Disque du mois de janvier: « Thrill Addict » de Peter Kernel

Les riffs et les tripes, l’amour et l’insolence, les beats et les claques : longtemps, Peter Kernel s’est forgé sur ses instincts primaires. Ceux qui faisaient tournoyer une Barbara Lehnoff possédée sur une basse délaissée et un Aris Bassetti sombre sur sa guitare frénétique. Une incandescence de l’instant, qui brillait surtout sur scène (voir la chronique d’un de leur passage au Point Ephémère), quand le couple réinventait la danse des sens, sur les rythmes enragés de leur batteur Ema Mathis. Frissons fugaces, donc : l’émotion s’envole, les cris restent. Avec leur troisième album, le bien nommé « Thrill Addict » (accro au frisson, en VF), Peter Kernel voit encore plus loin : l’étincelle a allumé un foyer plus stable, prêt à scintiller longtemps dans l’espace (l’un des thèmes principaux de ce disque, justement).

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=DhJfNKpPJPo&w=854&h=510]

« Tout ira bien, on a un plan et du temps » susurre Barbara, en guise de programme sur la ballade quasi cold wave « It’s Gonna be Great ». Et le plan, c’est de canaliser ces pulsions primitives du rock abrasif. Juste un exemple : Barbara la prêtresse hurleuse (« High Fever ») peut se faire douce – et à ce moment là, sur « Supernatural Powers », c’est la batterie qui déploie toute sa charge sonore. Mais surtout, le feu sacré de la guitare d’Aris Bassetti enflamme désormais toute la palette du rock, tour à tour garage post MC 5 (« You’re Flawless »), ensorceleuse comme chez Mogwai (« Your Party Suck », « Tears don’t fall in space »), décomplexée et tribale comme chez Sonic Youth (« Majestic Faya »)… La comparaison, facile, évidente, avec leurs grands aînés s’impose, encore plus que d’habitude, car « Thrill Addict », rock trip mené tambour battant et saut qualitatif important dans leur discographie, pourrait bien être leur « Daydream Nation » : le grand référent rock des années 2010, où les guitares s’envolent, mais l’émotion reste.

Peter Kernel – Thrill Addict (On The Camper)

[soundcloud url=”https://api.soundcloud.com/users/626915″]

Barbara Lehnoff et Aris Bassetti vont défendre leur album dans une longue tournée en France et en Suisse :

23/01 La Souris Verte – Epinal
24/01 Radio Z Winter Festival – Nürnberg
27/01 Showcase DRS Virus – Zürich
28/01 Studio 2 RSI – Lugano
30/01 MJC Picaud – Cannes

12/02 Le Tétris – Le Havre
13/02 L’Astrolabe – Orléans
14/02 Le Confort Moderne – Poitiers
19/02 La Centrifugeuse – Pau
20/02 MJC John Lennon – Limoges
21/02 Le Spot – Nimes
25/02 Le Point Ephemere – Paris
26/02 Pôle Etudiant – Nantes
04/03 Le Bourg – Lausanne
05/03 La Gravière – Genève
20/03 Les Cuizines – Chelles
27/03 Bad Bonn – Düdingen

Hell’s Kitchen “Red Hot Land”

HELLS-KITCHEN-Red-Hot-Land« Laisse moi essayer quelque chose de neuf » entend-on, d’une voix plaintive, au détour du cinquième album des Hell’s Kitchen, « Red Hot Land ». Passé de Dixiefrog à Moi J’connais, le label des amis de Mama Rosin, les vétérans du blues genevois, quinze ans de scène au compteur, ont voulu aller voir ailleurs si le Delta y était. Ho, bien sûr, les acteurs de base sont toujours en place, Bernard Monney et sa voix broussailleuse au dessus du bottleneck, Cédric Taillefert et sa batterie faussement déphasée, Christophe Ryser et sa basse foudroyante.

