77 Bombay Street à la conquête de la France

Pour 77 Bombay Street, se présenter aux Trois Baudets, petite salle parisienne historique, c’est un retour à la case départ, ou presque. En Suisse, la fratrie a déjà tout raflé, avec deux prix aux Swiss Music Awards et 80 000 exemplaires vendus de leur premier album aux jolies rengaines pop folk, “Up in The Sky”. Ici, devant une salle majoritairement assise, pour leur premier concert en France, Matt, Joe, Esra et Simri Ramon Buchli ne savent pas à quoi s’attendre et montrent même quelques signes de nervosité. Pas grand-chose, juste quelques tics d’autocontrôle, assez loin de leur énergie communicative. « Tout ce que nous pouvons nous dire, avouera Matt quelques jours plus tard, c’est que nous accomplissons l’un de nos objectifs : jouer partout où nous pouvons, quelques soient les conditions ».

Mais les apprentis voyageurs, dont le nom de groupe vient justement de l’adresse de leur maison à Adélaïde, où ils se sont expatriés au début des années 2000, n’avaient pas besoin de faire les modestes : à leur grande surprise, une partie non négligeable du public connaissait déjà les paroles de leurs tubes  et ont communié dans l’ironie amusante de « I Love Lady Gaga ». Au bout de quelques chansons, tous les spectateurs des Trois Baudets se sont levés. Comme s’ils prenaient au pied de la lettre les paroles du morceau « Up in the Sky » – une fiction où un personnage malade prend de la hauteur pour admirer la beauté du monde. Ou comme s’ils étaient tout simplement conquis par les harmonies vocales d’un quatuor à l’extraordinaire complicité : dès le plus jeune âge, les parents des quatre frères les ont poussés à chanter et à jouer ensemble, et cela se ressent comme une évidence.

Au final, ce sont des applaudissements nourris qui concluront leur tout premier set en France, à la grande joie de Matt : « Au départ, nous étions contents de gagner un peu d’argent en jouant dans les parcs. Maintenant nous jouons à Paris et c’est le public qui est ravi : c’est très excitant de pouvoir faire évoluer notre carrière, même si la compétition entre les groupes est rude en Europe. »  Pour continuer leur conquête de l’Hexagone, les quatre frères doivent encore séduire un autre public : les professionnels du spectacle et les journalistes présents au Printemps de Bourges, l’un des plus grands « marchés » du concert, à quelques jours de la sortie de leur CD sur le territoire français. – Timothée Barrière

77th Bombay Street,“Up In The Sky” sortie digitale en France le 23.04.2012. Sortie du CD en France le 14.05.2012 (Label The Freed). Sortie du CD en Allemagne le 27.04.2012.

Malcom Braff und Andreas Schaerer: Jazz made in Switzerland

Malcom Braff (à gauche), Reggie Washington et Lukas Koenig
∞Malcom Braff (à gauche), Reggie Washington et Lukas Koenig ©Suisa

Das Malcolm Braff Trio und Andreas Schaerer’s Hildegard lernt fliegen begeisterten an der jazzahead!-Messe in Bremen das internationale Publikum und zeigten einmal mehr, dass sich Schweizer Jazz im internationalen Vergleich nicht zu verstecken braucht.

Die Fachmesse fand dieses Jahr bereits zum siebten Mal statt und hat sich mittlerweile zu DEM Treffpunkt der europäischen Jazzszene entwickelt. Erfreulich aus Schweizer Sicht war deshalb, dass die Jury gleich zwei Schweizer Bands für eines der begehrten Showcases ausgewählt hatte.

Hildegard lernt fliegen ergatterte sogar einen besonders begehrten Platz am Samstagabend im Kulturzentrum Schlachthof, das zur Prime Time aus allen Nähten platzte. Die Zuschauer waren von der musikalisch eindrucksvollen und ideenreichen Performance begeistert und applaudierten der Band frenetisch.

Das Trio um Malcolm Braff (piano) mit Reggie Washington (bass) und Lukas Koenig (drums) überzeugte am Nachmittag ebenso mit erstaulicher Spielkraft. Ungeheure Energien und phantastische Klangbilder entfalteten sich hier aus kleinsten musikalischen Zellen, die drei Musiker loteten die Grenzen ihrer Instrumente vielfältig aus und kosteten sowohl die Transparenz als auch die Kraft ihrer Musik genüsslich aus. Das routinierte Trio eroberte die Gunst des internationalen Fachpublikums schon vom ersten Stück an – auch ihnen stand nur eine kurze halbe Stunde zur Verfügung. Schliesslich musste Malcolm Braff am selben Abend (wie am Abend zuvor!) auch wieder das heimische Publikum beim Cully Jazz Festival unterhalten… Beide Bands sind auch auf der brandneuen CD-Compilation “jazz made in switzerland, selection 2012/13” vertreten. 

