Et hop, une petite playlist spotify qui met en avant quelques-unes des sorties les plus excitantes de l’automne. Rock, pop, jazz, rap, electro et même un remix en clôture: laissez-vous surprendre par cette sélection helvétique inédite.
En cette première semaine du mois de juin, le Centre culturel suisse se présente sous ses plus beaux atours. En plein cœur du Marais, la devanture de la libraire fait de l’œil au passant en exposant ses sacs Freitag bien en évidence. Passé les lourdes portes en bois les cours intérieures fleuries transportent en un instant le passant de l’ébullition de la rue des Franc-Bourgeois au calme d’un bâtiment historique. Intra muros, place à la création contemporaine avec Marc-Antoine Fehr et l’installation sonore et visuelle de Dominique Koch.
Les deux directeurs du Centre culturel suisse, Olivier Kaeser et Jean-Paul Felley et leur équipe, travaillent d’arrache-pied pour faire « connaître en France une création contemporaine helvétique ouverte sur le monde et y favoriser le rayonnement des artistes suisses ».
Ça tombe bien, au rayon musique, c’est exactement la même ambition qui anime le blog swissvibes.org. Les grands esprits se sont donc rencontrés au Ccs du 3 au 6 juin 2015 pour présenter trois soirées de concerts aux couleurs musicales différentes. Grâce au soutien de Pro Helvetia (la Fondation pour la culture suisse) et de Swiss Music Export, l’entreprise dut une réussite tant au niveau de la qualité artistique, des échanges que de l’affluence. L’union fait la force!
Mardi 3 juin Swiss Vibes goes rock
Pour cette soirée étiquetée rock, la Zurichoise Evelinn Trouble et les Biennois de Puts Marie ont joué des reprises surprenantes.
Evelinn Trouble se sent un peu à l’étroit dans l’auditorium du Ccs et elle le fait bien savoir : en milieu de set, elle attaque le répertoire de Tina Turner plus qu’elle ne la reprend. Pour mieux convaincre des vertus de son « What’s Love Got to Do with it » revu et corrigé version 2015, Evelinn Trouble grimpe les escaliers entre les chaises des spectateurs et se lance dans un ping pong vocal mi-hurlé mi chanté avec les trois autres membres de son groupe. Et si le prochain album « Arrrowhead » de l’excentrique diva zurichoise est censé se décliner en version trip hop, cela ne l’empêche pas de rester une rockeuse et une funky woman infernale qui balance du lourd et séduit par la puissance de sa voix et par son caractère bouillonnant.
Puts Marie choisit quant à lui d’évoquer Sun Ra, le roi du free jazz psychédélique. Sun Ra, le cosmos, la folie : un univers qui parle bien au chanteur Max Usata et à ses acolytes biennois, tous bien barrés et en même temps tellement soudés. Evidemment c’est le chanteur qui attire d’abord l’attention, avec sa gestuelle saccadée, sa voix schizophrène (très haute puis presque cassée), ses deux micros qu’il ne cesse de manipuler, dévisser ou jeter. Mais le groupe disposé en arc de cercle autour de lui n’est pas en reste. Incroyablement soudé rythmiquement – alors que le batteur et le bassiste sont deux nouveau venus -, il expérimente aussi les digressions sonores et les expérimentations en tous genres. On colle volontiers à Puts Marie l’étiquette de blues psychédélique, mais au vu de l’univers développé dans leur prestation d’à peine une heure, cette étiquette semble bien réductrice.
Mercredi 4 juin Swiss Vibes goes électro
Même décor, autre ambiance le lendemain avec les expérimentations électro de Larytta et Egopusher.
Le duo lausannois constitué du designer graphique Guy Meldem et du performer sonore Christian Pahud nous avouait dans l’après-midi fonctionner comme un « vieux couple infernal ». Depuis la parution de son nouvel album « Jura » l’an dernier, il a décidé de faire peau neuve: de deux, les voilà passés à quatre, ajoutant des vrais instruments à leurs machines, ordinateurs et pédales.
Résultat : un show ultra-enjoué qui multiplie les clins d’œil musicaux; ici des guitares africaines, là un chant en portugais. Funky ou techno, les musiciens sautillent comme des balles de ping-pong et ne cessent de changer de place, d’instruments. C’est ludique, dynamique, même si parfois ce chant à quatre voix sur des micros sans cesse différents pose des petits soucis de calage. Une phase de transition pour cette formation qui a plus d’un tour dans son sac et qui sidère par son énergie communicative.
