Hell’s Kitchen, au four et au moulin…

Comme à son accoutumée, Hell’s Kitchen a concocté son nouvel album dans les cuisines du diable. Du Mississipi à Genève, ces trois-là déclinent leur recette bien particulière, loin des clichés du genre. Un nouvel opus sur le label Dixiefrog, la référence français en matière de blues et quelques dates cette semaine dans l’Hexagone. Après deux shows radio dont un à France Inter écoutable ici , ils partent à l’assaut de la France avec des «vrais» concerts aux Trois Baudets à Paris, le 25 mai et à la Péniche à Lille, le 26 mai. Avant ça, ils se sont pliés au jeu de l’interview.

Comment avez-vous conçu ce quatrième album ?
Bernard Monney Nous adorons le blues, mais on en a marre de cette façon de le jouer avec des solos de guitare insupportables. Ce qui nous plaît dans le blues, c’est le côté, minimaliste, touchant, espacé. On a l’impression que le rythme part des battements du cœur. Dans les campagnes du Mississipi, les musiciens jouaient avec trois bouts de ficelle et ils arrivaient à reproduire les sons du sifflement d’un train !

Le blues vient du Sud des Etats-Unis. Vous êtes suisses. Comment vous positionnez-vous par rapport à ça ?
Bernard Monney Il n’est pas nécessaire d’être originaire d’une région pour jouer le style de musique que l’on aime. C’est comme les groupes d’afrobeat ou de reggae. Cela dit, quand on joue à l’étranger, le public est surpris. Il trouve ça exotique. Je pense que le fait d’être Suisse, d’être au milieu de l’Europe nous permet de ressentir toutes les influences qui nous entourent. C’est en tout cas un de nos objectifs.

Cedric Taillefert, batteur et percussionniste, joue avec tout ce qui lui tombe sous la main ?
Bernard Monney Il s’est constitué sa propre batterie avec certains des éléments usuels, mais aussi un tambour de machine à laver, un poubelle… A intervalles réguliers, il amène un nouvel élément pour perfectionner son instrument. En studio, il travaille également avec un énorme conduit de ventilation. Malheureusement, cette partie-là est intransportable. Sur scène, il joue donc avec les sons échantillonnés de ce conduit.

Vous venez tous les trois d’univers musicaux très différents ?
Bernard Monney Le contrebassiste Christophe Ryser est un punk déguisé en jazzeux. Cédric Taillefert a appris à jouer dans les fanfares. Puis il a découvert le jazz. Ce n’est qu’adulte qu’il a commencé à s’intéresser à des trucs plus minimalistes, extrêmes. Il a fait le chemin inverse de celui que l’on emprunte habituellement. Moi je viens du hard rock et du punk. Le dénominateur commun entre nous trois, c’est le blues.

Sur ce disque, il y a pour la première fois une chanson en français. Pourquoi ?
Bernard Monney L’anglais est une langue belle et ronde. Elle se prête évidemment très bien pour chanter le blues. Mais j’ai un problème avec l’anglais, tout simplement parce que ce n’est pas ma langue. En même temps si on cherche à faire des paroles similaires à celles du blues rural, c’est affreux. J’ai donc choisi de parler un français approximatif, celui d’un paysan du début du siècle qui descend à la ville et qui se fait complètement arnaquer. Je voulais surprendre.

Anna Aaron en tournée avec Erik Truffaz

Anna Aaron est discrète, pertinente et révèle une musique un brin inquiétante sous des dehors ingénus. Une personnalité. Il y a deux ans, elle s’est fait remarquer avec le nostalgique «Mary Ruth» aux lignes de piano sombre et hypnotique. Un titre qui faisait partie d’un mini album enregistré chez elle, à Bâle «I’ll Dry Your Tears Little Murderer». Sa pochette la montrait de dos nettoyant un couteau de boucher dans une rivière… La parution de son deuxième album est imminente et déjà on la compare à PJ Harvey. Le single «Kind of Dogs» qui figure sur la compilation Swiss Vibes la révèle dans une version plus rock, plus fulgurante. Nomade, Anna Aaron a grandi en Asie, en Angleterre et en Nouvelle Zélande avant de s’installer dans la ville la plus arty de Suisse allemande où elle chante, écrit de la poésie et fait de la musique. Plutôt bien. Elle rentre d’une mini-tournée avec le trompettiste de jazz Erik Truffaz. Et elle nous livre ses impressions filmées ci-dessous.

