Les déflagrations punk de Road to Fiasco, le groupe français qui ouvrait cette soirée au Point Ephémère, ne semblait pas avoir dérangé ce couple : pendant le changement de set, deux jeunes gothiques n’ont pas arrêté de s’enlacer langoureusement, par terre, indifférent au monde extérieur. A leur manière, ils avaient tout compris à ce qui allait suivre : Peter Kernel revenait dans cette salle parisienne quatre ans après leur dernier passage à Paris. Sur scène, le Suisse italien Aris Bassetti à la guitare et la canadienne anglophone Barbara Lehnhoff subliment les tensions nerveuses d’un couple – le leur. De leur propre aveu, les dix heures de route qu’ils venaient de subir les avaient lessivés, mais il n’en paraît rien. En présentant principalement les morceaux de leur deuxième album White Death & Black Heart, les deux rejouent les grands marivaudages du noise punk : elle est Kim Gordon, elle est Kim Deal, il est Thurston Moore, il est Frank Black. Elle est primal, il se réfugie derrière sa guitare. Contrairement aux usages, ils se font face, ignorant presque un public fasciné par cette drôle de parade nuptiale. Rythmée par les coups de boutoir d’un batteur français originaire de Lausanne, leur danse s’accompagne de peu de mots, chaque dissonance d’Aris répondant à un cri de Barbara, chaque mélodie lui renvoyant un sourire. Finalement, Barbara semble se faire plus pressante, sur le morceau “Hello My Friend”: « Viens voir par ici », envoie-t-elle, frondeuse. Le dénouement approche dans un final où les sons se troublent : Aris vient la rejoindre et l’enlace littéralement, tandis que leurs instruments se mêlent dans un déluge de larsens. Résultat, une jeune fille s’évanouit dans l’assistance, sans que l’on sache si c’était la moitié du couple qui s’embrassait au début. Peter Kernel conclut alors logiquement par « Panico ! This is Love » et par « We’re not going to be the same again », comme si le public n’avait pas (encore) compris le message. Las, pour se remettre de cette parenthèse fusionnelle, les spectateurs auront ensuite droit de se relaxer grâce aux envolées pures de This Will Destroy You, alter ego texan de Mogwai venu conclure ce plateau.
Category: En live
The Bianca Story met le feu au Romandie
Jeudi 22 mars, pour ouvrir les feux du M4music à Lausanne et pour lutter contre les clivages régionaux et linguistiques de notre chère suisse, ce sont les Bâlois de The Bianca Story qui sont venus secouer le public rock lausannois dans leur temple du Romandie. Après avoir écouté leur album “Coming Home”, je m’attendais à un groupe un peu arty, un peu deuxième degré. Pas du tout. La faute à la forte présence du chanteur Elia Rediger. En costume trois pièces, barbu, il n’a pas vraiment la tête de l’emploi et sa voix aime jouer de la mélancolie, du lyrisme, et se placer en complet contraste avec les rythmes et les riffs de la formation. Il est clair que the Bianca Story brasse les références musicales, des Triffids à B52’s avec un brin de techno-disco-pop.
Mais, hier soir, il a affirmé son raz-le-bol d’être catalogué de représentant de “la génération easyjet” et a montré de quoi il était capable. Face à un public constitué pour beaucoup de gens du music business (par conséquent un peu blasés), il a choisi la carte de la provocation, du rentre-dedans. Elia Rediger a conclut par une longue diatribe que l’on pourrait résumer par “commençons par faire la révolution devant notre porte” avant de s’offrir un bain de foule (voir photo). The Bianca Story rentrait d’une tournée allemande qu’il a commenté (auf deutsch) et illustré de photos sur son blog.
Le festival M4 music se poursuit aujourd’hui et demain à Zurich. Nous y reviendrons.
En 2012, le Cully Jazz fait la part belle aux artistes suisses
Le Cully Jazz Festival a trente ans. Depuis 1982, le festival vaudois a su grandir s’en prendre la grosse tête. Il a d’ailleurs décidé de ne pas se lancer dans une opération de commémoration aussi coûteuse que pompeuse. Fidèle à son esprit, fidèle à la passion qui l’anime, il a décidé de laisser la place à la musique; tout simplement..