Malcolm Braff Trio, Inside, Enja Records 2011
Hildegard lernt fliegen, Cinéma Hildegard, Unit record 2012

Chief, une question de feeling

Il arrive à Chief de recevoir des mails en anglais de Français qui veulent travailler avec lui. Quand il leur dit qu’il est Suisse et qu’il parle la même langue qu’eux, certains hésitent à le croire. C’est qu’à trente ans le jeune producteur lausannois a déjà collaboré avec pas mal de grands noms de la scène américaine et canadienne : KayDee, Sene ou, plus récemment, Moka Only. Avec ce-dernier Chief a enregistré « Crickets ». Pour mettre en musique cette invasion d’insectes au chant entêtant et perusasif, il a tissé une toile de rythmes et de voix soul sur lesquels Moka pose son flow précis et soyeux.  Mais comment ce trentenaire qui, adolescent écoutait Nirvana, les Beatles et A Tribe Called, est-il arrivé à se hisser aux premières loges de la scène internationale du hip hop underground ? Autodidacte, Chief gère tous les aspects de la création, de la production et de la diffusion de sa musique.

Vous vous définissez comme un beatmaker. Comment devient-on un beatmaker ?

Chief À l’école déjà, je voulais être DJ. J’ai fait un apprentissage de monteur-électricien puis d’ingénieur du son. J’ai ensuite fondé mon label avec un pote. A 21 ans, j’avais envie de faire des beats. J’ai commencé à « découper » des échantillons de quelques secondes. Je prends par exemple une ou deux notes d’un morceau de jazz qui me plaît et je lui ajoute une basse rock, puis je joue des claviers dessus. Je n’ai aucun apprentissage musical, je ne lis pas les notes. Mais j’ai une excellente oreille. A force d’aligner les heures dans mon studio, je me suis amélioré. J’aime les mélodies. J’aime ce qui est instrumental, ce qui est calme

Vous avez fait un album d’instrumentaux en hommage à Chick Corea. Ecoutez-vous du jazz ? 

Chief  Comme j’écoute de la musique toute la journée. je n’en n’écoute pas ou très peu chez moi. Le jazz, la soul, le rock psyché sont mon « charbon ». Je les écoute en pensant à ce que je vais pouvoir en extraire. Parfois quand la matière première est riche, je ne fais que des instrumentaux, sans avoir recours à un rapper. C’est ce qui s’est passé avec Chick Corea. J’ai fait l’album « Tribute to Chick Corea by Chief » en une semaine. Je l’ai mis en téléchargement gratuit sur bandcamp. Certains diront que c’est du vol. Je vois les choses différemment : en ne prenant qu’une ou deux notes et en les associant à autre chose, j’ai simplement recours à un autre processus de création. Je pense que Chick Corea a dû voir ce que j’ai fait car ma sélection est l’une des premières à s’afficher si vous faites une recherche sur google. Mais le résultat est méconnaissable. Ma petite chirurgie a fait son effet.

Combien de beats pensez-vous avoir déjà composés ?

Chief Je travaille en studio toute la journée. Je fais entre un et deux beats par jour et je les stocke.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler avec des rappers américains ?

Chief KayDee, de Washington a été le premier à me contacter sur mon MySpace. On s’est envoyé des fichiers audio. Finalement il est venu dans mon studio de Malley à Lausanne et on a fait un disque en une semaine. Puis il y en a eu d’autres. Dont Sene avec qui j’ai fait une quarantaine de morceaux. 10  d’entre eux sont parus sur mon label Feelin’Music.

Pourquoi avoir voulu créer votre porte label ?

