impression, j’ai appelé le label en catastrophe pour qu’ils  « créditent » Fauré sur le livret …

il paraît que « In Transit » est rentré dans les tops albums au Japon…
Tobias Preisig Oui, c’est incroyable, n’est-ce-pas ? Il y a deux ans, le bureau export nous a permis de faire une petite tournée à Tokyo et Kyoto; une excellente expérience. Non seulement les ingénieurs du son ont été formidables, mais notre mélange de rock, de jazz et de musique expérimentale a paru complètement avant-gardiste aux oreilles du public japonais… et ils en redemandaient ! En exagérant à peine, les filles étaient en pleurs à la fin des concerts. Du coup, nous avons prévu d’y retourner cet automne pour flatter nos nouveaux fans hystériques (il rit ).

En concert au Japon: Shikori Fukuoka, sa 12 octobre 2013. Hiroshima, Speak Low, di 13. Osaka, Mister Kelly’s, lu 14. Kyoto, Live Spot Rag, me 16. Tokyo, Spiral Lay, je 17. Kyoto, Left Alone, ve 18.

Pablo Nouvelle, en toute intimité

Pablo Nouvelle“Comme The Avalanches et DJ Shadow avant lui, Pablo Nouvelle applique les techniques de production du hip hop à des enregistrements de pop et soul, coupant et recontextualisant pour obtenir des effets ahurissants”. Ainsi s’exprimait l’an dernier le Guardian.

Le jeune Bernois Pablo Nouvelle a décidé que son nom d’artiste devait faire référence à la fois à l’architecte français Jean Nouvel et à la nouvelle vague du cinéma français. Logique pour cet ancien étudiant en architecture qui construit sa musique comme un édifice subtil de samples et de live, donnant ainsi à Marvin Gaye ou à Smokey Robinson de nouvelles intonations mélancoliques.

10 morceaux dans lesquels se croisent le chant de Fiona Daniel et les rythmes de cet autre Bernois qui monte, Domi Chansorn,  est téléchargeable gratuitement sur son site Internet (vous pouvez bien sûr aussi faire un don!) Je vous recommande également vivement de visionner ce concert filmé, qui fait partie de la série “Live at Music Apartment” et qui diffusé sur le net depuis quelques jours.

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