Nous vous avons déjà abondamment parlé de Egopusher dans ce blog. Ce duo constitué du violoniste Tobias Preisig et du batteur Alessandro Giannelli a décidé de lâcher les amarres et de se lancer dans un work in progress permanent. Peaufinant leur morceau sur scène, ils les mettent ensuite à disposition des internautes via soundcloud puis les retravaille, et ainsi de suite. Une prestation qui s’inscrit donc aux confluents de l’expérimentation sonore, des rythmes déconstruits ou répétitifs et des musiques improvisées. Une musique qui semble chercher à revenir vers une pulsion primale, essentielle.
Entendus dans un set flirtant avec la techno au Cully Jazz, puis plus sages dans l’émission de Manoukian sur France Inter le 29 mai, ils se présentent dans une version plus théâtrale et plus subtile au Ccs. Ce dialogue inédit entre la batterie et le violon est aussi visuel. Tobias Preisig travaille son instrument au corps pendant que les baguettes d’Alessandro voltigent sur les fûts. Le principe de l’exercice fait que l’on n’évite pas quelques moments de flottement, mais ce même principe invite aussi à la curiosité, à une attention extrême de la part de l’auditeur qui ne s’y trompe pas. « Vraiment nouveau », « Franchement étonnant »,« excitant » sont les commentaires qu’on entend fuser dans l’assistance à la fin de leur set. Quant à Preisig, il définit sa musique comme du « Brahms sous psychotrope ».
Jeudi 5 juin Swiss Vibes goes jazz
En Suisse, jazz rime souvent avec diversité stylistique. Le double concert d’Orioxy et de PommelHORSE en fut la preuve.
Orioxy séduit en finesse avec une approche très féminine (que la rythmique masculine veuille bien m’excuser pour ce commentaire). Yael Miller, Israélienne de Suisse, impose sa marque au chant. En hébreu en anglais, entre rap, scat et chuchotements, sa voix tisse un univers d’émotions à fleur de peau, d’impressions parfois enfantines, parfois matures et engagées. Auquel répondent les mouvements du corps habité de Julie Campiche et sa gestuelle précise qui, d’une main tire un foulard entre les cordes de son instrument, de l’autre bidouille ses effets électroniques quand elle ne se sert pas d’une baguette de feutre. Le travail sur le son est subtil, pénétrant. Dans cet univers le cor de Baptiste Germser, l’invité français de la soirée, s’intègre naturellement, comme si il allait de soi. « Dans nos chansons on cherche aussi à exprimer les non-dits» nous expliquait Yael Miller sur ce blog il y a deux ans. Pari tenu au Ccs.
Quant à PommelHORSE, leur fonds de commerce est l’expression en musique de sentiments peu ordinaires : le stress d’un homme devant passer un scanner, les rythmiques techno qui continuent de résonner dans la tête d’un fêtard qui n’arrive pas à s’endormir à l’aube, les frémissements d’un cerf pourchassé. Pour expliquer ce monde de sensations primaires avec beaucoup d’humour, le clarinettiste Lukas Roos joue de son accent suisse-allemand avec décontraction. Lui vient plutôt du classique, le batteur à la rythmique métronomique du heavy metal, le clavier qui est aussi celui d’Evelinn Trouble aime le rock, l’électronique et à peu près toutes les musiques que vous lui nommez…. Vous l’aurez compris chez PommelHORSE, le jazz est un état d’esprit placé sous le signe de l’innovation, de la sensation, de l’énergie, de l’humour. Personnes sérieuses s’abstenir.
Hors de leurs murs, originaires de différentes régions de la Suisse et sans qu’ils ne se connaissent les uns les autres, ces sessions musicales de trois soirs ont permis de faire passer un courant entre ces différents groupes, d’affirmer haut et fort que la scène suisse se porte de mieux en mieux. « J’ai découvert des musiciens extraordinaires et des projets vraiment originaux. C’est excitant et ça donne envie d’en connaître plus ! » s’exclame le pianiste français Alexis Anerilles (qui office entre autres aux côtés de Sophie Hunger), spectateur assidu de ces trois soirées de concerts. Merci à Evelinn Trouble, Puts Marie, Larytta, Egopusher, Orioxy et PommelHORSE pour ces moments enthousiasmants et fédérateurs.