Du côté des artiste suisses, il y aura beaucoup de très bonnes choses, à commencer par un vieux de la vieille, Al Comet (l’homme des samplers des Young Gods) qui investit le caveau HBBC les deux weekends du festival.
Autre moment fort, samedi 14 avril au Temple le Kaléidoscope String Quartet, à mi-chemin entre musique classique, contemporaine et jazz. Un projet emmené par le violoniste Tobias Preisig. Ce-dernier poursuivra la soirée en duo avec son ami Stefan Rusconi qui martèlera pour l’occasion les touches de l’orgue du Temple.
Mercredi 18 avril, le pianiste Marc Perrenoud viendra présenter son tout nouvel album sur la grande scène en première partie de Branford Marsalis. Un challenge qui fera sans doute monter son taux d’adrénaline à des hauteurs intéressantes …
Quant au Tessinois Frank Salis, il fut la révélation du festival Off l’an dernier. Il fera valser son orgue Hammond et son groove lors de la soirée d’ouverture du 13 avril en première partie de Amp Fiddler !
Beaucoup de musiciens suisses seront également présents dans les caveaux.Carte blanche au label biennois de musique électronique Oh My au Jardin. Dans le tout nouveau caveau Weber, l’association Addis Sounds propose un parcours du blues qui passe de l’Afrique à la Grèce et à la Bosnie. Le tout orchestré uniquement par des musiciens suisses ou résidents en Suisse. Nous y reviendrons.
Plaistow en images
La plus longue intro de piano de l’année. Enfin, avec Plaistow, on ne peut pas vraiment parler d’intro…
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Imperial Tiger Orchestra & Hamelmal Abaté à Paris
Le 10 septembre 2011, les Genevois d’Imperial Tiger Orchestra ont invité une grande dame de la chanson éthiopienne Hamelmal Abaté à célébrer avec eux le Nouvel An éthiopien à la Salle du Faubourg de Genève. Aux côtés d’Hamelmal Abaté et Bethelem Dagnachew au chant, ont également été invités Endress Hassan, joueur de masenqo et deux danseurs. Un vieux rêve rendu possible grâce au Festival de la Bâtie. Cinq jours plus tard, le big band ethio-suisse a remis ça à Paris, au Point Ephémère. D’une salle de 500 places où ils jouaient à guichets fermés, les 7 tigres et leurs invités passent à une petit club alternatif sur les quais du Canal Saint-Martin. Une ambiance intimiste, un set resserré et les voilà qui mettent le feu au public, constitué d’Ethiopiens et de Français. Avec en prime quelques acteurs influents de la scène world parisienne, dont Françis Falceto, alias Monsieur Ethiopiques, Martin Meissonnier (qui a récemment produit les disques de Seun Kuti et Aziz Sahmaoui), Philip Conrath du Festival Africolor. Quelques membres de Tinariwen en répétition dans le quartier sont même venus jeter un coup d’œil et s’essayent à la danse Ekesta! Tout ce beau monde groove et chaloupe, chacun à sa manière, preuve supplémentaires que les musiques éthiopiennes rassemblent les cultures. En fin de concert, la diva éthiopienne, galvanisée par l’ambiance, descend finir son set dans le public. Jugez du résultat sur la vidéo ci-dessous. Pour info, le Blanc, coiffé d’un chapeau, qui danse avec Hamelmal Abaté n’est autre que Jean Karakos, fondateur du label Celluloïd aka M. Lambada, filmé par Martin Meissonnier. Marrant, non?
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Olivia Pedroli au naturel
Ce qui plaît chez Olivia Pedroli, c’est son naturel. Qu’elle fasse du folk-blues sous le nom de Lole ou un projet plus électro sous son vrai nom, la jeune Neuchâteloise parle avec la même aisance, chante avec la même décontraction. Et ça fait du bien. Plongée dans la musique depuis son plus jeune âge, Olivia Pedroli a aussi voyagé dans les parties australes du globe. Bilingue, elle préfère chanter en anglais.