Chief Dans le milieu hip hop, la plupart des labels ne paient pas les artistes. En créant ma propre structure, cela me permettait de garder le contrôle de la situation. J’ai dû faire une vingtaine de productions en 3 ou 4 ans. Essentiellement avec des Américains. Malheureusement le rap suisse ne permet pas de payer les factures. On bosse avec beaucoup de blogs. On leur envoie un presskit avec un morceau exclusif et on attend que le réseau qu’on a activé nous ramène des internautes et des téléchargements. Notre newsletter est un autre élément essentiel de promotion. La durée de vie d’une production est d’un ou deux mois. On souffre de la concurrence des plates-formes pirates qui proposent nos morceaux gratuitement le lendemain de notre mise en ligne. Mais on s’en sort quand même. On propose aussi des sélections en téléchargement gratuit. A la mort de Jay Dee, j’ai proposé avec deux collectifs lausannois, Food for ya Soul et Do the Right Print, une sélection gratuite de morceaux à sa mémoire. Il y a eu 20’000 téléchargements en un mois. Ce qui veut dire aussi 20’000 adresses mail de personnes potentiellement intéressées par notre musique.

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Le site internet de feelin’music

La fanfare Kadebostany cartonne sur le net!

De Genève aux plaines arides de Kadebostany, cette fanfare aussi improbable que futuriste fait sensation sur le net. En avant goût de son nouvel album (à paraître sous peu), elle vient de mettre en ligne  le clip d’une nouvelle chanson, “Walking with A Ghost”. En trois semaines – rien que sur Viméo – cette vidéo a déjà dépassé les 100’000 visionnements!

Au programme, des danseuses, aux corps aussi parfaits que synchronisés, des cuivres érotisés, des voix soul ou mécaniques et une fanfare aussi martiale qu’impériale. A voir ci-dessous. Et si vous aimez, vous pouvez télécharger le morceau sur Itunes ou sur bandcamp!

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Rusconi et Preisig créent l’événement Cully Jazz Festival

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Le projet était audacieux et deux des musiciens de jazz suisse les plus aventureux du moment ont relevé le défi. En janvier dernier le violoniste Tobias Preisig et le pianiste Stefan Rusconi ont investi le temple protestant de Cully pendant trois jours pour préparer une création. Trois mois et quelques répétions plus tard, ils sont de retour dans le cadre Cully Jazz Festival. Samedi 14 avril 2012, à 18 h, alors que le public est sagement assis sur les bancs du parterre de l’église, ils s’installent au balcon, invisibles d’en bas. Une drôle d’idée? “C’est le concept de base de la musique d’église, s’exclame un peu avant le concert Stefan Rusconi, ne pas voir les musiciens permet de mieux se concentrer sur les sons et, dans un contexte religieux, de se rapprocher de Dieu“.

Les deux musiciens complices ont quant à eux choisi d’expérimenter. Tobias Preisig tire des sons étonnants de son violon avec lequel il semble danser et frappe parfois de son pied droit une caisse-tambour posée au sol. Stefan Rusconi tente de dompter le vieil orgue du temple. La vidéo ci-dessous montre le tout premier morceau du concert. Le public, en bas, est encore un peu déconcerté par cette prestation “à l’aveugle”. Après quelques morceaux il est conquis et se met à applaudir à tout rompre. A signaler également l’apparition de la chanteuse Evelinn Trouble dans un gospel fort peu orthodoxe en final. Un autre moment intense de cette prestation malheureusement non-filmable vu le manque de lumière.

Hathors aux Eurockéennes de Belfort

Lors de la de la finale du concours permettant de décrocher une place fort convoitée aux Eurockéennes de Belfort, les trois musiciens de Hathors, orginaires de Schaffouse avaient un petit avantage sur leurs concurrentes féminines, Anna Aaron et La Gale. Ils s’étaient placés sous la protection de la déesse égyptienne Hathor, divinité de l’amour de l’ivresse, de la beauté, de la musique, de la danse. Comme quoi les Dieux rendent bien des services. Et sous celle de Couleur 3 aussi qui adorent jouer leur premier CD, paru l’an dernier. Trio basique – guitare-basse-batterie – Hathors est un groupe de l’extrême, quelque part entre punk, garage et métal. Si vous voulez (ré)écoutez le concert et interview, c’est dans Couleur 3 Live.