Mais, à l’inverse du blues classique, identifiable à l’enfer guindé où des serveurs coincés débitent mécaniquement leurs syncopes précises et prévisibles, le trio genevois semble s’être mué en garçon de rade prêt à faire trembler les assiettes sur son bras tatoué : on croit s’attendre à un plat, un plan, une attitude, et c’est toute autre chose qui arrive.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=SNYPHp7xfpM&w=560&h=315]

« Red Hot Land » rompt un peu plus avec leur goût du blues minimaliste. Là un rythme de marche militaire dérisoire, ici un banjo qui parle tout seul, une corde un peu aléatoire répond à une mélodie précise, un vrai refrain fait contrepoint à un yaourt rockab, une ambiance New Orleans laisse la place à un accès de cris sauvages. Et s’il s’entend encore, leur blues sauvage des alpages s’efface derrière des balancements folkpop. A qui la mue ? À Robin Girod de Mama Rosin, à la fois producteur et compagnon d’entrain, venus apporter sa gouaille échevelée sur certains morceaux. A Matt Verta-Ray, à plus forte raison : la moitié de Heavy Trash, qui a mixé l’album à New York tout en s’invitant lui aussi sur certains titres, a contribué à trouver le son juste. Celui qui relie les énergies primales de Hell’s Kitchen à ses meilleures idées.

Disque
Hell’s Kitcehn “Red Hot Land” (Moi J’Connais/Irascible)

Concerts en France:
Paris, Mécanique Ondulatoire, le 12 novembre 2014
Lyon, bar des Capucins, le 13 novembre 2014
Annecy, Le Brise Glace, le 14 novembre 2014

Fontaine, La Source, le 15 novembre 2014

 

Puts Marie: «Laut, vulgär und skurril sind unsere Konzerte immer noch»

©joelle Neuenschwander
©joelle Neuenschwander

Max Usata, Sänger der Bieler Band Puts Marie, wanderte 2009 kurzentschlossen nach New York aus. Niemand wusste, was aus Puts Marie wird. Und so suchte man neue Perspektiven. Es entstanden sechs Kinder, ein Gitarrenladen, ja sogar eine Broadway-Karriere. Neue musikalische Projekte wurden in Angriff genommen. Die Ankündigung Ende letzten Jahres, dass Puts Marie ihre EP «Masoch» beim Lausanner Label Two Gentlemen veröffentlichen, kam dann auch unerwartet.

Nun sind sie zurück auf der Bühne: Reifer und mit frischen Songs, die eine neue, ernsthaftere Note einschlagen, ohne dabei auf die Energie ihrer früheren Auftritte zu verzichten. Max Usata erzählt uns von den Veränderungen und den Plänen von Puts Marie.

In einem Interview habt ihr gesagt, dass ihr euch während der Auszeit viel musikalisches Know-how angeeignet habt. So konntet ihr bei der Aufnahme von «Masoch» eine andere Qualität in eure Musik einbringen. Inwiefern beeinflusste dies das Songwriting?

Max Usata: Wir redeten damals von zwei verschiedenen Dingen. Einerseits haben wir das technische Know-how gemeint: Unser Gitarrist Sirup hat sich als Sound Engineer immer mehr Wissen angeeignet, indem er sein Tonstudio immer mehr ausbaute und immer mehr Studio-Aufträge an Land zog. Das hatte einen starken Einfluss auf die Soundqualität. Zudem hatten wir das Glück, Leute wie Jeff Stuart Saltzmann und Dave McNair an Bord holen zu können In der Postproduktion hatten beide einen starken Einfluss auf den Sound von «Masoch», auch wenn die Aufnahmen von Sirup schon sehr gut waren.

Anderseits ist die Band über die Jahre durch Tüfteln und durch viel Spielpraxis immer wieder auf neuen Sound gestossen, vor allem was den des Basses, der Gitarre und der Orgel angeht. Das hört man nun auf der neuen Platte. Sicherlich wurde dabei auch das Songwriting beeinflusst. Die Lieder haben viele Instrumental-Parts, was aus dem neuen Sound hervorgeht.

©Jenna Calderari
©Jenna Calderari

Sind die klanglichen Veränderungen in eurer Musik ein Resultat des abrupten Bruchs im Jahr 2009? Wird das Thema in euren aktuellen Songs überhaupt angesprochen?

Max Usata: Nicht direkt, nein. Eher indirekt. Dass sich jeder danach umorientierte und andere musikalische Projekte verfolgte, hatte am Ende wohl am meisten Einfluss, denke ich. Wir und alle um uns herum wurden älter und reifer, was sich auch in einer grösseren Offenheit gegenüber Neuem, Unsicherem und allem, was vor uns liegt, zeigt.

Ihr beschreibt eure neuen Songs als schwerer, ernsthafter, egoistischer. Es ist nicht mehr das oberste Ziel, die Leute zum Tanzen zu bringen oder Party zu machen. Hat das die Art, wie ihr auf der Bühne Musik macht, verändert?