On dit souvent que le troisième album est l’album de la maturité. C’est certainement vrai pour «The Den». Enregistré en Islande sous la direction de Valgeir Sigurösson (connu entre autres pour ses collaborations avec Björk ou la chanteuse française Camille), «The Den» fait le lien entre musique classique, folk et musique expérimentale. Avec «The Den» Olivia Pedroli montre qu’elle n’est plus seulement une fraîche jeune fille, capable de pousser la chansonnette et de faire parler d’elle dans sa région, mais une vrai artiste qui ose avancer à visage découvert, avec un potentiel international. Toujours prête à relever de nouveaux défis, Olivia Pedroli est partie à Bruxelles jouer cette fois en formation acoustique au Botanique. Pour Swiss Vibes, elle a joué jeu et s’est laissé filmée dans les coulisses.
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Jodle pour tout le monde!
Et hop: pour une fois, je vais faire une petite entorse au principe de ce blog qui veut que je parle des 19 artistes sélectionnés sur la compilation Swiss Vibes. Je vais vous raconter le dernier concert en Suisse d’Erika Stucky. Mais je ne m’éloigne pas trop, puisque l’une des chansons d’Erika Stucky figurait sur le premier volume de la compilation Swiss Vibes, paru il y a deux ans…
Erika Stucky était la tête d’affiche de la soirée «Le Son des Helvètes», programmée par mes soins dans le cadre de la saison culturelle de Plan-Les-Ouates. En première partie, le Alphüttli Jodler Club, le premier club de jodle genevois dont les locaux de répétition se situent justement à Plan-Les-Ouates. Ils sont dirigés par la jeune et dynamique chanteuse alémanique Barbara Klossner. Un sacré petit bout de femme: certainement la meilleure apôtre du jodle actuel. Extrait ci-dessous.
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Erika Stucky, déguisée en Heidi futuriste, fit ensuite une entrée en scène fracassante avec une énorme pelle en guise d’instrument. Frappant le sol, frappant les piliers, elle évoquait ainsi les lentes marches des vaches sur le chemin du retour vers l’écurie. Au bout de 3/4 d’heure de spectacles, rejointe par ses excellents musiciens (batterie, synthétiseurs, tuba et deux cors des Alpes), elle était partie dans un délire beaucoup plus personnel. Jugez plutôt:
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En rappel et à la demande d’un spectateur, Erika Stucky a relevé le défi et s’est lancée dans une joute vocale avec les jodlers. Sur la vidéo ci-dessous, vous entendez donc Baraba Klossner et les jodlers (éparpillés dans le public) qui font le “bourdon” pendant qu’Erika Stucky improvise. Le 27 mai 2011, à Plan-les Ouates, les extrêmes se sont rejoints et la musique n’en fut que meilleure…
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Anna Aaron en tournée avec Erik Truffaz
Anna Aaron est discrète, pertinente et révèle une musique un brin inquiétante sous des dehors ingénus. Une personnalité. Il y a deux ans, elle s’est fait remarquer avec le nostalgique «Mary Ruth» aux lignes de piano sombre et hypnotique. Un titre qui faisait partie d’un mini album enregistré chez elle, à Bâle «I’ll Dry Your Tears Little Murderer». Sa pochette la montrait de dos nettoyant un couteau de boucher dans une rivière… La parution de son deuxième album est imminente et déjà on la compare à PJ Harvey. Le single «Kind of Dogs» qui figure sur la compilation Swiss Vibes la révèle dans une version plus rock, plus fulgurante. Nomade, Anna Aaron a grandi en Asie, en Angleterre et en Nouvelle Zélande avant de s’installer dans la ville la plus arty de Suisse allemande où elle chante, écrit de la poésie et fait de la musique. Plutôt bien. Elle rentre d’une mini-tournée avec le trompettiste de jazz Erik Truffaz. Et elle nous livre ses impressions filmées ci-dessous.
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Plongée dans le cerveau de Malcolm Braff
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Malcolm Braff sort d’un marathon d’un nouveau genre. Le 14 mai, dans le cadre de la nuit des musées, il s’est intégré à l’exposition «Bruits» du MEN (Musée d’Ethnographie de Neuchâtel) pour un gigantesque concert solo de 12 heures. Plongée dans le cerveau du maestro du piano qui prépare également la sortie d’un nouvel album en trio sur le prestigieux label Enja.