Apologie de la dualité, goût pour le minimalisme contemporain et influences islandaises : de passage à Paris pour la sortie française d”A Thin Line”, la chanteuse et compositrice de Neufchâtel Olivia Pedroli dévoile quelques clés d’entrée dans son univers magnétique…
Apologie de la dualité, goût pour le minimalisme contemporain et influences islandaises : de passage à Paris pour la sortie française d”A Thin Line”, la chanteuse et compositrice de Neuchâtel Olivia Pedroli dévoile quelques clés d’entrée dans son univers magnétique…
Si “The Den“ était ce vase clos, dans lequel vous disiez vous être enfermée pour développer votre imaginaire, “A Thin Line“, “la fine ligne“, que sépare-t-elle ?
Olivia Pedroli J’aime développer une thématique pour mon travail. Sur “The Den“, elle s’est imposée en cours de route. Pour “A Thin Line“, je voulais réfléchir à une problématique au préalable, avant même d’écrire une note de musique : il me fallait un concept global qui englobe aussi bien la conception des arrangements que l’écriture des paroles ou la façon de présenter le projet sur scène. Je suis partie sur l’idée des opposés et de l’équilibre. Sans s’intéresser aux extrêmes, mais plutôt sur l’endroit où ces dualités se rencontrent.
Cela se retrouve par exemple dans la composition, où je fais dialoguer les morceaux entre eux – un quintolet de “Mute“ se retrouvera, de manière inversée, sur “Silence“. Certains titres seront axés sur les cordes, d’autre sur les cuivres : j’ai conçu mes arrangements comme un acrobate évolue sur un fil… Même pour le dispositif on retrouve cette dualité, puisque j’ai séparé mes musiciens en deux groupes. D’un côté une formule acoustique à jouer dans les églises, avec un trio de cordes et des percussions légères, dans un travail de dentelle, de fragilité assumée. De l’autre, il y a mon trio amplifié, avec, cuivre, piano et programmations de textures sonores, pour présenter le projet dans les clubs – comme au New Morning, notamment. Nous jouons les mêmes morceaux, mais avec des arrangements très différents.
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Travailler à nouveau avec le même producteur, Valgeir Sigurosson, c’était important pour vous ?
Olivia Pedroli Sur “The Den“, je découvrais une nouvelle manière de collaborer avec Valgeir Sigurosson. Je touchais à quelque chose que j’avais envie de vraiment développer. Pour “A Thin Line“, je considérais qu’il important d’approfondir cette collaboration, reprendre un peu là où nous nous étions arrêtés. Mais ce n’était pas difficile, puisque entre-temps nous sommes devenus amis; nous avons beaucoup échangé ces 5 dernières années. Du coup, en studio, nous allions directement à l’essentiel, ce qui permettait d’affiner mieux notre travail. Quant à son influence… J’ai du mal à dire concrètement comment il opère : je l’appelle “l’Alchimiste“, car il a façon de faire croire qu’il ne fait rien, mais il a une influence énorme, qui passe par des trucs subtil, des sous-couches… Il se fond dans les projets pour nous faire aller plus loin.
Sur “A Thin Line”, sur le plan de la composition, on ressent une influence profonde des compositeurs minimalistes du 20e siècle, Terry Riley, Philip Glass…
Olivia Pedroli Oui, sur l’album il y a même un humble hommage à Philip Glass, le morceau “Glassbirds“ étant une variation sur une de ses structures. Plus globalement, j’ai beaucoup la répétition – parfois, un motif m’habite et j’ai envie de le faire évoluer. Quant au minimalisme, il y a effectivement une tendance à l’épure sur “A Thin Line“ : je n’avais pas envie de rajouter de la crème, du sucre, de la meringue… Mais si Terry Riley, Philip Glass ou Gavin Bryars ont eu une forte influence, il ne faut pas oublier mes copains compositeurs islandais du label Bedroom Community : Ben Frost, Daniel Bjarnason… leurs projets m’ont beaucoup touchée. Ce n’était pas certainement un travail solitaire.
A propos de minimalisme… vous partez pour six mois en résidence d’artiste à Londres, où il se dit que vous allez travailler avec Gavin Bryars..