Max Usata: Das ist schwer zu sagen. Es macht ja immer noch unglaublich viel Spass, auf der Bühne Musik zu machen. Was heisst schon Party machen? Ja, vielleicht ist es schwieriger zu den neuen Songs zu tanzen. Laut, vulgär und skurril sind unsere Konzerte aber nach wie vor. Das klingt für mich eher nach Party als bloss wildes Getanze.

Ihr seid in den letzten Jahren sesshafter geworden. Wie sehen eure Pläne aus? Zieht es euch ins Ausland?

Max Usata: Ins Ausland? Ja, bitte! Unbedingt! Das wird nur eine Frage von guter Organisation sein. In der Vergangenheit haben wir sehr oft im Ausland gespielt und uns liegt viel daran, dies auch weiterhin zu tun. Puts Marie gehört ins Ausland. Sowohl was die Musik als auch die Einflüsse anbelangt, fühlen wir uns dort zu Hause. Wir haben viele Freunde ausserhalb der Schweiz und wollen auch für sie spielen. Es gibt dort andere Bühnen, andere Stimmungen und andere Situationen, die wir mit vielen guten Erinnerungen verbinden. Und nach Japan wollen wir auch!

Die EP «Masoch» ist am 10. Dezember 2013 bei Two Gentlemen erschienen. Am 29. Mai 2014 treten sie an der Bad Bonn Kilbi auf.

Und noch: Neuchâtel, Festi’Neuch am 13. Juni. Zurich, Wipkingen Openair am 20.Juni. Pully, For Noise Festival am 23. August. Orprund, PFF, am 29. August. Tavannes, am Le Royal am 7. November

 

Truffaz et Treichler en version symphonique!

105406-erik-truffaz-mon-souci-faire“Avant l’Aube”: Erik Truffaz travaille depuis de longs mois sur ce projet ambitieux de poème symphonique pour orchestre, sampler et trompette. « L’ensemble de la pièce musicale sera décliné en huit parties qui narreront une nuit dans la vie d’un homme, du crépuscule à l’aube, en traversant des atmosphères pouvant être aussi bien romantiques qu’orientalisantes. » explique le jazzman musicophage. Originaire de France voisine, Erik Truffaz est Suisse d’adoption. Ce projet transfrontalier ne pouvait que lui plaire.

« Concevoir un disque ou un concert, c’est comme un bon film, il est important d’alterner les moments de tension et de détente.»

Pour l’Ensemble symphonique de Neuchâtel, pour l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, Erik Truffaz a composé un programme qui s’inspire de Steve Reich, Bèla Bartòk mais aussi d’Ennio Morricone parce qu’il réussit à car il réussit à « concilier des airs populaires avec une musique plus savante ». Ses parties de trompette seront quant à elles largement improvisées.

Side by Side

Last but not least, participe à ce projet un autre de nos héros nationaux, Franz Treichler qui, bien que les pieds fermement ancrés dans le rock, partage le même éclectisme musical que Truffaz. Ses séquences seront autant de surprises pour viendront sous-tendre ou s’opposer aux mouvements de l’orchestre.

franztryptiquecouleur

Cette création sera présentée sur les scènes nationales de Besançon et Montbéliard, au Théâtre du Jorat de Mézières et à Festi-Neuch. Elle est soutenue par l’union européenne dans le cadre d’un projet intitulé Side by Side et dont vous devriez bientôt en savoir plus sur ce blog. Hautement recommandé.

« Concevoir un disque ou un concert, c’est comme un bon film, il est important d’alterner les moments de tension et de détente. Il peut y avoir des passages complexes, pouvant déconcerter. Mais pour que l’ensemble soit accessible sur la durée, il faut aussi des temps où l’auditeur peut être transporté par une mélodie, par un rythme. Je fais très attention à cet aspect quand je compose, parce que c’est bel et bien la mélodie et le rythme qui relient la musique aux émotions. »

27 mai, Scène Nationale de Besançon

2 juin, Scène Nationale de Montbéliard

8 juin, Théâtre du Jorat, Mézières

15 juin, Festi-Neuch

[vimeo http://vimeo.com/91602713]

 

 

 

Velvet Two Stripes, l’insouciance de la jeunesse

En provenance de Saint-Gall, ces trois jeunes filles seront l’une des découvertes des Transmusicales de Rennes samedi 7 décembre. Ne les ratez pas!