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Plongée dans le cerveau de Malcolm Braff

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Malcolm Braff sort d’un marathon d’un nouveau genre. Le 14 mai, dans le cadre de la nuit des musées, il s’est intégré à l’exposition «Bruits» du MEN (Musée d’Ethnographie de Neuchâtel) pour un gigantesque concert solo de 12 heures. Plongée dans le cerveau du maestro du piano qui prépare également la sortie d’un nouvel album en trio sur le prestigieux label Enja.

Comment est venu l’idée de ce projet de marathon de piano ?
Malcolm Braff Le MEN  a pris contact avec moi pour une performance dans le cadre de la nuit des Musées. Je leur ai proposé un concert de midi à minuit. J’avais déjà fait ce genre d’expériences en plein air. À l’extérieur, je suis nourri par les bruits de la vie : une voiture qui passe, le bruit du vent. Je me sens porté par cette énergie environnante. Au MEN, vu la météo, on a dû prévoir le concert à l’intérieur. J’appréhendais un peu. Je savais que je devrais trouver l’inspiration en moi-même et non à l’extérieur. Ce fut moins contemplatif et même très intense.

Vous avez choisi de jouer sur un piano à queue plutôt que sur les synthétiseurs où l’on a l’habitude de vous voir jouer?
Malcolm Braff Je ne pourrais pas envisager de faire ça avec des synthétiseurs et un ordinateur. Ce n’est pas inspirant. Pour ce genre de performances, j’ai besoin d’être dans un rapport physique et pas mental. J’aurais pu concevoir autre chose: par exemple, recréer mon atelier, mon studio au sein de l’exposition «Bruits». J’aurais ainsi été pendant 12 heures un nouvel objet sonore à observer.

Comment se prépare-t-on à une expérience de ce type ?
Malcolm Braff Je ne me prépare pas. Je dors bien avant, c’est tout. Je ne prévois pas de répertoire non plus. Ce serait l’enfer. J’avais pris avec moi, des partitions, un crayon, une gomme. Ça aurait pu être une option de composer. En fait, je n’ai fait que jouer. J’ai fait une pause toutes les 6o à 90 minutes de 5 minutes et je me suis arrêté à deux reprises un peu plus longuement pour manger.

Comment vit-on ce genre d’expériences ?
Malcolm Braff C’est vraiment une plongée, une méditation.  Je suis parfois interrompu par des pensées d’ordre physique. Je sens des crispations – par exemple dans le dos ou dans les doigts –  qui m’indiquent qu’il faut m’arrêter. C’est important de s’écouter car une tendinite ou problème de ce type peut très vite survenir.

En quoi est-ce important qu’il y ait un public ?
Malcolm Braff Je suis beaucoup trop flemmard pour faire ça tout seul dans mon atelier !  C’est le public qui génère la performance. Pendant ce concert, je me suis souvent senti dans une bulle. Mais le public génère et valide tout.

Et après, comment se sent-on ?
Malcolm Braff Je suis extrêmement bien. Il y a une fatigue physique certaine, mais le corps est éveillé, vibrant. Un peu comme après une longue balade en montagne. Une balade sans effort, mais d’une longue durée. L’énergie est très haute. D’ailleurs je mets longtemps à m’endormir. Après le concert, je peux interagir avec les gens sans problème, mais c’est comme si je percevais tout ce qui se passe à travers un voile.

Dur weekend en perspective

Les groupes suisses font feu de tout bois ce week-end en Romandie. Voici ceux que j’ai repérés:

– ce soir (vendredi 13 mai)  à l’Amalgame d’Yverdon, concert de Honey For Petzi avec The Jamborines et Daily Bread.

– demain soir (samedi 14 mai) au Romandie, vernissage des CDs de Imperial Tiger Orchestra et de The Fanfare Kadebostany

– demain également, au Musée d’Ethnographie de Neuchâtel, dans le cadre de la nuit des musées et de l’exposition “Bruits”, différentes prestations d’artistes suisses dont un marathon de 12 heures de Mr… Malcolm Braff, deux concerts de Kassette et Make It Pink et une performance de Olivier Nussbaum et Size.

Enfin, s’il vous reste un peu de temps et comme je n’ai pas envie de radoter, je vous mets en pièce jointe les articles que j’ai fait sur Raaga Trio et sur Plaistow dans So Jazz de ce mois.