Olivia Pedroli Il s’agit en effet d’une résidence de composition, une vraie bulle créative pour se concentrer sur mon travail. Mais ce n’est pas à proprement parler “une rencontre avec Gavin Bryars“, je vais simplement en profiter pour le rencontrer plusieurs fois. C’est un vrai puits de science, qui a travaillé avec Tom Waits, Brian Eno, Robert Wilson : son expérience m’est précieuse…
Olivia Pedroli en concert le 11 mars au New Morning, à Paris “A Thin Line“ Bandcamp (CD paru fin 2014 sur le label d’Olivia Pedroli, Betacorn Records)
Les riffs et les tripes, l’amour et l’insolence, les beats et les claques : longtemps, Peter Kernel s’est forgé sur ses instincts primaires. Ceux qui faisaient tournoyer une Barbara Lehnoff possédée sur une basse délaissée et un Aris Bassetti sombre sur sa guitare frénétique. Une incandescence de l’instant, qui brillait surtout sur scène (voir la chronique d’un de leur passage au Point Ephémère), quand le couple réinventait la danse des sens, sur les rythmes enragés de leur batteur Ema Mathis. Frissons fugaces, donc : l’émotion s’envole, les cris restent. Avec leur troisième album, le bien nommé « Thrill Addict » (accro au frisson, en VF), Peter Kernel voit encore plus loin : l’étincelle a allumé un foyer plus stable, prêt à scintiller longtemps dans l’espace (l’un des thèmes principaux de ce disque, justement).
« Tout ira bien, on a un plan et du temps » susurre Barbara, en guise de programme sur la ballade quasi cold wave « It’s Gonna be Great ». Et le plan, c’est de canaliser ces pulsions primitives du rock abrasif. Juste un exemple : Barbara la prêtresse hurleuse (« High Fever ») peut se faire douce – et à ce moment là, sur « Supernatural Powers », c’est la batterie qui déploie toute sa charge sonore. Mais surtout, le feu sacré de la guitare d’Aris Bassetti enflamme désormais toute la palette du rock, tour à tour garage post MC 5 (« You’re Flawless »), ensorceleuse comme chez Mogwai (« Your Party Suck », « Tears don’t fall in space »), décomplexée et tribale comme chez Sonic Youth (« Majestic Faya »)… La comparaison, facile, évidente, avec leurs grands aînés s’impose, encore plus que d’habitude, car « Thrill Addict », rock trip mené tambour battant et saut qualitatif important dans leur discographie, pourrait bien être leur « Daydream Nation » : le grand référent rock des années 2010, où les guitares s’envolent, mais l’émotion reste.
Barbara Lehnoff et Aris Bassetti vont défendre leur album dans une longue tournée en France et en Suisse :
23/01 La Souris Verte – Epinal 24/01 Radio Z Winter Festival – Nürnberg
27/01 Showcase DRS Virus – Zürich
28/01 Studio 2 RSI – Lugano
30/01 MJC Picaud – Cannes 12/02 Le Tétris – Le Havre 13/02 L’Astrolabe – Orléans 14/02 Le Confort Moderne – Poitiers 19/02 La Centrifugeuse – Pau 20/02 MJC John Lennon – Limoges 21/02 Le Spot – Nimes 25/02 Le Point Ephemere – Paris 26/02 Pôle Etudiant – Nantes 04/03 Le Bourg – Lausanne 05/03 La Gravière – Genève 20/03 Les Cuizines – Chelles 27/03 Bad Bonn – Düdingen
Bereits durch die schweren, sperrigen Vorhänge hört man, dass im Innern vom Eldorado mehr los ist als auf der menschenleeren Strasse an diesem Sonntagabend. Kaum drinnen zieht mich sogleich eine markante Stimme in den Bann. Auf der Bühne steht die Berner Band Me, Valentin & You – das Konzert hat bereits begonnen. Die Menschen in der vollen Bar in Zürich bewegen sich kaum, was vermutlich an der Hitze liegt – oder am fiesen Kater vom Vorabend. Zumindest auf mich wirkt das abwechslungsreiche Set belebend.
Anfänge als Strassenmusiker
Frontmann Valentin Kugler war auf den Strassen von Bern als Solomusiker unterwegs, als er dort auf seine zukünftigen Bandmitglieder traf. So hat man manchmal das Gefühl, dass die Songs durchaus auch ohne Band funktionieren könnten. Allerdings würden dann die Dynamik und Spannung fehlen, welche das perfekte Zusammenspiel der vier Musiker erzeugt. Die Stimme von Kugler wird dadurch in den richtigen Momenten hervorgehoben – eine Stimme, die live kantiger und echter rüberkommt als auf den Aufnahmen.