1_11-003C’est le jour de la Saint-Valentin 2011, disent-elles, que les sœurs Sophie et Sara Diggelmann décident avec leur amie Franca Mock de se lancer dans l’aventure d’un trio. Elles optent alors pour un nom qui sent la sueur et le rock’n’roll : Velvet Two Stripes. Sans remarquer que ce patronyme évoque autant la légende Velvet Underground que la furie White Stripes. Mais malgré ces lourdes références, elles le portent à merveille, ce nom. Leurs influences ? Janis Joplin, BB King et The Ramones. On serait tenté de rajouter The Doors, tant leur rock est sous influence seventies. Avec néanmoins parfois des incursions dans l’electroclash, cette sauvage fusion de punk et de rythmiques synthétiques. Sorti sur le label berlinois Snowhite, le premier E.P. des Saint-Galloises leur a déjà ouvert les portes des marchés étrangers. À suivre de près. – Stéphane Gobbo

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=ezAzsAlp7wQ]

Disque Velvet Two Stripes, 1st EP (Snowhite : snowhite.de)
Concert : Rennes (F), Les Transmusicales, Parc Expo – Halle 3, sa 7 décembre, 03:30 > 04:15 
Site Internet : velvettwostripes.com

In Fai Baba’s cave

On stage at Lephoto_fai_baba_01 Bourg, Fabian Sigmund, alias Fai Baba, surprises us with a trio that’s as minimal as it is powerful. He is back at Paléo Festival Nyon, Friday the 26th of July.

First of all, there’s the voice that can scale great heights in an empowered register, something which doesn’t really go with the willowy physique and jerky body moves. An intriguing mismatch which strikes a chord straight away.

The accompanying bassist and drummer amplify and play around with these noisy blues, tinged with flashes of rock and punk.

The rhythms are broken up to make way for long instrumental sections. Thanks to two guitars, (one simple and one 12 string), and a few pedals for effects, Fai Baba puts his guts into his music without batting an eyelid.

A cover version of Townes Van Zandt and a nod in the direction of many different rock styles, all of which confirms that the man is a music freak.

Fai Baba says goodbye, announces that his CDs are on sale and gets straight to business by pulling out a suitcase from the side of the stage. Inside are his two CDs releases, including the latest “She’s the guru”. It’s a lot more orchestral than what the Zurichois has just delivered on stage despite being a work that he designed entirely on his own. Here are some insights into his work:

How did you set about making « She is My Guru » ?

Fai Baba: This LP was made in six months. I shut myself away in a rehearsal studio in Zurich and started working on some loops, experimenting with sounds on an eight-track. Within six months all the ground work was done. I then went to New York to finish the rest. I worked in the studio with Tony Maimone who was Père Ubu’s bass player for a long time.

How did you meet Tony Maimone ?

Fai Baba: By chance. I was helping a friend organise a kids’ second-hand market and whilst chatting to a woman I mentioned that I was a musician. She happened to be Tony Maimone’s sister-in-law and she hooked us up. In him I discovered a nerd who like me enjoys organic music and working with analogue sound.

Since when have you been working on your own?

Fai Baba: When I was 14, I started playing in a band and hanging out with an older friend who was clued up. He taught me how to record onto a tape deck and I immediately thought it was more cool than working with a computer.

How do you work?

Fai Baba: I’ve always played my rhythm section plus guitar. As soon as I touch an instrument I know there’s a specific sound for me to make. For example, I can make a kick drum sound with my foot, then I sample it and play it back and this gives me a base on which to build. It’s often as basic as just one simple note. This is a hip-hop technique but its origins come from the blues.

How did you get into the blues ?

Fai Baba: I used to play in a band where we went through all different styles of playing: rock à la Radiohead, then Pink Floyd style, and then Sonic Youth! Next I went off to India with my guitar, it was some travellers there who initiated me into the blues. When I got back I found myself playing the first half of a set all alone on the guitar. It was then that I realised that I wanted to play solo.

You seem to have an impressive collection of instruments and synths?

Fai Baba: I don’t know how many instruments I’ve got. They fill up a whole room, rather stressful because I’ve got to move house soon. I’ve always loved vintage sounds, the instruments used back in the day, but I’m not rich enough to have them all. Recently a friend of mine unearthed an Ace Tone organ, (a portable organ used a lot in 60s American rock), which featurs on the LP.