Et celui sur Imperial Tiger Orchestra dans Vibrations.

Bonne lecture et bonnes soirées!

Hell’s Kitchen de plus en plus méchant…

Le nouvel album de Hell’s Kitchen «Dress To Dig» est dans les bacs. La vidéo ci-dessous vous en donne un aperçu. Quant à l’interview de son chanteur et guitariste, Bernard Monney, il sera en ligne la semaine prochaine ici même.

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Piano sous toutes ses formes

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Le pianiste Marc Perrenoud se prépare à enregistrer un nouvel opus en trio avec ses complices Cyril Regamey (batterie) et Marco Müller (basse). Son précédent opus, «Logo», dans cette même formation avait été une des meilleurs ventes de jazz en Suisse l’année de sa parution (2008). Sobre, classique et romantique. Rencontré au Cully Jazz Festival, Marc Perrenoud explique son approche du piano.

Vous n’avez pas trente ans et vous travaillez déjà à la réalisation d’un troisième album sous votre nom?

Marc Perrenoud Je n’ai jamais vraiment joué les sidemen. Sitôt mes études terminées, j’ai travaillé à mes propres projets. En solo, en duo et en trio. C’est drôle: quand j’ai fait un disque en duo avec Sylvain Ghio (piano-batterie), les gens trouvaient ça bizarre et un peu dérangeant. Maintenant que je fais un trio, on me reproche parfois de ne pas être original.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce format trio?

Marc Perrenoud C’est le plus petit groupe qu’on puisse imaginer. C’est ça qui intéressant. Notre trio, s’inspire du jazz américain, mais aussi de la musique classique. Mes deux parents sont des musiciens classiques et j’ai commencé par faire du piano classique. Ce n’est qu’ensuite que je me suis tourné vers les musiques improvisées, puis le jazz. Nous proposons des compositions originales. Mais nous aimons aussi reprendre des classiques. Je dirais même parfois des archétypes du jazz, comme «Alone Together» qui figure sur la compilation Swiss Vibes. C’est un morceau des années 30, complètement éculé qui se joue dans toutes les écoles de jazz. Ces morceaux chargés d’histoire sont des défis qui nous stimulent.
Quels sont vos autres projets?

Marc Perrenoud Je travaille avec Piano Seven. Faire de la musique entre pianistes, c’est quelque chose qui n’arrive jamais. C’est excitant, c’est inspirant. Le groupe va fêter ses 25 ans en 2012 et je suis son plus jeune membre. François Lindemann a deux fois mon âge. Ça aussi c’est intéressant: travailler avec des gens qui ont une autre approche de la musique, qui ont connu la musique différemment. C’est à la fois une richesse et un partage. J’ai aussi été mandaté par deux producteurs de la Radio Suisse romande pour être le pianiste, arrangeur et coordinateur artistique d’un spectacle qui va raconter l’histoire du jazz en une quinzaine de pièces, en grande formation et avec un acteur-narrateur ainsi qu’un couple de chanteurs. Je ne peux pas en dire beaucoup plus car nous en sommes encore aux prémisses.

La drôle d’histoire de The bianca Story

Ces cinq musiciens-là viennent de Bâle où ils évoluent dans le milieu des écoles d’art et de musique. Ils décident de former un groupe et prennent pour nom The bianca Story.

Bianca en référence à la feuille de papier blanc, celle qui permet de partir de rien pour créer, celle qui permet aussi de «changer, refaire ou de réinventer» explique Fabian Chiquet, l’homme des synthétiseurs.

The bianca Story propose une drôle de pop, inventive et recyclable qui accueille en son sein différents styles (du rock à l’electro en passant par la disco ou même le hip hop).

Et comme les cinq amis ont aussi envie d’explorer d’autres terres, ils partent à l’assaut de l’Europe de l’Est. Des amis tchèques leur trouvent quelques gigs. Ils poursuivent ensuite leur route vers la Slovénie, la Croatie pour finir par faire 25 concerts en deux mois dans la région. Nous sommes alors en 2007. D’autres concerts en Allemagne leur permettent de se faire repérer par une maison de disques allemande. Ils sortent un premier album « Hi Society!» dont la pochette joue de leurs corps nus en filigrane…

La musique renfermée dans ce boîtier blanc et gris confirme leur dextérité à mêler différents genres au sein d’un même morceau. Riffs de guitare rock se calquent sur des grésillements electro alors que les voix de Elia Rediger et Anna Weibel se partagent le micro. En septembre paraîtra le nouvel album du groupe. Le single «Coming Home» en donne un avant goût sur la compilation Swiss Vibes et son clip un bon aperçu de l’esprit un peu décalé du groupe.