Nie hoffnungslos
Als der Song «Heading Home» angestimmt wird, komme ich nicht umhin, an das phänomenale «Spanish Sahara» der britischen Band Foals erinnert zu werden. Die atmosphärischen Klänge werden von Kuglers eindringlichen Stimme in einen Refrain geführt, der Licht in die recht düstere Klangwelt bringt. Überhaupt versinken die Lieder nie in übermässigem Schwermut: Ein wenig Hoffnung schimmert stets durch.
Nächste Woche macht sich Me, Valentin & You auf, auch die Indie-Herzen in Deutschland zu erobern. Das Album «If» wird dort am 10. Oktober 2014 veröffentlicht. Begleitet wird das Album-Release von einer kleinen Deutschland-Tour, welche die Berner Band in sieben deutsche Städte bringt. Idealerweise kommt man pünktlich zum Konzertbeginn; über meine Verspätung habe ich mich nach dem schönen Konzert im Eldorado arg geärgert.
Daten der Deutschland-Tour: 09.10.14 Haldern Pop Bar, Haldern
10.10.14 Auster-Club, Berlin
11.10.14 Milla – Live Club, München
13.10.14 Live Club, Bamberg
14.10.14 Blue Shell, Köln
15.10.14 Prinzenbar, Hamburg
16.10.14 Ponyhof, Frankfurt
Das Album «If» (Oh, Homesick) ist in der Schweiz seit dem 28. März 2014 erhältlich.
Ridgecrest hiess das Städtchen – eine Kleinstadt in der kalifornischen Wüste. Meine Weggefährten und ich erholten uns dort von einer langen Autofahrt, kochten Supermarkt-Käse-Macaroni auf dem Parkplatz vor unserem Motelzimmer und blickten die lange Strasse hinunter, im Hintergrund die Gipfel der Sierra Nevada. Klingt ein wenig klischeehaft, doch so hat es sich tatsächlich abgespielt. Gefehlt hat einzig die passende Musik. Als ich vor einigen Tagen das erste Mal Yellow Teeths Debütalbum «Night Birds» durchhörte, dachte ich mir: “Ach, wie gut er in diese Szenerie reinpassen würde, wie er auf der Ladefläche eines dreckigen Pickups seine Lieder vorträgt.”
“Night Birds” erzählt Geschichten
Es sind simple Verse, sanftes Gitarren-Picking, die eindringlichen Mundharmonika-Klänge, welche uns die Geschichten lebhaft vor Augen führen. Das wohl beeindruckendste und ergreifendste Element der zehn Folksongs ist aber die Stimme. Manchmal überschlägt sie sich und manchmal werden Wörter fast verschluckt. Die Geschichten erhalten aber gerade dadurch Authentizität. Man glaubt keine Sekunde lang, dass Tiziano Zandonella, der hinter dem Künstlernamen Yellow Teeth steckt, leere Floskeln runterrasselt.
Ohne Pathos und frei von abenteuerlichen Effekten entfalten die Songs auf dem Album ihre Wirkung vollends. Der Song «Lou Jane» etwa mit dem Mundharmonika-Solo, das einen bis in die Träume verfolgt, ist schlichtweg schaurig schön. Und hätte Yellow Teeth vor sechs Jahren in Ridgecrest von der Ladefläche eines Pickups «Love comes from her heart, love comes from her heart» in die trockene Wüstenluft gerufen, er hätte uns die perfekte amerikanische Idylle beschert.
“Night Birds” wurde am 29.08.2014 veröffentlicht (Vitesse Records)
Si les déhanchés déshabillés de son dernier clip “Linda” lui ont valu d’être remarquée par les Inrocks, Anna Aaron n’est pas encore complètement portée aux nues en France – en tous cas, comparé à l’emballement médiatique qu’elle suscite dans les cantons suisses, elle y reste encore discrète. Mais, programmée en bonne place dans le cadre du festival itinérant les Femmes s’en Mêlent (à Paris et en province) pour y présenter son deuxième album “Neuro”, elle a l’occasion de se faire un prénom. Ou plutôt deux: Anna et Aaron, le féminin et le masculin, le clair et l’obscur. Une ambivalence assumée, déjà, sur son premier album Dogs In Spirit, deux ans plus tôt: elle s’y montrait tendre et furieuse, au gré de ballades folk au piano façon Fiona Apple et de plages rock déchirantes.