 You invited some musicians to join you on the LP, what did they contribute to the sound?

Fai Baba: When I ask someone to play on my record I know exactly what I want from them and the kind of sound that they’ll bring. But I also like for the process to be spontaneous and radical.

 Your album is entitled « She is my Guru ». Who is your guru?

Fai Baba: Once the recording was over, I noticed that I’d only done love songs. When we think of a guru our first thoughts are often of a man, but it amused me to say “She’s my guru”; a ‘she’ that refers to ‘woman’ in general, my muse as much as my guru.

“Julia”, a track from Fai Baba’s first LP (“Snake Snake”) is available for download on bandcamp at Swiss Vibes and can heard here:

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PS. This text was originally published in French on the 31st MAY 2013 on this blog

Dans la caverne de Fai Baba

photo_fai_baba_01Sur la scène du Bourg, Fabian Sigmund, alias Fai Baba surprend avec sa formation trio aussi minimale que puissante. D’abord il y a la voix, une voix qui peut partir très haut, dans un registre habité et qui ne colle pas forcément avec la silhouette longiligne et les mouvements de ce corps nerveux. Un décalage intrigant qui accroche d’emblée. A ses côtés, bassiste et batteur suivent, amplifient et bousculent ce blues bruitiste traversé de fulgurances rock et punk. Les rythmes se cassent pour faire place à de longues parties instrumentales. Deux guitares (une simple et une douze cordes), quelques pédales d’effets, Fai Baba met ses tripes à l’air sans avoir l’air d’y toucher. Une reprise de Townes Van Zandt et des clins d’œil à beaucoup de tendances rock confirment que l’homme est un fou de musiques.  Fai Baba salue, annonce qu’il vend ses CDs et passe illico à l’acte en extirpant une mallette planquée sur un des côtés de la scène. A l’intérieur ses deux CD dont le deuxième, « She’s The Guru », vient de paraître. Il fait état d’une musique nettement plus orchestrée que ce que le Zurichois vient d’envoyer sur scène. Pourtant Fai Baba l’a conçu presque entièrement seul. Explications.

Comment avez-vous réalisé « She is My Guru » ?

Fai Baba Cet album s’est fait en six mois. Je me suis enfermé dans un local de répétition à Zurich et j’ai commencé à faire des loops, à expérimenter des sons avec une table de mix huit pistes. En six mois les bases du disque étaient faites. Puis je suis parti à New York pour le terminer. J’ai travaillé dans le studio de Tony Maimone, qui a été longtemps le bassiste de Père Ubu.

Comment avez-vous rencontré Tony Maimone ?

Fai Baba Par hasard. J’aidais un ami à organiser un marché d’habits d’occasion pour enfants. En discutant avec une femme, je lui ai dit que j’étais musicien. C’était la belle sœur de Tony Maimone et elle m’a mis en contact ave lui. J’ai découvert un nerd qui aimait comme moi la musique organique et travailler en analogique.

Fai Baba_02Depuis combien de temps travaillez-vous tout seul ?

Fai Baba  A 14 ans, j’ai commencé à jouer dans un groupe et je traînais pas mal avec un ami plus âgé et plus au courant. C’est lui qui m’a appris à m’enregistrer sur un magnéto à bandes et j’ai tout de suite trouvé ça plus cool que de bosser avec un ordinateur.

Comment procédez-vous?

Fai Baba J’ai toujours joué avec les rythmes en plus de la guitare. Dès que je touche un instrument, il y un son spécifique pour moi. Je vais par exemple faire un son de grosse caisse avec le pied. Je le sample et je le rejoue. Ça me donne une base à partir de laquelle je construis. Ce sont des choses très simples parfois une simple note. La technique s’inspire du hip hop, mais l’esprit vient du blues.

Comment avez-vous découvert le blues ?

Fai Baba Je jouais dans un groupe. On est passé par tous les style, du hip hop à du rock façon Radiohead, puis façon Pink Floyd, puis façon Sonic Youth ! Je suis ensuite parti en Inde avec ma guitare. Ce sont des travellers qui m’ont initié au blues. Quand je suis rentré, je me suis retrouvé à faire une première partie de concert tout seul à la guitare. C’est là que j’ai réalisé que je voulais jouer solo.

Vous semblez avoir une collection impressionnante d’instruments et de synthétiseurs?