Comment est venu l’idée de ce projet de marathon de piano ?
Malcolm Braff Le MEN a pris contact avec moi pour une performance dans le cadre de la nuit des Musées. Je leur ai proposé un concert de midi à minuit. J’avais déjà fait ce genre d’expériences en plein air. À l’extérieur, je suis nourri par les bruits de la vie : une voiture qui passe, le bruit du vent. Je me sens porté par cette énergie environnante. Au MEN, vu la météo, on a dû prévoir le concert à l’intérieur. J’appréhendais un peu. Je savais que je devrais trouver l’inspiration en moi-même et non à l’extérieur. Ce fut moins contemplatif et même très intense.
Vous avez choisi de jouer sur un piano à queue plutôt que sur les synthétiseurs où l’on a l’habitude de vous voir jouer?
Malcolm Braff Je ne pourrais pas envisager de faire ça avec des synthétiseurs et un ordinateur. Ce n’est pas inspirant. Pour ce genre de performances, j’ai besoin d’être dans un rapport physique et pas mental. J’aurais pu concevoir autre chose: par exemple, recréer mon atelier, mon studio au sein de l’exposition «Bruits». J’aurais ainsi été pendant 12 heures un nouvel objet sonore à observer.
Comment se prépare-t-on à une expérience de ce type ?
Malcolm Braff Je ne me prépare pas. Je dors bien avant, c’est tout. Je ne prévois pas de répertoire non plus. Ce serait l’enfer. J’avais pris avec moi, des partitions, un crayon, une gomme. Ça aurait pu être une option de composer. En fait, je n’ai fait que jouer. J’ai fait une pause toutes les 6o à 90 minutes de 5 minutes et je me suis arrêté à deux reprises un peu plus longuement pour manger.
Comment vit-on ce genre d’expériences ?
Malcolm Braff C’est vraiment une plongée, une méditation. Je suis parfois interrompu par des pensées d’ordre physique. Je sens des crispations – par exemple dans le dos ou dans les doigts – qui m’indiquent qu’il faut m’arrêter. C’est important de s’écouter car une tendinite ou problème de ce type peut très vite survenir.
En quoi est-ce important qu’il y ait un public ?
Malcolm Braff Je suis beaucoup trop flemmard pour faire ça tout seul dans mon atelier ! C’est le public qui génère la performance. Pendant ce concert, je me suis souvent senti dans une bulle. Mais le public génère et valide tout.
Et après, comment se sent-on ?
Malcolm Braff Je suis extrêmement bien. Il y a une fatigue physique certaine, mais le corps est éveillé, vibrant. Un peu comme après une longue balade en montagne. Une balade sans effort, mais d’une longue durée. L’énergie est très haute. D’ailleurs je mets longtemps à m’endormir. Après le concert, je peux interagir avec les gens sans problème, mais c’est comme si je percevais tout ce qui se passe à travers un voile.
Dur weekend en perspective
Les groupes suisses font feu de tout bois ce week-end en Romandie. Voici ceux que j’ai repérés:
– ce soir (vendredi 13 mai) à l’Amalgame d’Yverdon, concert de Honey For Petzi avec The Jamborines et Daily Bread.
– demain soir (samedi 14 mai) au Romandie, vernissage des CDs de Imperial Tiger Orchestra et de The Fanfare Kadebostany
– demain également, au Musée d’Ethnographie de Neuchâtel, dans le cadre de la nuit des musées et de l’exposition “Bruits”, différentes prestations d’artistes suisses dont un marathon de 12 heures de Mr… Malcolm Braff, deux concerts de Kassette et Make It Pink et une performance de Olivier Nussbaum et Size.
Enfin, s’il vous reste un peu de temps et comme je n’ai pas envie de radoter, je vous mets en pièce jointe les articles que j’ai fait sur Raaga Trio et sur Plaistow dans So Jazz de ce mois.
Et celui sur Imperial Tiger Orchestra dans Vibrations.
Bonne lecture et bonnes soirées!