Un son à la hauteur de sa beauté froide et de ses tumultes intérieurs
Après un intermède avec le quartet d’Erik Truffaz, qu’elle a suivi en tournée, la Bâloise avait donc décidé d’approfondir ses ambiguïtés : c’est à Londres, auprès de David Korsten, qu’elle va se forger un son à la hauteur de sa beauté froide et de ses tumultes intérieurs. Fidèle à ses habitudes, le producteur de l’Anglaise Bat for Lashes va envelopper sa voix puissante d’un vernis électro faussement vintage, entre reverbs puissantes et rythmiques eighties avec Jason Cooper, le batteur de Cure, derrière les fûts! Parfois un peu caricaturale (avec des réminiscences trop évidentes de … Bat for Lashes, justement), cette approche sonore permet à Anna Aaron de gagner en épaisseur artistique. D’opérer des contre-pieds mélodiques inattendus au milieu des morceaux. D’oser le mélange entre la pop la plus accessible et les riffs les plus tordus. Avec “Neuro”, la fille de missionnaires religieux se rapproche des grandes prêtresses de la pop moderne. A elle de prouver sur scène qu’elle peut nous hypnotyser autant qu’Anna Calvi ou Pj Harvey.
Anna Aaron est en tournée jusqu’à la fin du mois en Suisse et en France. Détails de la tournée ici!
La pop suisse s’est trouvée un nouvel étendard visuel: tous à poil!
Une obsession de la jambe à l’air qui transcende les “genres” de la folk au slam. Oubliée la grande déclaration de Clémenceau, “le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier“. Ce qui compte maintenant, c’est de faire tomber la feuille de vigne.
On aurait pu croire la Bâloise aussi sage que ses chansons
Dans son précédent clip “Stellarling”, Anna Aaron se montrait en Piéta dans les bois, tenant délicatement son hipster christique sur ses genoux, avec la douceur d’un cours de catéchisme. Mais sur “Linda”, elle oppose sa beauté froide et ses rondeurs serrées dans un pull moulant, au corps nu, terriblement sec, de la danseuse et performer Oriana Cereghetti.
Introduction plastique, anti-érotique, à la morphologie humaine qui s’offre aux regards devant un mur noir et quelques néons. L’esprit torturé par Godwin pourrait y trouver des réminiscences contemporaines des “Dieux du stade” (ceux du documentaire allemand avec Leni Riefensthal, pas le calendrier des rugbymen français), pourtant si éloignées des jolies élégies de son dernier album “Neuro”, à paraître en Suisse le 28 février (et en France le 11 mars).
C’est le parti-pris visuel des derniers clips de Kadebostany. Alors même que la fanfare électro semblait plutôt lorgner du côté des anciennes démocraties populaires de l’Est, le grand leader Kadebostan, en costume d’apparat, s’y montre toujours entouré de deux amazones aux jambes gracieuses et aux poses ouvertement lascives sous l’uniforme. Sans hésiter à enlever le haut parfois, mais toujours de manière fugace.
Comme chez Anna Aaron, ces visions subliminales s’appliquent sur fond noir et néons clinquants, pour mieux mettre en valeur cette esthétique d’une froideur infinie. Un choix d’autant plus étonnant que les paroles de “Jolan” semblent dire le contraire de ce qui est montré ” Ho, je me sens si haut quand tu es prêt de moi […] et je suis sûr que nous pourrons traverser l’univers” chante Kadebostan avec un romantisme insoupçonnable derrière se poses martiales.
Les rockers de Bienne, parmi lesquels Nick Porsche, réanimés après une longue période de sommeil, ont frappé un grand coup avec “Pornstar”, tiré de leur EP, au titre tout aussi transparent, “Masoch”. Emmenés par leur chanteur-acteur de théâtre, Max Usata, ils ont recréé en studio une sorte de boîte échangiste délirante, presque sortie d’un film de Fellini, où les corps plus ou moins gracieux se mêlent sans complexe dans un même élan hétéro et gay-friendly. Un choix qui a le mérite de faire sens: leur nouvel album, mi-rappé, mi-chanté, les voit explorer l’auto-destruction et la provoc authentique.