Fai Baba Je ne sais pas combien j’ai d’instruments. Ça remplit une pièce chez moi. Ça me stresse d’ailleurs car je vais devoir déménager bientôt… J’ai toujours aimé les sons vintage, les instruments. Mais je ne suis pas assez riche… Récemment mon amie a déniché un orgue Ace Tone (orgue portable électronique beaucoup utilisé dans le rock américain des années 60). Je l’ai utilisé sur ce disque

Puis vous avez convié d’autres musiciens à vous rejoindre, quels ont été leurs apports ?

Fai Baba Quand je demande à quelqu’un de venir jouer sur mon disque, je sais exactement ce que je veux, le son qu’il va m’amener. Mais j’aime que le processus soit instantané, radical.

Votre dernier album s’intitule « She is the Guru ». Qui est votre gourou ?

Fai Baba Une fois l’enregistrement terminé, j’ai remarqué que je n’avais fait que des chansons d’amour. Quand on pense à un gourou, on pense d’abord à un homme. Ça m’a amusé de dire : « Elle est mon gourou ». Un « elle «  qui renvoie à la femme en général, ma muse autant que mon gourou.

“Julia”, chanson qui figurait sur le premier album de Fai Baba (“Snake Snake”) est téléchargeable sur le bandcamp de Swiss Vibes et écoutable ici:

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Nouvel album: Fai Baba, “She Is My Guru” (A Tree in a Field Record/Irascible)

From Louisiana to New York via …..Geneva.

Mama Rosin New York 10These three are decidedly untenable. No sooner had Mama Rosin got back from New York where they’d recorded their new studio album under the aegis of Jon Spencer, that they announced the release of three screen-printed limited editon singles. The first recording by the Souchet brothers (same line-up but without drummer Xavier Bray) is also awaited before Christmas. Guitarist and banjo player, Robin Girod, is very chatty on skype – it’s kind of normal since his head is still a bit in the USA.
How did you meet Jon Spencer?
Robin Girod : Jon Spencer plays with Matt Verta-Ray in an incredible rockabilly band called Heavey Trash. It’s real rockabilly, fine and subtle, never vulgar. His Swiss tour manager, David Schindler, gave him a bunch of Swiss CDs to listen to including ours. Once back home, Jon Spencer called him to say that he’d really liked our stuff. He suggested that we do the start of a small German tour with him as part of Blues Explosion. We had a great time together. On the last day, Jon asked us to do some recording with him at his studio in New York. We weren’t expecting any of this since up until then our relationship had been very professional.
Mama Rosin New York_3Are you scared about working with someone of this stature?
Robin Girod : We were scared beforehand, but we were also very excited about recording and playing together. Once we saw the place we were even more excited. Jon Spencer has a studio from back in the day, everything is analogue just like we like it and he shares it with Matt Vera-Ray and Iggy Pop’s drummer. We were stunned to be hanging out with people of this calibre. They were very modest, much more so than the Europeans. Jon behaved like a surgeon or possibly more like an old savant. He let us climb on board a truly fantastic ship. There was a piano and a vibraphone. He told us to try out whatever we liked. We worked nine hours non-stop everyday with a short pause and then it was over. Even if we felt like staying longer in order to work on a difficult part, he’d force us to sleep on it and come back the next day with a rested head.
The result?
Robin Girod: We’d gone with the idea of making a really different album. Whereas in fact, we made something which is an extension of our “Voodoo Rhythm” LP, but with two years of experience added on, a few rock tracks and also some rather sad ballads.
Why do you keep on bringing out limited edition vinyl tracks at the same time?
Mama Rosin New York 8Robin Girod: It’s a bit of a joke we’ve got going on with MP3 and downloading. Of course we download stuff too, but we like to put out these little hidden gems that would otherwise get lost. They bear witness to a tour or to a specific moment in our group’s existence.

(Translation Beatrice Venturini)

The new Mama Rosin, “Bye Bye Bayou” is out since november and will be released in France early 2013. You can listen and buy their music on bandcamp.

Mama Rosin will tour France and Europe at the same period.

Départ en foudre pour Label Suisse

Velvet-Two-StripesHier soir, Label Suisse a investi le studio 15 de la Radio Suisse romande. De quoi nous rappeler qu’en 2004, lors de la première édition du festival, c’était toute la maison de la radio de La Sallaz qui avait ouvert ses portes aux artistes suisses. Depuis, le festival lausannois a grandi de façon exponentielle chaque deux ans, jusqu’à atteindre son apogée en 2010 lorsqu’il investissait l’ensemble de la place de l’Europe et du Flon, tel un open air urbain.