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Entre temps, les cinq Bâlois n’ont pas chômé. Fabian et Elia se sont lancés dans la réalisation d’un opéra electro. Il l’appellent «Chris Crocker» du nom de l’internaute au physique féminin devenu célèbre pour son clip exhortant les médias à laisser Britney Spears tranquille. « Chris Crocker est juste un exemple de quelqu’un devenu célébre pour rien. Notre musichall veut montrer les mécanismes de la célébrité sur You Tube“ reprend Fabian Chiquet. Présenté à Bâle et à Zurich, le spectacle remporte un tel succès que le groupe planche sur un nouveau projet qui devrait être terminé pour décembre 2011 ou janvier 2012.

En attendant la sortie du disque et pour en savoir plus sur ce groupe étonnant, un ami lui a consacré un moyen métrage visible en trois parties sur You Tube (en allemand).

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Comment la musique suisse s’exporte-t-elle?

Pas forcément facile quand on est Suisse de percer sur le marché francophone (pour les romands) ou germanophone (pour les suisse allemands). Swiss Music Export, organisme créé en 2003, a pour mission d’aider à la diffusion des groupes les plus prometteurs sur ces deux importants marchés européens. De retour du Printemps de Bourges, Marc Ridet, responsable de l’antenne francophone, nous explique les grandes lignes de son action:

Marc Ridet, responsable du bureau francophone SME

Chaque année, un groupe suisse est présent aux Découvertes du Printemps de Bourges. Comment arrive-t-il sur ce tremplin?
Marc Ridet: Nous faisons office de sélectionneur pour le Printemps de Bourges en leur proposant trois ou quatre artistes suisses. Nos critères de sélection sont essentiellement:
– que le groupe ait une structure autour de lui: management ou éventuellement label. Cela ne sert à rien d’amener un artiste vers un tremplin s’il n’a pas les moyens de suivre après.

Jean Zuber, responsable du bureau germanophone SME

– que le groupe fasse partie du programme de Swiss Music Export.
Une fois l’artiste choisi, on va communiquer à tous les professionnels

accrédités. Au printemps de Bourges, il y a environ 700 maisons de disques, tourneurs etc. Puis on va essayer de cibler la stratégie avec l’artiste. De voir de quoi il a besoin. Par exemple un agent ou un distributeur français.

Cette année c’est My Heart Belongs to Cecilia Winter qui a été présent au Printemps de Bourges. Concrètement comment s’est-il passé?
Marc Ridet: Dans le cas de My Heart Belongs to Cecilia Winter, cela a commencé à Paléo en 2010. Un journaliste de Longueur d’Ondes qui programme également des concerts à la salle de spectacles des Trois Baudets à Paris a aimé leur concert. Il les a invités au Trois Baudets où nous avons convié un des programmateurs du Printemps de Bourges. Le groupe va également jouer au MaMA qui est un salon de professionnels qui se tient dans le XVIIIè arrondissement de Paris au mois d’octobre.

Quelles sont vos autres actions en France?
Marc Ridet: Nous accompagnons les artistes tout au long de l’année et nous sommes présents dans pluieurs des grands festivals français de rock ou de chansons française: Les Transmusicales, Les Eurockéennes, Les Francofolies et le Festival Alors Chante. Parfois ce sont les programmateurs qui font directement leur choix comme c’est le cas aux Transmusicales de Rennes où se sont produits l’an dernier Filewile, Mama Rosin et Oy. Parfois il y a une sélection en amont. C’est le cas pour les Eurockéennes où plusieurs clubs suisses (dont la Rote Fabrik, le Fri-Son, les Docks…) participent au processus de sélection. Cette année c’est Honey For Petzi qui a été choisi. Nous avons aussi un partenariat avec les Trois Baudets qui propose huit à dix concerts de groupes suisses par année.