« The Danger of Light » est sorti le 28 septembre en Helvétie. Un événement attendu puisque les deux derniers CD de Sophie Hunger, “Mondays Ghost” et “1983”, sont tous deux disques platines. La Radio Suisse Romande a d’ailleurs décrété le 25 septembre “Journée Sophie Hunger”. La belle débarquant sur tous les chaînes, de Couleur 3 à la Première, pour culminer par un concert live dans l’émission Paradiso. « The Danger of Light » sera disponible à l’international à la fin de la semaine et on peut d’ores et déjà l’écouter ici. Il y montre la chanteuse préférée des Suisses dans un univers musical enrichi, la voix tour à tour acidulée, proche d’une folk woman des années 70 ou d’une chanteuse de cabaret. Du côté de ses musiciens, tous multi-instrumentistes, même énergie, même stimulation. On flirte avec une approche jazz et avec différents rythmes. Il faut dire que pour réaliser ce disque Miss Hunger et son producteur américain – Adam Samuels – n’a pas hésité à orchestrer trois sessions d’enregistrement dans les conditions du live. En France (avec son groupe), aux USA avec quelques grands noms comme Josh Klinghoffer (Red Hot Chili Peppers, PJ Harvey), Nathaniel Walcott et une dernière, à la dernière minute, à Montreal. On aurait pu craindre la surenchère, mais Sophie Hunger y a au contraire trouvé une spontanéité et une fraîcheur qu’on ne lui connaissait jusqu’ici pas sur disque. Avec une mention spéciale pour « Das Neue » au trombone langoureux et aux paroles coups de poing. Sans concession, comme son auteur qui fait le point sur sa situation et sur celle de la scène suisse.
Est-ce que le fait d’avoir tourné dans le monde entier a changé votre vision du monde ?
Sophie Hunger Chaque tournée me confirme que je viens d’un très petit pays aux conditions de vie ultra-privilégiées. On a tendance à oublier que les règles ailleurs ne sont pas comme ici. Notre réalité du monde 2012 n’est pas la réalité d’un Indien, d’un Chinois ou d’un Américain ou même d’un Allemand de l’Est ou de quelqu’un qui vient du Sud de la France.
Cela vous arrive de chanter en français et vous avez votre public en France. Qu’est-ce qui vous attire dans la culture et dans la langue française ?
Sophie Hunger Comme je connais mal cette culture, j’y évolue facilement. Je ne vois pas les pièges dans lesquels je pourrais tomber. Dans le domaine de la musique, c’est toujours très bien de ne pas trop savoir de choses. La France est aussi le premier pays qui m’a ouvert ses portes. Pour une petite Alémanique qui vient de Zurich, c’est assez spécial. Pour toutes ces raisons, je suis émotionnellement très proche de la France.
Et l’Allemagne ?
Sophie Hunger L’Allemagne est venue après. Le morceau « Walzer Für Niemand » a été pris pour une pub pour ONG qui récolait des fonds pour les SDF. La campagne a été diffusée à la période de Noël. Et c’est ça qui a ouvert des portes. Puis tout est allé très vite. Les Allemands sont plus cérébraux, intériorisés. Ils sont très respectueux et humbles. Les Français sont plus latins, plus expressifs, plus sensuels. Un Français va m’envoyer des roses après un concert et un Allemand va m’envoyer un poème. L’autre pays qui m’a pris dans ses bras, c’est le Canada, plus particulièrement Montréal. Ces trois dernières années, j’ai joué au Montréal Jazz Festival. Normalement quand on joue dans un festival de ce genre, on n’y retourne pas avant plusieurs années. Mais le Montreal Jazz Festival me demande chaque année un nouveau projet. J’y ai d’abord joué en quintet, puis trio. Cette année j’y ai présenté mon spectacle en hommage à Bob Dylan.
Vous avez rendu un hommage à Bob Dylan à Paris et au Canada, que représente-t-il pour vous ?
Sophie Hunger Dylan est un professeur pour moi. Il m’apprend des trucs très très basiques sur la façon de chanter, sur comment écrire des morceaux. On dirait qu’il a tout ça en lui, naturellement. J’ai commencé à l’écouter quand j’avais vingt ans et je n’ai pas encore fini de découvrir tous ces astuces et ses façons de jouer.
Aujourd’hui, en quoi vous sentez-vous encore suisse ?
Sophie Hunger Je suis très attachée à la Suisse émotionnellement. Je ne dois pas y passer pas plus d’un quart de mon temps maintenant. Mais, quand je dois m’absenter pendant une longue période, la Suisse me manque. Même si j’habite à Zurich, je me rends compte que ce à quoi je suis le plus attachée est la nature, la terre. Je ne peux pas vivre sans les Alpes, sans les montagnes, sans les fleuves, sans l’eau.
Avez-vous des contacts avec les musiciens de la scène suisse ?