Ci-dessous la vidéo de leur chanson “Keeping Secrets”
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Peter Kernel au Point Ephémère, Paris, le 1er avril 2012

Les déflagrations punk de Road to Fiasco, le groupe français qui ouvrait cette soirée au Point Ephémère, ne semblait pas avoir dérangé ce couple : pendant le changement de set, deux jeunes gothiques n’ont pas arrêté de s’enlacer langoureusement, par terre, indifférent au monde extérieur. A leur manière, ils avaient tout compris à ce qui allait suivre : Peter Kernel revenait dans cette salle parisienne quatre ans après leur dernier passage à Paris. Sur scène, le Suisse italien  Aris Bassetti à la guitare et la canadienne anglophone Barbara Lehnhoff subliment les tensions nerveuses d’un couple – le leur. De leur propre aveu, les dix heures de route qu’ils venaient de subir les avaient lessivés, mais il n’en paraît rien. En présentant principalement les morceaux de leur deuxième album White Death & Black Heart, les deux rejouent les grands marivaudages du noise punk : elle est Kim Gordon, elle est Kim Deal, il est Thurston Moore, il est Frank Black. Elle est primal, il se réfugie derrière sa guitare. Contrairement aux usages, ils se font face, ignorant presque un public fasciné par cette drôle de parade nuptiale. Rythmée par les coups de boutoir d’un batteur français originaire de Lausanne, leur danse s’accompagne de peu de mots, chaque dissonance  d’Aris répondant à un cri de Barbara, chaque mélodie lui renvoyant un sourire. Finalement, Barbara semble se faire plus pressante, sur le morceau “Hello My Friend”: « Viens voir par ici », envoie-t-elle, frondeuse. Le dénouement approche dans un final où les sons se troublent : Aris vient la rejoindre et l’enlace littéralement, tandis que leurs instruments se mêlent dans un déluge de larsens. Résultat, une jeune fille s’évanouit dans l’assistance, sans que l’on sache si c’était la moitié du couple qui s’embrassait au début. Peter Kernel conclut alors logiquement par « Panico ! This is Love » et par « We’re not going to be the same again », comme si le public n’avait pas (encore) compris le message. Las, pour se remettre de cette parenthèse fusionnelle, les spectateurs auront ensuite droit de se relaxer grâce aux envolées pures de This Will Destroy You, alter ego texan de Mogwai venu conclure ce plateau.

M4music, grande réunion de la pop suisse en Suisse

Modeselektor, une des têtes d'affiche du m4music festival

Pour sa quinzième édition, le m4music festival que la Neue Zürcher Zeitung consacre comme «le plus important rendez-vous de la scène musicale suisse» a battu son record d’influences avec 6600 spectateurs et 700 professionnels inscrits. Pendant trois jours, à Lausanne puis à Zurich, conférences, débats, ateliers, concours de démo et concerts d’artistes suisses et internationaux se sont succédé. Les différentes interventions sont désormais disponibles sur la page multimédia du festival. Bilan de cette manifestation avec son directeur, Philipp Schnyder Von Wartensee.

Quels ont été les points forts de l’édition 2012 du festival?
Philipp Schnyder Le Pour-cent culturel qui organise depuis 15 ans le m4music essaie de stimuler les contacts interrégionaux entre musiciens et professionnels, les relations entre professionnels expérimentés et les «newcomers», de proposer des débats pertinents et bien sûr de montrer les différents courants de la musique suisse : du rock à l’électronique en passant par la chanson.

Cette année, il y a eu un débat intitulé « Everything is streaming but the money…. » Qu’en est-il ressorti ?
Philipp Schnyder Des gens d’horizons très différents ont participé à cette table ronde. Une politicienne et conseillère nationale, un représentant du parti des pirates, un musicien, un journaliste, un juriste. J’ai été surpris que ces personnes tombent d’accord sur deux points importants.
1)    On ne veut pas criminaliser des jeunes qui téléchargent de la musique sans payer.
2)    Le vrai problème est que de grosses structures, par exemple les opérateurs de téléphone ou des plates-formes comme Youtube, gagnent beaucoup d’argent et rechignent à le reverser aux artistes.

C’est donc la répartition des recettes qui est remis en cause?
Philipp Schnyder C’est le problème récurrent de notre société.  On le retrouve dans certaines industries qui multiplient les bénéfices sans que l’ouvrier au tout début de la chaîne ne voie sa situation s’améliorer. Je reste persuadé que cela ne doit pas obligatoirement se passer comme cela. M4music essaie de donner des pistes de réflexion à cette problématique.

Chaque année, m4music organise un concours de démo tapes. Ces deux dernières années vous avez reçu entre 700 et 750 enregistrements. Pensez-vous qu’il y ait trop de groupes en Suisse ?

Monoski, Eriah, Domi Chansorn, Shazam Bell: les gagnants du concours demotape clinic

Philipp Schnyder Il faut distinguer deux choses. La pop music, les musiques actuelles sont effectivement devenues des cultures très populaires en Suisse. C’est fantastique parce que cela implique une grande créativité, une démarche qui vient du cœur. Par contre, si l’on regarde les choses du point de vue du « consommateur », là malheureusement, on en revient à la question de l’argent qui fait gagner plus d’argent aux intermédiaires qu’aux musiciens, aux producteurs ou aux labels.