A Bamako avec Kara

Le chanteur Sénégalo-suisse Kara nous raconte ses deux dernières semaines passées entre Dakar et Bamako. Plutôt excitant…

Kara (à droite) entouré de Barou et Adama dans les rues de Bamako

Après « Yolele», j’avais envie de faire un disque 100% peul. J’ai commencé à écrire des chansons puis je suis parti à Dakar. J’y ai rejoint mon ami Barou Sall, joueur de luth. Ensemble, nous sommes ensuite parti dans le village dont je suis originaire, Saté, au nord du pays. On devait y rencontrer un joueur de violon à une corde, mais il n’était pas là. Nous avons fait quelques salutations et nous sommes repartis, à Dakar. Puis nous avons pris l’avion pour Bamako.

Il y a six mois, à Lausanne, j’ai joué en première partie de Tiken Jah Fakoly. C’est là que j’ai eu l’idée d’aller enregistrer dans son studio de Bamako. Quelque temps plus tard, à Genève, lors d’un concert de Bako Dagnon, j’ai également rencontré Mama Sissoko, son guitariste, qui est un grand Monsieur de la guitare malienne à rapprocher de Kar Kar ou Ali Farka Touré.

Mama Sissoko et son fils (à la calebasse)

Arrivé à Bamako, nous nous sommes immédiatement rendus chez lui. Il s’est passé quelque chose d’étrange. Il était très content de nous voir. Il a pris sa guitare. Sans qu’on se soit consultés, il s’est mis à faire des accords qui correspondaient à une des chansons que je venais de composer! Alors, je me suis mis à chanter. Chez Tiken Jah Fakoly, c’était le même frisson: je peux dire qu’il a fait vibrer le studio avec sa douze cordes!

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La cour du studio de Tiken Jah Fakoly

Nous avons travaillé avec Eric, l’ingénieur du son du studio de Tiken Jah Fakoly. Il nous a mis en contact avec plusieurs autres musiciens, comme Zoumana Tereta, un violoniste peul qui joue avec Oumou Sangaré, ou Madou Koné, un jeune joueur de tamani qui travaille lui avec Habib Koité. Quand on a senti qu’on avait besoin d’une flûte, c’est Cheikh Diallo qui est apparu. Jeunes ou vieux, je ne me suis vraiment pas pris la tête avec les musiciens. Nous avons juste envie de faire de la musique ensemble. Ce n’était pas une histoire d’argent. On travaille tous les jours de la fin de la matinée jusqu’au milieu de la nuit. Au mur il y a des photos de Fela, Thomas Sankara. Quand tu t’approches du bâtiment qui renferme les studios, la première chose que tu vois est l’inscription géante « République Reggae ». A mon arrivée, les gamins couraient vers moi pour me toucher la main. Après les gens m’ont dit qu’ils m’avaient confondu avec Tiken Jah!

Dans ce projet, j’ai l’impression d’avoir retrouvé quelque chose que j’avais perdu. Des choses qui étaient enfouies en moi et qui sont ressorties. Pour la première fois, je n’ai pas joué de la guitare. J’avais des telles pointures autour de moi! Du coup, ma voix venait beaucoup plus naturellement. On faisait une, au maximum deux prises! Je sens un truc ici, c’est incroyable. Les gens sont plus chaleureux qu’à Dakar, ils ont su mieux garder leurs traditions. Je sens que ma place est là!

Kara, Bamako, le 25 avril 2011

Les nouveaux jouets d’Oy

Son dernier album, “First Box, Then Walk” (Creaked Records) lui valut de tourner un peu partout. Oy avait alors pour source d’inspiration les souvenirs d’enfance de ses amis et pour matériau sonore des bruits de jouets d’enfants. Comme cela ne correspondait qu’à une petite partie d’elle-même, la chanteuse d’origine ghanéenne Joy Frempong avait choisi de ne prendre que deux lettres de son prénom pour en faire son nom d’artiste.

Aujourd’hui, Oy remonte aux sources de ses origines africaines. Elle est partie collecter des sons dans différents pays d’Afrique. En Afrique de l’Ouest, elle cherche plus particulièrement des conteurs et des histoires traditionnelles pour les mettre dans un contexte musical. C’est au Burkina Faso qu’elle rencontre Ismael Sawadogo, chauffeur de taxi et conteur qui vit à Bobo-Dioulasso. Sa jeunesse, son bagout et ses anecdotes personnelles la séduisent. Jugez plutôt sur cet extrait, intitulé “Diplomatie” qui s’inspire de ses mésaventures avec l’ambassadeur belge de Ouagadougou. 2 minutes à écouter jusqu’au bout pour entendre l’intervention de Oy. Une petite leçon de découpage électronique franchement drôle!