Sophie Hunger Je connais beaucoup de musiciens. Chacun de ceux avec qui j’ai joué est resté dans mon cœur. C’est un lien qui est plus fort que celui qu’on peut avoir avec des amis. C’est bizarre, mais c’est comme ça. Même si je ne les vois pas beaucoup, je pense beaucoup à eux. J’ai vu des trucs d’eux que leurs amis ne voient pas. J’essaie aussi de suivre cette scène. C’est important de respecter la scène dont on est issu.
D’autant que cette scène est très active depuis une dizaine d’années
Sophie Hunger La scène est en ébullition. Anna Aaron, Heidi Happy ou des jeunes comme Dominik Chansorn qui va bientôt sortir son premier disque.
Comment expliquez-vous cette ébullition ?
Sophie Hunger Il y a une émulation. S’il y en a un qui fait quelque chose de nouveau ou qui sort un disque, cela stimule les autres. Cette énergie est très importante. Qualitativement, cette scène ne cesse de progresser. Regardez les chanteuses : ce ne sont pas seulement des interprètes, mais aussi des musiciennes et des auteurs-compositeurs. Ça, dans les années 90, c’était impensable. Il y a toujours eu jusqu’ici des bons artistes en Suisse. Mais jusqu’ici c’étaient des cas isolés, des individualistes. Ce qui est nouveau, c’est d’assister à l’émergence d’une scène. Il y a tellement de liens entre nous. Par exemple Heidi Happy et moi avons joué dans le même groupe il y a sept-huit ans. J’ai vu Evelinn Trouble chanter pour la première fois à l’âge de seize ans. Idem pou Anna Aaron. Les Dead Brothers était le groupe préféré de mon meilleur ami. Du coup, je les connais aussi.
Sophie Hunger commence la tournée consécutive à la sortie de “The Danger of Light” le 25 octobre au Canada avant de poursuivre en Europe. Le concert du 10 novembre au Café de la Danse à Paris est déjà complet! Les billets des quatre concerts au Kaufleuten de Zurich partent très vite.
A nouveau sur les routes d’Europe, alors que leur premier album « Mutual Friends » va paraître en France, Valeska Steiner et Sonja Glass, alias Boy, nous parlent d’espoirs comblés, de chambres d’hôtels vides… et de leur obsession pour les pâtes au pistou.
Vous attendiez-vous à avoir autant de succès ?
Sonja Glass : Au contraire, ce qui se passe avec Boy dépasse de loin toutes nos espérances. Nous avons écrit cet album pendant deux ans, dans une toute petite chambre et nous nous retrouvons maintenant dans les plus grands festivals d’Europe. A vrai dire, nous voulions simplement que notre musique soit un peu entendue et nous étions largement prêtes à produire nous-mêmes quelques centaines de copies. Maintenant, jouer en France et en Angleterre, c’est inespéré… et ce n’est pas fini : nous allons faire une tournée en première partie de Katie Melhua et nous llons voyager en Norvège, Suède, Pologne et au Danemark. En tous cas, c’est assez rassurant de voir que notre persévérance a porté ses fruits !
Votre premier album, “Mutual Friends” qui paraît début octobre en France, parlait principalement de vos amis à Zürich. Ce sera encore le cas pour le prochain ?
Valeska Steiner : (Rires) Peut-être, mais j’en profiterai pour montrer à quel point ils nous manquent! Déjà, nous sommes basées à Hambourg, et nous ne sommes jamais en Suisse, sauf pour les concerts ! Pour l’instant, il y a une chanson qui sera très certainement sur le prochain album, et que nous jouons déjà en concert, « Room 362 ». L’histoire de deux personnages, un businessman en voyage d’affaire et une femme à la beauté fânée, qui se languissent. C’est ce que je ressens, parfois, en tournée, et cette chanson est comme une réponse au dernier morceau de Mutual Friend, « July », qui au contraire décrit un moment de bien-être absolu – elle commence d’ailleurs par « enlevez vos chaussures », ce qui fait bien rire notre batteur !
Et à part la musique, quelle serait votre plus grande obsession ?
Sonja Glass : Eh bien, à part la musique… ce serait ma basse! Malheureusement, quand nous devons jouer sans notre groupe, je suis obligée parfois de prendre une vraie guitare (rires)…
Valeska Steiner : Quand nous avons composé l’album, notre seule obsession, et notre vrai moment de détente après nos 12h de travail quotidien, c’était un immense plat de pâtes au pistou. Banal, hein ?
Boy, “Mutual Friends” (label Grönland Records). Sortie française le 1er octobre.