En 2012, Label Suisse a fait du régime. Ce qui n’est pas pour nous déplaire. Il investit désormais les principaux clubs de la ville  (Le Bourg, le Romandie, le D ! Club, les Docks). « L’avantage de cette nouvelle formule est que cela nous permet d’être plus pointu explique Laurent Pavia, rédacteur en chef adjoint de la rédaction musique à la RTS, on n’a plus besoin de chercher une tête d’affiche qui attire 6000 spectateurs ».

Au Studio 15, ce sont donc les Saint-Galloises de Velvet Two Stripes qui donnent le coup d’envoi. Une vraie découverte. Trois très jeunes filles – une blonde, une rousse et une noiraude – côte à côte au centre de la scène. Une caisse claire, un clavier, un synthé, une basse et un ordinateur portable constituent l’essentiel de leur instrumentation. Sara Diggelmann à la chevelure rousse tient la guitare. Sa sœur, la blonde platine Sophie, le micro et Franca Mock les claviers. Mais chez les Velvet Two Stripes rien n’est vraiment fixe. La chanteuse peut devenir batteuse et le clavier se mettre à chanter. Autour de leur instrumentation minimale, les trois jeunes filles tournent et se relayent, traversées par la même énergie viscérale. Leur premier single « Supernatural » semble défier les lois du son alors que leur dernière composition « Fire » est un blues psychédélique de la meilleure facture. A la fin de leur concert, le public est chaud bouillant. Et la carrière de ces trois-là, entamée il y a une année, semble vouée à un avenir fulgurant.

A voir la vidéo ci-dessous et à télécharger gratuitement ici le morceau Hellbound.

Des extraits du concert d’hier soir sont également visibles sur le site de la RTS.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=a_zc_Fo3DVc]

Bonaparte – Ein Alleinunterhalter mit Big-Band erobert die Welt!

©MelissaHostetler

Weit haben sie bzw. er es gebracht. Unter den Bandnamen Bonaparte bespielen sie bzw. er mittlerweile fast schon rund um den Globus einschlägige Spielstätten, deren Bühnen groß genug sind, Bonaparte samt Entourage zu beherbergen.

 Swissvibes.org bat den Schweizer Tobias Jundt, Kopf des Ensembles, um die Beantwortung einiger Fragen. Bonaparte sind optisch als auch musikalisch irgendwo in der Tradition zwischen Sigue Sigue Sputnik und Gwar zu verordnen, Jundt wiederum ist der Mastermind der Band und hat nach eigenen Angaben ein Faible fürs Diktatorische. Ist es doch Jundt, der mittlerweile zum Wahl-Berliner konvertierte und sich offenbar als „Líder Máximo von Bonaparte einer Neu-Interpretation des Begriffs „Kreativ-Direktor“ verschrieben hat.

 Von Oktober bis Dezember 2012 touren Bonaparte mit dem neuen Album „Sorry, We’re Open“ quer durch Europa und dies sogar obwohl in manchen Ländern ihr Album noch nicht einmal erschienen ist.

 Was oder wer verschaffte bzw. verschafft dir Inspiration für Bonaparte?
bonaparte: grüezi! der bonaparte steckte schon immer in mir drin und ich schaffe mir damit einen spielplatz, um diese energie zu kanalisieren, so wie auch die tänzer dann wiederum auf diesem soundteppich sich ausleben können. freier ausdruck und energieaustausch, also dinge, die im moment passieren, sind wichtig. aber um diese zu ermöglichen braucht es auch einen entsprechenden rahmen.


Gibt es etwas typisch schweizerisches, was oder welches du im Berliner Exil vermisst?

bonaparte: naja, wir sind ja eigentlich immer unterwegs. das schöne an berlin ist die hohe ansammlung an anderen produzenten, musikern, djs, fotografen, filmemachern und puppenspielern. natürlich vermisse ich dinge, die unersetzlich sind: die frische briese, welche von den alpen herüber weht, das kilo greyerzerkäse auf meinem frühstückstisch und natürlich die mundart. dialekt zu sprechen, ist etwas sehr heimatliches. wir haben uns aber auch angewöhnt, dass unsere ganze crew schweizerdeutsch sprechen muss, obwohl da in wahrheit nur zwei schweizer dabei sind. die sprechen mittlerweile aber alle recht perfekt schweizerdeutsch – nur die amerkianischen tänzerinnen wehren sich erfolgreich gegen die verschweizerifizierung der welt durch die geheimsonde bonaparte.