Pourquoi avoir choisi d’inviter Michael Eavis, le fondateur du Glastonbury Festival ?
Philipp Schnyder Michael Eavis est une légende. A l’origine c’est un fermier, un producteur de lait. Sur ses terres, il a créé un festival extraordinaire qui lui a valu de remporter beaucoup de prix. C’est également un de nos objectifs de présenter des personnalités dont les parcours professionnels sont atypiques et édifiants.

La 16e édition du m4music aura lieu du 21 au 23 mars 2013

The Bianca Story met le feu au Romandie

Jeudi 22 mars, pour ouvrir les feux du M4music à Lausanne et pour lutter contre les clivages régionaux et linguistiques de notre chère suisse, ce sont les Bâlois de The Bianca Story qui sont venus secouer le public rock lausannois dans leur temple du Romandie. Après avoir écouté leur album “Coming Home”, je m’attendais à un groupe un peu arty, un peu deuxième degré. Pas du tout. La faute à la forte présence du chanteur Elia Rediger. En costume trois pièces, barbu, il n’a pas vraiment la tête de l’emploi et sa voix aime jouer de la mélancolie, du lyrisme, et se placer en complet contraste avec les rythmes et les riffs de la formation. Il est clair que the Bianca Story brasse les références musicales, des Triffids à B52’s avec un brin de techno-disco-pop.

Mais, hier soir, il a affirmé son raz-le-bol d’être catalogué de représentant de “la génération easyjet” et a montré de quoi il était capable. Face à un public constitué pour beaucoup de gens du music business (par conséquent un peu blasés), il a choisi la carte de la provocation, du rentre-dedans. Elia Rediger a conclut par une longue diatribe que l’on pourrait résumer par “commençons par faire la révolution devant notre porte” avant de s’offrir un bain de foule (voir photo).  The Bianca Story rentrait d’une tournée allemande qu’il a commenté (auf deutsch) et illustré de photos sur son blog.

Le festival M4 music se poursuit aujourd’hui et demain à Zurich. Nous y reviendrons.

Disque du mois: Plaistow “Lacrimosa”

Lacrimosa

Les trois Genevois sont de retour avec deux longs morceaux de quelque 20 minutes. A l’origine chacun de ces titres devait constituer la face d’un vinyle. Faute de temps, le projet a été reporté. Il paraît pour l’instant un CD et –  comme c’est désormais la coutume pour cette formation –  en téléchargement gratuit via le site de Plaistow ou son Net label, Insubordination.

«Lacrimosa» c’est cette partie d’une messe de requiem où l’on pleure les morts. Johann Bourquenez, Raphaël Ortis et Cyril Bondi ont composé leur requiem à leur manière. Armés de leur piano, basse et batterie, ils proposent de faire le deuil en éludant la mélodie au profit d’un lent crescendo, d’une transe minimale, évoluant de la nostalgie à l’apaisement.

A l’écoute on a l’impression que ces motifs répétitifs, cette douceur sont là naturellement, presque simplement. En fait, la musique de Plaistow est plus que jamais composée. « C’est un peu comme les  cascades d’un skate, cela donne l’impression d’être facile, mais quand on s’y essaie, on se rend compte du boulot » explique le pianiste et chef d’orchestre Johann Bourquenez. Considéré comme un groupe plus performant en live qu’en studio, Plaistow s’est plongé dans une vraie réflexion d’enregistrement. « On a tendance à penser qu’il faudrait faire 2 mois de concerts et arriver en studio remplis de cette énergie pour que l’enregistrement soit bon. Mais c’est un leurre ». Pour Plaistow, la solution pour retrouver la fluidité, la pertinence en studio fut un travail de répétition intense et précis, un travail d’orfèvre.

« Cube », l’autre moitié de ce nouvel opus, est quant à lui essentiellement rythmique, une sorte de drum’n’bass déstructurée et acoustique dans lequel la batterie de Cyril Bondi fait feu de tous côtés. Fidèle à son postulat de départ de n’utiliser que des instruments et pas de machines, Plaistow retourne et développe les possibilités du trio basse-batterie-piano dans tous les sens. Impressionnant et prenant.

Plaistow, « Lacrimosa » (Insubordinations Netlabel)

En concert à Berlin, Ausland, le 19 mai 2012