Wie viel Tobias Jundt steckt in Bonaparte und wie viel macht der Kollektivismus an Bonaparte aus?

bonaparte: bonaparte ist im kern ja ein solo-projekt von mir, welches aber gleichzeitig ein kollektiv und noch gleichzeitiger auch ein wanderzirkus ist. wer hier mit wem und wem noch nicht – das könnte uns kein dreigroschenroman erklären. also ob ich alleine mit meinem hasen spiele oder die ganze bonaparte-familie mit dabei ist, es ist immer noch bonaparte. im kern stehen die songs, welche uns für die live-shows den teppich weben. wenn wir früher sagten, wir seien ein demokratisches kollektiv, geführt von einem verrückten diktator, dann ist das nicht weit von der warheit entfernt.


Kannst du von Bonaparte leben und wenn ja, wie schwierig ist es darüber hinaus, ein größeres Kollektiv wie Bonaparte zu finanzieren?
bonaparte: das ist eine relativ komplexe frage. zum einen ist die frage, ob wir überhaupt wollen, dass wir nur davon leben können. für mich ist es natürlich eine 300% angelegenheit, das muss auch irgendwie gehen, aber die meisten von uns spielen bewusst noch in anderen bands oder haben ihre eigenen projekte am laufen. eine menschengruppe dieser größe durch die landschaft zu senden, ist ja sowieso ein eher verrücktes unterfangen. die big bands sind ja alle in der ersten hälfte des letzten jahrhunderts ausgestorben. aber der soziale aspekt des tourens, den ein DJ nicht mehr wirklich hat, wenn er alleine in der senator lounge am flughafen rumhängt, der gibt bonaparte eine schöne eigenheit. während ich dies tippe, sind wir gerade in polen unterwegs, und in der ferne ist es ganz schön, eine gruppe von gleichgesinnten zu sein.


Bonaparte wird ab Ende Oktober auf Europa-Tour gehen. Mit was für einer Formation werdet ihr antreten und kannst du bereits was über die Bühnenshow sagen?

bonaparte: wir werden ca. 20 menschen sein. als support act haben wir Tim Fite aus brooklyn eingeladen, ein sehr begnadeter künstler, der zu seinen visuals einen verdrehten singer-songwriter-hiphop darbietet. danach wird das schiffshorn der H.M.S. BONAPARTE erklingen und dann winken wir ein letztes mal an der rehling stehend und legen ab. die reise führt kreuz und queer durch die songs der letzten drei alben. zwischendurch gibt es der tradition entsprechend werbepause und ein paar körperliche aktivitäten, um sich vom tanzen zu erholen und gleichzeitig für die zweite hälfte des wilden rittes die muskeln zu stählern. wir werden natürlich wieder nicht wissen, welche songs wir nicht spielen sollen und entsprechend alle spielen wollen. und natürlich darf der bonaparte bazar nicht fehlen, mit neuen bekleidungsmöglichkeiten für den winter und farbigem vinyl. wir machen bereits fleißig kniebeugen.

 Für die letzten beiden Alben von Bonaparte wirst du jeweils als Produzent angeführt. Könntest du dir vorstellen, auch mal mit einem anderen Produzenten zu arbeiten und wenn ja, gibt es vielleicht auch einen Produzenten mit dem du immer mal schon was machen wolltest?

bonaparte: ich schreibe und produziere alle bonaparte alben, sonst wäre es nicht bonaparte. ich habe aber tatsächlich in erwägung gezogen nach beenden der berlin trilogie, nun mit einem anderen produzenten eine co-produktion zu machen. die reise wird weitergehen und die zelte habe ich bereits verschifft. wie das klingt und wer die namen sind, die da mitwursteln, das erfahrt ihr dann in der nächsten folge, wenn es wieder heißt: “das paralleluniversum der familie bonaparte – zwei liter schweiss und die geheimen teufelsquinte.”

adieu!

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Bonaparte, “Sorry We Are Open”

On tour from the 25th of October In Germany, Austria, Switzerland, France